jeudi 3 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2101390 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | NOEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 27 mai 2021, le 14 juin 2022 et le 8 novembre 2022, Mme Holterbosch, représentée par Me Noël, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme globale de 20 000 euros, assortie des intérêts capitalisés, en réparation des préjudices subis du fait des fautes commises dans la gestion de sa situation administrative ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'Etat a commis une faute en ne la nommant pas sur un emploi correspondant à son grade tel que l'exige l'article 12 de la loi du 13 juillet 1983 ;
- en s'abstenant de la protéger face à l'agression qu'elle a subie par une collègue, au demeurant donnant droit à la protection fonctionnelle, et de sanctionner l'agresseur, la réaction de sa hiérarchie caractérise une carence fautive ;
- elle est victime de discrimination en raison de son état de santé dès lors qu'au terme de la période de confinement, étant personne vulnérable, elle a été placée en autorisation spéciale d'absence et non en télétravail ;
- elle est fondée à demander réparation de son préjudice économique à hauteur de 5 000 euros ;
- son préjudice moral sera indemnisé à hauteur de 20 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 janvier 2022, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des griefs soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;
- le décret n° 2010-302 du 19 mars 2010 fixant les dispositions statutaires communes applicables aux corps des secrétaires administratifs des administrations de l'Etat et à certains corps analogues relevant du décret n° 2009-1388 du 11 novembre 2009 portant dispositions statutaires communes à divers corps de fonctionnaires de la catégorie B de la fonction publique de l'Etat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Duchesne,
- les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique,
- et les observations de Me Noël, représentant Mme Holterbosch.
Considérant ce qui suit :
1. Mme Holterbosch est affectée depuis le 1er mars 2018 au sein de la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection de la population des Landes, devenue direction départementale de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations (DDETSPP). Elle y occupe des fonctions de catégorie B, consistant en la certification des exports au service vétérinaire sécurité sanitaire de l'alimentation (SSA) et au remplacement de la secrétaire lors de ses congés, à hauteur de 25 % de son temps, la certification des exports du service vétérinaire santé et protection animales, environnement (SPAE) à 25 % de son temps, ainsi, à partir du 1er mars 2019, que des fonctions de gestionnaire ressources humaines à hauteur de 50 % de son temps. En août 2019, le directeur départemental a accepté que Mme Holterbosch, sur sa proposition, occupe le poste de gestionnaire ressources humaines à temps complet, tout en l'invitant à réorganiser son emploi du temps pour occuper ses autres fonctions par intérim. Estimant avoir été victime de diverses fautes commises dans la gestion de sa carrière, Mme Holterbosch a adressé à son employeur le 27 janvier 2021, une réclamation indemnitaire préalable. En l'absence de réponse à cette demande, elle demande au tribunal, par la présente requête, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 20 500 euros en réparation de ses préjudices.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 12 de la loi du 13 juillet 1983 désormais codifié à l'article L. 411-5 du code général de la fonction publique : " Le grade est distinct de l'emploi. / Le grade est le titre qui confère à son titulaire vocation à occuper l'un des emplois qui lui correspondent () ". Aux termes de l'article 33 de la loi du 11 janvier 1984, désormais codifié à l'article L. 512-1 du code général de la fonction publique : " L'activité est la position du fonctionnaire qui, titulaire d'un grade, exerce effectivement les fonctions de l'un des emplois correspondant à ce grade dans les administrations de l'Etat, les autorités administratives indépendantes et les établissements publics administratifs de l'Etat. ". Aux termes de l'article 3 du décret du 19 mars 2010 susvisé : " I. ' Les secrétaires administratifs sont chargés de tâches administratives d'application. A ce titre, ils participent à la mise en œuvre, dans les cas particuliers qui leur sont soumis, des textes de portée générale. Ils exercent notamment des tâches administratives de gestion dans les domaines des ressources humaines, logistiques, financiers ou comptables. Ils peuvent se voir confier des tâches de rédaction et être chargés de l'animation d'une équipe. Ils peuvent également assurer des fonctions d'assistant de direction. "
3. Il résulte de l'instruction qu'à compter du 1er mars 2018 Mme Holterbosch, secrétaire administrative, a rejoint la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations des Landes pour occuper un poste nouvellement créé dont les missions relevaient de différents services. Il résulte en effet de la fiche du poste sur lequel elle a été affectée, qu'elle doit exercer des fonctions de " gestionnaire technique contentieux et certification export assistante " qui visent à assurer la bonne marche des travaux d'un groupe d'agents et joue un rôle d'interface entre eux ainsi qu'avec les interlocuteurs externes. En particulier, elle est notamment chargée de l'instruction des certificats export et de l'archivage, de renseigner des bases de données, et de l'accueil des exportateurs. S'agissant de ses fonctions de gestionnaire technique contentieux, elle est chargée de la mise en forme des procès-verbaux, de leur classement et archivage, de la rédaction et du suivi des courriers de transmission en lien avec le contentieux et doit par ailleurs être le relais des services vétérinaires auprès du parquet de Mont-de-Marsan et de Dax. Enfin au titre des fonctions d'assistante, elle assure l'interface entre les chefs de service d'une part, et la direction et le secrétariat général d'autre part. Elle assure également le secrétariat technique du service " sécurité sanitaire de l'alimentation " en suppléance de la secrétaire titulaire, et celui du service " santé protection animales et environnement ". Si elle soutient qu'une partie des missions présentées sur la fiche de poste ne lui a jamais été confiée, elle ne l'établit pas, alors que cela ne saurait se déduire de la seule circonstance invoquée qu'à compter de 2019, elle a assuré en outre des fonctions de gestionnaire ressources humaines. Par ailleurs, la circonstance également invoquée que son évaluation professionnelle n'a pu être organisée en raison des restrictions sanitaires liées à l'épidémie de Covid-19, et a été reportée pour l'ensemble des agents du service au mois de septembre 2020, période au cours de laquelle la requérante était en arrêt maladie, n'est pas de nature à démontrer l'inadéquation de son emploi à son grade. Ainsi, et bien qu'elle exerce, ses tâches au sein de plusieurs services à hauteur d'une quotité de travail variant selon les besoins, une partie non négligeable de ces fonctions et notamment celles relatives à ses relations avec les exportateurs et les agents du services et d'instruction des certificats exports, à la réalisation des statistiques, à l'interface entre la direction et les chefs de service et secrétariat général, ainsi qu'à la gestion des ressources humaines constituent des tâches d'application et non de stricte exécution. Dans ces conditions, contrairement à ce qu'elle soutient, il ne ressort pas de l'instruction que l'intéressée occupait un emploi qui ne correspondait pas à son grade de secrétaire administratif. De sorte qu'aucune faute ne peut être reprochée à ce titre à l'Etat.
4. En deuxième lieu, le 3 janvier 2020, Mme Holterbosch a informé sa hiérarchie de l'agression qu'elle a subie le 2 janvier 2020 de la part de sa collègue, la secrétaire du SSA qu'elle supplée en cas d'absence. Elle reproche à sa hiérarchie de s'être abstenue de la protéger et de sanctionner " son agresseur ". Si elle soutient qu'en pareil cas, la protection fonctionnelle aurait dû lui être accordée, elle confirme par ailleurs n'avoir jamais adressé une telle demande, de sorte qu'elle ne saurait reprocher à l'administration de ne pas avoir mis en œuvre cette protection qui requiert, en tout état de cause, que les faits présentent un degré de gravité suffisant. Ainsi, la réaction de l'administration à l'agression décrite par Mme Holterbosch ne caractérise pas, dans les circonstances de l'espèce, une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
5. Par ailleurs, Mme Holterbosch ne détient aucun droit, notamment pas au titre de la protection fonctionnelle prévue par l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, à ce que l'administration sanctionne l'agent pour les faits d'agression dont il se serait selon elle rendu coupable, et n'est pas titulaire d'un droit à indemnité résultant de l'absence de sanction disciplinaire prononcé à l'encontre de cet agent. Elle n'est donc pas davantage fondée, en tout état de cause, à demander une indemnisation au titre d'une obligation de l'administration de sanctionner son " agresseur ".
6. En dernier lieu, pendant la période de l'état d'urgence sanitaire, par un décret du 16 mars 2020 motivé par les circonstances exceptionnelles découlant de l'épidémie de Covid-19, le Premier ministre a interdit, à compter du lendemain midi, le déplacement de toute personne hors de son domicile, sous réserve d'exceptions limitativement énumérées et devant être dûment justifiées. Dans le même temps, l'activité de nombreuses administrations a été réduite aux missions les plus essentielles, dans le cadre de la mise en œuvre de plans de continuité d'activité, les agents dont la présence sur leur lieu de travail n'était pas nécessaire à cette fin étant invités à télétravailler ou, en cas d'impossibilité, placés en autorisation spéciale d'absence. A la levée progressive de ces mesures, la note de service du 6 mai 2020 sur l'organisation de la DDCSPP en phase de déconfinement, précise que, sur présentation d'un certificat de leur médecin traitant, les agents atteints de pathologies énumérées par le Haut Conseil de la Santé Publique dans un avis en date du 20 avril 2020, qui peuvent constituer des facteurs de risque de développer une forme grave de Covid-19, sont maintenus en télétravail complet. Si les missions de l'agent ne sont plus ou pas majoritairement compatibles avec le télétravail, l'agent sera placé en autorisation spéciale d'absence.
7. Mme Holterbosch soutient qu'elle est victime de discrimination en raison de son état de santé dès lors qu'au terme de la période de confinement, étant considérée comme une personne vulnérable, elle a été placée en autorisation spéciale d'absence, et non en télétravail. Il résulte des certificats médicaux du 6 mai 2020 et du 3 juin 2020, établis par le médecin de Mme Holterbosch, qu'elle doit respecter une consigne d'isolement la conduisant à ne pouvoir se rendre sur son lieu de travail. En outre, si pendant la période de confinement, l'interdiction de déplacement justifiait, dans le cadre du plan de continuité des activités, la mise en œuvre du télétravail à l'exception des missions prioritaires, en revanche à compter du 11 mai 2020, l'aménagement des locaux et l'observation des gestes barrières devaient permettre l'accueil des agents pour une reprise de l'activité en présentiel, à l'exception des personnes vulnérables. Dans ces conditions, et alors qu'il résulte de sa fiche de poste que certaines de ses missions impliquaient l'accueil des exportateurs nécessitant sa présence sur le lieu de travail, compte tenu des certificats médicaux produits, son administration n'a pas commis de faute en la plaçant en en autorisation spéciale d'absence.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme Holterbosch n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de l'Etat à raison des fautes qui auraient été commises dans la gestion de sa situation administrative. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par la requérante ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative seront également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme Holterbosch est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A Holterbosch et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée à la préfète des Landes.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Quéméner, présidente,
Mme Duchesne, conseillère
M. Diard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2023.
La rapporteure,
Signé : M. DUCHESNE
La présidente,
Signé : V. QUEMENER La greffière,
Signé : M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026