lundi 22 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2101217 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL DALEAS-HAMTAT-GABET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 mai 2021, la société à responsabilité limitée (Sarl) Labat assainissement vidange, représentée par Me Daleas, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation initiale de cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020 ;
2°) à titre subsidiaire, de prononcer la réduction de cette cotisation, à concurrence de l'abattement de 30 % applicable aux établissements industriels ;
3°) de lui accorder la restitution du surplus des sommes dont elle s'est acquittée au titre de la cotisation foncière des entreprises de l'année 2020, assorti des intérêts moratoires correspondants ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les deux critères cumulatifs de qualification d'établissement industriel ne sont pas remplis en tant qu'elle n'exerce pas une activité de fabrication, ni de transformation de biens corporels immobiliers et que les moyens techniques utilisés ne sont pas prépondérants à son activité ;
- elle a une activité principale de prestations de services, de collecte, de stockage et d'épandage de déchets organiques, essentiellement de boues liquides, solides et déshydratées, sans procéder à un processus industriel de transformation de ces déchets ; la méthanisation des déchets est assurée par une autre société ; elle s'inscrit dans une démarche écologique et agricole ; pour des raisons évidentes de protection de l'environnement, il est obligatoire de stocker ces déchets dans des silos mais ces silos de stockage des déchets organiques sont seulement équipés de malaxeurs ou agitateurs et dégrilleurs, pour éviter le colmatage des matières, et de pompes servant seulement au transfert des matières en application des lois protectrices de l'environnement sans qu'aucun procédé industriel ne soit utilisé ;
- l'administration fiscale n'est pas fondée à soutenir qu'elle a une activité de transformation de biens ; l'activité de traitement des boues consiste uniquement en un stockage des graisses collectées ; l'activité relative à la presse à plateaux n'a jamais été exercée, contrairement aux affirmations des services fiscaux, tel que cela apparaît dans la répartition du chiffre d'affaires ; l'activité de traitement et de valorisation des matières de vidange n'est pas une activité de transformation de ces matières mais uniquement de stockage en attente d'épandage ; est seulement mise en œuvre une phase de dégrillage qui, conformément à la nomenclature des installations classées, ne constitue pas une phase de transformation ; l'activité de séparateur de phase des eaux hydrocarburées correspond à des volumes dérisoires de quatre semi-remorques par an tel que cela apparaît dans le détail du chiffre d'affaires et les produits font l'objet d'une simple sédimentation, sans transformation ; l'activité de traitement de sables de curage issus de curage réseau par dépotage et dégrillage entraîne une simple sédimentation, sans transformation ; l'activité d'épandage consiste à étendre des déchets dans les champs, sans transformation ; l'activité de méthanisation et de granulation n'est pas opérée par elle mais par une autre société ainsi qu'en attestent la convention de prestations du 15 octobre 2012 et son avenant avec la société Adour méthanisation, leurs extraits K bis respectifs et le détail de son compte de résultat ;
- les moyens techniques mis en œuvre ne sont pas importants, la majeure partie de son activité consistant à de la récupération des déchets extérieurs qui mobilisent d'ailleurs l'essentiel de l'effectif salarié ; les silos de stockage sont au nombre de cinq pour une capacité de 9 500 m3 au début de la période contrôlée au 1er juillet 2011 et au nombre de sept pour un volume de 10 500 m3 à la fin de la période contrôlée au 30 juin 2014 ; la faiblesse du matériel par rapport au reste des immobilisations, mais surtout par rapport à son utilisation face au chiffre d'affaires réalisé empêchent de retenir le critère de l'importance du matériel ;
- les moyens techniques mis en œuvre par la société n'ont pas de rôle prépondérant ; les bâtiments à usage de stockage (silos et plateforme) ne peuvent être regardés comme un établissement industriel dès lors que les installations qu'ils comportent ne jouent pas un rôle prépondérant dans l'activité exercée de collecte et d'épandage de déchets ; les silos sont seulement équipés de malaxeurs ou agitateurs pour éviter le colmatage des matières et de pompes servant seulement au transfert des matières ; la plate-forme de stockage, quant à elle, abrite la zone de décharge des camions et la zone de stockage des déchets solides ; les moyens techniques mis en œuvre ne sont pas au cœur de l'activité d'assainissement et de vidanges des fosses septiques, de curage, de débouchage des canalisations, de bassins et de lagunes ainsi que de transport, d'épandage agricole des déchets mais interviennent essentiellement dans des fonctions de support ;
- les installations techniques, matériels et outillages industriels et leurs installations générales, agencement et aménagement des comptes 215 représentent, à la clôture des exercices 2011, 2012, 2013 et 2014, respectivement 11,58 %, 9,86 %, 12,74 % et 26,85 % du total des matériels et installations ; le matériel s'avère important lorsqu'il représente une quote-part bien plus significative de l'actif de l'entreprise concernée évaluée à 80 % ;
- les facteurs techniques pris en compte ne sont pas au cœur de son activité mais ont seulement une fonction de support dans la mesure où elle collecte les déchets puis les éliminent par différentes filières (épandage, méthanisation) ; la part du personnel dédiée à l'activité de stockage à proprement dite, est inférieure à 10 % de l'effectif salarié total ; la conservation des déchets dans les silos ou sur la plate-forme de stockage avant leur élimination par épandage agricole ou méthanisation ne fait pas partie d'un processus intégré mais résulte de l'interdiction d'épandre les déchets collectés à certaines périodes de l'année dans un but de préservation de l'environnement ;
- pour la période postérieure, à compter de 2014, l'administration fiscale commet une erreur matérielle prépondérante en tant qu'elle considère que l'activité de méthanisation est exercée par la société Labat assainissement vidange alors que cette activité est exercée par la société Adour méthanisation sur le même site ;
- dans son calcul de la proportion des moyens techniques par rapport à l'ensemble des immobilisations, l'administration fiscale détermine ce pourcentage de manière erronée en tant qu'elle intègre, à tort, au titre du matériel et outillage industriels, les installations générales et agencements qui se rattachent pourtant aux constructions et installations sur sol d'autrui.
Par deux mémoires enregistrés le 24 novembre 2021 et le 24 février 2023, la direction départementale des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques, représentée par son directeur, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 27 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 20 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Labat assainissement vidange, spécialisée dans la collecte des eaux usées et autres déchets organiques destinés à être valorisés par épandage agricole après traitement ou par méthanisation, exploite un établissement autorisé au titre des installations classées pour l'environnement, dont le site est implanté sur des parcelles contiguës des territoires des communes d'Aire-sur-l'Adour et de Duhort-Bachen. Elle a fait l'objet, au cours de l'année 2016, d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er juillet 2011 au 30 juin 2014, à l'issue de laquelle l'administration fiscale a révisé les bases d'imposition de la cotisation foncière des entreprises à laquelle la société avait été assujettie, et a retenu la qualification d'établissement industriel. A la suite de cette procédure, l'imposition initiale de cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2020 a été mise en recouvrement le 31 octobre 2020 pour un montant de 43 865 euros. Par décision du 10 décembre 2020, l'administration fiscale a accordé un dégrèvement de 24 827 euros à la société afin de tenir compte de l'exonération temporaire des nouveaux bâtiments qui n'avait pas été prise en compte lors de l'imposition initiale. Par courrier du 4 janvier 2021, la société Labat assainissement vidange a présenté une réclamation contentieuse, laquelle a été rejetée par décision de l'administration fiscale du 22 mars 2021. La Sarl Labat assainissement vidange doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la décharge ou, à titre subsidiaire, la réduction de la cotisation initiale de cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte de l'instruction que, par avis d'imposition du 21 octobre 2020, la somme de 43 835 euros correspondant à l'imposition initiale de cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2020 a été mise en recouvrement au 31 octobre 2020. Par décision du 10 décembre 2020, le service a accordé un dégrèvement d'un montant de 24 827 euros pour tenir compte de l'exonération temporaire des nouveaux bâtiments qui n'avait pas été prise en compte lors de l'imposition initiale. Le montant de la cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2020 s'élève dès lors à la somme de 19 008 euros. Par suite, la société requérante doit être regardée comme demandant la décharge et le remboursement de cette somme, ou à titre subsidiaire la réduction de cette somme à hauteur de 30 %.
Sur les conclusions aux fins de décharge de la cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2020 :
3. Aux termes de l'article 1447 du code général des impôts : " I. - La cotisation foncière des entreprises est due chaque année par les personnes physiques ou morales, les sociétés non dotées de la personnalité morale ou les fiduciaires pour leur activité exercée en vertu d'un contrat de fiducie qui exercent à titre habituel une activité professionnelle non salariée. () ". Aux termes de l'article 1467 du même code : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France () / La valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière est calculée suivant les règles fixées pour l'établissement de cette taxe. / Pour le calcul de l'impôt, la valeur locative des immobilisations industrielles définie à l'article 1499 est diminuée de 30 %. () ". Aux termes de l'article 1494 du même code : " La valeur locative des biens passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties, de la taxe d'habitation ou d'une taxe annexe établie sur les mêmes bases est déterminée, conformément aux règles définies par les articles 1495 à 1508, pour chaque propriété ou fraction de propriété normalement destinée à une utilisation distincte. ". Aux termes de l'article 1499 du même code dans sa version applicable au litige : " La valeur locative des immobilisations industrielles passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties est déterminée en appliquant au prix de revient de leurs différents éléments, revalorisé à l'aide des coefficients qui avaient été prévus pour la révision des bilans, des taux d'intérêt fixés par décret en Conseil d'Etat (). ". Aux termes de l'article 1500 du même code : " I.-A.-Revêtent un caractère industriel les bâtiments et terrains servant à l'exercice d'une activité de fabrication ou de transformation de biens corporels mobiliers qui nécessite d'importants moyens techniques. / Revêtent également un caractère industriel les bâtiments et terrains servant à l'exercice d'activités autres que celles mentionnées au premier alinéa du présent A qui nécessitent d'importants moyens techniques lorsque le rôle des installations techniques, matériels et outillages mis en œuvre est prépondérant. () ".
4. Revêtent un caractère industriel, au sens de l'article 1499 du code général des impôts précité, les établissements dont l'activité nécessite d'importants moyens techniques, non seulement lorsque cette activité consiste dans la fabrication ou la transformation de biens corporels mobiliers, mais aussi lorsque le rôle des installations techniques, matériels et outillages mis en œuvre est prépondérant.
5. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci.
En ce qui concerne la nature de l'activité exercée :
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la base d'imposition de la cotisation foncière des entreprises à laquelle la Sarl Labat assainissement vidange a été assujettie au titre des années 2013, 2014 et 2015, a été fixée en prenant en compte les seuls biens déclarés par la société, à savoir un hangar de 700 m² et des bureaux, dont la valeur locative a été déterminée selon la méthode par comparaison prévue à l'article 1498 du code général des impôts. A l'issue de la vérification de comptabilité diligentée au cours de l'année 2016, le service a réintégré dans cette base les bâtiments et installations que la requérante n'avait pas déclarés. Il a estimé, eu égard à la nature de l'activité de traitement et de valorisation de déchets exercée, et à l'importance des moyens mis en œuvre, que l'établissement présentait un caractère industriel. En conséquence, il a déterminé la valeur locative de l'ensemble des biens imposables selon la méthode comptable prévue à l'article 1499 du même code. Il a appliqué cette méthode à la détermination du montant de l'imposition initiale de cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2020 dont la société requérante demande la décharge à titre principal et la réduction à titre subsidiaire.
7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la Sarl Labat assainissement vidange exerce à titre principal une activité de prestations de services consistant notamment à vidanger des fosses septiques, curer et déboucher des canalisations, curer des bassins et lagunes, et donc à collecter des eaux usées, des boues et autres déchets organiques, dont elle assure ensuite le traitement en vue de leur valorisation, en particulier par épandage agricole ou méthanisation. Les déchets collectés auprès de tiers, auxquels s'ajoutent les déchets livrés par des entreprises extérieures, représentent un volume annuel de plus de 52 tonnes. Ils sont stockés sur le site de la société, répertorié et autorisé en tant qu'installation classée pour l'environnement, lequel comporte notamment des quais de dépotage, des bâtiments et hangars de stockage de 700 mètres carrés, sept silos de stockage d'une capacité totale de 11 075 mètres cubes, une plateforme de stockage de 2 787 mètres carrés, six cuves de stockage des eaux hydrocarburées de 80 mètres cubes chacune, ainsi qu'un bâtiment de 5 711 mètres carrés et une station de méthanisation mis en service au mois de septembre 2014. Il résulte de l'instruction que les installations de la Sarl Labat assainissement vidange diffèrent de celles d'une station d'épuration. Les déchets entrants font l'objet d'un traitement distinct, selon leur nature. Ainsi, selon les constatations issues de la vérification de comptabilité diligentée au cours de l'année 2016, les boues grasses sont dégrillées, dessablées, broyées puis stockées dans un silo pour hydrolyse et malaxage, réalisé par brassage dynamique ou hydraulique, afin d'en homogénéiser les propriétés. Les boues grasses agroalimentaires sont mélangées à des substrats, du lait de chaux, des oxydants, du chlorure ferrique ou de l'oxyde d'aluminium. Ce mélange est malaxé dans un conteneur appelé réacteur. En revanche, la presse à 110 plateaux, qui a vocation à servir en cas d'atteinte de la capacité de stockage, n'est pas utilisée. Les matières de vidange font l'objet d'un traitement par dégrillage et broyage, les matières filtrées étant ensuite stockées dans un silo pour homogénéisation. Les substrats obtenus sont traités par la table d'égouttage. Les eaux hydrocarburées, collectées en bien plus faible volume, suivent un processus de décantation visant à séparer les eaux des boues, dont sont extraites les huiles et hydrocarbures. Enfin, les sables issus du curage des réseaux font l'objet d'un dégrillage après dépotage. Ils sont lavés à l'eau dans un trommel pour en extraire les plastiques et corps étrangers. Il s'ensuit que, dans ces conditions, si la société Labat assainissement vidange conteste, sans précision suffisante, le déroulement de ces processus de traitement, tels qu'ils ont été observés par le service, la société requérante n'apporte aucun élément de nature à en contredire la réalité. Par ailleurs, quand bien même l'activité de la société est répertoriée dans la nomenclature des installations classées pour l'environnement sous la rubrique 2716, relative aux installations " de transit, regroupement ou tri de déchets non dangereux non inertes ", laquelle inclut d'ailleurs désormais la préparation de ces déchets en vue de leur réutilisation, les déchets entrants, indissociables de l'activité de prestations de services de la Sarl Labat assainissement vidange, ne peuvent être valorisés par épandage agricole, sur les zones et aux périodes autorisées, sans avoir subi les transformations mises en œuvre sur son site d'Aire-sur-l'Adour et Duhort-Bachen. L'absence de valeur marchande de ces déchets, en sortie, est sans incidence sur la réalité de ces transformations.
8. En troisième lieu, il résulte de l'instruction qu'une partie des déchets organiques est valorisée, sur le même site, par une filière de méthanisation. Depuis la fin de l'année 2014, marquée par des investissements importants, cette filière est en particulier alimentée par la collecte de déchets organiques périmés auprès des grandes et moyennes surfaces et des industries agroalimentaires. Le méthane issu du traitement anaérobie de ces déchets est dirigé vers un groupe électrogène produisant de l'énergie électrique, qui est ensuite revendue. Il ressort de la convention conclue le 15 octobre 2012, au sein du même groupe, entre la Sarl Labat assainissement vidange et la Sas Adour méthanisation, que cette deuxième société exploite directement l'unité de méthanisation et qu'elle achète à cette fin à la Sarl Labat assainissement vidange une partie des déchets collectés. Toutefois, si elle n'exerce pas, en elle-même, cette deuxième activité de transformation des déchets, par méthanisation, réalisée sur son site d'Aire-sur-l'Adour et Duhort-Bachen, la société requérante y concourt directement, par la collecte des déchets organiques valorisables et les immobilisations inscrites à l'actif de son bilan, qui y sont affectées, ce qu'elle ne contredit pas sérieusement par les bilans d'actif détaillé qu'elle produit pour les seuls exercices clos en 2011, 2012, 2013 et 2014. En outre, la convention précitée prévoit, en cas de dépassement de la capacité d'absorption ou de dysfonctionnement temporaire des installations de méthanisation, que la Sarl Labat assainissement vidange doit continuer d'assurer le traitement des déchets entrants concernés, selon les procédés physico-chimiques employés par ailleurs sur le site.
9. Il résulte de ce qui précède que l'activité principale de la Sarl Labat assainissement vidange doit être regardée comme incluant la transformation des déchets récupérés, indissociables des prestations de services de vidange, curage, débouchage et collecte qu'elle effectue, en vue de leur valorisation, principalement par épandage agricole et méthanisation. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle ne réalise pas une activité de transformation de biens corporels.
En ce qui concerne l'importance des moyens techniques mis en œuvre :
10. Il résulte de l'instruction, et notamment de la vérification de comptabilité diligentée au cours de l'année 2016, que la Sarl Labat assainissement vidange utilise, pour la collecte des déchets, huit camions hydrocureurs, deux semi-remorques aspiratrices, quatre remorques citernes de dix mètres cubes et un camion polybenne avec citerne de pompage, ainsi que diverses bennes et un camion caméra. Les véhicules qui récupèrent les déchets procèdent à leur déchargement sur le site de stockage et de traitement d'Aire-sur-l'Adour. Celui-ci, qui a été étendu en 2014 sur des parcelles contigües de la commune de Duhort-Bachen, comporte des quais de dépotage, sept silos de stockage d'une capacité totale de 11 075 mètres cubes, dont certains sont équipés de malaxeurs ou agitateurs et dégrilleurs, des bâtiments et hangars de stockage de 700 mètres carrés, une plateforme de stockage de 2 787 mètres carrés, six cuves de stockage des eaux hydrocarburées, de 80 mètres cubes chacune, des pompes et tuyauteries de circulation, ainsi qu'une presse à 110 plateaux, ayant vocation à être utilisée en cas de dépassement de la capacité de stockage de la plateforme. Depuis le mois de septembre 2014, un bâtiment de 5 711 mètres carrés a été mis en service, avec une station de méthanisation comportant des équipements de réception et de pré-traitement, des silos, un digesteur, un post-digesteur, un système de cogénération, un filtre presse, et un système de post-traitement des digestats. Par ailleurs, la société utilise, pour l'épandage, du matériel agricole comprenant une tonne avec injecteur, une tonne à lisier, une balayeuse ramasseuse, un décompacteur, trois tracteurs pris en leasing, ainsi qu'une tonne à lisier équipée d'enfouisseurs, pour les matières de vidange déshydratées. Sans y intégrer le matériel de transport, utilisé principalement pour la collecte des déchets, ni le matériel agricole, employé pour l'épandage agricole, ni d'ailleurs les installations sur sol d'autrui inscrits en comptabilité, l'administration fiscale a retenu, au regard des immobilisations comptables, un total de 2 041 622 euros de matériels industriels et installations techniques affectés à l'activité de transformation des déchets, sur un total général de 4 141 881 euros de matériels et installations sur l'exercice clos en 2014. Le montant de ce matériel technique a été porté à 3 007 044 euros sur un total des immobilisations de 6 244 740 euros sur l'exercice clos en 2018, soit une proportion d'installations techniques, matériels et outillages industriels en augmentation et de près de 50 % du total des immobilisations de la société. Si la Sarl Labat assainissement vidange conteste cette proportion, les seuls éléments comptables qu'elle produit ne suffisent pas à la contredire sérieusement. Or, l'ensemble des matériels et installations techniques concernés, qui composent l'essentiel du site d'Aire-sur-l'Adour et Duhort-Bachen, sont indispensables au stockage et au traitement des déchets collectés en vue de leur destination finale, ces activités étant indissociables des prestations de service réalisées par la société requérante auprès de tiers.
11. Il se déduit de l'ensemble de ces éléments que d'importants moyens techniques sont mis en œuvre pour l'exercice des activités de traitement des déchets que la Sarl Labat assainissement vidange exerce ou auxquelles elle concourt, sur son site d'Aire-sur-l'Adour et Duhort-Bachen.
En ce qui concerne le caractère industriel de l'établissement :
12. Il résulte des points précédents, qu'au regard de l'activité de transformation de biens exercée par la société requérante, celle-ci ne peut utilement se prévaloir de l'absence de rôle prépondérant de ses moyens techniques dans son processus d'exploitation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que, eu égard à l'importance des moyens techniques mis en œuvre pour l'exercice de l'activité de transformation de déchets exercée par la société requérante ou à laquelle elle concourt, et à supposer même que ces moyens techniques ne tiendraient pas un rôle prépondérant dans cette activité, l'établissement exploité par la Sarl Labat assainissement vidange sur le site d'Aire-sur-l'Adour et Duhort-Bachen présente, malgré les démarches environnementales et agricoles dans lesquelles s'inscrivent les destinations finales des déchets collectés et traités, un caractère industriel.
14. Il s'ensuit que c'est à bon droit que la base d'imposition de la cotisation foncière des entreprises auxquelles la Sarl Labat assainissement vidange a été assujettie au titre de l'année 2020 a été déterminée selon la méthode comptable prévue pour les établissements industriels visés à l'article 1499 du code général des impôts. Par suite, les conclusions aux fins de décharge et de remboursement de la somme de 19 008 euros correspondant à la cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2020 à laquelle a été assujettie la société requérante ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins de réduction de la cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2020 :
En ce qui concerne l'application de la diminution de 30 % de la valeur locative :
15. Il résulte de l'instruction que l'avis d'imposition du 21 octobre 2020 mentionne une valeur locative des biens passibles de taxe foncière et une base d'imposition après réductions d'un même montant de 136 738 euros, lequel est également mentionné comme valeur des biens passibles de taxe foncière sur la fiche de dégrèvement accompagnant l'avis de dégrèvement du 11 décembre 2020. Sur ces deux documents, il est répondu de façon positive à la rubrique " présence d'au moins un bien industriel parmi ces biens ". En outre, il résulte de l'instruction que ce montant de 136 738 euros procède bien de l'application du taux de 30 % à la valeur locative des immobilisations industrielles de la société requérante, conformément aux dispositions de l'article 1467 du code général des impôts précitées. En conséquence, la société Labat assainissement vidange n'est pas fondée à soutenir que la valeur locative des immobilisations industrielles retenues par l'administration pour le calcul de la cotisation initiale de cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2020 n'aurait pas été affectée d'une diminution de 30 %, en méconnaissance des dispositions de l'article 1467 du code général des impôts.
16. Il résulte de tout ce précède que les conclusions aux fins de réductions de 30 % de la valeur locative des immobilisations industrielles ayant servi au calcul de la cotisation foncière des entreprises à laquelle la société requérante a été assujettie au titre de l'année 2020 ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la Sarl Labat assainissement vidange demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la Sarl Labat assainissement vidange est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la Sarl Labat assainissement vidange et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Neumaier, conseillère,
Mme Corthier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
Z. B
La présidente,
Signé
M. A
La greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026