mardi 19 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2101647 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | CHAMBRE 2 |
| Avocat requérant | SELARL SOULIE MAUVEZIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 juin 2021 et le 23 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Casadebaig, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler le titre exécutoire émis à son encontre le 21 décembre 2020 par la commune de Trébons pour le recouvrement d'une somme de 18 400 euros correspondant à la liquidation d'une astreinte relative à une infraction à la législation d'urbanisme ;
2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Trébons une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête n'est pas tardive ;
- le maire de Trébons n'était pas compétent pour constater l'infraction à la législation d'urbanisme relative à la création d'un accès sur la route départementale n° 935 ;
- il ne pouvait pas prononcer la liquidation de l'astreinte, en l'absence de toute décision juridictionnelle ;
- la décision attaquée méconnaît l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article L. 116-1 du code de la voirie routière ;
- elle méconnaît l'article L. 2212-2-1 du code général des collectivités territoriales ;
- la matérialité des faits n'est pas établie ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 août 2021 et le 7 décembre 2023, la commune de Trébons conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de la voirie routière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Aubry,
- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,
- et les observations de Me Dupen, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 17 mars 2014, le maire de Trébons a délivré à M. A un permis de construire en vue de l'édification d'un hangar à usage de stockage de matériel agricole. Le 10 juin 2020, cette même autorité a dressé procès-verbal à l'encontre de l'intéressé, sur le fondement de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, à la suite, d'une part, de travaux portant sur la modification extérieure de cette construction et portant sur la réalisation de 24 fenêtres, d'autre part, de travaux de création d'un accès à la route départementale n° 935. Par courrier du 16 juillet 2020, le maire de Trébons, après avoir constaté la régularisation de la situation en ce qui concerne les travaux de modification extérieure du hangar, a mis l'intéressé en demeure de remettre en état la parcelle, dans un délai de deux mois, sur le fondement de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme, s'agissant des travaux de création d'un accès à la route départementale, et ce, sous astreinte de 200 euros par jour de retard. Cette mesure n'ayant pas été suivie d'effets, cette commune a émis le 21 décembre 2020 à l'encontre de M. A un titre exécutoire pour le recouvrement d'une somme de 18 400 euros. Ce dernier demande l'annulation de ce titre de recettes ainsi que la décharge de l'obligation de payer cette somme.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. () Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès verbal. / () ". Aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ainsi que dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale () b) Le préfet ou le maire au nom de l'Etat dans les autres communes. / () ".
3. Il résulte des dispositions précitées que le préfet ou le maire au nom de l'Etat est compétent pour constater une infraction à la législation d'urbanisme dans une commune non dotée d'un document d'urbanisme. Il résulte de l'instruction qu'à la date de la constatation de l'infraction rappelée au point 1, la commune de Trébons n'était pas dotée d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale. Dès lors, en application des dispositions précitées des articles L. 480-1 et L. 422-1 du code de l'urbanisme, le maire de Trébons était compétent pour constater cette infraction, sans qu'ait d'incidence la circonstance que les travaux litigieux auraient pour objet d'ouvrir le terrain d'assiette du hangar à une route départementale. Par suite, le moyen tiré de ce que l'infraction en cause a été constatée par une autorité incompétente manque en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme : " I.-Lorsque des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 et L. 421-5-3 ont été entrepris ou exécutés en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ainsi que des obligations mentionnées à l'article L. 610-1 ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable et qu'un procès-verbal a été dressé en application de l'article L. 480-1, indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées pour réprimer l'infraction constatée, l'autorité compétente mentionnée aux articles L. 422-1 à L. 422-3-1 peut, après avoir invité l'intéressé à présenter ses observations, le mettre en demeure, dans un délai qu'elle détermine, soit de procéder aux opérations nécessaires à la mise en conformité de la construction, de l'aménagement, de l'installation ou des travaux en cause aux dispositions dont la méconnaissance a été constatée, soit de déposer, selon le cas, une demande d'autorisation ou une déclaration préalable visant à leur régularisation. () III.-L'autorité compétente peut assortir la mise en demeure d'une astreinte d'un montant maximal de 500 € par jour de retard. / () ".
5. La mise en œuvre des dispositions précitées constitue un pouvoir de police administrative, dont la compétence relève du maire, et qui peut s'exercer indépendamment des poursuites pénales engagées en vue de réprimer l'infraction constatée. Il ne résulte pas de l'instruction que M. A a donné suite à la mise en demeure qui lui a été faite par lettre du 16 juillet 2020 rappelée au point 1. Par suite, la commune de Trébons a pu, sans commettre d'erreur de droit, liquider, par le titre exécutoire attaqué, l'astreinte fixée par cette mise en demeure, sans que ce dernier ne soit précédé d'une décision juridictionnelle.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. () ".
7. Le titre exécutoire attaqué n'émane pas d'un tribunal au sens et pour l'application des stipulations précitées de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations est inopérant.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 2212-2-1 du code général des collectivités territoriales : " I.- Dans les conditions prévues au II, peut donner lieu à une amende administrative d'un montant maximal de 500 € tout manquement à un arrêté du maire présentant un risque pour la sécurité des personnes et ayant un caractère répétitif ou continu : () 2° Ayant pour effet de bloquer ou d'entraver la voie ou le domaine public, en y installant ou en y laissant sans nécessité ou sans autorisation tout matériel ou objet, ou en y déversant toute substance ; () II.-Le manquement mentionné au I du présent article est constaté par procès-verbal d'un officier de police judiciaire, d'un agent de police judiciaire ou d'un agent de police judiciaire adjoint. / Le maire notifie par écrit à la personne intéressée les faits qui lui sont reprochés, les mesures nécessaires pour faire cesser le manquement ainsi que les sanctions encourues. () ".
9. La mise en demeure rappelée au point 1, sur la base de laquelle la commune de Trébons a émis le titre exécutoire attaqué, a été prononcée dans le cadre des pouvoirs de police spéciale du maire de Trébons qui lui sont reconnus par les dispositions des articles L. 480-1 et L. 481-1 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 2212-2-1 du code général des collectivités territoriales, qui sont relatives aux pouvoirs de police administrative générale du maire, est inopérant.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 116 -1 du code de la voirie routière : " La répression des infractions à la police de la conservation du domaine public routier est poursuivie devant la juridiction judiciaire sous réserve des questions préjudicielles relevant de la compétence de la juridiction administrative. ".
11. Le titre de recettes attaquée n'est pas relatif à la police de la conservation du domaine public routier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 116-1 du code de la voirie routière est également inopérant.
12. En dernier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du procès-verbal dressé le 10 juin 2020 rappelé au point 1, que M. A a installé un portail coulissant en bordure de la route départementale n° 935, et non comme le prétend ce dernier, une grille inamovible faisant office de clôture, sur le terrain d'assiette du projet autorisé par l'arrêté du 17 mars 2014 rappelé au même point, en méconnaissance des prescriptions imposées par le permis de construire délivré par cette décision. Par suite, la mise en demeure du 16 juillet 2020, dont M. A doit être regardé comme en excipant l'illégalité, n'est entachée ni d'erreur de fait, ni d'erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Trébons, les conclusions aux fins d'annulation et de décharge de la requête de M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
15. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent dès lors être rejetées. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de ce dernier une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Trébons et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera à la commune de Trébons une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Trébons.
Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques des Hautes-Pyrénées.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Genty, première conseillère,
M. Aubry, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.
Le rapporteur,
L. AUBRY
Le président,
F. DE SAINT-EXUPERY
DE CASTILLON
La greffière,
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026