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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100110

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100110

mercredi 27 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100110
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 1
Avocat requérantHERRMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 janvier 2021 et le 27 janvier 2023, Mme E A, représentée par Me Julien Soulié, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du centre hospitalier de Bigorre du 15 décembre 2020 ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Bigorre à verser à Mme A la somme de 750 euros correspondant au reliquat de la prime liée au covid-19 ; et de déclarer que cette somme portera intérêts au taux légal à partir du 24 novembre 2020, avec capitalisation des intérêts au terme d'un délai d'un an renouvelable tous les ans ;

3°) de condamner le centre hospitalier de Bigorre à verser à Mme A la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'auteur de la décision du 15 décembre 2020 est incompétent, ne disposant pas d'une délégation de signature, dûment publiée ;

- la décision du 15 décembre 2020 refusant de lui verser l'intégralité de la prime covid de 1 500 euros est entachée d'une erreur de droit ;

- la décision du 15 décembre 2020 est illégale en tant qu'elle se fonde sur la note de service du 9 juillet 2020 qui n'est pas entrée dans l'ordonnancement juridique faute de publicité ayant permis à la requérante d'en prendre connaissance ;

- la note de service du 9 juillet 2020 est illégale en raison de la violation de l'article 34 de la Constitution et de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968, ne pouvant ainsi servir de base légale à la décision 15 décembre 2020.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 15 novembre 2022, le directeur du centre hospitalier de Bigorre, représenté par Me Herrmann, conclut à l'irrecevabilité de la requête, l'acte attaqué ne faisant pas grief à la requérante et à titre subsidiaire au rejet de la requête. Il demande à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été réouverte et fixée au 15 mars 2023 par ordonnance du 14 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2020-473 du 25 avril 2020 de finances rectificative pour 2020 ;

- le décret n° 2020-568 du 14 mai 2020 relatif au versement d'une prime exceptionnelle aux agents des établissements publics de santé ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné Mme B, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience :

- le rapport de Mme B ;

- les conclusions de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est agent de service hospitalier qualifié en poste au sein du centre hospitalier de Bigorre. A la suite de l'état d'urgence sanitaire, en application du décret n° 2020-568 du 14 mai 2020 au bénéfice des agents publics, elle a bénéficié d'une prime de 750 euros. Mme A a formé le 24 novembre 2020, une réclamation indemnitaire préalable auprès du centre hospitalier de Bigorre afin de se voir attribuer la somme de 750 euros correspondant au reliquat de la prime dont elle estime être bénéficiaire. Par courrier du 15 décembre 2020, le centre hospitalier de Bigorre a refusé de faire droit à sa demande.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que par courrier du 15 décembre 2020, le centre hospitalier de Bigorre a refusé de faire droit à la demande indemnitaire de Mme A tendant au versement du reliquat de la prime dont elle estime être bénéficiaire. En refusant de faire droit à la demande de la requérante, ce courrier ne constitue pas une simple lettre d'information et présente un caractère décisoire qui fait ainsi grief à Mme A. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier de Bigorre doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 11 de la loi du 25 avril 2020 : " I. - La prime exceptionnelle versée, en 2020, par les administrations publiques () à ceux de leurs agents particulièrement mobilisés pendant l'état d'urgence sanitaire déclaré en application de l'article 4 de la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19 () / II.- Les bénéficiaires, les conditions d'attribution et de versement de la prime exceptionnelle mentionnée au présent article ainsi que son montant sont déterminés dans des conditions fixées par décret, en fonction des contraintes supportées par les agents à raison du contexte d'état d'urgence sanitaire () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 14 mai 2020 : " En application de l'article 11 de la loi du 25 avril 2020 () bénéficient de la prime exceptionnelle dans les conditions prévues par le présent décret : / I. - Les agents publics () en service effectif dans les établissements mentionnés () à l'article L. 6141-1 du code de la santé publique, et mobilisés dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire () ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " La prime exceptionnelle est versée aux personnes mentionnées à l'article 1er qui ont exercé leurs fonctions de manière effective, y compris en télétravail, entre le 1er mars et le 30 avril 2020. () ". Aux termes de l'article 6 du même décret : " I. - Le montant de la prime exceptionnelle est réduit de 50 p. 100 du montant de la prime en cas d'absence d'au moins 15 jours calendaires pendant la période de référence mentionnée au 1er alinéa de l'article 2. / Les personnes absentes plus de 30 jours calendaires au cours de la période de référence mentionnée au 1er alinéa de l'article 2 ne sont pas éligibles au versement de la prime. / II. - L'absence est constituée par tout motif autre que : / - le congé de maladie, l'accident de travail, la maladie professionnelle, dès lors que ces trois motifs bénéficient d'une présomption d'imputabilité au virus covid 19 ; / () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige en date du 15 décembre 2020 portant refus de verser à Mme A l'intégralité de la prime exceptionnelle prévue par les dispositions précitées est motivée par le non-respect de la note de service du 10 juin 2020, établie par la directrice des ressources humaines, selon laquelle les certificats médicaux attestant d'une suspicion de covid-19 doivent être transmis au centre hospitalier avant le 4 septembre 2020. Toutefois, d'une part, il ressort des termes mêmes des dispositions précitées de l'article 6 du décret du 14 mai 2020 que le congé de maladie des agents hospitaliers ne fait pas obstacle au bénéfice de l'intégralité de la prime lorsque ce congé de maladie bénéficie d'une présomption d'imputabilité au covid-19. D'autre part, les certificats médicaux établis le 29 septembre 2020 et le 10 octobre 2020, concluent à une telle présomption d'imputabilité au covid-19, le centre hospitalier ne contestant pas sérieusement le bien-fondé de ces avis médicaux et se bornant à exiger le respect de la procédure de réclamation relative aux modalités de versement de la prime exceptionnelle établies par la note de service du 10 juin 2020. Il suit de là que la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 15 décembre 2020 par laquelle la directrice des ressources humaines du centre hospitalier de Bigorre a refusé de faire droit à sa demande tendant au versement de la " prime covid " exceptionnelle dans son intégralité.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. Eu égard au motif du présent jugement, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Bigorre à verser à Mme A la seconde moitié de la prime dite " prime covid ", soit la somme de 750 euros.

8. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 24 novembre 2020, date de sa réclamation préalable ainsi qu'à leur capitalisation chaque année à compter du 24 novembre 2021, première échéance à laquelle une année entière d'intérêts était due.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de Mme A, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du centre hospitalier de Bigorre le versement à Mme A d'une somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 15 décembre 2020 par laquelle la directrice des ressources humaines du centre hospitalier de Bigorre a refusé de faire droit à la demande indemnitaire de Mme A est annulée.

Article 2 : Le centre hospitalier de Bigorre est condamné à verser à Mme A la somme de 750 euros (sept cent cinquante euros). Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 24 novembre 2020. Les intérêts seront capitalisés à compter du 24 novembre 2021 et chaque année à compter de cette date.

Article 3 : Le centre hospitalier de Bigorre est condamné à verser à Mme A la somme de 1 500 euros (mille cinq cent euros).

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au centre hospitalier de Bigorre.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023

La magistrate désignée,

Signé : M. BLa greffière,

Signé : M. C

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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