mercredi 3 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2100124 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SOCIÉTÉ D'AVOCATS ROUZAUD & ARNAUD-OONINCX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 janvier 2021, la société anonyme (SA) Equivest, représentée par Me Rouzaud, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013 et 2014 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 7 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle ne peut être regardée comme étant exploitée en France, et par suite soumise à l'impôt sur les sociétés ;
- le service a considéré à tort que cette société était exclusivement dirigée par M. B à partir de sa résidence secondaire de Biarritz, alors qu'elle ne peut être engagée que la signature conjointe de deux membres de son conseil d'administration ;
- elle dispose de locaux meublés et équipés au Luxembourg, ainsi que d'une clientèle ; elle paie ses impôts au Luxembourg ; le service a relevé que les liasses fiscales luxembourgeoises qui lui ont été communiquées ne mentionnent pas l'existence de moyens matériels et humains, mais la société est locataire des moyens matériels et son activité est exercée par un cabinet comptable luxembourgeois, M. B pouvant se charger seul de la gestion du groupe ;
- si le service, dans le cadre de la visite s'étant déroulée le 10 janvier 2015 au domicile de M. B, a saisi un ordinateur contenant des informations sur la société, rien ne permet de déduire qu'elle est exclusivement dirigée par celui-ci depuis sa résidence secondaire ;
- le service n'a pas considéré que les autres sociétés dirigées par M. B étaient domiciliées à Biarritz ;
- le domicile fiscal privé du dirigeant n'a aucune incidence sur la domiciliation d'une société ; par ailleurs, M. B résidait en Andorre, et non à Biarritz, au cours des années 2012, 2013 et 2014 ;
- le service ne peut imposer à nouveau les résultats de la société en France alors qu'il existe une convention fiscale conclue entre l'Etat français et le Grand-Duché de Luxembourg visant à éviter les doubles-impositions.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2021, le directeur chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la SA Equivest ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 20 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention entre la 'France et le Grand-Duché de Luxembourg tendant à éviter les doubles impositions et à établir des règles 'd'assistance administrative réciproque en matière d'impôt sur le revenu et sur la fortune du 1er avril 1958 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société anonyme (SA) Equivest, dont le siège social est situé au Luxembourg, exerce une activité de prise de participations et d'intérêts dans d'autres entreprises et sociétés luxembourgeoises ou étrangères, ainsi que de détention, gestion, contrôle et mise en valeur de ces participations. En application de l'article 16 B du livre des procédures fiscales, un droit de visite et de saisie a été exercé, le 22 septembre 2015, au domicile de son représentant légal, M. B, situé à Biarritz. Estimant que les pièces saisies permettaient de caractériser l'existence, en France, du siège de direction effective de cette société, et que la SA Equivest n'avait déposé aucune déclaration fiscale à raison de son activité, le service a mis à sa charge, par voie de taxation d'office, des cotisations d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2013 et 2014, à hauteur de 61 168 euros, en droits et pénalités. Par un courrier du 22 septembre 2020, l'administration fiscale a rejeté la réclamation préalable formée par la SA Equivest le 14 février 2018. Par sa requête, la SA Equivest demande au tribunal de prononcer la décharge ces impositions.
Sur les conclusions à fin de décharge :
Sur le principe de l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés :
2. Aux termes du I de l'article 209 du code général des impôts, dans sa version alors applicable : " Sous réserve des dispositions de la présente section, les bénéfices passibles de l'impôt sur les sociétés sont déterminés d'après les règles fixées par les articles () et en tenant compte uniquement des bénéfices réalisés dans les entreprises exploitées en France ainsi que de ceux dont l'imposition est attribuée à la France par une convention internationale relative aux doubles impositions () ".
3. Il résulte de l'instruction que la société anonyme Equivest, a été domiciliée, lors de sa constitution en 2012, au sein d'un cabinet d'avocats établi au Luxembourg, selon les termes d'une convention de domiciliation établie le 17 avril 2013. Cette occupation a ensuite été suivie de la sous-location d'un bureau sis au Luxembourg, en vertu d'un contrat conclu le 29 septembre 2013 avec la société AndSoft Europe, filiale de la SA Equivest elle-même locataire à titre principal de ce local, pour un loyer mensuel de 230 euros, et où est également domiciliée la société GT Fiduciaire SA, commissaire aux comptes chargé du contrôle de la SA Equivest. Il résulte également de l'instruction, et notamment de la réponse adressée par les autorités luxembourgeoises à demande d'assistance administrative internationale formée par le service le 22 septembre 2015, que les liasses fiscales souscrites par la société ne mentionnent pas de moyens humains ou matériels affectés à son activité.
4. Si la société dispose de locaux au Luxembourg, où elle soutient qu'elle dirigeait son activité qui ne nécessiterait le déploiement que de peu de moyens matériels, il résulte toutefois de l'instruction que lors de la visite domiciliaire à laquelle il a été procédé le 10 janvier 2015 au domicile de M. B situé à Biarritz, a été saisi un ordinateur sur lequel se trouvait un dossier concernant l'activité de la SA Equivest, notamment ses statuts, son immatriculation au registre du commerce et des sociétés luxembourgeois, une décision de l'actionnaire unique de la société, un relevé d'identité bancaire et des relevés de compte. Il résulte également des termes de la proposition de rectification que les locaux susmentionnés servent de bureaux à M. B et accueillent également des salariés de la société AndSoft Europe, filiale de la SA Equivest, et d'où M. B dirige à distance l'ensemble de ces structures, ainsi que le montrent les correspondances saisies sur son ordinateur. La SA Equivest ne conteste pas utilement ces éléments en se bornant à faire valoir que la résidence principale de M. B ne se trouvait pas à Biarritz mais en Andorre, alors qu'il ressort des termes non contestés de la proposition de rectification adressée à la société requérante que la domiciliation fiscale de son dirigeant au titre des exercices en litige a été établie à Biarritz par le service à l'issue d'une procédure d'examen de sa situation fiscale personnelle. Dans ces conditions, l'administration fiscale établit que la société Equivest, qui disposait d'un établissement autonome en France, devait être regardée comme une entreprise exploitée en France au sens de l'article 209 du code général des impôts et, par suite, y être imposée sur ses bénéfices.
5. Aux termes du 1 de l'article 4 de la convention fiscale franco-luxembourgeoise susvisée : " Les revenus des entreprises industrielles, minières, commerciales ou financières ne sont imposables que dans l'Etat sur le territoire duquel se trouve un établissement stable. ". Aux termes du 3 de l'article 2 de la même convention : " 1) Le terme "établissement stable" désigne une installation fixe d'affaires dans laquelle l'entreprise exerce tout ou partie de son activité. / 2) Au nombre des établissements stables figurent notamment : / a) Les sièges de direction ; / () c) Les bureaux ()". Aux termes de l'article 24 de cette convention : " 1. Tout contribuable qui prouve que les mesures prises par les autorités fiscales des deux Etats contractants ont entraîné pour lui une double imposition en ce qui concerne les impôts visés par la présente convention peut adresser une demande soit aux autorités compétentes de l'Etat sur le territoire duquel il a son domicile, soit à celles de l'autre Etat. Si le bien-fondé de cette demande est reconnu, les autorités compétentes s'entendent pour éviter de façon équitable la double imposition (). ".
6. La société Equivest soutient que son activité est exercée au Luxembourg et qu'elle a déjà fait l'objet d'une imposition au Luxembourg, de sorte que les suppléments d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie en France entraînent une double imposition. Il résulte toutefois de l'instruction que, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement, la société Equivest doit être regardée comme disposant en France d'un établissement stable au sens des stipulations précitées de la convention fiscale franco-luxembourgeoise. Par suite, conformément aux stipulations de l'article 2 de la convention fiscale franco-luxembourgeoise, les revenus de la société Equivest tirés de l'activité de son établissement stable en France devaient être imposés en France au titre de l'impôt sur les sociétés. Si la société requérante soutient, sans toutefois l'établir, que ses résultats ont été déclarés par elle et imposés par l'administration fiscale luxembourgeoise, et alors qu'il ressort des termes non contestés de la proposition de rectification qui lui a été adressée qu'elle n'avait, à la date à laquelle elle a été établie, pas encore été imposée au Luxembourg pour les années 2013 et 2014, aucun principe général n'impose à la France de renoncer pour ce motif à imposer ces résultats dans le respect des stipulations de la convention fiscale franco-luxembourgeoise du 1er avril 1958. Le cas échéant, il appartiendrait seulement à la société requérante, en application de l'article 24 de la convention fiscale franco-luxembourgeoise précité, de saisir l'administration luxembourgeoise ou l'administration française afin de faire constater l'existence éventuelle d'une double imposition afin que les autorités compétentes s'entendent pour éviter de façon équitable la double imposition. Elle n'est ainsi pas fondée à soutenir qu'elle doit être, pour ce motif, déchargée des suppléments d'impôt mis à sa charge au titre des exercices en litige.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la SA Equivest doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par la SA Equivest et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SA Equivest est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SA Equivest et au directeur chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest.
Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Beneteau, première conseillère,
Mme Neumaier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
L. C La présidente,
Signé
M. A
La greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026