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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2101690

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2101690

lundi 12 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2101690
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPICARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 juin 2021, le 11 janvier 2023, le 20 mars 2023 et le 11 mai 2023, la commune de Cadeilhan-Trachère, représentée par Me Picard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 20 avril 2021 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Aure-Louron a approuvé les taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2021 applicables au secteur " pôle Haute Vallée d'Aure " ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Aure-Louron une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a qualité pour ester en justice ;

- le conseil communautaire a été irrégulièrement convoqué, au regard des articles

L. 5211-1 et L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales ;

- la délibération attaquée méconnaît l'article 1636 B undecies du code général des impôts ;

- elle méconnaît l'article 1522 du code général des impôts ;

- le taux appliqué à la commune de Cadeilhan-Trachère est disproportionné par rapport à ceux appliqués aux autres communes ;

- le rattachement de la commune de Cadeilhan-Trachère au Pôle Haute Vallée d'Aure est géographiquement incohérent ;

- la délibération attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors que la souveraineté de chaque pôle pour définir la méthode de calcul de la répartition des charges en son sein conduit à appliquer des régimes différents sur son territoire, la méthode de calcul des taux devant être identique pour toutes les communes membres.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 avril 2022, le 20 février 2023 et le 19 avril 2023, la communauté de communes Aure-Louron, représentée par Me Bernal, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la commune de Cadeilhan-Trachère une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commune de Cadeilhan-Trachère n'a pas qualité pour ester en justice ;

- les moyens soulevés par la commune de Cadeilhan-Trachère ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumez-Fauchille,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- les observations de Me Picard, représentant la commune de Cadeilhan-Trachère, et de Me Bernal, représentant la communauté de communes Aure-Louron.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 20 avril 2021, le conseil communautaire de la communauté de communes Aure-Louron a fixé les taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2021 applicables au pôle " Haute Vallée d'Aure ". La commune de Cadeilhan-Trachère demande l'annulation de cette délibération.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre. () Pour l'application des articles L. 2121-11 et L. 2121-12, ces établissements sont soumis aux règles applicables aux communes de 3 500 habitants et plus. ". Aux termes de l'article L. 2121-11 du même code : " Dans les communes de moins de 3 500 habitants, la convocation est adressée trois jours francs au moins avant celui de la réunion () ". Aux termes de l'article L. 2121-12 du même code : " () Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs. En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc. () ".

3. En application de l'article L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales, la communauté de communes d'Aure-Louron est soumise au délai de convocation du conseil communautaire de cinq jours francs fixé par l'article L. 2121-12 du même code. Dès lors, la commune de Cadeilhan-Trachère ne peut utilement soutenir que le délai de convocation des conseillers communautaires ne respecte pas le délai fixé par l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales. En tout état de cause, la délibération attaquée du 20 avril 2021, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, fait état d'une convocation des membres du conseil communautaire au 14 avril 2021, soit cinq jours francs avant la séance, ce qui n'est pas sérieusement contesté par la commune requérante. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la convocation du conseil communautaire au regard des articles L. 5211-1, L. 2121-11 et

L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales manque en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets () dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal. / Les dépenses du service de collecte et de traitement des déchets mentionnées au premier alinéa du présent I comprennent : 1° Les dépenses réelles de fonctionnement ; 2° Les dépenses d'ordre de fonctionnement au titre des dotations aux amortissements des immobilisations lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses réelles d'investissement correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure ; 3° Les dépenses réelles d'investissement lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses d'ordre de fonctionnement constituées des dotations aux amortissements des immobilisations correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure. () ". Aux termes de l'article 1522 du code général des impôts : " I. - La taxe est établie d'après le revenu net servant de base à la taxe foncière, défini par l'article 1388. / (). ". Aux termes de l'article 1636 B undecies du même code : " 1. Les communes et leurs établissements publics de coopération intercommunale ayant institué la taxe d'enlèvement des ordures ménagères conformément aux articles 1379-0 bis, 1520 et 1609 quater votent le taux de cette taxe dans les conditions fixées à l'article 1639 A. 2. Ils peuvent définir, dans les conditions prévues au 1 du II de l'article 1639 A bis, des zones de perception de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères sur lesquelles ils votent des taux différents en vue de proportionner le montant de la taxe à l'importance du service rendu apprécié en fonction des conditions de réalisation du service et de son coût. () 3. Pour l'application du 2 : a) Pour les établissements publics de coopération intercommunale qui perçoivent la taxe dans les conditions prévues au b du 2 du VI de l'article 1379-0 bis, le syndicat mixte définit, dans les conditions prévues au 1 du II de l'article 1639 A bis, les zones de perception de la taxe en fonction de l'importance du service rendu. Il décide, dans les mêmes conditions, de l'application du second alinéa du 2 et du périmètre sur lequel ce dispositif est mis en œuvre ; (). ".

5. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères a pour assiette celle de la taxe foncière sur les propriétés bâties. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et non couvertes par des recettes non fiscales. Il en résulte que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant de ces dépenses, tel qu'il peut être estimé à la date du vote de la délibération fixant ce taux.

6. Les dépenses susceptibles d'être prises en compte sont constituées de la somme, telle qu'elle peut être estimée à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe, de toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales et des dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées lorsque la taxe n'a pas pourvu aux dépenses réelles d'investissement correspondantes ou des dépenses réelles d'investissement lorsque la taxe n'a pas pourvu aux dotations aux amortissements.

7. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de la fusion ayant donné naissance à la communauté de communes Aure-Louron, le service de collecte des ordures ménagères a été organisé selon cinq pôles correspondant au territoire des cinq communautés de communes ayant fusionné, avec le maintien du service préexistant au sein de chacune d'elle, ce dont il en est résulté des différences de service entre les pôles. Comme expliqué par le président de la communauté de communes Aure-Louron dans son courrier du 25 mai 2021, au sein du pôle " Haute Vallée d'Aure ", dont relève la commune de Cadeilhan-Trachère, le taux applicable à chaque commune de ce pôle a été calculé selon un coefficient de service, représentatif de la charge de service que représente chaque commune. Ainsi, pour la commune de Cadeilhan-Trachère, ont été comptabilisés à l'année 50 ramassages de 8 conteneurs ménagers, et 37 ramassages de 4 conteneurs de tri, soit un total annuel de 548 ramassages, ce qui, rapporté au nombre total de 30 136 ramassages au sein du pôle, correspondait à un coefficient de service de 1,82 %. Compte tenu par ailleurs du montant du produit global attendu pour l'ensemble du pôle destiné à financer le service, il était ainsi attendu que la commune de Cadeilhan-Trachère contribue à hauteur de 1,82 % de ce produit global, ce qui, rapporté aux bases prévisionnelles foncières de la commune pour 2021 permettait de calculer un taux de 19,49% de la base locative foncière des propriétaires de Cadeilhan-Trachère.

8. D'une part, il résulte de ces modalités de calcul des taux communaux applicables, que la détermination de ces taux tient compte des modalités de ramassage par commune par rapport à l'ensemble des ramassages du pôle. La commune requérante ne peut ainsi utilement se prévaloir des taux applicables à des communes voisines relevant d'un autre pôle, ou à des communes de taille similaire ou au contraire plus peuplées, dans lesquelles il n'est ni établi ni même allégué que les conditions du service de collecte, en particulier quant au nombre de collectes et au ratio de conteneur par habitant, seraient comparables. Par ailleurs, la circonstance que le taux a fortement varié de 2021 à 2022, passant de 19,49 % à 9,57 % ne permet par

elle-même pas d'établir une disproportion du taux en 2021, les conditions de collecte ayant été modifiées, notamment en raison de la déclaration par la commune de Cadeilhan-Trachère d'un nombre sensiblement inférieur de conteneurs à collecter pour 2022.

9. D'autre part, la commune de Cadeilhan-Trachère se borne à alléguer, sans le démontrer, que le " produit attendu ", en fonction duquel les taux communaux sont calculés ainsi qu'il a été dit au point 7, ne correspond pas aux dépenses réelles du service public de collecte estimées à la date de la délibération attaquée, alors qu'est versé aux débats le budget du service de collecte pour l'année 2021. Il n'est en particulier pas sérieusement contesté que le produit attendu pour l'année 2021 tenait compte d'un projet de dépense d'investissement particulière cette année-là tenant à l'achat d'un nouveau camion de collecte. Par suite, la commune de Cadeilhan-Trachère n'est pas fondée à soutenir que le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2021 a revêtu un caractère manifestement disproportionné par rapport au service rendu.

10. En troisième lieu, eu égard aux modalités de calcul du taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères applicable à la commune de Cadeilhan-Trachère, rappelées au point 7, ce taux, dont l'opacité alléguée n'est pas établie, tient compte nécessairement du produit global attendu, destiné à couvrir le coût du service, ce qui ne fait pas obstacle à ce que ce taux soit également déterminé selon les bases prévisionnelles foncières de la commune. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 1522 du code général des impôts manque en fait.

11. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 9, la détermination des taux communaux pour déterminer la taxe d'enlèvement des ordures ménagères tient compte des modalités de ramassage par commune par rapport à l'ensemble des ramassages du pôle, l'ensemble de ces pôles étant organisés selon les services de collecte hérités des anciennes communautés de communes, et dont les modalités de collecte n'avaient alors pas été modifiées. Par suite, la commune de Cadeilhan-Trachère n'est pas fondée à soutenir que le zonage du pôle " Haute Vallée d'Aure " revêtirait un caractère incohérent.

12. En dernier lieu, il résulte des dispositions rappelées au point 4 que le taux peut être différencié entre les communes d'un même établissement public de coopération intercommunale. A supposer même que d'autres pôles de la communauté de communes Aure-Louron aient adopté des méthodes de calcul distinctes, dès lors que, comme il a été dit, la méthode retenue de calcul du taux permet de déterminer un taux respectant les dispositions rappelées au même point du code général des impôts, la circonstance que cette méthode ait été déterminée au sein du pôle lui-même n'entache pas la délibération attaquée d'illégalité.

13. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la communauté de communes Aure-Louron, les conclusions aux fins d'annulation de la requête de la commune de Cadeilhan-Trachère doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.".

15. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Cadeilhan-Trachère doivent dès lors être rejetées. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cette dernière une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la communauté de communes Aure-Louron et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la commune de Cadeilhan-Trachère est rejetée.

Article 2 : La commune de Cadeilhan-Trachère versera à la communauté de communes Aure-Louron une somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Cadeilhan-Trachère et à la communauté de communes Aure-Louron.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.

La rapporteure,

Signé

V. DUMEZ-FAUCHILLE

Le président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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