mardi 27 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2101037 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MICHEL LEDOUX ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 avril 2021, M. B A, représenté par Me Quinquis, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 15 000 euros en réparation du préjudice d'anxiété, ainsi qu'une somme de 12 000 euros au titre des troubles dans les conditions d'existence, qu'il subit en raison de la carence fautive de l'Etat dans la mise en œuvre effective de mesures de protection contre les poussières d'amiante auxquelles il a été exposé durant sa carrière au sein de la société SNCF, et d'assortir ces sommes des intérêts au taux légal à compter de la date de sa demande d'indemnisation, ainsi que de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa créance n'est pas prescrite, dès lors que des actions déjà engagées contre l'Etat ont donné lieu à des décisions du Conseil d'Etat rendues en 2004, 2015 et 2018, de même qu'une plainte avec constitution de partie civile d'une ancienne salariée de la société Normed dénonçant les carences fautives des décideurs publics des ministères du travail et de la santé ayant donné lieu à l'ouverture d'une instruction judiciaire, par le pôle de santé publique de Paris, depuis le 24 avril 2006, ont eu pour effet, en application de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968, d'interrompre le cours de la prescription ;
- l'utilisation très importante de l'amiante au sein de la SNCF est connue de l'entreprise, plusieurs recensements d'agents exposés ayant été réalisés à compter du 7 juillet 1977 ainsi que des inventaires du matériel, sans qu'aucun équipement de protection collectif ou individuel et sans qu'aucune information n'ait jamais été donnée aux opérateurs sur les dangers de travaux dans de telles conditions ; la faute inexcusable de la SNCF a déjà été reconnue par les juridictions judiciaires ;
- il a été exposé aux poussières d'amiante lorsqu'il était affecté, du 16 septembre 1963 au 30 septembre 2003, en tant qu'employé, au sein des établissements de Lourdes et Tarbes de la SNCF ; il a effectué une grande partie de sa carrière au sein des ateliers du matériel de la SNCF, et bénéficie d'un suivi post-professionnel " Exposition Amiante " ; de 1963 à 1978, il était chargé de l'entretien de matériel traction (locomotives), de 1978 à sa fermeture en 1995, il était chargé de l'entretien de matériel remorqué OCEM, DEV, Corail (voitures) au dépôt et à l'atelier d'entretien de Tarbes et, de 1995 à 2003, il était chargé de l'entretien des trains (locomotives et des voitures voyageurs) utilisés pour les pèlerins venant de l'Europe au chantier d'entretien de Lourdes ; il devait ainsi usiner les plaques de fibrociment destinées à isoler les compartiments et les contacteurs des cheminées de soufflage (découpe des plaques à la scie à ruban et perçage sans protection), procéder au remplacement des organes de freins (plaquettes) et disques de friction contenant de l'amiante sur des locomotives, procéder au remplacement des planchers sur les automotrices contenant de l'amiante, gratter le mastic, burinait et balayait les déchets sans protection ; ces ateliers étaient recouverts d'une toiture en fibrociment, et chauffés et ventilés par un système à air pulsé qui brassait les poussières nocives, l'air n'étant en outre pas renouvelé mais réintroduit ;
- l'absence, antérieurement à 1977, de réglementation propre à prévenir les risques liés à l'amiante et de tout contrôle de la SNCF par l'inspection du travail, constitue une carence fautive de l'Etat ;
- postérieurement à 1977, l'insuffisance de la réglementation, l'absence de recrutement suffisant d'inspecteurs du travail et l'absence de contrôle efficace par les services de l'inspection du travail du respect de la règlementation par l'employeur sont également constitutives de carences fautives de l'Etat ;
- cette exposition à l'amiante fait peser sur lui un suivi médical contraignant, ainsi que la crainte de développer une maladie grave ; son préjudice moral doit être indemnisé à hauteur de 15 000 euros ;
- la diminution de son espérance de vie entraîne des troubles ainsi causés à ses conditions d'existence qui doivent être indemnisés à hauteur de 12 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la créance sollicitée est prescrite ;
- en tout état de cause, les griefs soulevés par M. A ne sont pas fondés dès lors que l'intéressé ne démontre pas l'existence d'un lien de causalité entre les fautes de l'Etat et son préjudice.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Duchesne,
- et les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Employé de la SNCF de 1963 à 2003, M. A a demandé à être indemnisé par l'Etat du préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence qu'il estime avoir subis du fait de son exposition à l'amiante lors de l'exercice de cette activité professionnelle. N'ayant reçu aucune réponse à sa demande, M. A sollicite du tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser la somme totale de 27 000 euros en réparation de l'ensemble des préjudices résultant de la carence fautive de l'Etat dans la mise en œuvre effective de mesures de protection contre les poussières d'amiante auxquelles il a été exposé durant sa carrière.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la prescription opposée en défense :
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'État, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". Aux termes de l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par : / () Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance ; / () Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée ". Aux termes de l'article 3 de la même loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement ".
3. Si, en application de la législation du travail désormais codifiée à l'article L. 4121- 1 du code du travail, l'employeur a l'obligation générale d'assurer la sécurité et la protection de la santé des travailleurs placés sous son autorité, il incombe aux autorités publiques chargées de la prévention des risques professionnels de se tenir informées des dangers que peuvent courir les travailleurs dans le cadre de leur activité professionnelle, compte tenu notamment des produits et substances qu'ils manipulent ou avec lesquels ils sont en contact, et d'arrêter, en l'état des connaissances scientifiques et des informations disponibles, au besoin à l'aide d'études ou d'enquêtes complémentaires, les mesures les plus appropriées pour limiter et si possible éliminer ces dangers. En outre, une faute commise par l'inspection du travail dans l'exercice des pouvoirs qui sont les siens pour veiller à l'application des dispositions légales relatives à l'hygiène et à la sécurité au travail est de nature à engager la responsabilité de l'Etat s'il en résulte pour celui qui s'en plaint un préjudice direct et certain.
4. Lorsque la responsabilité d'une personne publique est recherchée, les droits de créance invoqués en vue d'obtenir l'indemnisation des préjudices doivent être regardés comme acquis, au sens des dispositions citées au point 2, à la date à laquelle la réalité et l'étendue de ces préjudices ont été entièrement révélées, ces préjudices étant connus et pouvant être exactement mesurés. La créance indemnitaire relative à la réparation d'un préjudice, présentant un caractère continu et évolutif, doit être rattachée à chacune des années au cours desquelles ce préjudice a été subi. Dans ce cas, le délai de prescription de la créance relative à une année court, sous réserve des cas visés à l'article 3 de la loi du 31 décembre 1968, à compter du 1er janvier de l'année suivante, à la condition qu'à cette date le préjudice subi au cours de cette année puisse être mesuré.
5. Le préjudice d'anxiété dont peut se prévaloir un salarié exposé aux poussières d'amiante naît de la conscience prise par celui-ci qu'il court le risque élevé de développer une pathologie grave, et par là-même d'une espérance de vie diminuée, à la suite de son exposition aux poussières d'amiante.
6. En deuxième lieu, et d'une part, les recours formés à l'encontre de l'Etat par des tiers tels que d'autres salariés victimes, leurs ayants droit ou des sociétés exerçant une action en garantie fondée sur les droits d'autres salariés victimes ne peuvent être regardés comme relatifs au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, dont ils ne peuvent dès lors interrompre le délai de prescription en application de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968.
7. D'autre part, les dispositions de cet article subordonnant l'interruption du délai de prescription qu'elles prévoient en cas de recours juridictionnel à la mise en cause d'une collectivité publique, les actions en reconnaissance de la faute inexcusable de l'employeur formées devant les juridictions judiciaires ne peuvent, en tout état de cause, en l'absence d'une telle mise en cause, davantage interrompre le cours du délai de prescription de la créance le cas échéant détenue sur l'Etat.
8. Enfin, lorsque la victime d'un dommage causé par des agissements de nature à engager la responsabilité d'une collectivité publique dépose contre l'auteur de ces agissements une plainte avec constitution de partie civile, ou se porte partie civile afin d'obtenir des dommages et intérêts dans le cadre d'une instruction pénale déjà ouverte, l'action ainsi engagée présente, au sens des dispositions précitées de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968, le caractère d'un recours relatif au fait générateur de la créance que son auteur détient sur la collectivité et interrompt par suite le délai de prescription de cette créance. En revanche, ne présentent un tel caractère ni une plainte pénale qui n'est pas déposée entre les mains d'un juge d'instruction et assortie d'une constitution de partie civile, ni l'engagement de l'action publique, ni l'exercice par le condamné ou par le ministère public des voies de recours contre les décisions auxquelles cette action donne lieu en première instance et en appel.
9. Les préjudices dont M. A demande réparation à raison de la carence fautive de l'État d'une part, du fait d'être astreint à un suivi médical régulier et de vivre dans la crainte de découvrir subitement une pathologie grave et d'éprouver de ce fait une anxiété et, d'autre part, des troubles dans ses conditions d'existence, à raison de la diminution de son espérance de vie, présentent un caractère définitif en l'absence d'une perspective d'évolution. Dès lors, la créance dont il se prévaut à raison de ces préjudices ne peut s'imputer qu'à la seule année au cours de laquelle leur importance et leur étendue ont pu être déterminées, qui est celle de la connaissance par l'intéressé de son exposition à l'amiante et des risques en résultant, eu égard au caractère pathogène de cette substance. Il résulte de l'instruction que M. A a bénéficié à compter du 5 mars 2012, d'une prise en charge par la caisse de prévoyance et de retraite de la SNCF consistant en une surveillance médicale post-professionnelle des personnes ayant été exposées à l'inhalation des poussières d'amiante et doit ainsi être regardé comme ayant eu connaissance, au plus tard à cette date, de son exposition à l'amiante.
10. Si le cours de la prescription peut être interrompu, en application des dispositions précitées de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968, par un recours formé devant une juridiction à la condition que ce recours ait trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, le fait générateur des créances dont se prévaut M. A est constitué par la carence fautive de l'État dans la prévention des risques liés à sa propre exposition aux poussières d'amiante, durant cette période d'exposition. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 7 que M. A ne peut se prévaloir des recours formés soit à l'encontre de l'Etat, par des tiers tels que notamment les ayants droit des salariés ayant donné lieu aux quatre décisions du Conseil d'Etat du 3 mars 2004, ou des sociétés comme dans le cas notamment des décisions du 9 novembre 2015 et du 12 juillet 2018, soit à l'encontre de l'employeur, par les actions en reconnaissance de sa faute inexcusable formées devant les juridictions judiciaires, soit par la plainte pénale contre X déposée en 2006 par un salarié de la société Normed et une association, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que cette action pénale vise à engager l'action civile de la victime. Ces actions judicaires n'ont pu ainsi interrompre le délai de prescription.
11. Dans ces conditions, le délai de prescription opposé à ce dernier n'a pu être interrompu par des recours juridictionnels formés par d'autres salariés s'étant également trouvés exposés à des poussières d'amiante à l'occasion de l'exercice de leurs fonctions dans des entreprises différentes et au cours de périodes distinctes, les créances dont se prévalaient ces derniers ayant pour origine des faits générateurs distincts. Par suite, la créance dont se prévaut M. A était prescrite lors de la réception par l'administration de sa réclamation, le 22 décembre 2020. Il y a donc lieu d'accueillir l'exception de prescription quadriennale opposée en défense.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Perdu, présidente,
Mme Duchesne, conseillère,
M. Diard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.
La rapporteure,
Signé : M. DUCHESNELa présidente,
Signé : S. PERDU La greffière,
Signé : M. C
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026