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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2002607

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2002607

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2002607
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantDUMAZ-ZAMORA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 23 décembre 2020 et le 4 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Dumaz-Zamora, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis à son encontre le 29 octobre 2020 par le président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées en vue de recouvrer une amende administrative d'un montant de 3 508,44 euros ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer cette amende administrative ;

3°) de mettre à la charge du département des Hautes-Pyrénées une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Elle soutient que :

- le département des Hautes-Pyrénées devra produire le bordereau de titres de recettes, afin de s'assurer qu'il comporte la signature de l'ordonnateur en application de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- le titre exécutoire émis le 24 mai 2019 est insuffisamment motivé eu égard aux exigences de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 ;

- l'amende prononcée à son encontre le 20 mai 2019 est irrégulière en ce que l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 262-39 du code de l'action sociale et des familles n'a jamais été saisie pour avis préalablement au prononcé de l'amende en méconnaissance de l'article L.262-52 du code de l'action sociale et des familles, ce qui l'a privée d'une garantie ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles ;

- elle est entachée d'une inexactitude matérielle.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 mai 2021, le 5 et 14 octobre 2022, le département des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 janvier 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique tenue le 20 octobre 2022 à 15 heures en présence de Mme Dangeng, greffière d'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été bénéficiaire du revenu de solidarité active à compter de 2015. A la suite du contrôle de sa situation, effectué le 15 mai 2018 lors d'un entretien dans les locaux de la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées, le directeur de celle-ci l'a informée, par une décision du 26 octobre 2018, de la cessation de ses droits au versement de cette allocation à compter du mois de juillet 2018 au motif que les ressources du foyer qu'elle forme avec M. D et leurs deux enfants étaient supérieures au revenu minimum garanti. Ce contrôle a également abouti à un indu d'allocation de revenu de solidarité active et à la reconnaissance d'une situation de fraude. Le 24 mai 2019, le président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées a émis un avis des sommes à payer en vue du recouvrement de l'amende administrative prononcée à son encontre en vertu d'une décision du 20 mai 2019, d'un montant de 3 508,44 euros. Par un jugement n°1900505, 1901707 et 1901819 du 12 octobre 2020, le tribunal de céans a annulé cet avis en retenant un vice de forme. C'est dans ces conditions que le président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées a émis un nouvel ordre de reversement le 29 octobre 2020 afin de recouvrer l'amende administrative précitée. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cet avis des sommes à payer du 29 octobre 2020 et de la décharger, en conséquence, du paiement de cette amende de 3 508,44 euros.

Sur la régularité du titre exécutoire :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " (). En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. () ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif adressé au redevable doit mentionner les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de l'émetteur.

3. Le titre exécutoire attaqué comporte les nom, prénom et qualité de la personne qui l'a émis, à savoir " M. Michel Pelieu, président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées " et le bordereau de recettes versé à l'instance est signé par l'ordonnateur. Le titre de perception en litige satisfait donc aux exigences des dispositions précitées de l'article L.1617-5 du code général des collectivités territoriales.

4. En second lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Ainsi, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

5. Il résulte de l'instruction que le titre exécutoire en litige du 29 octobre 2020 comporte les mentions de la nature et du montant de la créance. Par ailleurs, les pièces versées au dossier révèlent que, dans le cadre de la procédure contradictoire qui précède le prononcé de l'amende administrative, Mme B a été destinataire du courrier du 3 avril 2019 par lequel le président du conseil départemental l'a informée des motifs retenus pour fonder l'amende ainsi que de son mode de calcul, à savoir, l'application du règlement départemental d'aide sociale des Hautes-Pyrénées, approuvé le 8 décembre 2017, qui fixe le montant de l'amende à 10 % de l'indu. Dans ces conditions, il y a lieu de considérer que les dispositions précitées de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 ont été respectées.

Sur le bien-fondé de la créance :

6. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. () / 2° L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois suivant la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / L'action dont dispose le débiteur de la créance visée à l'alinéa précédent pour contester directement devant le juge de l'exécution mentionné aux articles L. 213-5 et L. 213-6 du code de l'organisation judiciaire la régularité formelle de l'acte de poursuite diligenté à son encontre se prescrit dans le délai de deux mois suivant la notification de l'acte contesté () ".

7. Il résulte de ces dispositions que le destinataire d'un ordre de versement est recevable à contester, à l'appui de son recours contre cet ordre de versement, et dans un délai de deux mois suivant la notification de ce dernier, le bien-fondé de la créance correspondante, alors même que la décision initiale constatant et liquidant cette créance est devenue définitive.

8. Aux termes de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles : " La fausse déclaration ou l'omission délibérée de déclaration ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active est passible d'une amende administrative prononcée et recouvrée dans les conditions et les limites définies, en matière de prestations familiales, aux sixième, septième, neuvième et dixième alinéas du I, à la seconde phrase du onzième alinéa du I et au II de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. La décision est prise par le président du conseil départemental après avis de l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 262-39 du présent code. () / Aucune amende ne peut être prononcée à raison de faits remontant à plus de deux ans, ni lorsque la personne concernée a, pour les mêmes faits, déjà été définitivement condamnée par le juge pénal ou a bénéficié d'une décision définitive de non-lieu ou de relaxe déclarant que la réalité de l'infraction n'est pas établie ou que cette infraction ne lui est pas imputable. "

9. Alors que Mme B soutient que l'amende administrative a été prononcée à son encontre par une décision du 20 mai 2019 en l'absence de la consultation préalable pour avis de l'équipe pluridisciplinaire, le département ne peut être regardé comme justifiant de la régularité de la procédure consultative par la seule production, pour les besoins de la cause, d'un courrier de la présidente de cette instance collégiale attestant de l'avis favorable émis au prononcé d'une amende à l'encontre de la requérante lors de la séance du 9 mai 2019. A défaut de produire le procès-verbal de cette séance, il y a lieu de considérer que la décision du 20 mai 2019 est entachée d'un vice de procédure substantiel qui conduit à constater son irrégularité.

10. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les deux autres moyens soulevés dans le cadre de l'exception d'illégalité de la sanction administrative prononcée le 20 mai 2019, tirés de ce que les faits retenus pour la fonder seraient matériellement inexacts et antérieurs de plus de deux ans, Mme B est fondée à soutenir que l'avis des sommes à payer en litige est fondé sur une créance illégale et doit être annulé.

Sur la décharge de l'obligation de payer l'amende administrative :

11. Dès lors que le titre exécutoire en litige est irrégulier pour un motif mettant en cause le bien-fondé de la créance, il y a lieu d'en tirer les conséquences et de décharger Mme B de l'obligation de payer l'amende administrative prononcée à son encontre, d'un montant de 3 508,44 euros.

Sur les frais liés au litige :

12. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 janvier 2021. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dumaz-Zamora, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du département des Hautes-Pyrénées le versement à Me Dumaz-Zamora de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'avis des sommes à payer émis le 29 octobre 2020 par le président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées en vue du recouvrement de l'amende administrative prononcée à l'encontre de Mme B est annulé.

Article 2 : Mme B est déchargée de l'obligation de payer l'amende administrative infligée par une décision du 20 mai 2019.

Article 3 : Le département des Hautes-Pyrénées versera à Me Dumaz-Zamora, conseil de Mme B, une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et à Me Dumaz-Zamora.

Copie en sera adressée pour information au département des Hautes-Pyrénées.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La présidente,

V. QUEMENERLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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