vendredi 29 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2101684 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP SEBAN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
I.- Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 juin 2021 et 17 avril 2023, sous le n° 2101684, M. A C, représenté par Me Baltazar, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2021 par lequel le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière a procédé à son classement au douzième échelon de la grille des émoluments des praticiens hospitaliers ;
2°) d'enjoindre au centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de procéder à la reconstitution de sa carrière ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Pau les entiers dépens ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Pau la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation sur le fondement des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il est entaché d'une erreur de droit sur le fondement de l'article R. 6152-815 du code de la santé publique ;
- il est entaché d'une erreur de qualification juridique des faits sur le fondement de l'article R. 6152-815 du code de la santé publique dès lors qu'il relevait du treizième échelon dès le 28 août 2007 et que cette situation n'a pas été remise en cause par le décret n° 2020-1182 du 28 septembre 2020 qui ne lui était pas applicable ;
- il est entaché d'illégalité en ce qu'il est fondé sur une situation juridique résultant d'une erreur de droit ; l'arrêté du 12 octobre 2020 le reclassant au dixième échelon manque de base légale car il est pris en application du décret n° 2020-1182 du 28 septembre 2020, lequel est entaché d'illégalité dès lors qu'il méconnaît le principe d'égalité en créant une inégalité de traitement entre certains praticiens hospitaliers qui n'est pas justifiée par une situation objective ; la décision du Conseil d'Etat du 28 octobre 2022 nos 445031, 446862, 446939, 447078 et 440650 ainsi que celle du 28 décembre 2022 n° 449344 ne s'appliquent pas à son cas car elles ne concernent pas les praticiens bénéficiant d'une prolongation d'activité ; le décret n° 2020-1182 du 28 septembre 2020, en ce qu'il ne prévoit aucune disposition spécifique ou dérogatoire au bénéfice de praticiens hospitaliers bénéficiant d'une prolongation d'activité, risque de générer un inversement de carrière, en méconnaissance du principe d'égalité ; la circonstance que l'arrêté du 12 octobre 2020 soit devenu définitif ne fait pas obstacle à ce qu'il excipe de son illégalité à l'appui de son recours dirigé contre l'arrêté du 3 mai 2021.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2023, la directrice du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 novembre 2023, le centre hospitalier des Pyrénées, représenté par Me Abbal, conclut au rejet de la requête et, en tout état de cause, au rejet des conclusions présentées par M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
II.- Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 juin 2021 et 17 avril 2023, sous le n° 2101698, M. A C, représenté par Me Baltazar, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner solidairement le centre hospitalier des Pyrénées et le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière à lui verser la somme de 6 249,94 euros en réparation de son préjudice ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier des Pyrénées et du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière les entiers dépens ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier des Pyrénées et du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité dès lors qu'il n'aurait pas dû être soumis au décret du 28 septembre 2020 qui ne lui était pas applicable sur le fondement de l'article R. 6152-815 du code de la santé publique ; l'arrêté du 3 mai 2021 est entaché d'illégalité engageant la responsabilité de l'administration ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité sans faute de l'administration est engagée pour rupture d'égalité des citoyens devant les charges publiques ayant causé un préjudice anormal et spécial ; l'anormalité du préjudice est caractérisée par la perte de traitement auquel il avait droit pendant six mois ; il subit un préjudice spécial dès lors que l'arrêté du 3 mai 2021 est un acte réglementaire individuel le concernant spécifiquement ;
- sa perte de traitement résultant de son reclassement au dixième échelon alors qu'il aurait dû être maintenu au treizième échelon est évaluée à 6 249,94 euros ;
- il entend régulariser sa requête en dirigeant ses conclusions indemnitaires également contre le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière ;
- postérieurement à l'introduction de la requête, il a adressé une demande indemnitaire préalable au centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2023, la directrice du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière conclut à titre principal, à sa mise hors de cause et à titre subsidiaire, au rejet de la requête.
A titre principal, elle oppose deux fins de non-recevoir tirées d'une part, de l'absence de conclusions indemnitaires dirigées contre elle et d'autre part, de l'absence de liaison du contentieux.
A titre subsidiaire, elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 novembre 2023, le centre hospitalier des Pyrénées, représenté par Me Abbal conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il doit être regardé comme opposant à titre principal une fin de non-recevoir tirée de ce qu'il n'est pas l'autorité compétente en matière de nomination et d'avancement des praticiens hospitaliers.
A titre subsidiaire, il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2020-1182 du 28 septembre 2020 ;
- le décret n° 2020-1743 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Corthier ;
- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Lagarde, substituant Me Baltazar, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, praticien hospitalier, psychiatre des hôpitaux, spécialisé en psychiatrie polyvalente, exerce au sein du centre hospitalier des Pyrénées situé à Pau. Par arrêté du 2 juillet 2007, il a été promu au treizième échelon de la grille des émoluments des praticiens hospitaliers à compter du 28 août 2007. Par arrêté du 2 août 2017, il a été autorisé à prolonger son activité du 1er décembre 2017 au 30 novembre 2018, renouvelable dans une limite totale de cinquante-et-un mois. Par arrêté du 23 novembre 2020, il a été reclassé au dixième échelon de la nouvelle grille des émoluments des praticiens hospitaliers à compter du 1er octobre 2020. Par courrier du 17 février 2021, le centre hospitalier des Pyrénées a rejeté sa demande de reclassement au treizième échelon de la grille des émoluments des praticiens hospitaliers. Par courrier du 16 mars 2021, M. C a présenté, au centre hospitalier des Pyrénées, une demande indemnitaire préalable, laquelle est restée sans réponse. Par arrêté du 3 mai 2021, le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière a procédé à son reclassement au douzième échelon de la grille des émoluments des praticiens hospitaliers à compter du 1er janvier 2021. M. C a été admis à faire valoir ses droits à la retraite et a été radié des cadres à la date du 1er mars 2022. Par la requête n° 2101684, M. C demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 3 mai 2021.
2. Par un courrier du 14 avril 2023, M. C a présenté, au centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière, une demande indemnitaire préalable, laquelle est restée sans réponse. Par la requête n° 2101698, il demande au tribunal de condamner solidairement le centre hospitalier des Pyrénées et le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière à lui verser la somme de 6 249,94 euros en réparation de son préjudice.
Sur la jonction :
3. Les requêtes n° 2101684 et n° 2101698, présentées pour M. C, concernent la situation d'un même praticien hospitalier. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la requête n° 2101684 :
En ce qui concerne les conclusions aux fins d'annulation :
S'agissant de la légalité externe :
4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; 2° Infligent une sanction ; 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
5. L'arrêté du 3 mai 2021 contesté portant reclassement de M. C, qui résulte de la seule application des textes, ne présente pas, par lui-même, le caractère d'une décision défavorable relevant d'une des catégories de décisions qui doivent être motivées au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué sur le fondement des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant. En tout état de cause, la décision attaquée vise les dispositions applicables à la situation du requérant, en particulier l'article R. 6152-15 du code de la santé publique et les décrets des 28 septembre et 28 décembre 2020, ainsi que la situation particulière du requérant, et notamment la circonstance que M. C a été classé au treizième échelon de l'ancienne grille à compter du 28 août 2007 puis a été placé en position de prolongation d'activité à compter du 1er décembre 2017 et enfin qu'il a été classé au dixième échelon de la nouvelle grille au 1er octobre 2020 avec une ancienneté conservée de dix ans, trois mois et trois jours, et se fonde sur l'ancienneté ainsi acquise par M. C. Par suite, l'arrêté contesté comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent son fondement.
S'agissant de la légalité interne :
6. Aux termes de l'article R. 6152-815 du code de la santé publique : " Les praticiens bénéficiant d'une prolongation d'activité demeurent régis par les dispositions des statuts dont ils relevaient à la date à laquelle ils ont atteint la limite d'âge, à l'exception des dispositions relatives à l'avancement. / Ils peuvent soit être maintenus dans l'emploi qu'ils occupent dans l'établissement où ils sont affectés à la date à laquelle ils atteignent la limite d'âge ou à celle du renouvellement de la prolongation d'activité, soit occuper un emploi dans un autre établissement. ". Aux termes de l'article 7 du décret du 28 septembre 2020 relatif à la modification de la grille des émoluments des praticiens hospitaliers à temps plein et des praticiens des hôpitaux à temps partiel : " Les praticiens hospitaliers à temps plein, les praticiens des hôpitaux à temps partiel et les praticiens hospitaliers-universitaires sont reclassés conformément au tableau de correspondance suivant : - situation d'origine : échelon 13, _ nouvelle situation : échelon 10, - ancienneté d'échelon conservée : ancienneté acquise () ". Aux termes de l'article 5 du décret du 28 décembre 2020 portant création de trois échelons au sommet de la grille des émoluments des praticiens hospitaliers à temps plein et des praticiens des hôpitaux à temps partiel : " Les praticiens hospitaliers à temps plein et les praticiens des hôpitaux à temps partiel classés au 10e échelon sont reclassés conformément au tableau de correspondance suivant : () - situation d'origine : 10e échelon, ancienneté au-delà de 8 ans et jusqu'à 12 ans, - nouvelle situation : 12e échelon, - ancienneté conservée dans la limite de la durée d'échelon : ancienneté acquise au-delà de 8 ans (). ".
7. En premier lieu, afin de modifier le déroulement de carrière des praticiens hospitaliers, le décret du 28 septembre 2020 relatif à la modification de la grille des émoluments des praticiens hospitaliers à temps plein et des praticiens des hôpitaux à temps partiel a fusionné les quatre premiers échelons de la grille des émoluments des praticiens hospitaliers à temps plein et des praticiens des hôpitaux à temps partiel, en précisant les conditions du reclassement des membres présents dans le corps. Ce décret modifie la grille des émoluments des praticiens hospitaliers à temps plein et à temps partiel, en fusionnant, dans le cadre d'une revalorisation de ces émoluments, les quatre premiers échelons, d'une durée d'un an pour les deux premiers et deux ans pour les deux suivants, en un seul échelon d'une durée de deux ans. Ce décret définit également les conditions de reclassement des membres présents dans le corps, en prévoyant notamment, à son article 7, que les agents classés entre le premier et le troisième échelon sont reclassés, à compter de son entrée en vigueur, intervenue le 1er octobre 2020, au premier échelon de la nouvelle grille, sans que l'ancienneté acquise dans leur précédent échelon ne soit conservée, tandis que les praticiens classés au quatrième échelon sont reclassés à la même date au même premier échelon en conservant leur ancienneté acquise dans leur précédent échelon. Pour l'application de ce décret, l'arrêté du 28 septembre 2020 modifiant l'arrêté du 15 juin 2016 relatif aux émoluments, rémunérations ou indemnités des personnels médicaux, pharmaceutiques et odontologiques exerçant leurs fonctions à temps plein ou à temps partiel dans les établissements publics de santé a fixé le montant brut annuel des émoluments hospitaliers correspondant aux différents échelons de cette nouvelle grille. Le décret du 28 décembre 2020 portant création de trois échelons au sommet de la grille des émoluments des praticiens hospitaliers à temps plein et des praticiens des hôpitaux à temps partiel a, par ailleurs, ajouté à cette nouvelle grille indiciaire un onzième, douzième et treizième échelons.
8. S'il résulte des dispositions précitées de l'article R. 6152-815 du code de la santé publique que M. C en tant que praticien hospitalier bénéficiant d'une prolongation d'activité conserve le bénéfice des dispositions statutaires dont il relevait à la date à laquelle il a atteint la limite d'âge à l'exception des dispositions relatives à l'avancement, un tel principe de cristallisation du droit applicable ne peut être regardé comme faisant obstacle à l'application à la situation de M. C des réformes statutaires issues aussi bien de l'article 7 précité du décret du 28 septembre 2020 relatif à la modification de la grille des émoluments des praticiens hospitaliers à temps plein et des praticiens des hôpitaux à temps partiel que de l'article 5 du décret du 28 décembre 2020 portant création de trois échelons au sommet de la grille des émoluments des praticiens hospitaliers à temps plein et des praticiens des hôpitaux à temps partiel. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 3 mai 2021 serait entaché d'une erreur de droit et d'une inexacte application de l'article R. 6152-815 du code de la santé publique.
9. En second lieu, d'une part, l'illégalité d'un acte administratif réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application de cet acte réglementaire ou s'il en constitue la base légale. Une telle exception peut être formée à toute époque, même après l'expiration du délai du recours contentieux contre cet acte.
10. Dans le cadre de la contestation d'un acte réglementaire par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure prise pour son application ou dont il constitue la base légale, la légalité des règles fixées par cet acte réglementaire, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées.
11. D'autre part, l'égalité de traitement à laquelle ont droit les agents d'un même corps ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes, en particulier en instituant des régimes indemnitaires tenant compte de fonctions, de responsabilités ou de sujétions particulières ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu que dans l'un comme dans l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport avec l'objet de la norme qui l'établit.
12. M. C soutient, par la voie de l'exception, que le décret du 28 septembre 2020 et l'arrêté du 12 octobre 2020 le reclassant au dixième échelon de la nouvelle grille d'émoluments des praticiens hospitaliers méconnaissent le principe d'égalité, dès lors que les praticiens bénéficiant d'une prolongation d'activité ne peuvent plus accéder à l'échelon le plus élevé après leur reclassement, les règles d'avancement ne leur étant pas applicables. Cependant, le principe d'égalité de traitement des fonctionnaires s'appréciant entre fonctionnaires d'un même corps placés dans une situation identique, M. C n'établit pas que la situation des praticiens bénéficiant d'une prolongation d'activité telle qu'issue de l'application du décret du 28 septembre 2020 connaîtrait des différences de traitement, au demeurant non justifiées par des différences de situation. La circonstance que les autres praticiens n'ayant pas atteint l'âge de la retraite puissent bénéficier d'un avancement jusqu'au treizième échelon, alors qu'il ne bénéficie pas de cette possibilité d'avancement en tant que praticien admis à prolonger son activité, est sans incidence sur le respect du principe d'égalité entre agents d'un même corps. Par ailleurs, eu égard aux modalités de reclassement retenues par le décret du 28 septembre 2020, qui placent au même niveau d'ancienneté dans l'échelon les praticiens nommés au 1er octobre 2020 et les praticiens précédemment classés entre le premier et le troisième échelon et reclassés à cette date au même premier échelon, et qui, par ailleurs, prévoient la conservation de l'ancienneté dans l'échelon des praticiens précédemment classés au quatrième échelon et au-delà, il ne résulte du décret du 28 septembre 2020 aucune inversion illégale dans l'ordre d'ancienneté au sein du corps. Enfin, et en tout état de cause, la différence de traitement résultant de la modification apportée par le décret du 28 septembre 2020 aux règles applicables au corps des praticiens hospitaliers entre les agents qui ont été recrutés dans ce corps avant l'entrée en vigueur de la modification statutaire et ceux qui ont été recrutés sous l'empire des nouvelles règles est inhérente à la succession dans le temps des règles applicables et n'est pas, par elle-même, contraire au principe d'égalité.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions aux fins d'injonction :
14. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête n° 2101684 de M. C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête.
Sur la requête n° 2101698 :
15. En premier lieu, il résulte du point 8 qu'en procédant au reclassement d'échelon de M. C en application du décret du 28 septembre 2020, l'administration n'a pas méconnu l'article R. 6152-815 du code de la santé publique. En tout état de cause, le centre hospitalier des Pyrénées, qui n'est pas l'autorité compétente en matière de nomination et d'avancement des praticiens hospitaliers, n'est pas co-auteur de l'arrêté attaqué. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le centre hospitalier des Pyrénées et le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière auraient commis une faute de nature à engager leur responsabilité.
16. En second lieu, M. C n'établit pas que la différence de traitements perçue pendant six mois résultant de ses reclassements d'échelon successifs issus des décrets des 28 septembre et 28 décembre 2020 serait à l'origine d'un préjudice anormal et spécial le concernant. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité sans faute du centre hospitalier des Pyrénées et du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière serait engagée.
17. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions indemnitaires de la requête ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière et du centre hospitalier des Pyrénées, qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le centre hospitalier des Pyrénées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
20. Par ailleurs, à défaut de dépens engagés en l'espèce, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne pourront également qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête n° 2101684 de M. C est rejetée.
Article 2 : La requête n° 2101698 de M. C est rejetée.
Article 3 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier des Pyrénées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. A C, au centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière et au centre hospitalier des Pyrénées.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Neumaier, conseillère,
Mme Corthier, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.
La rapporteure,
Signé
Z. CORTHIER La présidente,
Signé
M. SELLES
La greffière,
Signé
M. B
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Nos 2101684, 2101698
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026