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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100653

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100653

mercredi 3 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100653
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL COURREGELONGUE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 mars et 15 octobre 2021, M. et Mme A et D B, représentés par Me Darrigrand, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels ils ont été assujettis au titre de la période du 1er décembre 2016 au 31 décembre 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils sont propriétaires d'un terrain sis à Urrugne, dont la nue-propriété a été acquise par la société civile immobilière (SCI) Larrouleta et dont ils ont conservé l'usufruit ; ce bien a été donné à bail commercial par les époux B et la SCI Larrouleta au profit de l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Camping Larrouleta, laquelle exploite une activité de camping ; ils ont encaissé, en tant qu'usufruitiers de ce bien, des loyers qui n'ont pas été assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée ;

- seule l'intention des parties doit être prise en compte pour qualifier le bail en litige ; s'il a été qualifié de commercial, l'intention des parties était de donner à bail des terrains non aménagés et des locaux nus ;

- la désignation des biens stipulée dans le bail ne permet pas de prouver qu'il s'agit de locaux et terrains aménagés, celui-ci ne mentionnant que des " terres à usage de terrain de camping " ; le service a extrapolé les stipulations de la convention de bail ;

- la destination stipulée dans le bail ne permet pas de prouver qu'il s'agit de locaux et terrains aménagés ; il n'énumère que les activités autorisées par le bailleur ;

- les aménagements constatés sur les terrains donnés en location n'appartiennent pas aux époux B, mais à l'EURL Camping Larrouleta ; ils ne disposent pas librement de ces biens ; s'ils ont été réalisés par M. B, ces aménagements et locaux n'ont pas fait l'objet d'un retour dans le patrimoine privé de M. et Mme B, après que ceux-ci aient cédé le fonds de commerce de camping à M. F B ;

- l'administration fiscale considère à tort que le bail comprend des locaux à usage de surface commerciale, alors qu'il ne mentionne pas ces éléments ;

- le camping Larrouleta ne dispose pas de mobil-homes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2021, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 3 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A et D B, propriétaires d'un terrain sis à Urrugne, ont, tout en conservant l'usufruit, apporté la nue-propriété de ce bien à la SCI Larrouleta, gérée par M. B et dont le capital est intégralement détenu, à parts égales, par les requérants. Par un acte du 8 février 2006, ce bien a été donné à bail commercial par les époux B et la SCI Larrouleta à l'EURL Camping Larrouleta, laquelle exploite une activité de camping et dont la gestion est assurée par M. F B. A l'issue d'un contrôle sur pièces des déclarations de revenus souscrites par M. et Mme B entre les années 2016 et 2018, le service, estimant que l'activité exercée présentait les caractéristiques d'une exploitation commerciale, a remis en cause le caractère civil de cette location. Par une proposition de rectification du 7 octobre 2019, l'administration fiscale a mis à la charge des époux B des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018 pour un montant total de 25 108 euros. Par un courrier du 19 novembre 2019, les observations présentées par M. et Mme B ont été rejetées. Le service a implicitement rejeté la réclamation préalable formée par M. et Mme B le 20 juillet 2020. Par leur requête, M. et Mme B demandent au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels ils ont été assujettis au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ". L'article R. 193-1 du même code dispose que : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. ". M. et Mme B ayant fait l'objet d'une procédure de taxation d'office en application des dispositions de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales, ils supportent la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions en litige.

3. D'autre part, aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel () ". Aux termes de l'article 256 A du même code : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. (). Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services () ". Et aux termes de l'article 261 D de ce code : " Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée () / 2° Les locations de terrains non aménagés et de locaux nus, à l'exception des emplacements pour le stationnement des véhicules ; toutefois, ces dispositions ne sont pas applicables lorsque les locations constituent pour le bailleur un moyen de poursuivre, sous une autre forme, l'exploitation d'un actif commercial ou d'accroître ses débouchés ou lorsque le bailleur participe aux résultats de l'entreprise locataire () ".

4. Doit être regardée comme une location de terrains aménagés celle qui porte sur des terrains qui sont pourvus des aménagements nécessaires, c'est-à-dire de ceux sans lesquels l'exploitation commerciale à laquelle ils sont destinés n'est pas possible.

5. Il est constant que, par bail à titre commercial, prenant effet le 1er janvier 2006, M. et Mme B, en qualité d'usufruitiers, et la SCI Larrouleta ont donné en location, pour une durée de neuf ans et moyennant un loyer annuel de 36 000 euros, diverses parcelles de terre à usage de terrain de camping, d'une superficie totale de 11ha 23a 86 ca, composés notamment, ainsi qu'il ressort de l'extrait cadastral produit par le service en défense, d'emplacements de camping et de terrains d'agrément avec piscine, de blocs sanitaires, d'un restaurant-commerce, et d'un local abritant la réception du camping. Il ne résulte pas des stipulations de cet acte, qui précise que le preneur utilisera les lieux loués pour l'exploitation d'activités de camping, caravaning, bar et restaurant, et contrairement à ce que soutiennent les requérants, que la commune intention des parties ait été de donner en location des terrains non aménagés et des locaux nus. Le service fait en outre valoir, sans être contesté, que les requérants ont exploité sur ces terrains, avant qu'ils ne soient donnés en location à l'EURL Larrouleta, un terrain de camping classé en catégorie 3 étoiles par arrêté préfectoral du 6 juillet 1995 et qu'ils y ont fait réaliser, au début des années 2000, d'importants travaux d'aménagement affectant les terrains et bâtiments, consistant en des travaux d'électricité, ou encore de pose de charpente, et portant notamment sur les blocs sanitaires et la piscine. Ainsi, M. et Mme B n'établissent pas, contrairement à ce qu'ils soutiennent, que les aménagements constatés sur les terrains donnés en location ne leur appartiendraient pas mais seraient la propriété de l'EURL Larrouleta, alors qu'il résulte par ailleurs de la liste des immobilisations de l'EURL Camping Larrouleta produite par les requérants que plusieurs aménagements nécessaires à l'exploitation commerciale de ces terrains, tels que la construction d'un court de tennis réalisée en 1986, la construction en 1994 de locaux à usage de bar, ou encore des travaux portant sur la piscine du camping effectués en 2005, ont été réalisés avant qu'ils ne soient donnés à la location. Dans ces conditions, et alors même que le preneur aurait acquis des matériels et mobiliers mobiles utiles à l'exploitation du camping, M. et Mme B doivent être regardés comme ayant donné en location des terrains pourvus des aménagements nécessaires en vue d'une exploitation commerciale. En conséquence, les loyers encaissés par M. et Mme B, dont l'activité commerciale entrait dans le champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée, activité qui n'implique au demeurant pas nécessairement, contrairement à ce que soutient la requérante, l'exploitation de maisons mobiles, étaient au titre de la période litigieuse, assujettis à la TVA et ne pouvaient être exonérés de cette taxe en application des dispositions précitées du 2° de l'article 261 D du code général des impôts. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à leur charge au titre de la période vérifiée ne seraient pas fondés en droit.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. et Mme B doit être rejetée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par M. et Mme B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et D B et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

L. E

La présidente,

Signé

M. C

La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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