jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2100213 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 3 |
| Avocat requérant | SELARL SOLER-COUTEAUX & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 janvier 2021 et 21 octobre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Duprat Frères et la société civile immobilière (SCI) Onddoak, représentées par Me Cornille, demandent au tribunal :
1°) de déclarer illégale la délibération du 23 octobre 2018 par laquelle la communauté d'agglomération du Pays Basque (CAPB) a approuvé le protocole d'accord transactionnel conclu avec la SCI Onddoak en vue de l'acquisition d'une partie de l'ensemble immobilier situé sur la parcelle cadastrée section BE n° 130, sise 14 avenue Gleize à Bayonne et a autorisé son président à signer ce protocole ;
2°) d'annuler la décision du 25 novembre 2020 par laquelle la CAPB a rejeté leur demande indemnitaire préalable et de condamner la CAPB à payer la somme de 3 183 845 euros à la SCI Onddoak en réparation du préjudice financier qu'elle estime avoir subi en raison de la perte de chance de réaliser une plus-value sur la vente de la partie de foncier litigieuse, et la somme de 131 800 euros à la SAS Duprat Frères, en réparation de son préjudice financier ;
3°) de mettre à la charge de la CAPB une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la délibération du 23 octobre 2018 est entachée d'un détournement de pouvoir et de procédure ; en autorisant son Président à conclure à l'amiable la vente d'une partie de l'ensemble immobilier, la communauté d'agglomération du Pays Basque a eu la volonté de contourner le régime légal du droit de préemption et sa finalité dans la mesure où la signature du protocole du 30 octobre 2018 n'a d'autre but que de lui permettre de ne pas avoir à justifier d'un projet réel et précis, tout en imposant un prix fixé unilatéralement que le juge de l'expropriation n'aurait jamais retenu, en échappant au régime de la préemption partielle ;
- la SAS Duprat Frères a subi un préjudice financier d'un montant de 131 800 euros du fait, d'une part, des loyers qu'elle verse pour les locaux qu'elle occupe et d'autre part, du paiement des heures supplémentaires de ses employés ;
- la SCI Onddoak a subi un préjudice financier d'un montant de 3 183 845 euros du fait, d'une part, de la perte de chance de réaliser une plus-value sur la vente de la partie de foncier litigieuse, et d'autre part, de l'aménagement du terrain induit par la vente à la CAPB d'une partie du terrain.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2021, la communauté d'agglomération du Pays Basque, représentée par Me Gillig, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la SCI Onddoak et de la SAS Duprat Frères, la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Madelaigue,
- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,
- et les observations Me Cornille, représentant la SAS Duprat Frères et la SCI Onddoak et de Me Thelcide représentant la communauté d'agglomération du Pays Basque.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 23 octobre 2018, le conseil communautaire de la CAPB a approuvé un protocole d'accord transactionnel négocié avec la SCI Onddoak, qui s'est substitué à la société Duprat Frères, en vue de l'acquisition d'une partie de l'ensemble immobilier, d'une superficie de 5 100 m² au prix de 90 euros/m², située sur la parcelle cadastrée section BE n° 130, sise 14 avenue Gleize à Bayonne (64) et a autorisé son président à signer ledit protocole. La société Duprat Frères et la SCI Onddoak demandent au tribunal de déclarer illégale la délibération du 23 octobre 2018, et de condamner la communauté d'agglomération du Pays Basque (CAPB) à leur payer respectivement les sommes de 3 183 845 euros et 131 800 euros en réparation des préjudices qu'elles estiment avoir subis notamment du fait de la perte de chance de réaliser une plus-value sur la vente de la partie de foncier litigieuse.
2. En demandant au tribunal de déclarer illégale la délibération du 23 octobre 2018, les sociétés Onddoak et Duprat Frères doivent être regardées comme excipant de l'illégalité de cette délibération à l'appui de leurs conclusions indemnitaires.
3. Les requérantes soutiennent que la délibération du 23 octobre 2018 poursuit un but étranger à l'intérêt général et qu'en autorisant son Président à conclure à l'amiable la vente d'une partie de l'ensemble immobilier, la communauté d'agglomération du Pays Basque a eu la volonté de contourner le régime légal du droit de préemption et sa finalité en s'exonérant de justifier d'un projet réel et précis tout en imposant un prix fixé unilatéralement que le juge de l'expropriation n'aurait jamais retenu.
4. Aux termes des dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau et à permettre l'adaptation des territoires au recul du trait de côte, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. () / Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. ". Aux termes des dispositions de l'article L. 300-1 du même code : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, notamment en recherchant l'optimisation de l'utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser. () ".
5. Il résulte de l'instruction que la délibération du 23 octobre 2018 a été approuvée pour la mise en œuvre de la compétence en matière de développement économique de la CAPB qui avait décidé par une précédente délibération du 21 juillet 2018, laquelle est visée dans la délibération du 23 octobre 2018, d'engager une action d'aménagement dans le secteur de la ZAE Saint Frédéric à Bayonne. A été acté " l'engagement par la Communauté d'Agglomération d'une étude sur le secteur Saint-Frédéric à Bayonne ainsi que la conduite d'actions foncières dans le cadre de cessions intervenant sur cette Zone d'Activités et ce, dans le but d'y maintenir une économie productive ". Il ressort des motifs de la délibération du 21 juillet 2018 que la CAPB a souhaité " préserver le tissu économique existant et répondre aux objectifs d'accueil de nouveaux projets. ". Elle indique que : " Ces enjeux nécessaires à l'accompagnement volontariste d'une dynamique économique productive sur le territoire et à la création d'emplois nécessitent la maîtrise de fonciers stratégiques en cœur d'Agglomération ". Dans ce cadre, l'approbation de la délibération du 23 octobre 2018 qui vise à approuver l'acquisition de la parcelle litigieuse en ce qu'elle permettrait d'accueillir " deux entreprises à vocation productive au sein de ce tènement foncier ", autorisant le Président de la CAPB à conclure à l'amiable une acquisition immobilière pour " la maîtrise de fonciers stratégiques en cœur d'agglomération " en particulier dans le secteur de la ZAE de Saint-Frédéric poursuit un objectif d'intérêt général et il ne résulte pas de l'instruction que cette action ne répondait pas à des fins d'intérêt général.
6. Les sociétés requérantes font valoir qu'en menaçant d'exercer son droit de préemption et en utilisant les prérogatives dont elle dispose à ce titre, sans finaliser la procédure, et alors qu'elle ne pouvait juridiquement et financièrement acquérir le bien, la CAPB a usé des pouvoirs qui lui sont conférés par la loi au titre de son droit de préemption à des fins étrangères aux prévisions du code de l'urbanisme pour faire pression sur elle et la société Duprat Frères. Toutefois, la circonstance que la CAPB ne justifiait pas de la réalité d'un projet d'aménagement urbain, au sens et pour l'application des dispositions précitées des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme, à la date de la délibération attaquée, n'est pas de nature à établir un détournement de procédure dès lors que la CAPB n'a pas exercé ce droit et que la délibération en litige se borne à autoriser l'acquisition par le président de la CAPB et à l'amiable, du terrain de 5 100 m2, à un prix de 90 euros/m2. S'il ressort des pièces du dossier, en particulier des lettres du 20 juillet 2018 à destination des sociétés CEP Tubes plastiques, propriétaire de l'ensemble immobilier, et Duprat Frères, que la CAPB a envisagé de recourir à la procédure de préemption urbaine, cette seule circonstance est insuffisante pour démontrer le détournement de procédure allégué. En outre, et dès lors que la procédure de préemption urbaine présente un caractère facultatif de la part du titulaire du droit de préemption, la CAPB pouvait renoncer à l'exercice de son droit, y compris après avoir sollicité à réception de la déclaration d'intention d'aliéner une demande de communication de document ainsi qu'une demande de visite du bien sur le fondement de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme, et finalement préférer, comme elle l'a fait, acquérir le bien à l'amiable auprès de la SCI Onddoak, ce que cette dernière a accepté. La circonstance que la CAPB ait demandé une visite du bien, le dossier de diagnostic technique qui manquait au dossier, ainsi que l'acte de propriété, neuf jours seulement avant la fin du délai de préemption, n'est pas de nature à établir qu'elle aurait exercé ce droit à des fins de contrainte. De même, la circonstance qu'elle ait informé de la nécessité de purger le droit de préemption n'est pas de nature à établir que cette information, qui n'est pas erronée, le bien étant situé dans le périmètre de ce droit, ait eu pour objet de conditionner sa décision de ne pas préempter le bien, à son acquisition à un prix très inférieur à celui qu'aurait fixé le juge de l'expropriation, pas plus que la circonstance que des terrains situés à proximité aient été vendus à des prix supérieurs. Dans ces conditions, aucun détournement de procédure et de pouvoir et aucune pression ne peuvent être déduits de la délibération du 23 octobre 2018 dont il ressort que la CAPB n'entendait plus exercer son droit de préemption mais acquérir la partie du bien litigieux à l'amiable, soit auprès du liquidateur de la société CEP Tubes plastiques, soit auprès de la société vins Duprat frères directement, lorsqu'elle en serait devenue propriétaire.
7. Il résulte de ce qui précède, que la délibération du 23 octobre 2018 n'est pas entachée d'illégalité en raison d'un détournement de pouvoir ou de procédure, de sorte qu'aucune illégalité fautive ou comportement fautif ne peut être reproché à la CAPB pour ces motifs. Les conclusions indemnitaires présentées par les sociétés Onddoak et Duprat Frères, fondées sur l'illégalité de la délibération du 23 octobre 2018 doivent dès lors être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la CAPB, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par les sociétés Onddoak et Duprat Frères et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de ces dernières une somme de 1500 euros au titre des frais exposés par la CAPB, non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : La requête des sociétés Onddoak et Duprat Frères est rejetée.
Article 2 : Les sociétés Onddoak et Duprat Frères verseront à la communauté d'agglomération du Pays Basque une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Onddoak, à la société par actions simplifiée Duprat Frères et à la communauté d'agglomération du Pays Basque.
Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Madelaigue, présidente-rapporteure,
M. Rousseau, premier conseiller,
Mme Portes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 2 mai 2024.
La présidente-rapporteure,
signé
F. MADELAIGUEL'assesseur,
signé
S. ROUSSEAU
La greffière,
signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026