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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2101426

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2101426

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2101426
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL GARDACH & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er juin et le 16 septembre 2021, M. C A et la Mutuelle assurance des instituteurs de France (MAIF), son assureur, représentés par Me Corbineau, demandent au tribunal :

1°) de condamner la commune d'Anglet à verser à M. A la somme totale de 5 200 euros en réparation du préjudice qu'il a subi du fait de la chute d'un arbre sur son véhicule ;

2°) de condamner la commune d'Anglet à verser à la MAIF, en sa qualité d'assureur subrogé dans les droits de son assuré, la somme de 1 366,56 euros correspondant à l'indemnité versée à M. A ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Anglet la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- M. A a intérêt à agir dès lors qu'il est le propriétaire du véhicule endommagé par la chute d'un arbre et que la franchise est restée à sa charge après versement de la somme de 1 366,56 euros par son assureur ;

- la compagnie MAIF a indemnisé son assuré à hauteur de 1 366,56 euros ; elle est fondée à exercer un recours indemnitaire contre la commune d'Anglet ;

- la requête a été introduite dans le délai de deux mois après que l'assureur de la commune d'Anglet a, par un courrier du 10 mai 2021, opposé un refus à la demande indemnitaire préalable qu'ils ont formée le 18 mars 2021 ;

- la responsabilité de la commune d'Anglet est engagée, sur le fondement d'un défaut d'entretien du domaine public, dès lors qu'un arbre, accessoire de la voie publique, est tombé sur le véhicule de M. A ;

- la matérialité des faits est établie par le témoignage de deux personnes qui suivaient le véhicule de M. A ; le lien de causalité direct entre la chute de l'arbre et les dommages subis est également établi ; l'attestation produite en défense, rédigée par les propres services de la commune d'Anglet, ne permet pas de justifier de l'entretien régulier de l'arbre ;

- M. A doit être indemnisé du préjudice matériel résultant de la franchise laissée à sa charge, soit la somme de 200 euros, ainsi que du préjudice moral lié à l'accident et à ses suites, soit la somme de 5 000 euros ; son préjudice moral est caractérisé par le choc que lui a causé la chute de l'arbre sur sa voiture alors que s'y trouvait toute sa famille, ce qui a entraîné des conséquences psychologiques majeures pour lui ;

- la compagnie MAIF doit être indemnisée, dans le cadre d'un recours subrogatoire, de la somme de 1 366,56 euros qu'elle a versée à son assuré.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2021, la commune d'Anglet, représentée par Me Phelip, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, au caractère excessif et partiellement injustifié des demandes indemnitaires de M. A et en tout état de cause, à ce que soit mise solidairement à la charge de M. A et de la MAIF la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, sa responsabilité ne peut être recherchée sur le fondement du défaut d'entretien normal dès lors que l'arbre en cause avait fait l'objet, en mars 2018 et comme tous les deux ans, d'une intervention d'entretien, d'élagage et de diagnostic sanitaire visuel, et qu'à cette date, l'arbre était sain et ne présentait aucune trace de fragilité ;

- à titre subsidiaire, la franchise acquittée par M. A s'élève à 120 euros seulement ; M. A n'étaye et n'établit par aucune pièce le préjudice moral qu'il invoque.

Par lettre du 26 octobre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de ce que l'instruction était susceptible d'être close par l'émission d'une ordonnance de clôture à compter du 1er décembre 2022.

Par ordonnance du 5 décembre 2022, la clôture immédiate de l'instruction a été prononcée en application des articles R. 613-1 et R. 611-11-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des assurances ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 juillet 2019, alors que M. A, domicilié à Montréal (Gers), conduisait sa voiture de type Peugeot 3008, à hauteur du numéro 488 du boulevard des plages à Anglet (Pyrénées-Atlantiques), un arbre s'est abattu sur son véhicule et a endommagé le capot avant. Son assureur, la Mutuelle assurance des instituteurs de France (MAIF), l'a indemnisé des dommages subis du fait de ce sinistre. Le 8 mars 2021, M. A et son assureur ont adressé à la commune d'Anglet une demande indemnitaire préalable, qui a été explicitement rejetée, le 10 mai 2021, par l'assureur de la commune. M. A et la compagnie MAIF, son assureur, demandent au tribunal de condamner la commune d'Anglet à verser à M. A la somme totale de 5 200 euros en réparation du préjudice résultant de cet accident, et à verser à la MAIF, subrogée dans les droits de son assuré à concurrence de l'indemnité versée, la somme de 1 366,56 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. D'une part, pour obtenir réparation, par le maître de l'ouvrage, des dommages qu'ils ont subis à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, les usagers de cet ouvrage doivent démontrer devant le juge administratif, d'une part, la réalité de leur préjudice, d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage. Pour s'exonérer de la responsabilité qui pèse alors sur elle, il incombe à la collectivité maître d'ouvrage, soit d'établir qu'elle a normalement entretenu l'ouvrage, soit de démontrer l'existence d'une faute de la victime ou d'un événement de force majeure.

3. D'autre part, l'accident dû à la chute sur la voie publique d'un arbre implanté sur les dépendances de la voie et partiellement pourri mais sain d'aspect n'est pas imputable à un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public.

4. Il résulte de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas contesté, que les dommages constatés sur la voiture de M. A résultent de la chute d'un pin implanté en bordure immédiate de la voie communale sur laquelle ledit véhicule circulait le 14 juillet 2019. Toutefois, il résulte de l'attestation de la directrice générale adjointe de la commune d'Anglet, produite en défense, rapportant les informations transmises par le responsable du service municipal des espaces verts le 17 juillet 2019, que l'arbre en cause, situé à hauteur du numéro 488 sur le boulevard des plages, a fait l'objet d'une opération de petit élagage ainsi que d'un diagnostic sanitaire visuel en mars 2018. Aux termes de cette attestation, cet arbre ne présentait, à cette date, " pas de signes extérieurs de maladie laissant présager la chute, le pourrissement s'étant produit sous terre ". Si les requérants contestent l'attestation fournie en ce qu'elle mentionnerait un simple examen visuel, et alors que la portée probante de cette attestation n'est pas sérieusement remise en cause par la seule circonstance qu'il s'agit d'une pièce rédigée par un agent de la commune, il résulte des termes de cette attestation comme des écritures en défense que les services municipaux procèdent, au contraire, à des opérations d'élagage tous les deux ans, opérations au cours desquelles a lieu un diagnostic sanitaire visuel. Il n'est pas démontré qu'un tel examen aurait dû être renouvelé avant l'accident litigieux. La commune d'Anglet produit en outre une photographie tirée du réseau internet, datée d'août 2018, laquelle montre que les arbres en bordure de voie avaient, à cette date, la cime couverte d'aiguilles. Or M. A et la MAIF ne contestent pas que, comme le fait valoir la commune d'Anglet en défense, l'arbre en cause ne présentait aucun signe extérieur d'un quelconque dépérissement ou de pourrissement interne, de fragilité ou de dangerosité, qui aurait nécessité une intervention préventive des services municipaux. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que cet arbre présentait un état d'inclinaison ou de déracinement laissant présager sa chute. Dans ces conditions, la commune d'Anglet doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe de l'entretien normal de la dépendance de la voie publique constituée par cet arbre.

5. Il résulte de ce qui précède que M. A et son assureur, la MAIF, ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité de la commune d'Anglet à raison d'un défaut d'entretien normal de la voie publique. Il suit de là que leurs conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Anglet, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A et la MAIF au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A et de la MAIF la somme demandée par la commune d'Anglet au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A et de la Mutuelle assurance des instituteurs de France est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune d'Anglet présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la Mutuelle assurance des instituteurs de France et à la commune d'Anglet.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

La rapporteure,

signé

A. D

La présidente,

signé

M. B La greffière,

signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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