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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100292

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100292

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100292
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantDELMA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 février 2021 et le 5 août 2022, M. F A, représenté par Me Cazeau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a rejeté son recours administratif préalable formé contre la décision du 29 septembre 2020 par laquelle la caisse des allocations familiales lui a notifié un indu total de 3 649,98 euros au titre du revenu de solidarité active ;

2°) d'enjoindre à l'autorité compétente de rétablir le bénéfice total du revenu de solidarité active, rétroactivement à compter du jour de la première retenue effectuée ;

3°) de mettre à la charge du département des Pyrénées-Atlantiques une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de la décision est incompétent ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- l'indu n'est pas fondé dans la mesure où l'administration ne justifie pas de ce que les sommes prises en comptes devaient effectivement être réintégrées dans ses ressources compte tenu de leur nature.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 juin 2022 et le 21 septembre 2022, le département des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 18 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique tenue le 9 mars 2023 à 14 heures en présence de Mme Dangeng, greffière d'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, considéré comme travailleur indépendant depuis 2016 perçoit le revenu de solidarité active. A la suite d'un contrôle, ayant révélé que l'intéressé percevait des sommes versées, notamment par ses parents, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a rectifié le montant de ses ressources au titre de l'année 2019 et lui a notifié, par un courrier du 29 septembre 2020, un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 3 649,98 euros. Par une décision du 9 décembre 2020, le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a rejeté son recours administratif préalable. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 9 décembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'aux termes de l'article 7-4 de l'arrêté n° 01-2020 DGASH du 21 février 2020, le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a délégué sa signature à Mme D B, en sa qualité de chef de service " sécurisation et gestion accès aux droits au sein de la direction générale adjointe de la solidarité départementale ", à l'effet de signer tous les actes relatifs au revenu de solidarité active. Dès lors, Mme B pouvait régulièrement signer la décision attaquée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

6. D'ailleurs, les dispositions de l'article R. 262-89 du code de l'action sociale prévoient que dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, par une décision motivée, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

7. En l'espèce, la décision attaquée indique que le droit au revenu de solidarité active de M. A a été révisé à compter d'avril 2019, après prise en considération par la caisse d'allocations familiales de libéralités non déclarées. Elle mentionne l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, et précise que les aides familiales ont été prises en considération dans le calcul de ses droits, ainsi que le montant des sommes réclamées. Par suite, l'acte litigieux qui n'avait pas à indiquer la base de calcul retenue, est suffisamment motivé de sorte que le moyen doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. Il est complété, le cas échéant, par l'aide personnalisée de retour à l'emploi mentionnée à l'article L. 5133-8 du code du travail. ". L'article L. 262-3 du code précité dispose que : " La fraction des revenus professionnels des membres du foyer et le montant forfaitaire mentionné au 2° de l'article L. 262-2 sont fixés par décret. (). L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ". En outre, il résulte des dispositions des articles L. 262-2, L. 262-3, R. 262-6 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles que les aides apportées par des amis ou des parents ne sauraient être assimilées à des " aides et secours financiers dont le montant et la périodicité n'ont pas de caractère régulier " ou à des " aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion des bénéficiaires () dans le domaine du logement ", au sens du 14° de l'article R. 262-11 du même code.

9. Il résulte de l'instruction, et notamment du compte-rendu de l'entretien mené par M. A avec un agent de la caisse d'allocations familiales, et n'est d'ailleurs pas contesté, que le requérant a perçu des rentrées d'argent régulières qu'il n'a pas mentionnées dans ses déclarations trimestrielles. S'il fait valoir que celles-ci correspondent au remboursement d'achats effectués pour ses parents, et n'ont pas le caractère d'aides familiales, il résulte toutefois des dispositions législatives et réglementaires précitées que les aides apportées par des amis ou des parents ne sauraient être assimilées à des " aides et secours financiers dont le montant et la périodicité n'ont pas de caractère régulier ". Or l'attestation établie par ses parents, au demeurant postérieure à la décision de récupération d'indu en litige, ne précise ni les dates, ni les modalités de remboursement et n'est corroborée par aucun justificatif, permettant de corroborer les allégations selon lesquels ces versements correspondaient effectivement au remboursement d'achats effectués dans leur intérêt. Dans ces conditions et compte tenu par ailleurs du montant des sommes en litige qui varie entre 190 euros et 685 euros par mois, et de la régularité et de la fréquence des versements sur la période considérée, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a pu, à bon droit, estimer que ces sommes devaient être qualifiées d'aide familiales et réintégrées dans les revenus de M. A pour le calcul de ses droits au titre du revenu de solidarité active. Il n'est donc pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 décembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a confirmé, pour les mêmes motifs, l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 3 649, 98 euros.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette l'ensemble des conclusions présentées par M. A, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rétablir le bénéfice total du revenu de solidarité active à titre rétroactif à compter du jour de la première retenue effectuée, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du département des Pyrénées-Atlantiques, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, le versement de la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens..

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, au département des Pyrénées-Atlantiques et à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 28 mars 2023

La présidente,

Signé : V. QUEMENERLa greffière,

Signé : M. C

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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