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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100952

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100952

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100952
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET FIDAL TOULOUSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 avril 2021 et le 29 juillet 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Air Cost Control (A2C), représentée par Me Montergoux-Lafaille et Me Drevet-Lapassade, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de l'imposition supplémentaire de cotisation foncière des entreprises (CFE) mise à sa charge au titre de l'année 2018 d'un montant de 95 483 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'appréciation du caractère industriel d'une activité s'effectue selon des critères objectifs appropriés tels que la nature et l'importance des moyens techniques ; l'administration fiscale n'est pas fondée à justifier du caractère industriel de son activité en énumérant seulement le matériel utilisé et aurait dû s'interroger sur la réelle automatisation des installations acquises par le biais de l'analyse de documents probants (modes d'emploi, factures, etc), la répartition et l'affectation des locaux, l'importance de la masse salariale par rapport au matériel et à l'outillage, la comparaison entre la valeur brute du matériel et la valeur des locaux nus.

- l'administration n'a pas analysé l'ensemble des informations et documents portés à son attention dans le cadre de la réclamation contentieuse en date du 14 janvier 2021 puisqu'aucun argument nouveau n'a été présenté au sein de la décision de rejet du 9 février 2021 de sa réclamation contentieuse ;

- l'acquisition de stockeurs " Lean Lift " et " Rotomat " n'a pas pour objectif d'accroître sa productivité ainsi que le fait valoir l'administration fiscale, mais a été réalisée dans le seul but de répondre aux normes imposées par ses clients, de garantir une qualité de stockage et de protection des pièces et des articles stockés, de répartir les milliers d'articles de la manière la plus optimale possible et de gérer correctement les stocks ; ces stockeurs sont principalement manuels et nécessitent du personnel humain afin de les faire fonctionner ; elle a acquis la version standard de ces stockeurs qui ne sont pas automatisés ; la faible consommation électrique des stockeurs à hauteur de 4% de ses besoins en énergie est particulièrement révélatrice de l'absence d'automatisation de ces installations ; ces installations ne constituent que des étagères mobiles nécessaires à l'optimisation spatiale des locaux et venant apporter un soutien au personnel ; dès lors que les moyens techniques ne permettent pas la mécanisation et l'informatisation entièrement, elle ne peut être caractérisée d'établissement industriel ;

- la surface de la zone hors stockage correspond à 65,42 % de la surface totale utilisée pour son activité ; l'administration n'a donc pas analysé l'ensemble des pièces et informations communiquées au cours de la procédure en tant qu'elle a considéré que l'activité de stockage occupe à elle seule près de la moitié de la surface des locaux de l'entreprise ;

- ce n'est pas la pesée relative des facteurs techniques et humains en termes quantitatifs qui est décisive dans la qualification d'établissement industriel mais leur place dans le processus d'exploitation de l'entreprise ; dans le cadre du processus mis en place, le facteur humain dispose d'une place essentielle et indispensable au bon déroulé de son activité en tant que le personnel est indispensable au cours de la procédure de réception et d'expédition des colis et qu'en son absence, son activité ne peut être exercée ; l'effectif du personnel est en augmentation ; l'administration n'a pas fait application d'une analyse approfondie fondée sur des critères objectifs ;

- l'argumentation de l'administration reposant sur l'hypothèse selon laquelle le gain de productivité et l'augmentation du chiffre d'affaires démontrent le caractère industriel de son activité ne peut être fondée.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 6 juillet 2021 et le 25 août 2022, la direction départementale des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques, représentée par son directeur, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société A2C, créée en 2004, exerce une activité de centrale d'achat, d'import-export d'articles électriques et métalliques, de matériels et pièces détachées ainsi que d'équipements du secteur aéronautique. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur l'ensemble des déclarations fiscales susceptibles d'être examinées pour la période du 1er janvier 2014 au 31 mars 2017. Par courrier du 2 octobre 2017, l'administration fiscale a informé la société de l'application pour la détermination de la valeur locative foncière de la méthode dite comptable pour les établissements industriels et non plus de la méthode dite par comparaison pour les locaux commerciaux aux impositions de cotisation foncière des entreprises mises à la charge de la société au titre des années 2015, 2016, 2017 et 2018. Le 31 octobre 2018, une imposition supplémentaire de cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2018 a été mise en recouvrement d'un montant de 105 812 euros. Par courrier du 21 novembre 2018, la société a présenté une réclamation contentieuse. Par courrier du 17 juin 2019, l'administration fiscale a dégrevé partiellement l'imposition supplémentaire de cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2018 à hauteur de la somme de 95 483 euros. Par courrier du 8 novembre 2019, l'administration fiscale a annulé le dégrèvement ainsi accordé. La somme de 95 483 euros correspondant à la cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2018 a été mise en recouvrement le 30 novembre 2020. Par courrier du 14 janvier 2021, la société a présenté une réclamation contentieuse, laquelle a été rejetée par décision de l'administration fiscale en date du 9 février 2021. La société A2C demande la décharge de l'imposition supplémentaire de cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2018.

Sur l'imposition supplémentaire de cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2018 :

2. Aux termes de l'article 1447 du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " I. - La cotisation foncière des entreprises est due chaque année par les personnes physiques ou morales, les sociétés non dotées de la personnalité morale ou les fiduciaires pour leur activité exercée en vertu d'un contrat de fiducie qui exercent à titre habituel une activité professionnelle non salariée. () ". Aux termes de l'article 1467 du même code : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France () / La valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière est calculée suivant les règles fixées pour l'établissement de cette taxe. / Pour le calcul de l'impôt, la valeur locative des immobilisations industrielles définie à l'article 1499 est diminuée de 30 %. (). ". Aux termes de l'article 1499 du même code dans sa version applicable au litige : " La valeur locative des immobilisations industrielles passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties est déterminée en appliquant au prix de revient de leurs différents éléments, revalorisé à l'aide des coefficients qui avaient été prévus pour la révision des bilans, des taux d'intérêt fixés par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. Revêtent un caractère industriel, au sens de l'article 1499 du code général des impôts précité, les établissements dont l'activité nécessite d'importants moyens techniques, non seulement lorsque cette activité consiste dans la fabrication ou la transformation de biens corporels mobiliers, mais aussi lorsque le rôle des installations techniques, matériels et outillages mis en œuvre, fût-ce pour les besoins d'une autre activité, est prépondérant.

4. Un entrepôt de stockage équipé de moyens techniques permettant une manipulation entièrement informatisée et mécanisée des produits réceptionnés, stockés puis réexpédiés présente un caractère industriel au sens des dispositions de l'article 1499 du code général des impôts, eu égard à l'importance de ces moyens et au rôle prépondérant que leur utilisation joue dans l'exercice par la société de son activité au sein de l'établissement.

5. Il résulte de l'instruction que, dans la partie des locaux dédiée à l'activité de stockage de la société requérante, l'exploitant dispose, pour recevoir, stocker et distribuer les produits qu'il commercialise, de six stockeurs performants " Lean-lift " et " Rotomatic " de marque Hänel, d'une valeur de plus d'un million d'euros, organisés en un système de rayonnage vertical comprenant un élévateur de positionnement commandé par un ordinateur qui se place automatiquement à hauteur des emplacements de stockage pour prélever le plateau demandé dès la réception d'une commande client. La même technique est utilisée pour insérer des pièces dans les rayonnages afin de les stocker lorsqu'elles arrivent dans l'entrepôt. En complément de ce système de stockage, l'exploitant dispose d'un stockeur multiplace, de deux transpalettes, d'un chariot élévateur, d'un chariot huit plateaux, d'une machine à câble, de trois racks de stockage mobile, de trois racks simples et d'une machine couronneuse. Il n'est pas contesté, d'une part, que les installations et matériels doivent être mis en œuvre par du personnel, ni d'autre part, que la surface des locaux non-destinée au stockage représente 65,42 % de la surface totale et enfin que la valeur brute du matériel et outillage est minime en comparaison à celle des constructions. Il résulte toutefois de l'instruction que les importants moyens techniques mécanisés décrits précédemment, permettant à l'exploitant de manipuler un stock de 40 000 références au sein de ces locaux par un personnel d'un effectif évalué à 15,80 équivalent temps plein, jouent un rôle prépondérant dans l'activité d'import-export exercée par la SAS Air Cost Control, dont l'activité de stockage est le support nécessaire, sans que la société requérante puisse se prévaloir de l'absence d'automatisation de la chaîne de stockage. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration a estimé, que les locaux litigieux constituaient un établissement industriel et a retenu la méthode d'évaluation comptable définie à l'article 1499 du code général des impôts.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la société Air Cost Control aux fins de décharge de l'imposition supplémentaire de cotisation foncière des entreprises mise à sa charge au titre de l'année 2018 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la direction départementale des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Air Cost Control demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société Air Cost Control est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Air Cost Control et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

Z. B

La présidente,

Signé

M. A

La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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