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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100376

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100376

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100376
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCHARBONNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 février 2021 et le 7 février 2023, la commune de Bonnut, représentée par Me Malterre, demande au tribunal :

1°) de condamner in solidum, sur le fondement de la garantie décennale, la société à responsabilité limitée (SARL) Laffitte frères et Mme C à lui verser la somme de 156 800 euros toutes taxes comprises au titre du coût de reprise des désordres affectant la voirie ;

2°) de mettre in solidum à la charge de la SARL Laffitte frères et de Mme C la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens, en ce compris les frais d'expertise de 4 849,04 euros toutes taxes comprises.

Elle soutient que :

- son action est recevable dès lors que par délibération du conseil municipal en date du 11 juin 2020, il a été donné délégation au maire pour la durée de son mandat à fin d'ester en justice ;

- son action est recevable dès lors que les désordres affectent aussi bien la voirie que les pavés de la place, qu'elle est propriétaire de la place et de l'aménagement réalisé devant la mairie, que les ouvrages sont imbriqués, qu'elle avait, à la date de réalisation des travaux, le statut de maître d'ouvrage mandataire des travaux de compétence départementale, et que la partie de voirie en litige se situe en agglomération et relève du pouvoir de police du maire ;

- dès le mois de mars 2012, elle a informé Mme C, maître d'œuvre, d'un faïençage affectant le revêtement de la chaussée ; l'expert judiciaire a relevé un fort faïençage de l'enrobé dès l'entrée du village, une zone de reprise présentant des fissures et des tassements sur un linéaire d'environ 450 mètres et, devant la mairie, la dégradation des joints de pavement du stationnement ; selon l'expert, les dégradations de la chaussée sont caractéristiques d'une structure insuffisante ou qui repose sur une couche de forme mal calibrée ; ces désordres sont imputables à une absence de couche de fondation et de structure de chaussée ; le descellement des pavés des zones de stationnement provient d'un défaut de traitement de la jonction entre pavés et enrobé ;

- elle est fondée à invoquer la garantie décennale prévue par les articles 1792 et suivants du code civil dès lors que selon l'expert, la voirie est impropre à sa destination ; seule la faible densité de circulation a empêché une dégradation totale de l'ouvrage ;

- l'expert a clairement réparti les responsabilités dans la survenance du désordre ; l'architecte est responsable de l'absence d'étude de sol et de note de calcul pour la structure ; l'entreprise est responsable de la réalisation des travaux sans respecter ni le CCTP, ni les règles de l'art quant à la portance de la couche de forme, et de la pose d'une structure de seulement 3 à 8 centimètres d'épaisseur ;

- les interventions du département des Pyrénées-Atlantiques ont eu pour seul objet l'organisation de la circulation pendant la durée des travaux ; elle-même n'a eu à se prononcer que sur la couleur et l'esthétique des éléments du projet d'aménagement, elle ne peut être regardée comme un maître d'ouvrage averti ;

- le coût de reprise des désordres a été chiffré par l'expert à 156 800 euros toutes taxes comprises ;

- elle ne s'oppose pas à ce que la somme de 156 800 euros soit directement versée entre les mains du département des Pyrénées-Atlantiques pour qu'il soit procédé ensuite à une répartition de la réparation allouée au titre de la reprise des désordres.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 septembre 2022 et le 24 février 2023, Mme D C, représentée par Me Charbonnier, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, au rejet des demandes de la commune de Bonnut et de toutes autres parties à son encontre ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que soit laissés à la charge de la requérante ou du département des Pyrénées-Atlantiques 40 % du montant des indemnités sollicitées au titre des travaux de reprise et des frais d'expertise judiciaire, et à la condamnation de la SARL Laffitte frères à la garantir et relever indemne de toutes éventuelles condamnations prononcées à son encontre ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, à la limitation de toute éventuelle condamnation à hauteur de 10 % du montant des travaux de reprise et des frais d'expertise, diminuée du montant du fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée (FCTVA), et au rejet des autres demandes de la commune de Bonnut et de toutes autres parties ;

4°) dans tous les cas, à ce que toutes éventuelles condamnations prononcées en faveur de la commune de Bonnut ou du département des Pyrénées-Atlantiques soient diminuées du montant du FCTVA de 16,404 %, soit une indemnité maximale de 138 868,97 euros, et à ce que soit mise in solidum à la charge de la commune de Bonnut, du département des Pyrénées-Atlantiques et de la SARL Laffitte frères ou de toutes parties succombantes la somme de 8 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable faute, pour la commune de Bonnut, de justifier d'une autorisation du maire pour ester en justice ; la délibération du 11 juin 2020, postérieure à l'introduction de la requête en référé expertise, revêt un caractère général sans indiquer la nature de l'action à engager, la juridiction devant laquelle elle doit être menée ou encore les parties à l'encontre desquelles elle doit être initiée ;

- la requête est irrecevable faute, pour la commune de Bonnut, d'avoir qualité à agir ; le litige porte sur une route départementale, la requérante a seulement reçu délégation du conseil départemental pour réaliser les travaux en litige ; en outre, la communauté de communes de Lacq-Orthez serait gestionnaire de la voirie entre les panneaux d'agglomération depuis 2014 ; les désordres retenus par l'expert comme les travaux de reprise ne concernent que la voirie ;

- la commune de Bonnut est irrecevable à solliciter le versement des indemnités entre les mains du département dès lors que par application d'un principe fondamental en droit français, nul ne plaide par procureur ; de la même façon, les demandes du département des Pyrénées-Atlantiques sont irrecevables ;

- la convention de mandat produite par le département des Pyrénées-Atlantiques signée le 5 octobre 2010 ne lui est pas opposable dès lors qu'elle-même n'est pas partie à cette convention ; elle a, à tout le moins, expiré soit le 22 juin 2010, date de réception des travaux, soit le 22 juin 2011, à l'échéance de la garantie de parfait achèvement ; en tout état de cause, la commune de Bonnut n'avait plus mandat pour ester en justice après l'achèvement des travaux ; à titre superfétatoire, la requérante ne justifie pas avoir, selon la condition posée par la convention de mandat, sollicité l'accord du maître de l'ouvrage avant toute action en justice ;

- à défaut, la commune de Bonnut a bénéficié de l'assistance technique de la direction de l'aménagement, de l'espace et de l'environnement du département si bien qu'elle était en capacité de détecter toutes éventuelles anomalies, tant en phase de conception qu'en phase d'exécution des travaux ; aucun désordre n'a été porté à la connaissance de la maîtrise d'œuvre avant le mois de mars 2012 ; la couche de roulement était déjà existante, la commune et le département ont validé son caractère suffisant ; une étude de sol n'était pas nécessaire pour une simple réfection de la voirie ; aux termes du CCAG-PI, le maître d'ouvrage devait procéder à la vérification des documents d'études ;

- l'entreprise qui réalise les travaux est tenue d'une obligation de conseil à l'égard du maître d'ouvrage et du maître d'œuvre ; elle doit vérifier les plans et instructions de l'architecte et l'informer d'éventuelles insuffisances de préconisations ou de manquements aux règles de l'art ; la SARL Laffitte frères s'est abstenue d'informer tant le maître d'ouvrage que la maîtrise d'œuvre de la nécessité de poser des joints de dilatation ou de réaliser une étude de sol ; la mission VISA n'implique en aucun cas la vérification technique des documents établis par les entreprises ;

- à titre subsidiaire, compte tenu de l'assistance technique dont elle a bénéficié, la commune de Bonnut a, au moins partiellement, contribué au préjudice qu'elle invoque ; a fortiori et pour les mêmes raisons, le département des Pyrénées-Atlantiques ne peut être considéré comme un maître d'ouvrage profane en matière de travaux de voirie ; une quote-part des indemnités sollicitées, ne pouvant être inférieure à 40 %, doit être laissée à la charge de la requérante et du département des Pyrénées-Atlantiques ;

- la SARL Laffitte frères, qui n'a pas respecté les règles de l'art, est responsable des défauts d'exécution et a manqué à son devoir de conseil, doit la garantir et relever indemne de toutes éventuelles condamnations, en principal, frais et intérêts, prononcées à son encontre ;

- à titre infiniment subsidiaire, la commune de Bonnut comme le département des Pyrénées-Atlantiques bénéficient du fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée (FCTVA) si bien que les éventuelles indemnités qui leur seraient allouées doivent être minorées par application du taux de compensation forfaitaire de 16,404 %, sauf à constituer un enrichissement sans cause ; toute condamnation prononcée à son encontre doit être limitée à 10 % du montant total des travaux de reprise et des frais d'expertise judiciaire, diminués à concurrence du montant du FCTVA.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 novembre 2022 et le 20 mars 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Laffitte frères, représentée par Me Dutertre, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à défaut :

- à ce que soit laissée à la charge de la commune de Bonnut une quote-part de 20 % des indemnités sollicitées au titre des travaux de remise en état et des frais d'expertise ;

- à la condamnation de Mme C à hauteur de 55 % du montant des travaux de remise en état et des frais d'expertise ;

- à la limitation de toute éventuelle condamnation à son encontre à hauteur de 25 % du montant des travaux de remise en état et des frais d'expertise ;

3°) en toute hypothèse :

- à la diminution de toute éventuelle condamnation prononcée en faveur de la commune de Bonnut du montant du fond de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée (FCTVA) de 16,404 %, soit une somme maximale de 138 868,97 euros ;

- à ce que soit mise à la charge de la commune de Bonnut la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers dépens dont les frais d'expertise.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable faute, pour la commune de Bonnut, de justifier d'une autorisation du maire pour ester en justice ;

- la requête est également irrecevable faute, pour la commune de Bonnut, d'avoir qualité à agir dès lors que le litige porte sur une route départementale, que la requérante a seulement reçu délégation du conseil départemental pour réaliser les travaux en litige et qu'en outre, la communauté de communes de Lacq-Orthez serait gestionnaire de la voirie entre les panneaux d'agglomération depuis 2014 ; la convention de mandat signée le 5 octobre 2010 entre la commune et le département, qui n'est pas opposable aux tiers, a expiré à l'achèvement des travaux et ne peut plus fonder l'action de la commune au-delà de l'année de parfait achèvement, soit au plus tard le 22 juin 2011 ; la commune n'est pas davantage fondée à solliciter que des sommes soient versées entre les mains du département ; en l'absence de désordre affectant le pavement de la place de la mairie, la commune n'a pas d'intérêt à agir et ne peut davantage invoquer le pouvoir de police du maire ;

- le département des Pyrénées-Atlantiques n'est pas fondé à former des demandes pour le compte de la commune de Bonnut ;

- la commune de Bonnut était en capacité de déceler les éventuelles anomalies du chantier de sorte que sa négligence est fautive et qu'une quote-part de 20 % des indemnités sollicitées au titre des travaux de remise en état et des frais d'expertise doit être laissée à sa charge ; la responsabilité de Mme C est évaluée par l'expert à hauteur de 55 % ; toute éventuelle condamnation prononcée à son encontre doit être limitée à hauteur de 25 % du montant des travaux de remise en état et des frais d'expertise ;

- les sommes réclamées par la commune de Bonnut ne peuvent excéder 138 868,97 euros dès lors qu'elle peut bénéficier du FCTVA.

Par une intervention, enregistrée le 31 janvier 2023, le département des Pyrénées-Atlantiques demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête de la commune de Bonnut.

Il soutient que :

- il justifie d'un intérêt à intervenir dès lors que les travaux de voirie faisant l'objet de désordres concernent une route départementale ;

- la convention de mandat conclue entre la commune de Bonnut, la communauté de communes et le département prévoit une prise en charge, par le département, de la chaussée et de son marquage horizontal, de 50 % du dispositif d'assainissement pluvial et de 50 % des bordures et caniveaux, soit un total de 91 807 euros hors taxes sur un montant total d'opération estimé à 334 201 euros hors taxes ;

- aux termes de l'article 9 de la convention, la commune pouvait agir en justice pour le compte du département jusqu'à l'achèvement des travaux ; selon l'article 2, en cas de désordres ou de malfaçons constatés lors de la réception des travaux, la commune devait suivre la levée des réserves ou la réparation des désordres ; la commune est en capacité d'ester pour son propre compte comme, le cas échéant, pour celui du département ; le pouvoir de police relève du maire, aussi la commune est-elle également fondée à agir à ce titre ;

- selon l'avis du Conseil d'État du 19 décembre 2022, n° 462156, le montant du FCTVA ne peut pas être déduit de l'indemnité.

Par ordonnance du 30 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 14 avril 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 8 septembre 2020, par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. B.

Vu :

- la loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beneteau,

- les conclusions de M. Clen, rapporteur public,

- et les observations de Me Chauvelier, représentant la commune de Bonnut, de Me Dutertre, représentant la SARL Laffitte frères, et de Me Charbonnier, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Bonnut a engagé, en 2009, des travaux d'aménagement de la traversée et de la place du village, dont elle a confié la maîtrise d'œuvre à Mme C par un acte d'engagement du 21 avril 2009 et un avenant du 16 avril 2010. Par un acte d'engagement du 7 décembre 2009 et deux avenants du 8 juin 2010, elle a confié le lot n° 1 " travaux préliminaires - assainissement - revêtements routiers de sols " à la société Laffitte frères. Les travaux ont été réceptionnés sans réserves le 22 juin 2010. Après l'apparition de désordres, portés à la connaissance de Mme C en mars puis en novembre 2012, l'entreprise Laffitte frères a opéré divers travaux de reprise entre novembre 2012 et juin 2014. La réapparition de désordres a conduit à la réalisation, en 2016 par le cabinet Ginger CEPTP, d'un diagnostic technique diligenté par l'assureur de la commune de Bonnut dans le cadre d'une expertise amiable. Saisi par la commune, le juge des référés a, par une décision du 16 janvier 2020, ordonné la réalisation d'une expertise judiciaire. L'expert a déposé son rapport le 26 août 2020. Par la présente requête, la commune de Bonnut demande au tribunal de condamner in solidum, sur le fondement de la garantie décennale, la SARL Laffitte frères et Mme C à lui verser la somme de 156 800 euros toutes taxes comprises au titre du coût de reprise des désordres affectant la voirie.

Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut de la qualité à agir de la commune de Bonnut :

2. En premier lieu, d'une part, l'article 1792 du code civil dispose : " Tout constructeur d'un ouvrage est responsable de plein droit, envers le maître ou l'acquéreur de l'ouvrage, des dommages, même résultant d'un vice du sol, qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui, l'affectant dans l'un de ses éléments constitutifs ou l'un de ses éléments d'équipement, le rendent impropre à sa destination. / () ". Conformément aux principes dont s'inspirent les articles 1792 et suivants de ce code, la personne publique maître de l'ouvrage peut rechercher devant le juge administratif la responsabilité des constructeurs pendant le délai d'épreuve de dix ans.

3. D'autre part, aux termes de l'article 1er de la loi du 12 juillet 1985 relative à la maîtrise d'ouvrage publique et à ses rapports avec la maîtrise d'œuvre privée, dans sa rédaction en vigueur à la date de la signature des marchés en litige : " Les dispositions de la présente loi sont applicables à la réalisation de tous ouvrages de bâtiment ou d'infrastructure ainsi qu'aux équipements industriels destinés à leur exploitation dont les maîtres d'ouvrage sont : / () 2° Les collectivités territoriales () ". Aux termes de l'article 2 de cette loi, dans sa rédaction applicable : " Le maître de l'ouvrage est la personne morale, mentionnée à l'article premier, pour laquelle l'ouvrage est construit. Responsable principal de l'ouvrage, il remplit dans ce rôle une fonction d'intérêt général dont il ne peut se démettre. () ".

4. Il résulte de l'instruction, et notamment des écritures de la requérante, que les désordres au titre desquels elle sollicite une indemnisation, sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs, affectent la chaussée de la route départementale 56 qui traverse le village. Il est constant que cette voie fait partie du domaine public du département des Pyrénées-Atlantiques. Ainsi, seul le département, propriétaire et maître de l'ouvrage, pouvait légalement, soit contracter en vue de faire procéder à des travaux sur son domaine, et opérer lui-même le choix du maître d'œuvre et des entreprises attributaires des lots, soit, le cas échéant, déléguer la maîtrise d'ouvrage publique de l'opération, dans le respect des exigences imposées par la loi susvisée du 12 juillet 1985. Å cet égard, la circonstance invoquée par la commune de Bonnut que les travaux réalisés portaient également sur l'aménagement de la place de la mairie, laquelle appartient au domaine public communal, est sans incidence sur la qualité de maître d'ouvrage du département des Pyrénées-Atlantiques s'agissant de la voirie.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs. ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques ". Les pouvoirs de police que ces articles attribuent au maire, qui lui permettent de prononcer les mesures de sûreté et de sécurité publique, ne lui imposent pas de réaliser une opération de travaux publics correspondant à la réalisation d'un ouvrage qui ne fait pas partie de la voie communale. Ainsi, contrairement à ce que soutient la commune de Bonnut, ces dispositions ne constituent pas, en elles-mêmes, un titre autorisant le maire à contracter en vue de faire procéder à des travaux sur des parcelles n'appartenant pas à la commune.

6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 de la loi susmentionnée du 12 juillet 1985, dans sa rédaction alors en vigueur : " Dans la limite du programme et de l'enveloppe financière prévisionnelle qu'il a arrêtés, le maître de l'ouvrage peut confier à un mandataire, dans les conditions définies par la convention mentionnée à l'article 5, l'exercice, en son nom et pour son compte, de tout ou partie des attributions () de la maîtrise d'ouvrage () ". En vertu de l'article 4 de cette loi, seules certaines personnes morales peuvent se voir confier, dans les limites de leurs compétences, les attributions mentionnées à l'article 3, et selon l'article 5 : " Les rapports entre le maître de l'ouvrage et l'une des personnes morales mentionnées à l'article 4 sont définis par une convention qui prévoit, à peine de nullité : / a) L'ouvrage qui fait l'objet de la convention, les attributions confiées au mandataire, les conditions dans lesquelles le maître de l'ouvrage constate l'achèvement de la mission du mandataire, les modalités de la rémunération de ce dernier, les pénalités qui lui sont applicables en cas de méconnaissance de ses obligations et les conditions dans lesquelles la convention peut être résiliée ; / b) Le mode de financement de l'ouvrage ainsi que les conditions dans lesquelles le maître de l'ouvrage fera l'avance de fonds nécessaires à l'accomplissement de la convention ou remboursera les dépenses exposées pour son compte et préalablement définies ; / c) Les modalités du contrôle technique, financier et comptable exercé par le maître de l'ouvrage aux différentes phases de l'opération ; / d) Les conditions dans lesquelles l'approbation des avant-projets et la réception de l'ouvrage sont subordonnées à l'accord préalable du maître de l'ouvrage ; / e) Les conditions dans lesquelles le mandataire peut agir en justice pour le compte du maître de l'ouvrage. ".

7. D'autre part, lorsque les parties soumettent au juge un litige relatif à l'exécution du contrat qui les lie, il incombe en principe à celui-ci, eu égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, de faire application du contrat. Toutefois, dans le cas seulement où il constate une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d'office par lui, tenant au caractère illicite du contrat ou à un vice d'une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, il doit écarter le contrat et ne peut régler le litige sur le terrain contractuel.

8. Il résulte de l'instruction que par une convention de mandat signée le 5 octobre 2010, le département des Pyrénées-Atlantiques a confié à la commune de Bonnut, dans le cadre des travaux d'aménagement de la traversée du bourg par la route départementale 56, les travaux d'aménagement de la chaussée en enrobé. Ce contrat s'analyse ainsi comme une convention de délégation de maîtrise d'ouvrage publique au sens de la loi susvisée du 12 juillet 1985. Or, sa signature est intervenue postérieurement à l'engagement tant de la mission de maîtrise d'œuvre confiée à Mme C que des travaux confiés à la SARL Laffitte frères. Dans ces conditions, aux dates auxquelles ces marchés de maîtrise d'œuvre et de travaux du lot n° 1 ont été conclus, la commune de Bonnut n'était pas compétente pour contracter avec les constructeurs s'agissant de la voirie départementale, faute d'avoir reçu délégation du maître d'ouvrage.

9. Dans les circonstances de l'espèce, cependant, si les défendeurs contestent la qualité de maître d'ouvrage de la commune de Bonnut en invoquant la nullité de la convention technique qui a été signée postérieurement à la conclusion des marchés de maîtrise d'œuvre et de travaux, le département des Pyrénées-Atlantiques doit être regardé comme ayant donné son accord a posteriori à la conclusion des contrats en cause de maîtrise d'ouvrage et de travaux. Eu égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, l'absence d'autorisation préalable donnée par le département à leur signature par le maire de la commune de Bonnut ne saurait, eu égard au consentement ainsi donné par le département, être regardée comme un vice d'une gravité telle que ces contrats doivent être écartés et que le litige opposant les parties ne doive pas être réglé sur le terrain contractuel. Par ailleurs, alors que ces marchés ont été exécutés jusqu'à la réception des travaux sans que l'une ou l'autre des parties ne remette en cause la validité du consentement qu'elles ont donné à la signature et à l'application de l'ensemble des stipulations de ces contrats, l'exigence de loyauté des relations contractuelles justifie qu'ils ne soient pas écartés du présent litige.

10. Toutefois, il résulte de ce qui précède qu'alors même que ces contrats de maîtrise d'œuvre et de travaux du lot n° 1 ne sont pas entachés de nullité, la commune de Bonnut ne saurait être regardée comme ayant la qualité de maître d'ouvrage des travaux portant sur la route départementale. Dans ces conditions, ainsi que le font valoir les parties défenderesses, la requérante n'a pas qualité pour solliciter la condamnation des constructeurs sur le fondement de la garantie décennale.

11. Au surplus et en tout état de cause, il résulte des stipulations de l'article 2 de la convention de mandat signée le 5 octobre 2010 que sa date d'expiration était fixée à l'achèvement des travaux, après la réception définitive du chantier sans réserve ni observation particulière, y compris l'année de parfait achèvement, précision faite qu'en cas de désordres ou de malfaçons constatés lors de la réception des travaux, il appartiendrait à la commune de Bonnut de suivre la levée de ces réserves ou la réparation des désordres. L'article 9 de la convention stipulait par ailleurs, en son article 9, que la commune pouvait agir pour le compte du département jusqu'à l'achèvement des travaux définis à l'article 2, aussi bien en tant que demandeur qu'en tant que défendeur, sous réserve de demander l'accord du maître de l'ouvrage avant toute action. Or, il est constant que la réception des travaux a été faite sans réserve dès le 22 juin 2010. Dans ces conditions, à supposer que la commune ait sollicité au préalable l'accord du département, ce qui ne résulte pas de l'instruction, la requérante n'était plus fondée, au terme de l'année de parfait achèvement échu le 22 juin 2011, à agir en justice pour le compte du maître d'ouvrage.

12. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre fin de non-recevoir soulevée en défense, les conclusions de la commune de Bonnut tendant à l'engagement de la responsabilité de Mme C d'une part, de la SARL Laffitte frères d'autre part, sur le fondement de la garantie décennale, et à l'indemnisation des désordres affectant la chaussée de la route départementale traversant le village sont irrecevables et doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

Sur l'intervention du département des Pyrénées-Atlantiques :

13. L'intervention du département des Pyrénées-Atlantiques est présentée à l'appui de la requête de la commune de Bonnut. Cette requête étant, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, irrecevable, l'intervention n'est en conséquence pas recevable.

Sur les dépens :

14. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise (). Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".

15. Les frais et honoraires d'expertise ont été taxés et liquidés le 8 septembre 2020 à la somme de 4 849,04 euros toutes taxes comprises. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser cette somme à la charge définitive de la commune de Bonnut.

Sur les frais du litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise in solidum à la charge de Mme C d'une part, de la SARL Laffitte frères d'autre part, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que la commune de Bonnut demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Bonnut les sommes demandées par Mme C et par la SARL Laffitte frères au même titre, non plus que de faire droit aux conclusions présentées à ce titre par Mme C à l'encontre de la SARL Laffitte frères et du département des Pyrénées-Atlantiques.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention du département des Pyrénées-Atlantiques n'est pas admise.

Article 2 : La requête de la commune de Bonnut est rejetée.

Article 3 : Les frais de l'expertise, liquidée et taxée à la somme de 4 849,04 euros (quatre mille huit cent quarante-neuf euros et quatre centimes) toutes taxes comprises par ordonnance de la présidente du tribunal en date du 8 septembre 2020 sont laissés à la charge de la commune de Bonnut.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Bonnut, à la SARL Laffitte frères, à Mme D C, et au département des Pyrénées-Atlantiques.

Copie en sera adressée pour information, à M. A B, expert judiciaire.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

A. BENETEAU

La présidente,

Signé

M. SELLES La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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