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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100625

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100625

mardi 11 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100625
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDO AMARAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er mars 2021 et le 28 octobre 2022, la société à responsabilité limitée Les viandes du Haut-Béarn, représentée par Me Gallardo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de juger que les fonctions de directeur statuaire de l'abattoir d'Ossau et de directeur de fait de l'abattoir d'Oloron Haut-Béarn exercées par M. B A sont incompatibles avec ses fonctions d'élu communautaire, de surcroît vice-président de la communauté de communes du Haut-Béarn, en charge de l'agriculture ;

2°) de mettre en demeure M. B A de choisir entre sa fonction d'agent salarié de l'abattoir d'Ossau et celle d'élu communautaire de la communauté de communes du Haut-Béarn, du fait de l'incompatibilité entre ces deux fonctions ;

3°) d'annuler la décision du 1er décembre 2020 par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a refusé de prononcer la démission d'office de M. A de son mandat de conseiller communautaire ;

4°) de prononcer la démission d'office de M. A de son mandat de conseiller communautaire ;

5°) de mettre à la charge de la partie succombante la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le mandat d'élu communautaire de M. A est incompatible avec ses fonctions de directeur d'abattoir ;

- la décision du préfet est entachée d'erreur de droit, au regard de la qualité de M. A d'entrepreneur de service communautaire et des conflits d'intérêts existant entre les différentes fonctions de l'intéressé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2021, la communauté de communes du Haut-Béarn, représentée par Me Do Amaral, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société les viandes du Haut-Béarn ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tirés de la tardiveté des conclusions dirigées contre la délibération du conseil communautaire de la communauté de communes du Haut-Béarn du 17 juillet 2020, de la tardiveté des conclusions aux fins d'annulation du courrier du sous-préfet d'Oloron-Sainte-Marie du 1er décembre 2020 et de l'inexistence de la décision préfectorale refusant de prononcer la démission d'office de M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code électoral ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumez-Fauchille,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gallardo, représentant la société Les viandes du Haut-Béarn.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 17 juillet 2020, le conseil communautaire de la communauté de communes du Haut-Béarn a élu parmi ses membres ses vices-présidents, au nombre desquels M. B A, par ailleurs directeur de l'abattoir de la communauté de communes de la vallée d'Ossau. La société Les viandes du Haut-Béarn doit être regardée comme demandant l'annulation de cette délibération, du courrier du sous-préfet d'Oloron-Sainte-Marie du 1er décembre 2020 et de la décision par laquelle cette autorité a refusé de prononcer la démission d'office de M. A.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la délibération du conseil communautaire de la communauté de communes du Haut-Béarn du 17 juillet 2020 :

2. Aux termes de l'article L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre. ". Aux termes de l'article L. 5211-2 du même code : " A l'exception de celles des deuxième à quatrième alinéas de l'article L. 2122-4, les dispositions du chapitre II du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au maire et aux adjoints sont applicables au président et aux membres du bureau des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre. ". Aux termes de l'article L. 2121-3 du même code : " Le conseil municipal est élu dans les conditions prévues aux articles L. 1 à L. 118-3, L. 225 à L. 270 et L. 273 du code électoral. ". Aux termes de l'article L. 2122-13 du même code : " L'élection du maire et des adjoints peut être arguée de nullité dans les conditions, formes et délais prescrits pour les réclamations contre les élections du conseil municipal. ". Aux termes de l'article L. 248 du code électoral : " Tout électeur et tout éligible a le droit d'arguer de nullité les opérations électorales de la commune devant le tribunal administratif. () ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence de dispositions contraires, les protestations dirigées contre les opérations électorales par lesquelles un conseil municipal désigne les délégués de la commune à l'assemblée d'un établissement public de coopération intercommunale ainsi que les protestations dirigées contre les opérations électorales par lesquelles un conseil communautaire désigne le présidents et les vice-présidents d'un établissement public de coopération intercommunale doivent être formées et instruites dans les conditions, formes et délais prescrits pour les réclamations contre les élections du conseil municipal.

3. Aux termes de l'article R. 773-1 du code de justice administrative : " Les requêtes en matière d'élections municipales () sont présentées, instruites et jugées dans les formes prescrites par le présent code, par le code électoral et par les lois particulières en la matière. ". Aux termes de l'article R. 119 du code électoral : " Les réclamations contre les opérations électorales doivent être consignées au procès-verbal, sinon être déposées, à peine d'irrecevabilité, au plus tard à dix-huit heures le cinquième jour qui suit l'élection, à la sous-préfecture ou à la préfecture. Elles sont immédiatement adressées au préfet qui les fait enregistrer au greffe du tribunal administratif. / Les protestations peuvent également être déposées directement au greffe du tribunal administratif dans le même délai. () " . Aux termes de l'article D. 2122-2 du code général des collectivités territoriales : " Le délai de cinq jours dans lequel, conformément à l'article L. 2122-13, l'élection du maire et des adjoints peut être arguée de nullité court à partir de vingt-quatre heures après l'élection. ".

4. Il résulte de l'instruction que les président et vice-présidents de la communauté de communes du Haut-Béarn ont été désignés au cours de la séance du conseil communautaire du 17 juillet 2020, de sorte que le délai de recours contre ces désignations expirait le 23 juillet 2020. Or, la requête de la société Les viandes du Haut-Béarn a été enregistrée le 1er mars 2021. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de cette délibération sont tardives.

En ce qui concerne le courrier du sous-préfet d'Oloron-Sainte-Marie du 1er décembre 2020 :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. " Il résulte de ces dispositions que lorsque la notification ne comporte pas les mentions requises, ce délai n'est pas opposable.

6. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

7. Par le courrier visé par les requérants du 1er décembre 2020, le sous-préfet d'Oloron-Sainte-Marie s'est borné à transmettre à ces derniers celui qu'il a lui-même adressé le 2 septembre 2020 au président de la communauté de communes du Haut-Béarn et dans lequel il donne son avis sur la compatibilité des fonctions exercées par M. A avec son mandat électif. Les requérants ont demandé pour la première fois l'annulation de ce courrier dans leur mémoire enregistré au greffe du tribunal le 28 octobre 2022, tandis que la production de ce courrier à l'appui de leur requête introduite le 1er mars 2021 révélait qu'ils en avaient eu connaissance au plus tard à cette date. A supposer cet acte décisoire, les conclusions aux fins de son annulation, formées plus d'un an après la connaissance que les requérants en ont eue, sont donc tardives.

En ce qui concerne la décision préfectorale refusant de prononcer la démission d'office de M. A :

8. Il ne résulte d'aucune pièce du dossier que le sous-préfet d'Oloron-Sainte-Marie a été saisi d'une demande des requérants tendant au prononcé de la démission d'office de M. A de son mandat d'élu communautaire. Dès lors, la décision dont la société requérante demande l'annulation, n'a jamais été prise. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de cet acte sont irrecevables.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de la société Les viandes du Haut-Béarn doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de la société Les viandes du Haut-Béarn, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

12. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société Les viandes du Haut-Béarn doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Les viandes du Haut-Béarn est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Les viandes du Haut-Béarn, à la communauté de communes du Haut-Béarn et à M. B A.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

V. DUMEZ-FAUCHILLE

Le président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

Signé

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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