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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2101020

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2101020

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2101020
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPONSART

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 16 avril 2021, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Toulouse a transmis au tribunal la requête présentée par l'Office public de l'habitat des Hautes-Pyrénées.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulouse le 23 mars 2021 et au greffe du tribunal administratif de Pau le 16 avril 2021, et un mémoire, enregistré le 17 octobre 2022, l'Office public de l'habitat des Hautes-Pyrénées, représenté par Me Ponsart, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) à titre principal, de prononcer la décharge des rappels de taxe sur les salaires qui lui ont été réclamés, par un avis de mise en recouvrement du 30 octobre 2020, à hauteur de la somme de 58 791 euros pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2016, de la somme de 85 085 euros pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2017, et de la somme de 104 708 euros pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2018, ainsi que des intérêts de retard d'un montant de 11 129 euros ;

2°) à titre subsidiaire, de prononcer la décharge partielle des rappels de taxe sur les salaires qui lui ont été réclamés pour les mêmes périodes, à concurrence des sommes respectives de 29 396 euros, de 35 681 euros et de 36 789 euros, hors intérêts de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en 2010, il a sollicité, sur le fondement du 1° du I de l'article 231 du code général des impôts, pour les années 2007, 2008 et 2009, une restitution partielle de la taxe sur les salaires résultant d'un calcul du prorata d'assujettissement à la taxe sur les salaires intégrant les livraisons à soi-même ; par trois décisions du 20 juillet 2010, l'administration a fait droit à sa demande ; ces décisions individuelles, fondées sur les dispositions de l'article 231 du code général des impôts, sont opposables à l'administration, sans qu'ait d'incidence, à cet égard, une décision du Conseil d'État prise en 2015 ; l'administration n'a pas rapporté ses réponses avant la vérification de comptabilité menée en 2019 ; la proposition de rectification de 2019, qui constitue un changement de doctrine, ne peut valoir que pour les années ultérieures ;

- selon le paragraphe n° 110 de l'instruction fiscale référencée BOI-TPS-TS-20-30, l'administration ne suit que partiellement la jurisprudence du Conseil d'État en matière de livraisons à soi-même en les distinguant selon leur comptabilisation ; elle admet ainsi la prise en compte des livraisons à soi-même qui ne sont pas immobilisées ; par application de cette doctrine, les proratas d'assujettissement à retenir, la concernant, sont de 75 % pour l'année 2016, de 79 % pour l'année 2017 et de 81 % pour 2018, de sorte que les droits de taxe sur les salaires qui doivent lui être restitués s'élèvent à 29 396 euros au titre de l'année 2016, 35 681 euros au titre de l'année 2017, et 36 789 euros au titre de l'année 2018, hors intérêts de retard.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2022, la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par l'Office public de l'habitat des Hautes-Pyrénées ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 22 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 24 octobre 2022.

Un mémoire présenté par la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Pyrénées a été enregistré le 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beneteau,

- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'Office public de l'habitat des Hautes-Pyrénées, établissement public local à caractère industriel et commercial créé en 1990 et dont le siège est à Tarbes (Hautes-Pyrénées), a pour activité principale la location de logements. Il a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la taxe sur les salaires au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018. À l'issue du contrôle, par une proposition de rectification du 12 décembre 2019, selon la procédure contradictoire, l'administration a remis en cause le calcul du prorata d'assujettissement à la taxe sur les salaires pour les trois années vérifiées au motif que l'Office public de l'habitat des Hautes-Pyrénées avait à tort pris en compte les livraisons à soi-même. Les observations formulées par le contribuable le 5 février 2020 ont été rejetées par une décision du 12 février 2020. Les rappels de taxe sur les salaires, assortis de pénalités, ont été mis en recouvrement, par un avis du 30 octobre 2020, pour les sommes totales de 248 584 euros en droits et de 11 129 euros d'intérêts de retard. La réclamation préalable formée par l'intéressé le 10 décembre 2020 a été rejetée le 1er mars 2021. L'Office public de l'habitat des Hautes-Pyrénées demande au tribunal, à titre principal, de prononcer la décharge des rappels de taxe sur les salaires qui lui ont été réclamés, par un avis de mise en recouvrement du 30 octobre 2020, à hauteur des sommes de 58 791 euros pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2016, de 85 085 euros pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2017, et de 104 708 euros pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2018, ainsi que des intérêts de retard d'un montant de 11 129 euros, et à titre subsidiaire, de prononcer la décharge partielle des rappels de taxe sur les salaires qui lui ont été réclamés pour les mêmes périodes, à concurrence des sommes respectives de 29 396 euros, de 35 681 euros et de 36 789 euros, hors intérêts de retard.

Sur le bien-fondé de l'imposition et l'interprétation administrative de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / () Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. " Aux termes de l'article L. 80 B du même livre : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L 80 A est applicable : /1° lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal () ".

3. Lorsqu'un contribuable, à l'appui de conclusions tendant à la décharge ou à la réduction d'une imposition, et l'administration fiscale ont entendu se placer devant les juges du fond exclusivement sur le terrain de la doctrine fiscale et qu'ainsi, en n'articulant aucun moyen sur le terrain de la loi fiscale, ils excluent la loi des débats, la juridiction n'est pas tenue d'examiner également le bien-fondé de la demande par rapport audit texte.

4. En premier lieu, l'Office public de l'habitat des Hautes-Pyrénées soutient, sur le fondement des dispositions combinées du premier alinéa de l'article 80 A et de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales, que les décisions de dégrèvement en date du 20 juillet 2010 sont des décisions individuelles opposables à l'administration et que l'administration, en faisant droit à ses demandes de restitution des cotisations de taxe sur les salaires mises à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2007 au 31 décembre 2009, s'est prononcée sur son régime fiscal et a validé celui pratiqué antérieurement. Toutefois, il n'est pas contesté que les décisions en cause se bornent à prononcer le dégrèvement d'une partie des droits de taxe sur les salaires mis à la charge du requérant pour la période du 1er janvier 2007 au 31 décembre 2009 et ne comportent aucune motivation. Ainsi, ces décisions, non motivées, ne constituent pas une prise de position formelle de l'administration sur l'intégration des livraisons à soi-même dans le prorata d'assujettissement à la taxe sur les salaires et sur l'appréciation d'une situation de fait au regard du texte fiscal opposable à l'administration fiscale sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales. Par suite, l'Office public de l'habitat des Hautes-Pyrénées n'est pas fondé à s'en prévaloir pour remettre en cause les rappels de taxe sur les salaires en litige.

5. En second lieu, en vertu du troisième alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. En l'espèce, l'Office public de l'habitat des Hautes-Pyrénées ne saurait utilement se prévaloir, à titre subsidiaire, sur le fondement du troisième alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations du paragraphe n° 110 de l'instruction référencée BOI-TPS-TS-20-30 du 15 mai 2019 dès lors que celle-ci est postérieure aux périodes d'imposition en litige. Au surplus, et à supposer que le requérant ait entendu se prévaloir d'une version antérieure de cette instruction, en vigueur du 6 avril 2016 au 30 janvier 2019, laquelle rappelle, au demeurant, que le Conseil d'État, par deux arrêts rendus le 9 novembre 2015 a jugé que les livraisons à soi-même d'immeubles ne doivent pas être prises en compte pour le calcul du rapport d'assujettissement à la taxe sur les salaires, l'utilisation par l'administration de l'adverbe " notamment " entend signifier que les sommes citées ensuite comme ne pouvant être incluses dans le chiffre d'affaires ne le sont qu'à titre d'exemples. Par suite, l'Office public de l'habitat des Hautes-Pyrénées ne peut utilement se prévaloir de l'instruction qu'il invoque.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées à titre principal et à titre subsidiaire par l'Office public de l'habitat des Hautes-Pyrénées à fin de décharge des rappels de taxe sur les salaires mis à sa charge pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, et des pénalités correspondantes, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme sollicitée par l'Office public de l'habitat des Hautes-Pyrénées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'Office public de l'habitat des Hautes-Pyrénées est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'Office public de l'habitat des Hautes-Pyrénées et à la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

A. BENETEAU

La présidente,

Signé

M. SELLES

La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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