mardi 20 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2100099 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ONELAW SELARL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2021, le centre hospitalier de Bagnères-de-Bigorre, représenté par Me Malric, demande au tribunal :
1°) de prononcer le remboursement d'un crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre des années 2013 à 2016, pour un montant total de 589 008 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les EHPAD publics entrent en concurrence avec le secteur privé et doivent, à ce titre, être soumis à l'impôt sur les sociétés ;
- l'administration a ajouté une condition à la loi en refusant de faire droit à sa demande ; les organismes publics, autres que les collectivités publiques locales, sont soumis à l'impôt sur les sociétés selon les règles et au taux de droit commun lorsqu'ils exercent une activité lucrative ; le caractère lucratif est déterminé selon un raisonnement en trois étapes, portant sur le caractère désintéressé de la gestion, lequel est présumé dans le cas d'un organisme public, sur la situation de l'organisme au regard de la concurrence avec des organismes du secteur lucratif dans le même secteur géographique, et sur les conditions d'exercice de l'activité, selon la " règle des 4 P " ; cette règle permet de déterminer si l'organisme exerce son activité dans des conditions similaires à celles d'entreprises commerciales, au regard des produits qu'il propose, du public qui est visé, des prix qu'il pratique et des opérations de communication réalisées (publicité) ; les produits proposés et le public visés sont les mêmes dans les EHPAD publics et privés ;
- selon le paragraphe n° 30, de l'instruction administrative référencée BOI-IS-CHAMP-10-50-10-10 et les paragraphes n°530, n°570 et suivants de l'instruction référencée BOI-IS-CHAMP-10-50-10-20, il n'est pas exigé que tous les critères soient remplis pour que les conditions d'exercice soient considérées comme différentes de celles des entreprises du secteur lucratif ;
- en vertu du principe de sécurité juridique, qui permet à un contribuable de bénéficier de la stabilité, de la prévisibilité, de la clarté et de l'accessibilité du droit, et lui assure notamment qu'un changement de législation ou de prise de position ne vienne pas remettre en cause les situations acquises, il peut se prévaloir de ce que, par courrier du 14 avril 2015, l'administration fiscale a fait droit à sa demande que les activités de l'EHPAD qu'il gère ainsi que certaines activités annexes soient assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2021, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions du centre hospitalier de Bagnères-de-Bigorre sont irrecevables en ce qu'elles excèdent les remboursements initialement sollicités d'un montant de 584 213 euros ;
- les moyens soulevés par le centre hospitalier de Bagnères-de-Bigorre ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beneteau,
- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le centre hospitalier de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) a sollicité, le 18 avril 2018, pour les activités de son établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) " résidence Castelmouly ", le remboursement du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre des années 2013, 2014, 2015 et 2016, en revendiquant l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés. Sa réclamation a été rejetée par une décision du 16 novembre 2020. Il doit être regardé comme demandant au tribunal de prononcer le remboursement de ce crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre des années 2013 à 2016, pour un montant total de 589 008 euros.
Sur le quantum du litige :
2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 200-2 du livre des procédures fiscales : " Le demandeur ne peut contester devant le tribunal administratif des impositions différentes de celles qu'il a visées dans sa réclamation à l'administration ". En application de ces dispositions, les conclusions d'un contribuable présentées devant le tribunal administratif ne peuvent être accueillies que dans la mesure où, ajoutées aux dégrèvements prononcés par l'administration, elles ne conduisent pas à un dégrèvement supérieur à celui qui avait été demandé à l'administration fiscale.
3. Il résulte de l'instruction que la réclamation préalable du centre hospitalier de Bagnères-de-Bigorre, adressée à l'administration fiscale le 18 avril 2018, portait sur une somme totale de 584 213 euros. Les conclusions du requérant portent sur la somme totale de 589 008 euros. Dans ces conditions, en application des dispositions citées au point 2 et ainsi que le fait valoir le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques en défense, les conclusions du centre hospitalier de Bagnères-de-Bigorre sont irrecevables en tant qu'elles excèdent la somme totale de 584 213 euros et doivent être rejetées.
Sur le surplus des conclusions :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
4. En premier lieu, aux termes du I de l'article 244 quater C du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " Les entreprises imposées [à l'impôt sur les sociétés] d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 septies, 44 octies, 44 octies A et 44 decies à 44 quindecies peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt ayant pour objet le financement de l'amélioration de leur compétitivité à travers notamment des efforts en matière d'investissement, de recherche, d'innovation, de formation, de recrutement, de prospection de nouveaux marchés, de transition écologique et énergétique et de reconstitution de leur fonds de roulement () ".
5. Aux termes du 1 de l'article 206 du code général des impôts : " () sont passibles de l'impôt sur les sociétés, quel que soit leur objet, () les établissements publics, les organismes de l'Etat jouissant de l'autonomie financière, les organismes des départements et des communes et toutes autres personnes morales se livrant à une exploitation ou à des opérations de caractère lucratif " et aux termes du premier alinéa de l'article 1654 du même code : " Les établissements publics () doivent () acquitter, dans les conditions de droit commun, les impôts et taxes de toute nature auxquels seraient assujetties des entreprises privées effectuant les mêmes opérations ".
6. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles 206 et 1654 du code général des impôts qu'un établissement public n'est pas passible de l'impôt sur les sociétés si le service qu'il gère ne relève pas, eu égard à son objet ou aux conditions particulières dans lesquelles il est géré, d'une exploitation à caractère lucratif. Doivent, notamment, être regardés comme gérés dans des conditions particulières de nature à faire regarder leur exploitation comme non lucrative les services destinés à un public ne pouvant accéder aux prestations offertes par les entreprises commerciales et dont les tarifs sont, à cet effet, soit inférieurs à ceux du secteur concurrentiel, compte tenu de l'incidence des impôts commerciaux supportés par ce dernier, soit modulés en fonction de la situation des bénéficiaires.
7. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.
8. Les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, qui sont exploités par des établissements publics, des établissements privés à but non lucratif ou des établissements privés à but lucratif, fournissent à leurs résidents des prestations de soins, d'assistance à la dépendance et d'hébergement, en ce compris notamment la restauration, l'animation et le blanchissage. Les prestations de soins sont, quel que soit le type d'établissement, prises en charge par l'assurance maladie. Les prestations d'assistance à la dépendance, dont le tarif est fixé par le président du conseil départemental quel que soit le type d'établissement, sont à la charge des résidents sous réserve de leurs droits à l'allocation personnalisée d'autonomie, en fonction de leur niveau de ressources et de dépendance. Les prestations d'hébergement sont à la charge des résidents sauf si, du fait de leur niveau de ressources, ils bénéficient pour tout ou partie de l'aide sociale à l'hébergement et, dans un tel cas, le tarif de l'hébergement est fixé par le président du conseil départemental.
9. L'EHPAD " résidence Castelmouly " du centre hospitalier de Bagnères-de-Bigorre est un établissement public régi par l'article L. 315-9 du code de l'action sociale et des familles relatif aux établissement publics sociaux et médico-sociaux. Il a pour objet de fournir aux personnes âgées dépendantes qu'il accueille, des prestations de soins, d'assistance à la dépendance et d'hébergement, en ce compris notamment la restauration, l'animation et le blanchissage. Eu égard à leur nature, ces prestations peuvent aussi être rendues par des établissements exploités par des entreprises commerciales.
10. Il résulte de l'instruction que, pour ce qui concerne les prestations de soins et d'assistance à la dépendance, les conditions d'exploitation de l'EHPAD " résidence Castelmouly " du centre hospitalier de Bagnères-de-Bigorre ne se distinguent pas, compte tenu des modalités de leur détermination et de leur prise en charge par la collectivité publique, de celles des établissements gérés par des entreprises commerciales. Toutefois, pour ce qui concerne les prestations d'hébergement, l'établissement est habilité, pour la totalité de ses places, à l'aide sociale à l'hébergement visée à l'article L. 231-4 du code de l'action sociale et des familles, dont le montant est modulé en fonction des ressources, conformément à l'article L. 231-2 du même code. Compte tenu de la part des prestations d'hébergement dans le coût des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes à la charge des résidents, sous réserve de leurs droits à l'allocation personnalisée d'autonomie et, le cas échéant, à l'aide sociale à l'hébergement, l'EHPAD " résidence Castelmouly " du centre hospitalier de Bagnères-de-Bigorre propose un service destiné à des personnes âgées dépendantes disposant de faibles ressources, ne pouvant accéder aux prestations offertes par les établissements privés à but lucratif qui, en général, ne proposent pas ou proposent en nombre limité des places éligibles à l'aide sociale à l'hébergement.
11. À cet effet, d'une part, le tarif de l'hébergement est fixé par le président du conseil départemental, conformément au 3° du I de l'article L. 314-2 du même code, à un niveau le plus souvent inférieur à ceux proposés par les établissements privés à but lucratif, lorsqu'ils sont fixés librement. À cet égard, l'administration fait valoir, sans être sérieusement contredite, que les tarifs d'hébergement des établissements privés à but lucratif situés dans les Hautes-Pyrénées, et qui ne sont pas habilités à l'aide sociale à l'hébergement, sont supérieurs de plus de 50 % au moins à ceux de l'établissement requérant. D'autre part, le montant de l'aide sociale à l'hébergement accordé aux résidents éligibles de l'EHPAD " résidence Castelmouly " du centre hospitalier de Bagnères-de-Bigorre est modulé en fonction de leurs ressources et peut couvrir le coût total de l'hébergement. Par conséquent, l'EHPAD " résidence Castelmouly " du centre hospitalier de Bagnères-de-Bigorre ne relève pas, eu égard aux conditions particulières dans lesquelles il est géré, d'une exploitation à caractère lucratif. La circonstance qu'il aurait des méthodes commerciales comparables à celles des établissements exploités par des entreprises commerciales est sans incidence à cet égard. C'est donc à bon droit que l'administration a estimé qu'il ne pouvait être assujetti à l'impôt sur les sociétés et, partant, bénéficier du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi.
En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale :
12. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. () ". Aux termes de l'article L. 80 B du même livre : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ; elle se prononce dans un délai de trois mois lorsqu'elle est saisie d'une demande écrite, précise et complète par un redevable de bonne foi. (). ".
13. D'une part, à supposer qu'il ait entendu se fonder sur les dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, le centre hospitalier de Bagnères-de-Bigorre ne peut utilement se prévaloir de la documentation administrative de base référencée BOI-IS-CHAMP-10-50-10-10 et BOI-IS-CHAMP-10-50-10-20 dès lors que sa demande ne tend pas à la décharge d'impositions antérieures mais au remboursement d'un crédit d'impôt compétitivité emploi. Au surplus et en tout état de cause, ces instructions fiscales concernent des personnes morales de droit privé et des organismes privés sans but lucratif si bien que le requérant n'entre pas dans leurs prévisions.
14. D'autre part, le centre hospitalier de Bagnères-de-Bigorre entend se prévaloir de ce que, par courrier du 14 avril 2015, l'administration fiscale a fait droit à sa demande tendant à l'assujettissement des activités de l'EHPAD qu'il gère ainsi que certaines activités annexes à la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, s'il soutient qu'en remettant en cause la position prise dans la décision du 14 avril 2015, l'administration fiscale aurait méconnu le principe de sécurité juridique, cette réponse écrite, qui portait sur un autre impôt, ne peut, en tout état de cause, être regardée comme une prise de position formelle de l'administration quant à l'assujettissement des activités de l'EHPAD du centre hospitalier de Bagnères-de-Bigorre à l'impôt sur les sociétés. Enfin, à supposer qu'il ait entendu se prévaloir de ce courrier du 14 avril 2015, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales, sa demande tendant au remboursement d'un crédit d'impôt compétitivité emploi ne porte pas sur un rehaussement d'impositions antérieures si bien qu'il ne peut utilement invoquer la garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions du centre hospitalier de Bagnères-de-Bigorre tendant à obtenir le remboursement d'un crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre des années 2013 à 2016 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme à verser à l'établissement requérant, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête du centre hospitalier de Bagnères-de-Bigorre est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié au centre hospitalier de Bagnères-de-Bigorre et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Beneteau, première conseillère,
Mme Corthier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
A. BENETEAU
La présidente,
Signé
M. SELLES
La greffière,
Signé
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
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