lundi 15 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2101415 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | BONNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 1er juin 2021, 28 octobre et 9 décembre 2022, le centre hospitalier de Dax, représenté par Me Bonnet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner in solidum la société par actions simplifiée Etchart construction, venant aux droits de la société par actions simplifiée Alzate, et la société par actions simplifiée TLR architecture et associés au versement de la somme de 282 822,82 euros hors taxe au titre des travaux réparatoires, assortie de la taxe sur la valeur ajoutée au taux en vigueur à la date du jugement à intervenir ;
2°) de prononcer l'indexation du coût des travaux de réfection, d'un montant de 92 000 euros hors taxe, sur l'indice BT 01 du coût de la construction selon l'indice de base 108,7 en vigueur à la date de dépôt du rapport d'expertise le 4 octobre 2018 et selon l'indice de référence publié en dernier lieu et connu à la date de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge in solidum de la société Etchart construction, venant aux droits de la société Alzate, et de la société TLR architecture et associés les dépens à lui verser, incluant les frais et honoraires d'expertise judiciaire s'élevant à la somme de 4 373,06 euros toutes taxes comprises ainsi que les droits de plaidoirie exposés lors de l'instance de référé et lors de la présente instance ;
4°) de mettre à la charge in solidum de la société Etchart construction, venant aux droits de la société Alzate, et de la société TLR architecture et associés la somme de 6 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité contractuelle de l'architecte pour défaut de conseil dans les opérations de réception est engagée pour ce qui concerne les désordres intervenus dans la zone des quais et de transit consistant en de légers bosselages et vaguelettes, un faïençage superficiel et une fissure au seuil de la porte de service (désordre n°1) ; ces désordres étaient apparents à la réception ;
- la responsabilité contractuelle de l'architecte pour défaut de conseil dans les opérations de réception et la responsabilité contractuelle de droit commun des constructeurs de la société Etchart construction sont engagées in solidum dès lors que leurs fautes ont concouru à la réalisation des désordres de micro-faïençage et des fissurations nettes au pied des poteaux de structure qui affectent la zone de stockage (désordre n°2) ; ces désordres étaient apparents mais n'ont pas fait l'objet de réserves à la réception ; ces désordres méconnaissent le guide de bonne pratique de pharmacie hospitalière dès lors que les fissurations au pied des poteaux constituent une non-conformité ne permettant pas un nettoyage normal des locaux ;
- la garantie décennale de l'architecte et de la société Etchart construction sont engagées in solidum au titre des désordres de la zone de stockage constitués de légers bosselages et vaguelettes, ainsi que de petites zones de béton usées superficiellement, à l'origine de l'émission de poussières à l'usage (désordre n°4) ; l'usure de diverses zones de béton à l'origine d'émission de poussière n'était pas apparente à la réception et est en contradiction avec le guide des bonnes pratiques de pharmacie hospitalière qui constitue un document contractuel ;
- l'expert judiciaire n'a pas déterminé les travaux réparatoires, ni chiffré le montant de ces travaux considérant qu'il ne lui appartenait pas d'exercer une activité de maîtrise d'œuvre alors que l'ordonnance de référé du 22 mars 2017 lui donnait mission de déterminer et de chiffrer les travaux propres à remédier à ces désordres ; il a donc fait le nécessaire pour chiffrer l'ensemble des dépenses qu'il s'agisse des travaux de réfection, ou des frais connexes liés par exemple aux contraintes d'exécution des travaux avec déménagement du matériel et traitement des zones affectées, sans interdire, ou en tout cas le moins possible, le maintien de l'activité ; les travaux de réfection consistent à décaper les sols par ponçage, avec humidification pour éviter les poussières, à nettoyer avec une autolaveuse, puis à poser trois couches de résine époxy ; l'organisation des travaux nécessite d'installer un bâtiment provisoire de type Algeco à l'arrière de la plateforme en zone livraison, le chapiteau initialement envisagé s'avère techniquement difficile voire impossible à installer et beaucoup plus onéreux ; il a détaillé dans sa note du 10 juillet 2019 la distinction des zones, le phasage des travaux, le calendrier et les étapes successives mais aussi a chiffré l'ensemble des travaux, frais et dépenses ; le montant de l'ensemble des travaux et des frais annexes s'élève à la somme de 282 822,82 euros hors taxe ;
- concernant la responsabilité de la société Alzate et de la société TLR architecture et associés, en réponse aux écritures de cette dernière, il est rappelé que, soit, en contradiction avec le rapport d'expertise judiciaire, il n'y avait pas de désordre apparent à la réception et il n'y avait pas lieu à réserves, de sorte que ces désordres se sont manifestés ultérieurement et entraînent par conséquent la responsabilité spécifique de ces deux constructeurs, soit, en conformité avec le rapport d'expertise, des désordres apparents existaient et n'ont pas fait l'objet de réserve, ce qui engage la responsabilité contractuelle de droit commun de l'architecte pour défaut de conseil ;
- en réponse à la critique de la société TLR architecture et associés sur l'absence de distinction des zones dans le devis de réfection de la société Morlaes peinture, il verse aux débats, s'agissant du poste " étanchéité sols et cloisonnement des zones ", le devis de la société Etandex du 30 septembre 2022, lequel distingue effectivement les zones traitées ; ce poste de travaux s'élève désormais à l'appui de ce nouveau devis à la somme de 92 000 euros hors taxe car d'une part, la crise économique mondiale affectant le secteur de la construction et notamment le coût des matières premières entraîne la pénurie de certains produits et des variations de prix extrêmement importantes et d'autre part, la solution envisagée par l'entreprise Morlaes peinture consiste dans une peinture époxydique bi-composante n'assurant quasiment pas de résistance mécanique, alors que le revêtement proposé par la société Etandex possède un classement U4P4S, très résistant compte tenu des sollicitations mécaniques (circulation de chariots, de robots, etc ) ; quant à l'exigence de réduction de poussières liée au maintien en exploitation des zones non traitées, la société Etandex propose un confinement toutes hauteurs avec un système de bâches thermo-rétractables de sorte que les poussières seront confinées plus efficacement qu'avec un ponçage humide, et ce nonobstant les hauteurs sous-plafonds de la pharmacie particulièrement importantes ; ce système de bâches évite, en outre, la mise en œuvre de dispositions permettant de retenir l'eau s'écoulant vers les pièces adjacentes en l'absence d'évacuation au sol ;
- contrairement à ce que soutient la société Etchart construction, il n'a pas fait procéder aux travaux de réfection et verse aux débats des devis et non des factures ;
- s'agissant des petites zones de béton usé, il est logique et fondé que pour apprécier la destination de l'ouvrage concerné et l'éventuelle impropriété à destination, l'expert judiciaire se réfère à la spécificité de l'ouvrage, au cas d'espèce la pharmacie à usage intérieur d'un hôpital, et à ce qui était convenu contractuellement entre le maître de l'ouvrage et ses cocontractants, à savoir des règles de construction et de fonctionnement strictes, rappelées par le guide des bonnes pratiques de pharmacie hospitalière qui constitue une pièce du marché ; concernant sa part de responsabilité que la société Etchart construction propose de fixer à 30 %, s'il peut être considéré comme un " sachant " concernant les obligations règlementaires qui encadrent ces activités, notamment à l'aune du guide des bonnes pratiques de pharmacie hospitalière, il n'a aucune compétence, ni qualité pour définir les modalités techniques de mise en œuvre ; si le revêtement en béton armé quartzé prévu dans le programme fonctionnel et décrié par l'expert judiciaire était inapproprié, il incombait à la maîtrise d'œuvre, chargée de la conception, de conseiller son client maître d'ouvrage ; sa seule implication consistant à s'être fait assister par un maître d'ouvrage délégué, lequel a établi lui-même le programme fonctionnel et la préconisation du revêtement en béton armé quartzé, ne caractérise pas une immixtion fautive et ne peut pas, par conséquent, exonérer la société Etchart construction de sa responsabilité ;
- concernant le montant des travaux de réfection, la société Etchart construction soutient que l'expert judiciaire aurait été empêché de remplir sa mission par sa seule inertie alors que la difficulté vient de l'expert lui-même qui n'a pas répondu à tous les chefs de mission de l'ordonnance de référé du 22 mars 2017, en particulier celui consistant à " déterminer et chiffrer les travaux propres à remédier à ces désordres " en considérant qu'il s'agirait d'une " activité de maîtrise d'œuvre " qui lui est interdite ;
- la société Etchart construction demande de retenir un montant de 9 240 euros hors taxe, soit 11 088 euros toutes taxes comprises correspondant à la solution réparatoire proposée par l'entreprise Batisol dallages alors qu'elle a été rejetée par l'expert judiciaire.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 25 février et 24 novembre 2022, la société par actions simplifiée TLR architecture et associés, représentée par Me Charbonnier, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à la condamnation de la société Etchart construction à la garantir et à la relever indemne de toutes éventuelles condamnations en principal, frais et intérêts qui seraient prononcées à son encontre et en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge in solidum du centre hospitalier de Dax et de toutes parties succombantes la somme de 8 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'expert judiciaire a procédé à une analyse juridique erronée des faits de la cause dès lors qu'il a retenu sa responsabilité partielle dans la survenance du désordre de fissuration dans la zone de stockage ; aux termes de l'acte d'engagement du marché de conception réalisation du 6 septembre 2013, la société Alzate agissait en qualité de mandataire solidaire du groupement conjoint de sorte qu'elle est la seule membre du groupement dont la responsabilité est susceptible d'être engagée solidairement avec ses autres membres en cas d'engagement de la responsabilité contractuelle de ceux-ci ; elle ne peut se voir imputer une quelconque faute de conception relevant des descriptifs ou des cahiers des clauses techniques particulières car la rédaction de ces pièces a été intégralement assurée par la société Alzate ; sa rémunération pour la mission de direction et d'exécution des travaux (DET) correspondait exclusivement à une mission de conformité architecturale ; la société Alzate s'est assurée de la direction et de l'exécution des travaux avec la présence quasi-quotidienne de son chargé d'opération sur site ;
- la réalisation respectait bien les éléments du programme établi par le maître d'ouvrage qui mentionnait, au niveau du revêtement de sol, la mise en œuvre de béton quartzé ; la mise en œuvre du dallage n'appelait donc pas d'observation de sa part ; le béton quartzé répond parfaitement aux objectifs de bonne pratique des pharmacies à usage intérieur, notamment concernant les attendus d'imperméabilité, tels que définis par le guide des bonnes pratiques de ces pharmacies ; la préconisation exacte des produits mis en œuvre pour la réalisation de ce béton quartzé, son exécution et le contrôle de son exécution incombaient à la société Alzate, à son bureau d'étude, la société Yves Cazeaux et à son sous-traitant, la société Batisol dallages ; elle n'a jamais pris part à la conception technique des ouvrages, ainsi que le reconnaît l'expert judiciaire qui considère que les fissures structurelles sont dues à une erreur de conception technique de détail des ouvrages imputables à la société Alzate ;
- elle ne peut être tenue responsable d'une quelconque faute dans le cadre de ses missions de direction et d'exécution des travaux ou d'assistance aux opérations de réception (AOR) qui ne portaient que sur le contrôle de la conformité architecturale du projet ; les désordres d'exécution qui ne se sont manifestés qu'aux mois d'octobre-novembre 2016 et qui n'étaient pas visibles à la réception en mai 2016 ne peuvent donc pas, même partiellement, lui être imputés ;
- le centre hospitalier se contente d'énoncer une série d'anciennes décisions de jurisprudence administrative sans toutefois caractériser une faute de sa part dans sa mission d'assistance aux opérations de réception ; les désordres dénoncés étant apparus plusieurs mois après la réception, elle n'a pas manqué à son obligation de conseil lors des opérations de réception ;
- le centre hospitalier de Dax est un maître d'ouvrage averti, disposant de services techniques parfaitement à même d'appréhender la nature, l'objet et les conséquences d'une réception de travaux et étant dans le cadre de cette opération, assisté de la société Socofit, assistant à maîtrise d'ouvrage, spécialisée dans le domaine médico-social ;
- l'expert judiciaire n'a pas été en mesure d'examiner le bien-fondé de la nature et du quantum des travaux de reprise en l'absence de transmission par le centre hospitalier de Dax des documents sollicités par l'expert malgré ses demandes réitérées en ce sens ; les pièces n° 15 à 26 du requérant, très tardivement produites dans le seul cadre de la présente procédure au fond, n'ont jamais pu être examinées par l'expert judiciaire et n'ont, de ce fait, pu faire l'objet d'une discussion technique contradictoire, notamment quant à la teneur et à l'étendue des travaux strictement nécessaires à la reprise des désordres ;
- concernant les travaux réparatoires du désordre de porosité du sol dans la zone de stockage, le défaut de communication des pièces requises par le centre hospitalier de Dax dans le cadre de l'expertise judiciaire contradictoire et les pièces insuffisamment précises communiquées tardivement par le requérant dans le cadre de la présente instance ne permettent pas de déterminer si le chiffrage avancé exclut bien la zone des quais et transit, ou s'il concerne au contraire une reprise intégrale incluant ces zones, ce qui constituerait un enrichissement injustifié en méconnaissance du principe de réparation intégrale ; le pourcentage d'augmentation de ce poste de travaux de 271 % est sans aucune commune mesure avec l'augmentation du coût de certains travaux générés par la conjoncture, de l'ordre de 20% ; la question d'un quelconque chiffrage et d'une éventuelle augmentation ne se serait pas posée si le requérant avait, tel que cela lui a été demandé à maintes reprises par l'expert judiciaire, produit des devis de travaux de reprise dès le mois de décembre 2017, lors des opérations d'expertise judiciaire et initié la présente procédure au fond dans un délai raisonnable après le dépôt du rapport d'expertise judiciaire ; les solutions techniques de reprise figurant au devis de la société Etandex du 30 septembre 2022, pour partie différentes de celles prévues par le devis de la société Morlaes du 25 mars 2019 préalablement produit lors du dépôt de la requête, n'ont pas davantage pu être examinées dans le détail par l'expert judiciaire, de sorte qu'il n'est pas possible de dire si celles-ci sont strictement adaptées ou si elles constituent, au contraire, une amélioration de l'ouvrage ; contrairement aux allégations du centre hospitalier de Dax, ce devis de la société Etandex du 30 septembre 2022, par ailleurs très difficilement exploitable du fait de sa communication en noir et blanc et quasi systématiquement tronqué en partie gauche de chaque page, ne distingue pas précisément le coût des travaux de reprise de la seule zone de stockage telle qu'identifiée par l'expert judiciaire ;
- le centre hospitalier de Dax n'est pas fondé à demander l'indexation du coût des travaux de reprise sur l'indice BT 01 du coût de la construction en prenant comme indice de base celui d'avril 2018 alors qu'il a attendu près de trois ans après le dépôt du rapport d'expertise pour introduire la présente instance ;
- les demandes indemnitaires du requérant incluent des postes invérifiables, dont le nombre d'heures ou de personnel, et sont vraisemblablement très exagérées telles que l'indemnisation de la récupération par les agents des opérations de déménagement pour la somme de 61 722,75 euros, ou l'étude et la définition du projet par le personnel pour un montant de 4 572,97 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2022, la société par actions simplifiée Etchart construction, venant aux droits de la société par actions simplifiée Alzate, représentée par Me Lonné, conclut à titre principal, au rejet de la requête du centre hospitalier de Dax, et à titre subsidiaire, à sa condamnation à verser au requérant la somme de 9 240 euros hors taxe en réparation du désordre relatif aux petites zones de béton usé et à ce que le centre hospitalier de Dax et la société TLR architecture et associés soient condamnés à la garantir et la relever indemne à hauteur de 80 % de ce montant.
Elle soutient que :
- sur les quatre désordres analysés par l'expert judiciaire, ce dernier n'a retenu, comme seul désordre non couvert par la réception, que celui relatif à la présence de petites zones de béton usé très éparses et potentiellement incompatibles avec le guide des bonnes pratiques de la pharmacie hospitalière et qui serait de nature à rendre le bâtiment impropre à sa destination ; l'absence de réserve à la réception portant sur les trois autres désordres pourtant visibles rend vaine toute réclamation du centre hospitalier à son égard de sorte que le requérant ne peut fonder ses demandes concernant ces trois désordres que sur la responsabilité contractuelle du maître d'œuvre dans le cadre de sa mission d'assistance aux opérations de réception ; c'est donc en parfaite contradiction que le centre hospitalier de Dax croit pouvoir retenir sa responsabilité pour le désordre de porosité du sol alors que les prétendus défauts d'exécution, visibles à la réception, ont été définitivement purgés par cette dernière ; si sa responsabilité devait être recherchée, ce ne serait que dans la mesure et à l'aune des conséquences du désordre des petites zones de béton usé ;
- le désordre d'usure des petites zones de béton est purement esthétique et hors du champ de la garantie décennale en tout autre lieu qu'un hôpital, reposant sur la prétendue non-conformité des travaux au guide des bonnes pratiques de la pharmacie hospitalière ; une telle impropriété reste théorique dès lors qu'à aucun moment le centre hospitalier de Dax n'a fait état d'une impossibilité d'utilisation des locaux, ni de la survenance de dommages ou d'accidents depuis le début d'utilisation de ces locaux, ni même de précautions particulières ou de frais engagés pour permettre l'utilisation des locaux ; à défaut d'impropriété à destination établie dès lors que le guide autorise le recours à d'autres méthodes en mesure de répondre aux principes d'assurance de la qualité, sa garantie décennale ne peut être engagée et elle sera mise hors de cause ;
- à titre subsidiaire, sa responsabilité contractuelle pour le désordre des petites zones de béton usé sur le fondement de l'impropriété d'un engagement contractuel au visa du guide des bonnes pratiques de la pharmacie hospitalière ne peut être engagée dès lors que ce désordre relève de la responsabilité du maître d'ouvrage qui, assisté par la société anonyme Socofit, ne constitue pas un maître d'ouvrage profane, connaissant bien cette réglementation propre aux établissements de santé, et que le revêtement par dallage industriel en béton armé surfacé quartz est préconisé par le cahier des clauses techniques particulières du marché, rédigé par l'assistance à maîtrise d'ouvrage ; la maitrise d'ouvrage gardera donc à sa charge 30% de la responsabilité ; par ailleurs, la responsabilité du cabinet d'architecte est également engagée de sorte que sa responsabilité, en tant qu'entreprise exécutante, si elle devait être retenue, ne saurait être recherchée au-delà de 20 % ;
- seule l'inertie du centre hospitalier a empêché l'expert judiciaire de remplir sa mission, à savoir de vérifier et valider les travaux réparatoires et les coûts correspondants ; le centre hospitalier se contente de produire divers devis ne permettant pas de déterminer l'étendue et l'opportunité des travaux envisagés, outre un auto-chiffrage invérifiable de prétendus frais de personnel ; les montants réclamés par le centre hospitalier de Dax ne pourront pas être validés ;
- il est établi par l'expert que, pour ce qui concerne les travaux réparatoires des zones soumises à usure (soit les " petites zones de béton usé ") l'ensemble des déménagements coûteux évoqués par le centre hospitalier ne sont pas nécessaires de sorte qu'il sera retenu le montant de 9 240 euros hors taxe soit 11 088 euros toutes taxes comprises auquel elle ne pourra être condamnée qu'à hauteur de 20 %.
Vu :
- l'ordonnance du 22 mars 2017 n°1700189 par laquelle le président du tribunal, juge des référés, a diligenté une expertise judiciaire et désigné un expert judiciaire ;
- l'ordonnance du 3 décembre 2018 n°1700189 par laquelle le président du tribunal, juge des référés a taxé et liquidé les frais et honoraires de l'expertise judiciaire ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des marchés publics ;
- le code de la santé publique ;
- l'arrêté du 22 juin 2001 relatif aux bonnes pratiques de pharmacie hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Corthier ;
- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Bonnet, représentant le centre hospitalier de Dax, et celles de Me Charbonnier, représentant la société TLR architecture et associés.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre de son projet d'établissement, le centre hospitalier de Dax a décidé la création d'une plateforme-médico-technique et le développement de certaines de ses activités médicales et a, à cet effet, conclu un marché global de conception-réalisation, par tranches sur le fondement de l'article 72 du code des marchés publics, comportant une tranche ferme (réalisation des études de conception) et une tranche conditionnelle (réalisation des ouvrages et installation des équipements de process). Le groupement conjoint de conception-réalisation, attributaire de cette mission par acte d'engagement du 6 septembre 2013, était composé notamment de la société Alzate, mandataire solidaire du groupement, et de la société TLR architecture et associés, architecte. Le lot dallages béton a été confié à la société Alzate, laquelle a sous-traité cette mission à la société Batisol dallages, par déclaration de sous-traitance du 12 février 2015. Les travaux ont été réceptionnés, en partie avec réserves, le 20 mai 2016. Le 8 décembre 2016, un constat dressé par huissier de justice a fait état de fissures et microfissures, de tâches brunes et d'une forte perméabilité du dallage affectant les sols mais aussi de certains murs dans le nouveau local de la pharmacie à usage intérieur, plus particulièrement au niveau du sas d'entrée entre la pharmacie et les quais et au niveau des quais. Par ordonnance du 22 mars 2017, le président du tribunal, a désigné un expert judiciaire, lequel a déposé une note de synthèse le 1er septembre 2017 et un rapport en l'état le 8 octobre 2018. Le centre hospitalier de Dax demande au tribunal de condamner in solidum la société Etchart construction, venant aux droits de la société Alzate, et la société TLR architecture et associés au versement de la somme de 282 822,82 euros hors taxe au titre des travaux réparatoires.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article R. 5126-8 du code de la santé publique dans sa version applicable au litige : " Les pharmacies à usage intérieur disposent de locaux, de moyens en personnel, de moyens en équipements et d'un système d'information leur permettant d'assurer l'ensemble des missions suivantes : 1° La gestion, l'approvisionnement, le contrôle, la détention et la dispensation des médicaments, produits ou objets mentionnés à l'article L. 4211-1 ainsi que des dispositifs médicaux stériles ; 2° La réalisation des préparations magistrales à partir de matières premières ou de spécialités pharmaceutiques ; 3° La division des produits officinaux. () ". Aux termes de l'article R. 5126-11 du même code dans sa version applicable au litige : " La conception, la superficie, l'aménagement et l'agencement des locaux de la pharmacie à usage intérieur sont adaptés aux activités dont est chargée cette pharmacie. / Ces locaux sont d'accès aisé pour faciliter la livraison et la réception des produits ainsi que leur bonne conservation. / La pharmacie dispose d'un local permettant d'assurer l'isolement des médicaments et autres produits lorsque leur livraison a lieu exceptionnellement en dehors de ses heures d'ouverture. / L'aménagement et l'équipement de la pharmacie permettent une délivrance rapide et aisée aux structures desservies. ". Aux termes de l'article R. 5126-14 du même code : " () Elles fonctionnent en outre conformément aux bonnes pratiques de pharmacie hospitalière dont les principes sont fixés par arrêté du ministre chargé de la santé. () ". Aux termes du paragraphe 3.2 " Généralités " du guide des bonnes pratiques de pharmacie hospitalière annexé à l'arrêté du 22 juin 2001 relatif aux bonnes pratiques de pharmacie hospitalière : " () Les sols, murs, plafonds et autres surfaces apparentes sont conçus pour permettre un nettoyage et, le cas échéant, une désinfection aisée. () ". Aux termes du paragraphe 3.3.2.1. " Locaux de préparation des médicaments " du même guide : " () Les sols, les murs et autres surfaces sont lisses, imperméables et sans fissure afin de réduire l'accumulation de particules et de micro-organismes et de permettre l'usage répété de produits de nettoyage et, le cas échéant, de désinfectants. Les plafonds sont étanches et lisses. () ". Aux termes de l'article 3.3.3.2.1 " Locaux de stockage " du même guide : " () Les surfaces apparentes des locaux de stockage sont lisses, imperméables et sans fissures afin de réduire l'accumulation de particules et de micro-organismes et de permettre l'usage répété de produits de nettoyage et, le cas échéant, de désinfectants. Les plafonds sont étanches et lisses. ().
En ce qui concerne la nature du groupement et l'engagement de la responsabilité in solidum de ces membres :
3. Aux termes de l'article 51 du code des marchés publics dans sa version applicable au litige : " I. - Les opérateurs économiques sont autorisés à se porter candidat sous forme de groupement solidaire ou de groupement conjoint, sous réserve du respect des règles relatives à la concurrence. / Le groupement est conjoint lorsque chacun des opérateurs économiques membres du groupement s'engage à exécuter la ou les prestations qui sont susceptibles de lui être attribuées dans le marché. / Le groupement est solidaire lorsque chacun des opérateurs économiques membres du groupement est engagé financièrement pour la totalité du marché. II. - Dans les deux formes de groupements, l'un des opérateurs économiques membres du groupement, désigné dans l'acte d'engagement comme mandataire, représente l'ensemble des membres vis-à-vis du pouvoir adjudicateur, et coordonne les prestations des membres du groupement. / Si le marché le prévoit, le mandataire du groupement conjoint est solidaire, pour l'exécution du marché, de chacun des membres du groupement pour ses obligations contractuelles à l'égard du pouvoir adjudicateur. III. - En cas de groupement conjoint, l'acte d'engagement est un document unique qui indique le montant et la répartition détaillée des prestations que chacun des membres du groupement s'engage à exécuter. Pour les accords-cadres et les marchés à bons de commande, l'acte d'engagement peut n'indiquer que la répartition des prestations. / En cas de groupement solidaire, l'acte d'engagement est un document unique qui indique le montant total du marché et l'ensemble des prestations que les membres du groupement s'engagent solidairement à réaliser. / IV. - Les candidatures et les offres sont présentées soit par l'ensemble des opérateurs économiques groupés, soit par le mandataire s'il justifie des habilitations nécessaires pour représenter ces opérateurs économiques au stade de la passation du marché. Un même opérateur économique ne peut pas être mandataire de plus d'un groupement pour un même marché. / L'acte d'engagement est signé soit par l'ensemble des entreprises groupées, soit par le mandataire s'il justifie des habilitations nécessaires pour représenter ces entreprises. () ".
4. D'une part, il résulte de l'instruction que par acte d'engagement signé le 6 septembre 2013, le marché de conception-réalisation de la construction d'une plateforme médico-technique sur le site Vincent de Paul du centre hospitalier de Dax a été confié au groupement conjoint représenté par le directeur de la société Alzate agissant en tant que mandataire solidaire. La société TLR architecture et associés est membre de ce groupement conjoint, en charge des prestations de conception architecturale comportant la participation aux missions d'étude avant-projet, d'étude de projet dont l'élaboration du permis de construire, de direction et d'exécution des travaux, d'assistance aux opérations de réception, et de garantie de parfait achèvement alors que la société Alzate, en charge de la prestation d'entreprise générale, contribue aux missions d'étude avant-projet, d'étude d'exécution, d'ordonnancement, coordination et pilotage du chantier, de travaux par corps d'état, et enfin de fourniture et mise en œuvre des équipements dont les essais et réglages. Le groupement conjoint de conception-réalisation ne constitue pas un groupement solidaire. Cependant, le requérant est fondé à demander la condamnation in solidum des constructeurs, nonobstant l'absence de solidarité dans ce groupement d'entreprises, sous réserve de démontrer que le dommage, préalablement établi, est imputable aux personnes dont la condamnation in solidum est demandée.
5. D'autre part, la société Alzate, aux droits de laquelle intervient la société Etchart construction, a été désignée mandataire solidaire de ce groupement conjoint. Or, la circonstance que la responsabilité contractuelle d'un membre de ce groupement, auteur du manquement, puisse encore être recherchée après la réception, maintient la solidarité du mandataire solidaire dont la responsabilité peut être engagée au titre de cette obligation dans les mêmes conditions. Dès lors, le centre hospitalier de Dax est fondé à rechercher la responsabilité solidaire de la société Alzate en tant que mandataire solidaire du groupement sous réserve de pouvoir engager la responsabilité d'un autre membre de ce groupement après la réception.
En ce qui concerne le désordre n°1 affectant le sol de la zone quais et transit :
6. La responsabilité des maîtres d'œuvre pour manquement à leur devoir de conseil peut être engagée dès lors qu'ils se sont abstenus d'appeler l'attention du maître d'ouvrage sur des désordres affectant l'ouvrage et dont ils pouvaient avoir connaissance, en sorte que la personne publique soit mise à même de ne pas réceptionner l'ouvrage ou d'assortir la réception de réserves. Il importe peu, à cet égard, que les vices en cause aient ou non présenté un caractère apparent lors de la réception des travaux, dès lors que le maître d'œuvre en avait eu connaissance en cours de chantier.
7. La responsabilité des maîtres d'œuvre pour manquement à leur devoir de conseil peut être engagée, dès lors qu'ils se sont abstenus d'appeler l'attention du maître d'ouvrage sur des désordres affectant l'ouvrage et dont ils pouvaient avoir connaissance, de sorte que la personne publique soit mise à même de ne pas réceptionner l'ouvrage ou d'assortir la réception de réserves.
8. Ce devoir de conseil implique que le maître d'œuvre signale au maître d'ouvrage toute non-conformité de l'ouvrage aux stipulations contractuelles, aux règles de l'art et aux normes qui lui sont applicables, afin que celui-ci puisse éventuellement ne pas prononcer la réception et décider des travaux nécessaires à la mise en conformité de l'ouvrage.
9. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les travaux de réalisation de la plateforme médico-technique du site de Vincent de Paul ont été réceptionnés par procès-verbal du 20 mai 2016 à compter de la même date sans que les réserves exprimées concernant la pharmacie à usage intérieur ne portent sur les désordres en litige.
10. En deuxième lieu, d'une part, il résulte de l'instruction et plus particulièrement de l'expertise judiciaire, que le bâtiment de la pharmacie à usage intérieur en litige comprend une zone de quais et transit comportant au sol de légers bosselages et vaguelettes ainsi qu'un faïençage superficiel. Or, ces défauts de lissage superficiels correspondent à une anomalie survenue lors de la réalisation du surfaçage quartz du dallage car le lissage a été réalisé après un début de prise localisée du béton, rendant la surface légèrement grumeleuse et lui donnant une coloration. Ces défauts d'aspect étaient dès lors apparents tout au long de l'année qui a séparé le coulage du dallage, le 8 juin 2015, de la réception des travaux, le 20 mai 2016, établie sans réserve concernant ces défauts, de sorte qu'aussi bien le maitre d'œuvre que le maitre d'ouvrage doivent être regardés comme ayant eu connaissance de ces défauts en cours de chantier. Il en va de même du microfaïençage dont le délai d'apparition après coulage est de quelques mois. Le sol de la zone de quais et de transit comprend également une fissure au niveau du seuil de la porte de service, correspondant à l'existence d'un joint sec entre le bord du quai et un escalier extérieur fondé séparément, lequel s'est ouvert au cours des premiers mois après coulage. Or, l'importance de l'ouverture du joint lors du passage de l'huissier démontre que ce joint était déjà ouvert lors de la réception des travaux bien qu'il n'ait pas fait l'objet de réserve. Le maître d'œuvre et le maître d'ouvrage ne pouvaient donc pas ignorer ce défaut apparu en cours de chantier. Dans ces conditions, le centre hospitalier de Dax est fondé à rechercher la responsabilité du maître d'œuvre pour défaut de conseil pendant les opérations de réception l'ayant empêché de formuler les réserves requises. Si la société TLR architecture et associés fait valoir que cette dernière n'avait pas la qualité de mandataire du groupement, il n'en demeure pas moins que cette société était en charge de la mission assistance aux opérations de réception et doit donc être regardée comme exerçant les fonctions de maître d'œuvre à cet égard. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que la société Etchart construction, venant aux droits de la société Alzate, ait été chargée de contribuer à l'établissement des opérations de réception. Le centre hospitalier de Dax n'est donc pas fondé à demander l'engagement de la responsabilité in solidum de ces deux constructeurs. Cependant, en sa qualité de mandataire solidaire, la société Alzate est tenue par les manquements de la société TLR architecture et associés ainsi qu'il a été dit au point 5. Il s'en suit que le centre hospitalier est fondé à rechercher la responsabilité solidaire de la société Etchart construction et de la société TLR architecture et associés au titre du désordre n°1 affectant le sol de la zone quais et transit sur le fondement du défaut de conseil du maître d'œuvre dans les opérations de réception.
11. D'autre part, la seule circonstance que le maître d'ouvrage ait eu connaissance des désordres affectant l'ouvrage avant sa réception ne saurait exonérer le maître d'œuvre de son obligation de conseil lors des opérations de réception de celui-ci. Cependant, compte tenu de l'insuffisante attention portée aux opérations de réception de travaux par le centre hospitalier de Dax, sachant en marchés publics et maître d'ouvrage averti, au surplus conseillé par une assistance à maîtrise d'ouvrage, qui avait nécessairement connaissance des malfaçons affectant l'ouvrage et qui est ainsi seul à l'origine des dommages dont il se plaint en prononçant la réception définitive sans réserves, il sera fait une juste appréciation des responsabilités encourues d'une part, en rejetant la demande de condamnation solidaire de la société TLR architecture et associés et de la société Etchart construction à réparer les conséquences dommageables de la réception définitive des travaux sans que les défauts dont les sols de la zone de quais et de transit sont affectés ne fassent l'objet de réserve et d'autre part, en laissant à la charge du centre hospitalier de Dax l'ensemble du coût des travaux réparatoires de ce désordre n°1.
En ce qui concerne le désordre n°2 de fissurations dans la zone stockage :
12. La réception est l'acte par lequel le maître de l'ouvrage déclare accepter l'ouvrage avec ou sans réserve. Elle met fin aux rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs en ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage. La réception interdit, par conséquent, au maître de l'ouvrage d'invoquer, après qu'elle a été prononcée, et sous réserve de la garantie de parfait achèvement, des désordres apparents causés à l'ouvrage ou des désordres causés aux tiers, dont il est alors réputé avoir renoncé à demander la réparation.
13. En l'absence de stipulations particulières prévues par les documents contractuels, lorsque la réception de l'ouvrage est prononcée avec réserves, les rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs ne se poursuivent qu'au titre des travaux ou des parties de l'ouvrage ayant fait l'objet des réserves.
14. D'une part, il résulte de l'instruction, et plus particulièrement de l'expertise judiciaire, que le sol en dallage surfacé quartz de la zone de stockage du bâtiment de la pharmacie à usage intérieur comprend des micro-faïençages et des fissurations nettes localisées au pied des poteaux de structure. Le micro-faïençage est généralisé, sans décollement de la pellicule durcie du dallage, ni relargage des poussières et constitue un risque fréquent, dont le délai d'apparition après coulage, intervenu en l'espèce le 8 juin 2015, est de l'ordre de quelques mois de sorte que ce défaut de lissage du sol était également apparent à la date du 20 mai 2016 de réception des travaux. Le sol de cette zone comprend également des fissures au pied des poteaux de charpente métallique, qui sont dues à la liaison rigide existant entre le dallage et les massifs des poteaux, à laquelle il n'a pas été remédié par la création de joints sciés et la réalisation de coffres d'habillage des poteaux lors des travaux de construction. Les fissures au pied des poteaux sont ainsi causées par de légers mouvements différentiels entre le dallage d'une part, posé sur des panneaux isolants et sur son remblai, et les massifs de fondation des poteaux d'autre part. Si l'article 2 du cahier des clauses administratives particulières listant les pièces constitutives du marché ne cite pas expressément le guide des bonnes pratiques de pharmacie hospitalière, il mentionne " l'ensemble des documents visés au programme de l'opération (réglementations, normes, règles de l'art, normes de maintenance, etc.) ", lequel comprend le tome I du programme fonctionnel qui fait état de ce guide qui figure en annexe de l'arrêté du 22 juin 2001 relatif aux bonnes pratiques de pharmacie hospitalière. Or le paragraphe 3.3.3.2.1 du guide des bonnes pratiques hospitalières précité préconise des surfaces de local de stockage lisse, imperméable et sans fissures afin d'une part de réduire l'accumulation de particules et de micro-organismes et d'autre part, de permettre l'usage répété de produits de nettoyage. Le défaut de micro-faïençage du sol, bien que résultant d'un aléa d'exécution, et les fissures au pied des poteaux, causées par une erreur de conception, constituent une méconnaissance des stipulations contractuelles du marché dès lors que ces défauts ne permettent pas le nettoyage des locaux dans les conditions sanitaires exigées pour une zone de stockage d'une pharmacie à usage intérieur. Cependant, alors que le maître d'œuvre et le maître d'ouvrage étaient en mesure de constater ces défauts en cours de chantier, aucune réserve n'a été émise concernant ces défauts de sorte que la responsabilité contractuelle des constructeurs, la société Etchart construction venant aux droits de la société Alzate qui avait sous-traité les travaux de réalisation de dallages à la société Batisol dallages, ne peut être engagée par le centre hospitalier de Dax. En revanche, le centre hospitalier de Dax est fondé à rechercher la responsabilité de la société TLR architecture et associés pour défaut de conseil du maître d'œuvre dans les opérations de réception l'ayant empêché de formuler les réserves adaptées au titre du désordre n°2 de fissurations dans la zone stockage, et par voie de conséquence, d'engager la responsabilité solidaire de ces deux constructeurs, la société Alzate et la société TLR architecture et associés, au titre de l'engagement solidaire contracté par le mandataire de ce groupement.
15. D'autre part, dès lors qu' à l'instar de ce qui a été constaté au point 11, le maître d'ouvrage n'a pas été diligent dans les opérations de réception alors que les défauts entachant le sol de la zone de stockage de la pharmacie à usage intérieur étaient apparents, la société TLR architecture et associés et la société Etchart construction ne seront pas condamnées solidairement à réparer les conséquences dommageables de la réception définitive des travaux sans que les défauts dont les sols de la zone stockage sont affectés ne fassent l'objet de réserve et il sera laissé à la charge du centre hospitalier de Dax l'ensemble du coût des travaux réparatoires de ce désordre n°2.
En ce qui concerne le désordre n°4 de dégradations superficielles dans la zone de stockage :
16. D'une part, il résulte de l'instruction, et plus particulièrement du rapport d'expertise, que le sol de la zone de stockage comprend de légers bosselages et vaguelettes. Cependant, à l'instar du défaut de lissage du sol constaté dans la zone des quais et la zone de transit constituant le désordre n°1, ce défaut, apparu dès le coulage du dallage, était donc apparent lors de la réception des travaux, de sorte que le centre hospitalier de Dax n'est pas fondé à demander l'engagement in solidum ou solidaire de la garantie décennale de la société TLR architecture et associés et de la société Etchart construction venant aux droits de la société Alzate.
17. D'autre part, il résulte de l'instruction, et plus particulièrement du rapport d'expertise, que le sol de la zone de stockage est ponctuellement entaché de zones où le béton est usé superficiellement, laissant apparaître la masse du béton du corps du dallage, à l'origine de l'émission de poussières. Ce désordre, lié à l'utilisation du bâtiment, est donc postérieur à la réception des travaux. Or, l'émission de poussières engendrée par cette usure ponctuelle du béton du sol méconnaît les préconisations du guide des bonnes pratiques de la pharmacie hospitalière qui prévoient que les surfaces apparentes des locaux de stockage sont lisses, imperméables et sans fissures afin de réduire l'accumulation de particules et de micro-organismes et de permettre l'usage répété de produits de nettoyage. Un tel désordre affectant le sol de la zone de stockage du bâtiment de la pharmacie à usage intérieur du site Vincent de Paul, qui n'est pas quantifié, et au sujet duquel le centre hospitalier de Dax n'a fait état à aucun moment d'une impossibilité d'utilisation des locaux, ne peut être regardé comme rendant l'ouvrage impropre à sa destination ou comme portant atteinte à sa solidité. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que ce désordre, dont les causes ne sont pas explicitées et qui proviendrait uniquement de l'utilisation du bâtiment, serait lié à une erreur de conception, ou à un défaut de suivi des travaux d'exécution. Par suite, le centre hospitalier de Dax n'est donc pas fondé à rechercher la garantie décennale des constructeurs au titre du désordre d'usure superficielle du sol bétonné de la zone de stockage.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires du centre hospitalier de Dax tendant à l'engagement, sur divers fondements, de la responsabilité de la société Etchart construction, venant aux droits de la société Alzate, et de la société TLR architecture et associés ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les dépens :
19. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. "
20. D'une part, le centre hospitalier de Dax n'est pas fondé à demander que les droits de plaidoirie exposés lors de l'instance de référé et lors de la présente instance soient mis à la charge des constructeurs en défense au titre des dépens dès lors que ces frais relèvent des frais de justice prévus par l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
21. D'autre part, par ordonnance du 3 décembre 2018 n° 1700189, le président du tribunal, juge des référés, a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise réalisée par M. A à la somme de 4 373,06 euros toutes taxes comprises, mise à la charge provisoire du centre hospitalier de Dax. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre cette somme à la charge définitive du centre hospitalier de Dax.
Sur les appels en garantie :
22. D'une part, la société TLR architecture et associés appelle la société Etchart construction à la garantir et à la relever indemne de toutes éventuelles condamnations en principal, frais et intérêts qui seraient prononcées à son encontre. D'autre part, la société Etchart construction appelle le centre hospitalier de Dax et la société TLR architecture et associés à la garantir et la relever indemne à hauteur de 80 % du montant de 9 240 euros hors taxe en réparation du désordre relatif aux petites zones de béton usé. Cependant, à défaut de condamnation prononcée à l'encontre de la société TLR architecture et associés et de la société Etchart construction, leurs conclusions aux fins d'appel en garantie ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Etchart construction et de la société TLR architecture et associés, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier de Dax demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du centre hospitalier de Dax une somme de 1 500 euros à verser à la société TLR architecture et associés au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête du centre hospitalier de Dax est rejetée.
Article 2 : Les frais et honoraires de l'expertise d'un montant de 4 373,06 euros (quatre mille trois cent soixante-treize euros et six centimes) toutes taxes comprises sont définitivement mis à la charge du centre hospitalier de Dax.
Article 3 : Le centre hospitalier de Dax versera une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à la société TLR architecture et associés sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions des parties sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : La présente décision sera notifiée au centre hospitalier de Dax, à la société Etchart construction et à la société TLR architecture et associés.
Copie en sera adressée à M. A, expert judiciaire.
Délibéré après l'audience du 22 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Corthier, conseillère,
Mme Neumaier, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 15 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
Z. CORTHIER La présidente,
Signé
M. SELLES
La greffière,
Signé
M. B
La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026