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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100729

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100729

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100729
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPROUST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 mars 2021 et le 2 novembre 2021, M. B C, représenté par Me Proust, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des prélèvements sociaux sur la plus-value constatée lors de la cessation de son activité d'agent général d'assurances et de la taxe exceptionnelle prévue au V de l'article 151 septies A du code général des impôts, auxquels il a été assujetti au titre de l'année 2017, pour une somme totale de 56 374 euros en droits ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de rejet de sa réclamation est entachée d'incompétence de son auteur ;

- l'indemnité qu'il a perçue a été qualifiée à tort d'indemnité compensatrice de cession de l'activité d'agent général d'assurances, exonérée d'impôt sur le revenu sur le fondement de l'article 151 septies A du code général des impôts, dès lors que la cession s'est déroulée dans les conditions d'une cession de gré à gré ; seule la compagnie d'assurances y a fait obstacle ; la reprise de l'activité s'est effectuée sans interruption ; la compagnie d'assurances lui a versé l'indemnité en contrepartie de la cession de sa clientèle dès lors qu'elle avait refusé l'agrément du premier repreneur qu'il lui avait présenté et que les délais qu'elle lui imposait étaient trop courts pour qu'il en présente un second ; le portefeuille de clients a été directement transmis au repreneur, sans transiter par la compagnie d'assurances ; le repreneur lui a versé directement une indemnité pour la cession du portefeuille de co-courtage, élément compris dans la cession globale ;

- la cession remplit toutes les conditions de l'exonération prévue par l'article 238 quindecies du code général des impôts, telles que précisées par le bulletin officiel des finances publiques publié sous le numéro BOI-BIC-PVMV-40-20-50 le 25 mars 2014 ;

- à titre subsidiaire, la cession doit être requalifiée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 septembre 2021 et le 8 décembre 2021, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision de rejet de la réclamation préalable est inopérant ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 26 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 28 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- les conclusions de M. Clen, rapporteur public,

- et les observations de Me C, représentant M. C.

Une note en délibéré, présentée pour M. C, a été enregistrée le 30/03/2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, domicilié à Campet-et-Lamolère (Landes) a exercé l'activité d'agent général d'assurances jusqu'au 31 décembre 2017, date de son départ à la retraite. Il a perçu une indemnité de cessation de mandat d'un montant total de 313 077 euros. Il a déclaré, au titre des revenus de l'année 2017, une plus-value à long terme à hauteur de 297 652 euros qu'il a placée sous le régime de l'exonération prévue à l'article 151 septies A du code général des impôts. Par un avis d'imposition du 9 septembre 2018, l'administration a soumis la plus-value aux prélèvements sociaux, à hauteur de 51 196 euros, et la totalité de l'indemnité de cessation de mandat à la taxe exceptionnelle prévue au V de l'article 151 septies A du code général des impôts, à hauteur de 5 178 euros. Par une réclamation du 17 novembre 2020, M. C a contesté ces impositions au motif que, s'agissant d'une cession de gré à gré, elle devait bénéficier de l'exonération prévue à l'article 238 quindecies du code général des impôts. Sa réclamation a été rejetée le 3 février 2021. Il demande au tribunal de prononcer la décharge des prélèvements sociaux sur la plus-value constatée lors de la cessation de son activité d'agent général d'assurances et de la taxe exceptionnelle prévue au V de l'article 151 septies A du code général des impôts, auxquels il a été assujetti au titre de l'année 2017, pour une somme totale de 56 374 euros en droits.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article 408 de l'annexe II du code général des impôts : " I. - 1° Le directeur départemental des finances publiques () a seul pouvoir de : / a) Statuer sur les réclamations contentieuses mentionnées à l'article L. 190 du livre des procédures fiscales ; / () II. - Pour l'exercice de leurs attributions en matière contentieuse et gracieuse, les directeurs mentionnés au I peuvent déléguer leur signature, dans les limites et conditions fixées par arrêté du ministre chargé du budget, aux agents placés sous leur autorité qui ne bénéficient pas de la délégation mentionnée au III. / () V. - Les délégations prévues au II et au IV font l'objet : / a) Lorsqu'elles sont accordées à un agent d'une direction spécialisée des finances publiques ou d'un service à compétence nationale, d'une publication, selon le cas, au Bulletin officiel des finances publiques ou au Bulletin officiel des douanes ; / b) Dans les autres cas, d'une publication au recueil des actes administratifs du département du siège de la direction dont relève l'agent concerné ou d'un affichage dans les locaux du service dans lequel il est affecté. ". Selon l'article 212 de l'annexe IV du même code : " I. - Les délégations de signature accordées sur le fondement de l'article 408 de l'annexe II au code général des impôts peuvent habiliter l'ensemble des agents : / 1° A prendre, en matière contentieuse, des décisions de décharge, réduction, restitution ou rejet ; () ". L'article 213 de la même annexe du même code dispose : " I. - Les directeurs mentionnés au I de l'article 408 de l'annexe II au code général des impôts relevant de la direction générale des finances publiques peuvent déléguer leur signature : / 1° Aux agents exerçant leurs fonctions dans les services de direction, dans des limites qu'ils fixent eux-mêmes, à l'effet de prendre l'ensemble des actes et décisions mentionnés à l'article 212 ; / () ".

3. M. C soutient que la décision du 3 février 2021 par laquelle l'administration a rejeté sa réclamation préalable a été signée par une autorité incompétente. Toutefois, il résulte de l'instruction que le signataire de la décision de rejet du 3 février 2021, M. A E, est titulaire du grade d'inspecteur divisionnaire et que, par une décision du 2 septembre 2019, publiée le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 40-2019-081 de la préfecture des Landes, le directeur départemental des finances publiques des Landes lui a notamment donné délégation de signature, en matière de contentieux fiscal d'assiette, pour les décisions d'admission totale, d'admission partielle ou de rejet, de dégrèvement ou de restitution d'office, sans limitation de montant. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de rejet du 3 février 2021 a été signée par une autorité incompétente doit être écarté. En tout état de cause, les irrégularités entachant les décisions par lesquelles l'administration fiscale rejette les réclamations des contribuables n'ont aucune incidence sur la régularité ou le bien-fondé des impositions.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

4. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement. ".

5. Il résulte de l'instruction que M. C a effectué une déclaration complémentaire de revenus, au titre de l'année 2017, dans laquelle il a indiqué, à la ligne 5QM, un montant de 313 077 euros d'indemnités de cessation d'activité, et à la ligne 5HG, un montant de 297 652 euros de plus-value à long terme exonérée en cas de départ à la retraite. L'imposition a été établie conformément à sa déclaration. Par suite, il supporte la charge de démontrer le caractère exagéré des impositions qu'il conteste.

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

6. Aux termes de l'article 93 quater du code général des impôts : " I. Les plus-values réalisées sur des immobilisations sont soumises au régime des articles 39 duodecies à 39 novodecies. () ". Aux termes de l'article 151 septies A du même code, dans sa rédaction applicable à l'année 2017 : " I. - Les plus-values soumises au régime des articles 39 duodecies à 39 quindecies, autres que celles mentionnées au III, réalisées dans le cadre d'une activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole, sont exonérées lorsque les conditions suivantes sont réunies () / V. - 1. L'indemnité compensatrice versée à un agent général d'assurances exerçant à titre individuel par la compagnie d'assurances qu'il représente à l'occasion de la cessation du mandat bénéficie du régime mentionné au I si les conditions suivantes sont réunies : / a) Le contrat dont la cessation est indemnisée doit avoir été conclu depuis au moins cinq ans au moment de la cessation ; / b) L'agent général d'assurances fait valoir ses droits à la retraite à la suite de la cessation du contrat ; / c) L'activité est intégralement poursuivie dans le délai d'un an. / 2. Lorsque le régime de faveur prévu au 1 s'applique, l'agent général d'assurances qui cesse son activité est assujetti, sur le montant de l'indemnité compensatrice, à une taxe exceptionnelle établie selon le tarif prévu à l'article 719. Cette taxe est établie, contrôlée et recouvrée comme l'impôt sur le revenu et sous les mêmes garanties et sanctions. Un décret détermine les modalités d'application du présent 2 et les obligations déclaratives incombant aux redevables et aux compagnies d'assurances ". Aux termes de l'article 238 quindecies de ce code, dans sa rédaction applicable à l'année 2017 : " I. - Les plus-values soumises au régime des articles 39 duodecies à 39 quindecies et réalisées dans le cadre d'une activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole à l'occasion de la transmission d'une entreprise individuelle ou d'une branche complète d'activité autres que celles mentionnées au V sont exonérées pour : 1° La totalité de leur montant lorsque la valeur des éléments transmis servant d'assiette aux droits d'enregistrement mentionnés aux articles 719,720 ou 724 ou des éléments similaires utilisés dans le cadre d'une exploitation agricole est inférieure ou égale à 300 000 € () ". Enfin, aux termes de l'article 20 du règlement n° 1 annexé au décret du 5 mars 1949 portant homologation du statut des agents généraux d'assurances : " L'agent général d'assurances qui () cesse de représenter une société d'assurances dans la circonscription déterminée par son traité de nomination a le droit, à son choix : / Soit de présenter à la société un successeur dans un délai maximum de deux mois () ; / Soit d'obtenir de la société une indemnité compensatrice des droits de créance qu'il abandonne sur les commissions afférentes au portefeuille de l'agence générale d'assurances dont il est titulaire () ".

7. M. C, qui exerçait la profession d'agent général d'assurances, a fait valoir ses droits à la retraite à compter du 31 décembre 2017 et a déclaré à la compagnie d'assurances vouloir user de son droit de présentation d'un successeur. Le 6 avril 2017, le successeur qu'il avait présenté à l'agrément a fait connaître son renoncement à la cession de gré à gré. En conséquence, la compagnie d'assurances a informé M. C qu'il percevrait une indemnité de cessation de mandat. Cette indemnité, d'un montant de 313 077 euros, a été soumise à la taxe exceptionnelle calculée selon le tarif prévu à l'article 719 du code général des impôts, et a généré une plus-value d'un montant de 297 652 euros, exonérée d'impôt sur le revenu sur le fondement de l'article 151 septies A du même code et soumise aux prélèvements sociaux.

8. M. C conteste ces impositions au motif que sa cessation d'activité s'est déroulée dans les conditions d'une cession de gré à gré. Il revendique en conséquence le bénéfice de l'exonération, prévue à l'article 238 quindecies du code général des impôts, des plus-values soumises au régime des articles 39 duodecies à 39 quindecies de ce code et réalisées dans le cadre d'une activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole à l'occasion de la transmission d'une entreprise individuelle ou d'une branche complète d'activité.

9. Il résulte de l'instruction qu'après le renoncement du candidat présenté à l'agrément par M. C, ce dernier a souhaité céder son activité de gré à gré au repreneur retenu par la compagnie d'assurances. Toutefois, s'il soutient que seules les règles internes à la compagnie l'ont empêché de présenter un second candidat à l'agrément et qu'en conséquence, la cession doit être regardée comme ayant été réalisée dans les conditions d'une cession de gré à gré, il ne produit à l'instance aucune pièce établissant qu'il a présenté son nouveau successeur à l'agrément. Par ailleurs, il résulte des pièces qu'il a produites, et notamment du courrier que lui a adressé la compagnie d'assurances le 2 mai 2017, qu'en raison du renoncement du premier candidat à la cession de gré à gré, la compagnie d'assurances s'est engagée à verser à M. C une indemnité de cessation de mandat. Par un courrier électronique du 26 juillet 2017, la compagnie d'assurances a rappelé au requérant qu'en dépit de ses démarches tendant à effectuer la cession de son portefeuille de gré à gré, les conditions de son départ donneraient lieu au versement de l'indemnité de cessation de mandat. Enfin, il est constant que l'indemnité a été versée à M. C par la compagnie d'assurances et que le nouvel agent général d'assurances ayant repris son activité à compter de son départ à la retraite ne lui a versé aucune somme à ce titre. À cet égard, la circonstance que l'activité n'ait pas connu d'interruption et que M. C ait transmis directement le fichier clients au repreneur, ne saurait avoir d'influence sur le régime d'imposition de la plus-value de cession, dès lors que M. C n'a pas cédé de gré à gré son activité professionnelle mais qu'il a cessé son activité d'agent général d'assurances. En outre et au demeurant, M. C, dans sa déclaration complémentaire de revenus de l'année 2017, a lui-même entendu bénéficier de l'exonération d'impôt sur la plus-value de l'indemnité compensatrice versée à un agent général d'assurances, sur le fondement de l'article 151 septies A du code général des impôts. Dans ces conditions, il n'établit ni que la cession aurait eu lieu dans les conditions d'une cession de gré à gré, ni que l'indemnité qui lui a été servie ne serait pas une indemnité de cessation de mandat.

10. Au surplus et en tout état de cause, le montant servi à M. C par la compagnie d'assurances l'a été en contrepartie de l'abandon de ses droits de créances sur les commissions afférentes au portefeuille de l'agence générale dont il était titulaire. En conséquence, cette somme ne saurait être regardée comme constituant le prix de cession d'une entreprise individuelle ou d'une branche complète d'activité au sens des dispositions précitées de l'article 238 quindecies du code général des impôts et M. C ne soutient pas utilement qu'il remplit les conditions requises pour en bénéficier. Par suite, la plus-value perçue lors de la cessation de son activité n'est pas au nombre de celles exonérées en application des dispositions de l'article 238 quindecies du code général des impôts et relève du régime spécifique d'exonération prévu à l'article 151 A septies du code général des impôts pour les plus-values réalisées au titre des indemnités compensatoires reçues par les agents généraux d'assurances faisant valoir leurs droits à la retraite, en demeurant néanmoins assujettie à la taxe spéciale prévue au V dudit article ainsi qu'aux contributions sociales.

En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale :

11. À supposer même que le requérant ait entendu soulever le moyen tiré de l'application de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, il ne saurait se prévaloir, à cet égard, de l'instruction fiscale référencée BOI-BIC-PVMV-40-20-50 publiée le 25 mars 2014 qui ne donne pas de la loi une interprétation différente de celle dont il a été fait application.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C à fin de décharge des prélèvements sociaux sur la plus-value constatée lors de la cessation de son activité d'agent général d'assurances et de la taxe exceptionnelle prévue au V de l'article 151 septies A du code général des impôts, auxquels il a été assujetti au titre de l'année 2017, pour une somme totale de 56 374 euros en droits, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

A. F

La présidente,

Signé

M. D

La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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