mardi 27 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2101028 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | NOEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 avril 2021 et le 17 mai 2023, Mme D, représentée par Me Noel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler le titre de perception émis à son encontre le 9 novembre 2020 par le directeur régional des finances publiques Aquitaine Limousin Poitou Charentes, en vue de recouvrer une somme de 34 902,84 euros, ramenée à 3 463,03 euros par un titre de perception émis le 10 mai 2021 ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme réclamée ;
3°) de suspendre l'action en recouvrement, en application de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser une somme globale de 44 902,84 euros, assortie des intérêts au taux légal, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des fautes commises dans la gestion de sa situation administrative depuis son admission à la retraite ;
5°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la créance est partiellement prescrite, en application de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000, pour les traitements versés avant le 22 octobre 2018 ;
- en tout état de cause, même si les sommes étaient dues, l'administration pourrait procéder à leur recouvrement par compensation ;
- elle est, par ailleurs, fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 34 902,84 euros au titre de son préjudice financier, ainsi qu'une somme de 10 000 euros au titre de son préjudice moral, subis du fait de la multiplication des errements procéduraux et de la carence de l'administration à régulariser sa situation depuis son admission à la retraite.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, conclut au non-lieu partiel à statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées, et au rejet du surplus de la requête.
Il fait valoir que :
- en application de l'article 27 du décret du 14 mars 1986, le recouvrement des sommes en litige a été abandonné, et un titre d'annulation du titre de perception contesté a été émis le 10 mai 2021 ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés ;
- par ailleurs, l'intéressée ne démontre pas l'existence des préjudices allégués, ni leur lien de causalité avec l'action de l'administration.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Duchesne,
- les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique,
- et les observations de Me Noël, représentant Mme D, présente.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, inspectrice des impôts depuis le 1er septembre 1977, a été placée en congé de longue maladie du 22 septembre 2015 au 21 septembre 2018, jusqu'à son départ à la retraite pour invalidité à compter du 22 septembre 2018. La demande qu'elle a présentée en février 2018, en vue d'être placée à la retraite pour invalidité à compter du 22 septembre 2018, a donné lieu à un titre de pension établi seulement le 20 juillet 2020, et à la liquidation de ses droits le 4 septembre 2020. Par un courrier du 22 octobre 2020 le directeur départemental des finances publiques (DDFIP) des Pyrénées-Atlantiques a informé l'intéressée d'un trop perçu de rémunérations d'un montant de 34 902,84 euros correspondant aux demi-traitements versés pour la période du 22 septembre 2018 au 31 août 2020, et de ce que le recouvrement de cette somme donnerait lieu à l'émission d'un titre de perception. Un titre de perception a ainsi été émis le 9 novembre 2020 à son encontre par le directeur régional des finances publiques Aquitaine Limousin Poitou Charentes. Par un courrier du 21 décembre 2020, Mme D a formé auprès du DDFIP des Pyrénées-Atlantiques, un recours gracieux à l'encontre du courrier du 22 octobre 2020, du titre de perception du 9 novembre 2020 et une réclamation préalable tendant à être indemnisée des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la carence de l'administration à régulariser sa situation depuis son admission à la retraite. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler le titre de perception émis le 9 novembre 2020 et de condamner l'Etat à lui verser une somme globale de 44 902,84 euros en réparation de ses préjudices.
Sur le désistement :
2. Par un mémoire enregistré le 17 mai 2023, Mme D a déclaré se désister de ses conclusions tendant à l'annulation du courrier du 22 octobre 2020. Ce désistement étant pur et simple, il y a lieu de lui en donner acte.
Sur l'étendue du litige :
3. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'introduction de la requête, par un titre de perception émis le 10 mai 2021, devenu définitif, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques a annulé partiellement la créance réclamée à Mme D à hauteur de 31 439,78 euros. Par suite, les conclusions de la requête de Mme D tendant à l'annulation du titre de perception sont, dans la mesure de cette annulation, devenues sans objet. Par suite, il n'y a lieu de statuer par le présent jugement que sur le solde de la créance réclamée à Mme D, correspondant à un montant de 3 463,06 euros.
Sur les conclusions dirigées contre le titre de perception émis le 9 novembre 2020 :
4. En premier lieu, en application de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000, " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. Toutefois, la répétition des sommes versées n'est pas soumise à ce délai dans le cas de paiements indus résultant soit de l'absence d'information de l'administration par un agent de modifications de sa situation personnelle ou familiale susceptibles d'avoir une incidence sur le montant de sa rémunération, soit de la transmission par un agent d'informations inexactes sur sa situation personnelle ou familiale. () ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'une somme indûment versée par une personne publique à l'un de ses agents au titre de sa rémunération peut, en principe, être répétée dans un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de sa date de mise en paiement sans que puisse y faire obstacle la circonstance que la décision créatrice de droits qui en constitue le fondement ne peut plus être retirée. Sauf dispositions spéciales, les règles fixées par l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 sont applicables à l'ensemble des sommes indûment versées par des personnes publiques à leurs agents à titre de rémunération, y compris les avances et, faute d'avoir été précomptées sur la rémunération, les contributions ou cotisations sociales. En l'absence de toute autre disposition applicable, les causes d'interruption et de suspension de la prescription biennale instituée par les dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 sont régies par les principes dont s'inspirent les dispositions du titre XX du livre III du code civil. Il en résulte que la lettre par laquelle l'administration informe un agent public de son intention de répéter une somme versée indûment interrompt la prescription à la date de sa notification. La preuve de celle-ci incombe à l'administration.
6. Il résulte de l'instruction, notamment du titre de perception litigieux et du courrier du 22 octobre 2020, assorti de son annexe, que l'objet de la créance est un indu de rémunération portant sur la période du 22 septembre 2018 au 31 août 2020. Le tableau joint en annexe à ce courrier précise le détail des éléments de rémunération perçus (traitement, différentes indemnités, rappels). Il est précisé que Mme D était en congé de longue maladie depuis le 22 septembre 2015, percevant un plein traitement pendant un an puis, à compter du 22 septembre 2016, un demi-traitement. En outre, par un arrêté du 9 juillet 2020, Mme D a été admise à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 22 septembre 2018, de sorte que les rémunérations perçues à compter de cette date et correspondant à un plein-traitement, ne lui étaient pas dues. Il résulte par ailleurs de l'instruction que, préalablement à l'émission du titre en annulation le 10 mai 2021, Mme D a été informée, par un courrier du 9 mai 2021, de l'annulation d'une partie de sa créance, à hauteur de 31 479,78 euros dès lors qu'en application du décret n° 2011-1245 du 5 octobre 2011, le bénéfice d'un demi-traitement est maintenu à l'expiration des droits statutaires à congé de longue maladie. Il est précisé qu'en conséquence, le montant de l'indu ne s'élève plus qu'à la somme brute de 7 488,27 euros, soit 3 463,03 euros nets, après déduction des précomptes effectués, de la pension civile et des cotisations sociales. Cette somme correspond à la garantie individuelle du pouvoir d'achat (GIPA) versée en décembre 2018 au titre de l'année 2019, d'un montant de 264, 51 euros bruts, au complément du demi-traitement de la période du 22 septembre 2018 au 31 janvier 2019 versé en février 2019, à la suite de la saisie à tort d'un plein traitement sur cette période, 6 701,48 euros bruts, ramené à 2 701,47 euros brut compte tenu du précompte de 4 001,01 euros, et à l'indemnité forfaitaire de travaux supplémentaires versée à tort avec la paye de février 2019 au titre des mois de janvier et février 2019, soit 522,28 euros bruts. Ainsi, les sommes restant en litige ont été versées sur la paye des mois de décembre 2018, janvier 2019 et février 2019. En outre, il est constant que Mme D a reçu le courrier du 22 octobre 2020 l'informant d'un indu de rémunération portant notamment sur ces sommes et de l'émission future d'un titre de perception, lequel a été émis à son encontre le 9 novembre 2020 et à l'encontre duquel elle a exercé un recours gracieux le 21 décembre 2020. Ainsi, Mme D est réputée avoir eu connaissance de cet indu au plus tard à la date du recours formé contre le titre émis. Il s'ensuit que c'est à compter de cette date (21 décembre 2020) que la prescription a valablement été interrompue. De plus, la circonstance que le montant de cet indu a ensuite été minoré est ici sans influence sur la computation de ce délai, la prescription n'était d'ailleurs pas davantage acquise lors de l'émission du titre du 10 mai 2021. Dès lors, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la créance est, même partiellement, prescrite.
7. Enfin, si Mme D soutient que dans l'hypothèse où les sommes réclamées seraient dues, l'administration ne pourrait procéder à leur recouvrement qu'après compensation des sommes qui devraient lui être versées en régularisation de ses droits à pension de retraite, en tout état de cause, le choix des modalités de recouvrement appartient au comptable public et ce dernier était en droit de recouvrer la créance ici en cause par l'émission d'un titre exécutoire. Par ailleurs, il n'y a pas lieu de faire droit à sa demande au tribunal de suspendre l'action en recouvrement en application de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales,
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme D contestant les sommes qui lui sont réclamées, restant en litige, doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
9. Mme D sollicite la condamnation de l'Etat du fait de l'illégalité du titre exécutoire contesté, de la multiplication des " errements procéduraux " et de la carence de l'administration à régulariser sa situation depuis son admission à la retraite. Il résulte de l'instruction que la demande de mise à la retraite pour invalidité, présentée par la requérante en septembre 2018, a reçu une réponse définitive par la décision du 9 juillet 2020, prise à la suite d'une procédure au cours de laquelle sont intervenus, notamment, un avis de la commission de réforme le 22 mai 2019 qui a diligenté une expertise, le rapport d'expertise du médecin M. A ayant été remis le 30 septembre 2019, suivi d'un nouvel avis de la commission de réforme du 18 novembre 2019, entaché d'un vice de procédure, qui a nécessité de réunir une nouvelle commission de réforme, laquelle a rendu un avis favorable le 22 janvier 2020.
10. Dès lors, il ne résulte pas de l'instruction que le délai de deux mois qui s'est écoulé avant la convocation d'une nouvelle commission de réforme le 22 janvier 2020, ou que le délai écoulé pour adopter ensuite l'arrêté du 9 juillet 2020, dans le contexte des contraintes imposées pour faire face à la crise sanitaire liée à l'épidémie de Covid-19, puissent être regardés comme excessifs et fautifs. En outre, si certes l'administration a reconnu avoir commis une erreur en émettant un titre qui annule une partie importante de la créance qui lui était initialement réclamée, Mme D ne justifie pas de la réalité des préjudices matériel allégué, qui ne saurait être égal à la somme initialement réclamée en 2020. Enfin, si Mme D se prévaut également d'un préjudice moral qu'elle évalue à hauteur de 10 000 euros, elle n'apporte aucune pièce ni précision quant à la réalité d'un tel préjudice.
11. Il s'ensuit que les conclusions indemnitaires présentées par Mme D doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme D demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie pour information sera adressée au DRFIP Nouvelle-Aquitaine et département de la Gironde et au DDFIP des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Perdu, présidente,
Mme Duchesne, conseillère,
M. Diard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.
La rapporteure,
Signé : M. DUCHESNE
La présidente,
Signé : S. PERDU La greffière,
Signé : M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026