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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2101378

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2101378

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2101378
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBIROT - RAVAUT ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 mai 2021 et 7 avril 2023, M. B A, représenté par Me Pigeanne, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Mont-de-Marsan et l'assureur de ce dernier, la société CNA Insurance Company, à lui verser une somme globale de 124 770 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'infection nosocomiale contractée à la suite de la chirurgie de la jambe dont il a fait l'objet le 14 juin 2017 au sein de cet établissement de santé ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner avant-dire-droit une expertise en vue d'évaluer l'étendue des préjudices professionnels subis ;

3°) en tout état de cause, de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier de Mont-de-Marsan et de son assureur, la société CNA Insurance Company, les entiers dépens, ainsi qu'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- suite à un accident du travail, il a subi une opération chirurgicale tendant à la réduction d'une fracture de la jambe avec ostéosynthèse par plaque vissée en 2016 ;

- son état résulte d'une infection nosocomiale contractée à la suite de deux opérations chirurgicales tendant à traiter une fracture itérative de la jambe droite et une atteinte du matériel d'ostéosynthèse subie à la suite d'une chute, lesquelles ont été réalisées les 15 mai et 14 juin 2017 au sein du centre hospitalier de Mont-de-Marsan ;

- dans les suites de ces interventions, il a présenté une infection dont les premiers signes ont été révélés dès le 13 juillet 2017 ;

- selon les conclusions des experts désignés par deux ordonnances des 2 août et 20 septembre 2018 du juge des référés du tribunal de grande instance de Mont-de-Marsan, l'infection contractée est associée aux soins mais son caractère nosocomial n'est pas reconnu ; or, une telle appréciation n'est pas conforme à la jurisprudence administrative ;

- dès lors que l'infection est apparue dans le délai d'un an à compter des interventions chirurgicales subies, elle doit être considérée comme imputable aux actes médicaux pratiqués au sein du centre hospitalier de Mont-de-Marsan ;

- aucune cause étrangère ne saurait être retenue en l'espèce ;

- ses préjudices patrimoniaux temporaires doivent être indemnisés à hauteur de :

- 3 660 euros au titre de frais divers, comprenant les honoraires de médecin-conseil ;

- 10 185 euros au titre des frais d'assistance par tierce-personne temporaire, dont :

* 546 euros au titre de l'assistance par tierce-personne durant 13 jours, à raison de deux heures par jour au tarif de 21 euros de l'heure ;

* 5 271 euros au titre de l'assistance par tierce-personne durant 251 jours, à raison de d'une heure par jour au tarif de 21 euros de l'heure ;

* 4 368 euros au titre de l'assistance par tierce-personne durant 52 semaines, à raison de quatre heures par semaine au tarif de 21 euros de l'heure ;

- ses préjudices patrimoniaux permanents doivent être indemnisés à hauteur de :

- 5 000 euros au titre de l'incidence professionnelle, compte tenu de l'arrêt de son activité de bûcheron ;

- ses préjudices extrapatrimoniaux temporaires doivent être indemnisés à hauteur de :

- 6 925 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, dont :

- 1 250 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire total, à raison de 25 euros par jour durant 50 jours ;

- 243, 75 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel, au taux de 75 %, sur une période de 13 jours ;

- 3 157, 50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel, au taux de 50 %, sur une période de 251 jours ;

- 2 293, 75 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel, au taux de 25 %, sur une période de 367 jours ;

- 35 000 euros au titre des souffrances endurées, qui doivent être évaluées à 5 sur une échelle de 7 ;

- 20 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, en raison du port d'un fixateur externe pendant plusieurs mois et de la présence de nombreux pansements, évalué par les experts à 4/7 ;

- ses préjudices extrapatrimoniaux permanents doivent être indemnisés à hauteur de :

- 19 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, qu'il convient de fixer au taux de 10 % ;

- 10 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent, évalué par les experts à 3/7, au regard notamment de sa marche irrégulière et de la présence de cicatrices sur sa jambe droite et de sa cheville droite ;

- 15 000 euros au titre du préjudice d'agrément, compte tenu de l'impossibilité dans laquelle il se trouve aujourd'hui de jouer avec ses enfants, notamment au football, et de pratiquer la pêche en rivière ou de faire de longs trajets en moto ou en vélo ;

- une expertise doit être ordonnée aux fins d'évaluer l'étendue du préjudice professionnel subi.

Par une lettre du 17 juin 2021, la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde a informé le tribunal de ce qu'elle n'entendait pas intervenir à la présente instance dès lors que M. A n'était pas affilié auprès d'elle.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 27 août 2021 et 25 avril 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Ravaut, conclut à sa mise hors de cause et ce que les dépens soient mis à la charge exclusive de M. A.

Il fait valoir que :

- les conditions permettant une indemnisation au titre de la solidarité nationale ne sont pas réunies en l'espèce ;

- les dommages subis par M. A ne sont pas en lien avec un acte de prévention, de diagnostic ou de soins mais sont la conséquence directe d'un défaut de cicatrisation ;

- le taux de déficit fonctionnel permanent dont reste atteint M. A étant inférieur à 25 %, l'indemnisation des préjudices résultant de cette infection ne saurait relever de la solidarité nationale ;

- la mesure d'expertise sollicitée par M. A est dépourvue d'utilité dès lors qu'il lui appartient de produire les justifications nécessaires à l'évaluation de son préjudice tiré de sa perte de gains professionnels.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 28 septembre 2021 et 10 février 2023, le centre hospitalier de Mont-de-Marsan et la société CNA Insurance Company, représentés par Me Zandotti, concluent à titre principal au rejet de la requête, à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et au rejet des conclusions présentées par la Mutualité sociale agricole Sud Aquitaine, et à titre subsidiaire à ce que les demandes d'indemnisation formulées par M. A et la Mutualité sociale agricole Sud Aquitaine soit réduites à des plus justes proportions et limitées aux préjudices strictement imputables à l'infection nosocomiale contractée.

Ils font valoir que :

- M. A ne rapporte pas la preuve qui lui incombe du caractère nosocomial de l'infection dont il a été victime ;

- les experts ont écarté la qualification d'infection nosocomiale et retiennent qu'elle est est la conséquence d'une cause extérieure et étrangère aux lieux où ont été dispensés les soins ;

- les experts ont retenu l'existence d'une cause étrangère de nature à exonérer le centre hospitalier de sa responsabilité ;

- à titre subsidiaire, les demandes indemnitaires formulées par M. A doivent être ramenées à de plus justes proportions.

Par deux mémoires en intervention, enregistré les 30 septembre 2021 et 23 juin 2023, la Mutualité sociale agricole Sud Aquitaine demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner le centre hospitalier de Mont-de-Marsan et la société CNA Insurance Company à lui verser une somme de 60 711,66 euros en remboursement de ses débours, lesquels comprennent l'indemnité forfaitaire de gestion, et de mettre à la charge de ce centre une somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Neumaier ;

- les conclusions de M. Clen, rapporteur public ;

- les observations de Me Del Risco, substituant Me Zandotti, représentant le centre hospitalier de Mont-de-Marsan et la société CNA Insurance Company;

Considérant ce qui suit :

1. Victime d'un accident du travail le 12 décembre 2016, M. A a présenté une fracture fermée de l'extrémité inférieure du tibia et du péroné droits. Pris en charge au sein des services de la Polyclinique de l'Adour, il y a subi le 14 décembre 2016 une première intervention chirurgicale, ayant consisté en la réduction de cette fracture avec une ostéosynthèse par plaque vissée. Le 10 mai 2017, une chute à son domicile lui a occasionné une fracture itérative de la jambe droite et une atteinte du matériel d'ostéosynthèse. M. A a alors été pris en charge par les services de chirurgie orthopédique du centre hospitalier de Mont-de-Marsan, au sein desquels il a subi deux interventions chirurgicales le 15 mai 2017 en vue de procéder à l'ablation du matériel d'ostéosynthèse endommagé par sa chute et le 14 juin 2017, en vue de procéder à l'ablation du fixateur externe et à l'enclouage centromédullaire du tibia. M. A a regagné son domicile le 16 juin 2017. Il a présenté dès le 13 juillet 2017 des signes d'infection, sous la forme d'un retard de cicatrisation et d'un écoulement purulent. L'évolution de cette infection a été marquée par un écoulement séro-sanglant par l'un des orifices d'une des anciennes fiches du fixateur externe le 21 juillet 2017, puis par une ostéite aiguë à staphylocoque doré méti-S. M. A, dont l'état de santé a été regardé comme consolidé le 3 juin 2019, a saisi le juge des référés judiciaire d'une demande d'expertise. Par ordonnances du 2 août et du 20 décembre 2018, le juge des référés du tribunal judiciaire de Mont-de-Marsan a désigné un collège d'experts composé d'une médecin infectiologue et d'un chirurgien orthopédiste, lesquels ont déposé leur rapport définitif le 14 octobre 2019. Par un courrier du 13 avril 2021, M. A a formé une demande préalable d'indemnisation auprès du centre hospitalier de Mont-de-Marsan, laquelle a fait l'objet d'un rejet implicite. Par sa requête, M. A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner le centre hospitalier de Mont-de-Marsan ainsi que l'assureur de cet établissement, la société CNA Insurance Compagny, à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'infection nosocomiale contractée à la suite des interventions chirurgicales susmentionnées dont il a fait l'objet les 15 mai et 14 juin 2017 au sein de cet établissement.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical () ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial, une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

3. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes du rapport d'expertise cité au point 1 du présent jugement, que les premiers signes de l'infection dont a été victime M. A seraient apparus entre les 13 et 21 juillet 2017, se manifestant notamment par la présence d'un écoulement séro-sanglant au niveau d'un des orifices des fiches de fixateur externe. Il résulte également de l'instruction que l'évolution de cette infection a été marquée par une ostéite aigue à staphylocoque doré méti-S mise en évidence dans les jours qui ont suivi l'apparition de ces premiers signes. Les experts indiquent aux termes de leur rapport que l'infection, qui trouve son origine dans une contamination rétrograde du fût diaphysaire à partir de l'orifice de fiche de fixateur externe a été contractée dans les suites tardives de l'intervention du 14 juin 2017, mais non lors du geste chirurgical, et que la contamination serait intervenue alors que le patient ne séjournait plus dans un établissement de soins mais à son domicile. Ils indiquent en outre que l'infection dont a été victime M. A, bien qu'étant " associé aux soins ", ne pouvait être qualifiée de nosocomiale.

4. Il résulte toutefois des termes du rapport susmentionné qu'un seul prélèvement bactériologique préopératoire a été réalisé, négatif en culture aéro-anaérobie standard à 14 jours et que le certificat d'hospitalisation rédigé le 16 juin 2017 par le chirurgien ayant pratiqué l'opération indiquait que les bilans préopératoires ne montraient pas de syndromes infectieux biologiques significatifs. Si le centre hospitalier de Mont-de-Marsan et la société CNA Insurance Company font valoir que l'infection de M. A aurait été contractée à son domicile, il ne résulte pas de l'instruction que le germe l'ayant provoquée aurait été présent ou en incubation au début de la prise en charge de l'intéressé ou trouverait son origine dans une cause extérieure à celle-ci. A cet égard, si les défendeurs font valoir que le patient présentait des facteurs de risques d'infection en raison de son tabagisme et des difficultés de cicatrisation en découlant, ces seules circonstances ne sont pas de nature à lui ôter son caractère nosocomial, ni à faire regarder l'infection dont il a été victime comme résultant d'une cause étrangère au sens de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique. Dans ces conditions, et compte tenu notamment de ce que le délai d'apparition des premiers signes de l'infection dont a été victime M. A est inférieur à trente jours, celle-ci doit être regardée comme constituant une infection nosocomiale.

5. Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. / A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : / 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; / 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence. ".

6. Il résulte des dispositions combinées du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique et de l'article D. 1142-1 du même code que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1.

7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise médicale susmentionnée, que M. A reste atteint d'un déficit fonctionnel permanent en lien avec l'infection dont il a été victime de 10%. Dès lors, les conditions de mise en œuvre d'une indemnisation au titre de la solidarité nationale ne sont pas remplies. Par suite, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales doit être mis hors de cause.

8. Il résulte de ce qui précède que l'infection contractée par M. A présente un caractère nosocomial dont les conséquences dommageables doivent être indemnisées par le centre hospitalier de Mont-de-Marsan et son assureur, la société CNA Insurance Company.

Sur la réparation des préjudices de M. A :

S'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires :

Quant aux frais divers :

9. Il résulte de l'instruction que M. A a consulté un médecin conseil en vue de l'indemnisation de ses préjudices. Au vu des justificatifs produits, il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 3 660 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Mont-de-Marsan et de la société CNA Insurance Company.

Quant à l'assistance par tierce-personne :

10. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer, augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier.

11. Il résulte des termes du rapport d'expertise que l'état de santé de M. A imputable à l'infection nosocomiale qu'il a contractée a nécessité une assistance par tierce personne à hauteur de deux heures par jour sur la période de déficit fonctionnel temporaire de 75 %, laquelle est de 13 jours (soit 26 heures au total), d'une heure par jour pendant la période de déficit fonctionnel temporaire de 50 %, laquelle est de 241 jours (soit 241 heures au total), et de quatre heures par semaine sur la période de déficit fonctionnel temporaire de 25 %, laquelle s'est étendue sur 52 semaines (soit 208 heures au total). Il y a lieu d'évaluer l'assistance par tierce-personne temporaire requise par M. A pendant ces périodes en retenant une base horaire de 14 euros par heure, à la somme totale de 6 650 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Mont-de-Marsan et de la société CNA Insurance Company.

S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :

Quant à la perte de gains professionnels :

12. M. A, qui exploitait au moment de l'accident du travail dont il a été victime en 2016 une activité de bûcheron en indépendant, soutient que la réalisation d'une expertise par un expert-comptable est nécessaire à l'évaluation des préjudices tenant à la perte de gains professionnels actuels et futurs résultant de l'infection nosocomiale dont il a été victime, dès lors que leur évaluation est complexe et nécessite de déterminer les parts fixes et variables des charges qu'il supportait, l'imputabilité à l'infection de la baisse d'activité enregistrée par son entreprise, le surcoût exact des charges supportées jusqu'à la cessation de son activité, et sa rémunération de référence. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes du rapport de l'expertise susmentionnée, que M. A, qui exerçait alors la profession de bûcheron, a été placé en arrêt de travail à compter de son accident de travail initial en date du 12 décembre 2016 et qu'en l'absence d'infection, il serait resté en arrêt de travail pendant une durée de six mois après l'enclouage centromédullaire dont il a fait l'objet le 14 juin 2017. Il ressort en outre des termes du même rapport d'expertise que l'état de santé de M. A ne lui permet pas de reprendre la profession qu'il exerçait antérieurement. Toutefois, M. A ne produit aucun élément d'information sur l'activité qu'il occupait antérieurement à son accident, ni aucun élément de nature à établir l'existence ou le montant de pertes de revenus professionnels qui seraient directement imputables à l'infection nosocomiale dont il a été victime. Dans ces conditions, alors notamment qu'il résulte des pièces produites par la Mutualité sociale agricole Sud Aquitaine que l'intéressé a perçu des indemnités journalières au cours de la période s'étendant du 15 décembre 2017 au 3 juin 2019 pour un montant total de 15 162,76 euros, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise, ce poste de préjudice doit être écarté.

Quant à l'incidence professionnelle :

13. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes du rapport d'expertise susmentionné, que l'état de santé de M. A, âgé de 36 ans lors de son opération de la jambe, ne lui permet pas de reprendre l'activité de bûcheron qu'il exerçait avant l'infection nosocomiale et qu'un reclassement professionnel est nécessaire. Si M. A n'est pas inapte à l'exercice de tout emploi, il ne résulte pas de l'instruction qu'il pourrait exercer une activité comparable à celle qu'il a dû quitter en raison de son handicap. Au regard de ces éléments, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 15 000 euros.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

15. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise susmentionné, que M. A a subi, en lien direct avec l'infection nosocomiale contractée au sein du centre hospitalier de Mont-de-Marsan, un déficit fonctionnel temporaire total sur les périodes du 23 au 28 juillet 2017, du 31 janvier au 16 février 2018, du 7 au 22 juin 2018, du 2 au 3 août 2018, et sur les jours des 28 septembre et 6 décembre 2017, et 7 mars, 28 mars, 15 mai, 31 juillet, 20 août 2018 et 4 mars 2019 (soit durant 40 jours), un déficit fonctionnel temporaire partiel de 75 % sur la période du 29 juillet au 10 août 2017 (soit durant 13 jours), un déficit fonctionnel temporaire partiel de 50 % sur les périodes du 11 août au 5 septembre 2017, du 17 février au 6 mars 2018, du 8 au 27 mars 2018, du 29 mars au 14 mai 2018, du 6 mai au 6 juin 2018, du 23 juin au 30 juillet 2018, du 4 août au 19 août 2019, du 21 août au 30 septembre 2018, et sur le jour du 1er août 2018 (soit durant 241 jours) et enfin, un déficit fonctionnel temporaire partiel de 25 % sur les périodes du 29 septembre au 5 décembre 2017, du 7 décembre 2017 au 30 janvier 2018, du 2 octobre 2018 au 3 mars 2019, et du 5 mars au 3 juin 2019 (soit durant 363 jours). Il sera fait une juste appréciation du préjudice ayant résulté pour lui de son déficit fonctionnel temporaire durant ces périodes en l'évaluant, sur la base de 400 euros par mois à taux plein, à une somme de 3 462 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Mont-de-Marsan et de la société CNA Insurance Company.

Quant aux souffrances endurées :

16. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise joint au dossier, que les souffrances endurées par M. A avant la consolidation de son état de santé doivent être fixées à 5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 13 500 euros, qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Mont-de-Marsan et de la société CNA Insurance Company.

Quant au préjudice esthétique temporaire :

17. M. A fait valoir qu'il présentait une apparence physique nécessairement altérée du fait du port de nombreux pansements ainsi que d'un fixateur externe pendant plusieurs mois. Il résulte des termes du rapport d'expertise que ce poste de préjudice a été évalué par les experts à 4 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire subi par M. A en l'évaluant à la somme de 3 000 euros.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux permanents :

Quant au déficit fonctionnel permanent :

18. Aux termes de son rapport, les experts estiment que le déficit fonctionnel permanent dont M. A restera atteint doit être fixé à 10 %. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant, compte tenu de l'âge de la victime à la date de consolidation de son état de santé, à la somme de 13 000 euros, qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Mont-de-Marsan.

Quant au préjudice esthétique permanent :

19. Il résulte de l'instruction que M. A présente une irrégularité de la marche ainsi que plusieurs cicatrices au niveau de sa jambe droite, et que les experts ont évalué son préjudice esthétique permanent à 3/7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 3 500 euros.

Quant au préjudice d'agrément :

20. M. A soutient que l'infection nosocomiale contractée dans les suites de sa chirurgie de la jambe l'empêche aujourd'hui de pratiquer la pêche et le football, et lui occasionne des difficultés dans sa pratique du vélo et de la moto. Toutefois, les seules attestations produites par M. A, rédigées par ses proches, sont insuffisantes pour établir qu'il pratiquait régulièrement ces activités. Il suit de là que ce poste de préjudice doit être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. A doit être indemnisé des préjudices subis à hauteur de 61 772 euros, qu'il convient de mettre à la charge du centre hospitalier de Mont-de-Marsan et de son assureur, la société CNA Insurance Company.

Sur les conclusions de la Mutualité sociale agricole Sud Aquitaine :

En ce qui concerne le remboursement des sommes versées :

22. Les caisses de sécurité sociale, qui exercent leurs droits propres en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, sont admises à poursuivre le remboursement de l'ensemble des prestations versées à la victime d'un accident résultant d'un acte médical, dans la limite des sommes allouées à ce patient en réparation de la perte de chance d'éviter un préjudice corporel, la part d'indemnité à caractère personnel étant exclue du recours.

23. La Mutualité sociale agricole Sud Aquitaine produit, dans le dernier état de ses écritures, un relevé de ses débours dont il ressort qu'elle a supporté du 23 juillet 2017 au 3 juin 2019 des frais médicaux et pharmaceutiques pour un montant de 14 554,45 euros, des frais d'hospitalisation pour un montant de 29 830,45 euros, et des indemnités journalières pour un montant de 15 162,76 euros. Ces dépenses doivent être regardées comme présentant un lien suffisamment direct et certain avec l'infection dont a été victime M. A. Dès lors, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Mont-de-Marsan et de la société CNA Insurance Company une somme de 59 547,66 euros.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

24. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée. () ".

25. L'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 dispose : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 € et 1 162 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2022 ". Lorsque, par application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale précité, le montant de l'indemnité forfaitaire est relevé par arrêté interministériel, la caisse n'est pas obligée d'actualiser devant le juge le montant de ses conclusions.

26. Eu égard au montant de 59 547,66 euros dont le remboursement est obtenu par la Mutualité sociale agricole Sud Aquitaine dans le présent jugement, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Mont-de-Marsan et de la société CNA Insurance Company le paiement d'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1 162 euros.

Sur les dépens :

27. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise (). Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".

28. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge définitive du centre hospitalier de Mont-de-Marsan et de son assureur, la société CNA Insurance Company, les frais de l'expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal de grande instance de Mont-de-Marsan du 2 août 2018.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

29. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

30. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Mont-de-Marsan une somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

31. Toutefois, il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge du centre hospitalier de Mont-de-Marsan et de son assureur la somme demandée par la Mutualité sociale agricole Sud Aquitaine au titre des mêmes dispositions.

32. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demandent le centre hospitalier de Mont-de-Marsan et la société CNA Insurance Company au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est mis hors de cause.

Article 2 : Le centre hospitalier de Mont-de-Marsan et la société CNA Insurance Company sont condamnés à verser à M. A une somme globale de 61 772 (soixante-et-un mille sept-cent soixante-douze) euros, en réparation des dommages liés à l'infection nosocomiale subie par ce dernier suite à sa prise en charge du 14 juin 2017.

Article 3 : Le centre hospitalier de Mont-de-Marsan et la société CNA Insurance Company sont condamnés à verser à la Mutualité sociale agricole Sud Aquitaine une somme globale de 59 547, 66 euros (cinquante-neuf mille cinq-cents quarante-sept euros et soixante-six centimes), en remboursement de ses débours.

Article 4 : Le centre hospitalier de Mont-de-Marsan et la société CNA Insurance Company sont condamnés à verser à la Mutualité sociale agricole Sud Aquitaine une somme de 1 162 (mille cent soixante-deux) euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 5 : Les frais de l'expertise ordonnée le 2 août 2018 par le juge des référés du tribunal de grande instance de Mont-de-Marsan sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Mont-de-Marsan et de la société CNA Insurance Company.

Article 6 : Le centre hospitalier de Mont-de-Marsan et la société CNA Insurance Company verseront à M. A une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au centre hospitalier de Mont-de-Marsan, à la société CNA Insurance Company et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde et à la Mutualité sociale agricole Sud Aquitaine.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

L. NEUMAIER

La présidente,

signé

M. SELLES

La greffière,

signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au Ministre de la Santé et de la Prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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