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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2002550

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2002550

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2002550
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGALLARDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 décembre 2020 et le 13 février 2023, Mme D B veuve F, M. C F et M. H F, représentés par Me Soulié, demandent au tribunal :

1°) de condamner le syndicat mixte du Hautacam à leur verser la somme de 43 410 euros en réparation des préjudices nés du non-respect de l'exclusivité de la restauration sur le site du Hautacam, somme assortie des intérêts de droit à compter du 3 février 2017, avec capitalisation à chaque échéance annuelle ;

2°) de mettre à la charge du syndicat mixte du Hautacam la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur action est recevable, sur le fondement de l'article R. 634-1 du code de justice administrative ;

- ils ont respecté les clauses contractuelles en se rapprochant du syndicat mixte du Hautacam avant d'introduire un recours contentieux ;

- alors que la convention de délégation de service public conclue le 1er décembre 2012 garantissait au délégataire l'exclusivité de la restauration, le syndicat mixte du Hautacam a, lors du Tour de France 2014, non seulement limité voire fermé l'accès à ses restaurants mais, qui plus est, autorisé de nombreux points de vente de restauration à s'installer sur le site ;

- le lien de causalité entre la violation de la clause d'exclusivité par le syndicat mixte du Hautacam et les préjudices subis est indiscutable ;

- ce manquement à une obligation contractuelle de la part du syndicat mixte du Hautacam, a causé un préjudice commercial au gérant à hauteur de la somme de 43 410 euros, dont ils justifient.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2023, le syndicat mixte du Hautacam, représenté par Me Gallardo, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme D B veuve F, de M. C F et de M. H F, la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, l'action des requérants est irrecevable dès lors qu'elle vise la décision implicite de rejet qui s'est formée le 15 décembre 2020, laquelle n'est qu'une décision confirmative de la décision implicite de rejet qui s'était formée le 9 mars 2017 sur la demande formée par M. F ;

- la requête est irrecevable faute de saisine préalable obligatoire du conciliateur telle que prévue, pour le règlement des litiges, par l'article 25 du contrat de délégation de service public signé le 1er décembre 2012 ;

- à titre subsidiaire, il n'a commis aucune faute ;

- aucun lien de causalité n'est établi entre un fait qui lui serait imputable et les préjudices allégués ;

- les requérants ne justifient d'aucun préjudice indemnisable.

Par ordonnance du 8 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme G,

- les conclusions de M. Clen, rapporteur public,

- et les observations de Me Gallardo, représentant le syndicat mixte du Hautacam.

Considérant ce qui suit :

1. Par conventions successives, le syndicat mixte du Hautacam a confié à M. A F la gestion du restaurant d'altitude " Le Hautacam " à compter du 1er décembre 2010 et du refuge du Tramassel à compter du 1er janvier 2012. M. F a estimé que le syndicat, lors du Tour de France 2014, n'avait pas respecté l'obligation contractuelle de lui garantir l'exclusivité de la restauration sur le site du Hautacam et lui a adressé, le 3 février 2017, une demande tendant à l'indemnisation de son préjudice. À la suite du silence gardé sur sa demande durant plus de deux mois, M. F a sollicité du tribunal qu'il condamne le syndicat mixte du Hautacam à lui verser une somme de 43 140 euros en réparation de son préjudice. Le 27 septembre 2018, le syndicat mixte du Hautacam a porté à la connaissance du tribunal le décès de M. F, survenu le 29 août 2017. L'affaire n'étant pas en état d'être jugée, et aucun des ayant-droits de M. F n'ayant repris l'instance, le tribunal a, par une décision du 5 juillet 2019, déclaré qu'il n'y avait pas lieu en l'état, en application des dispositions de l'article R. 634-1 du code de justice administrative, de statuer sur la requête de M. A F.

2. Le 8 octobre 2020, Mme D B, veuve de M. F, M. C F et M. H F, en leur qualité d'héritiers de M. A F, ont adressé au syndicat mixte du Hautacam une demande tendant à l'indemnisation du préjudice subi par M. A F en raison du non-respect de l'exclusivité de la restauration sur le site du Hautacam qui lui était garantie par la convention de délégation de service public signée le 1er décembre 2012. En l'absence de réponse, ils demandent au tribunal de condamner le syndicat mixte du Hautacam à leur verser la somme de 43 410 euros en réparation du préjudice subi, somme assortie des intérêts de droit à compter du 3 février 2017, avec capitalisation à chaque échéance annuelle.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Lorsqu'un concessionnaire demande une indemnisation à la collectivité concédante du fait des activités concurrentes que cette dernière a organisées, le juge doit rechercher si la collectivité a méconnu les stipulations du contrat ou empêché le concessionnaire de poursuivre ses activités et donc de remplir ses propres obligations contractuelles. Il ne peut en revanche être utilement invoqué un principe général de protection du concessionnaire contre la concurrence par le concédant, indépendamment de toute clause contractuelle imposant une telle obligation à ce dernier.

4. Les requérants soutiennent que le syndicat mixte du Hautacam a, lors du Tour de France 2014, non seulement limité voire fermé l'accès à ses restaurants, mais également, autorisé de nombreux points de vente de restauration à s'installer sur le site, en violation de la clause d'exclusivité prévue par la convention de délégation de service public.

5. D'une part, aux termes de la convention de délégation de service public signée le 1er décembre 2012 entre le syndicat mixte du Hautacam et M. A F : " Article 1er - Objet de la délégation de service public / Par la présente convention, le Syndicat confie au Délégataire qui l'accepte, la mission de service public consistant notamment à assurer l'exploitation, la gestion et l'animation des restaurants d'altitude " Le Hautacam " situés au pied du domaine d'activités de la station du Hautacam et le " Refuge du Tramassel " situé au départ de l'espace nordique./ Pour ce faire, le Syndicat met à disposition du Délégataire () : / - un bâtiment situé sur le domaine communal de Beaucens, édifié sur la parcelle cadastrée section D parcelle 125 à usage de restaurant ; / - un second bâtiment situé sur le domaine communal de Beaucens édifié sur la parcelle cadastrée section D parcelle 125 à usage de snack bar. / () Le Délégataire, responsable du fonctionnement des restaurants, () exploite les restaurants à ses risques et périls. / L'exclusivité de la restauration, de quelque nature qu'elle soit, est garantie au Délégataire ".

6. D'autre part, aux termes de la convention conclue entre la société Amaury Sport Organisation (ASO), le département des Hautes-Pyrénées, le syndicat mixte du Hautacam et la commune d'Argelès-Gazost, à fin d'organiser notamment l'arrivée, le 24 juillet 2014, de la 18e étape de la course cycliste du Tour de France à Hautacam : " Article 3 : obligations et charges d'ASO / 3.3 Sur le plan administratif / ASO s'engage à prendre les mesures nécessaires pour obtenir des autorités administratives concernées (ministère de l'intérieur et préfectures) les autorisations requises en vue d'un usage privatif, sur l'itinéraire de la course, des voies ouvertes à la circulation. / () Article 6 : communication, promotion, animation et hospitalité-relations publiques / () 6.2 ASO communiquera aux collectivités la listes des partenaires et fournisseurs officiels de l'épreuve autorisés à communiquer sur le Tour de France ainsi que la liste des vendeurs agréés (). / Les collectivités s'engagent à prendre ou à faire prendre toutes mesures nécessaires pour permettre la mise en œuvre et le respect des interdictions susmentionnées sur leur territoire : () à interdire toute vente occasionnelle d'objets et/ou de produits comestibles, dans un rayon de 500 (cinq cents) mètres autour des zones d'arrivée. () ".

7. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes de l'article 1er de la convention de délégation de service public signée le 1er décembre 2012, que l'exclusivité dont se prévalent les requérants ne vaut qu'en ce qui concerne l'objet de la concession, à savoir les deux restaurants d'altitude mis à disposition du délégataire. Aucune stipulation de cette convention ne prévoit de périmètre extérieur aux deux restaurants sur lequel s'étendrait la clause d'exclusivité. De plus, d'une part, il résulte de l'instruction, et notamment de la convention conclue entre la société ASO et les collectivités territoriales concernées, que ses stipulations prévoient l'interdiction de toute vente occasionnelle de produits comestibles sur le site du Hautacam. En conséquence, le syndicat mixte du Hautacam ne pouvait, en tout état de cause, délivrer d'autorisation d'installation occasionnelle de points de vente de restauration à proximité des restaurants exploités par le délégataire. D'autre part, le syndicat mixte du Hautacam n'était pas compétent pour accorder à la société ASO les autorisations requises pour permettre un usage privatif des voies ouvertes à la circulation, autorisations que la société ASO s'était engagée, en vertu des stipulations de l'article 3 de la convention précitée, à solliciter auprès des autorités compétentes. Par suite, si les requérants soutiennent que l'activité des restaurants d'altitude a été entravée par la limitation d'accès imposée par l'organisation de la course et qu'elle a subi la concurrence de points de vente de restauration installés à proximité, ces faits ne peuvent, en tout état de cause, être imputés au syndicat mixte du Hautacam qui n'était ni engagé contractuellement, ni compétent pour autoriser tant les accès au site que l'installation de points de vente. Dans ces conditions, les requérants ne peuvent utilement rechercher la responsabilité contractuelle du syndicat mixte du Hautacam à raison de la violation de la clause d'exclusivité.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées par le syndicat mixte du Hautacam, que les conclusions indemnitaires des requérants doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du syndicat mixte du Hautacam, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme D B veuve F, M. C F et M. H F demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme D B veuve F, de M. C F et de M. H F la somme demandée par le syndicat mixte du Hautacam au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D B veuve F, de M. C F et de M. H F est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du syndicat mixte du Hautacam présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B veuve F, à M. C F, à M. H F et au syndicat mixte du Hautacam.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

A. G

La présidente,

Signé

M. E La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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