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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2101747

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2101747

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2101747
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantAARPI MCDERMOTT WILL & EMERY

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2101747 le 5 juillet 2021 et le 1er février 2023, la société anonyme (SA) Altiservice, représentée par Me Ayache, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n° 586 daté du 19 mai 2021 par lequel la commune de Laruns a mis à sa charge la somme de 242 439,77 euros ainsi que l'avis des sommes à payer valant ampliation du titre de recette, reçu le 3 juin 2019, et de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme correspondante ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Laruns la somme de 8 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la transaction du 7 mars 2019 fait obstacle, sur le fondement de l'article 2052 du code civil, à l'émission du titre exécutoire en litige ; aux termes de l'article 3 de l'avenant de résiliation à la délégation de service public d'Artouste, la commune de Laruns a expressément reconnu que l'ensemble des biens utilisés pour l'exploitation de cette délégation de service public lui ont été transférés dans un état normal d'entretien et de fonctionnement, et a renoncé à tout recours relatif à ces biens ;

- à titre subsidiaire, le titre en litige est entaché d'un défaut de motivation, en méconnaissance de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 novembre 2022 et le 9 avril 2023, la commune de Laruns, représentée par Me Carlé, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Altiservice la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société Altiservice ne sont pas fondés.

Par lettre du 14 février 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de ce que l'instruction était susceptible d'être close par l'émission d'une ordonnance de clôture à compter du 3 avril 2023.

Par ordonnance du 1er juin 2023, la clôture immédiate de l'instruction a été prononcée en application des articles R. 613-1 et R. 611-11-1 du code de justice administrative.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2101748 le 5 juillet 2021 et le 1er février 2023, la SA Altiservice, représentée par Me Ayache, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n° 585 daté du 19 mai 2021 par lequel la commune de Laruns a mis à sa charge la somme de 151 272,75 euros ainsi que l'avis des sommes à payer valant ampliation du titre de recette, reçu le 3 juin 2019, et de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme correspondante ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Laruns la somme de 8 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la transaction du 7 mars 2019 fait obstacle, sur le fondement de l'article 2052 du code civil, à l'émission du titre exécutoire en litige ; aux termes des articles 1er et 2 de l'avenant n° 4 à la convention d'exploitation du train touristique, conclu conformément aux stipulations de l'accord transactionnel, la commune de Laruns a expressément reconnu qu'Altiservice n'était redevable d'aucune somme au titre de l'exploitation du train touristique d'Artouste et a renoncé à toutes contestations et tous recours relatifs à cette exploitation ;

- à titre subsidiaire, le titre en litige est entaché d'un défaut de motivation, en méconnaissance de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 novembre 2022 et le 9 avril 2023, la commune de Laruns, représentée par Me Carlé, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Altiservice la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société Altiservice ne sont pas fondés.

Par lettre du 14 février 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de ce que l'instruction était susceptible d'être close par l'émission d'une ordonnance de clôture à compter du 3 avril 2023.

Par ordonnance du 1er juin 2023, la clôture immédiate de l'instruction a été prononcée en application des articles R. 613-1 et R. 611-11-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beneteau,

- les conclusions de M. Clen, rapporteur public,

- et les observations de Me Carlé, représentant la commune de Laruns.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2101747 et n° 2101748, présentées par la société anonyme (SA) Altiservice, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. La commune de Laruns a confié à la société Altiservice une délégation de service public ayant pour objet la gestion, l'exploitation et le développement des remontées mécaniques et du domaine skiable de la station de sports d'hiver d'Artouste, pour une durée de dix-huit ans courant à compter du 1er décembre 2005. En vertu de l'article 4 du contrat de délégation de service public, la commune s'est engagée à lancer des travaux de réhabilitation de la station, devant être opérationnels au 1er décembre 2005, à financer la réalisation de travaux de modernisation devant être opérationnels au plus tard le 15 novembre 2007, et à augmenter la capacité d'hébergement par la mise en marché locatif d'un total de 1000 lits supplémentaires à atteindre au plus tard le 1er novembre 2009. Par ailleurs, une convention tripartite a été conclue, le 18 janvier 2006, entre la société hydroélectrique du Midi (SHEM), la société Altiservice et la commune d'Artouste, par laquelle la SHEM a confié à la société Altiservice l'exploitation touristique et commerciale du petit train d'Artouste.

3. La société Altiservice a sollicité, en janvier 2018, le réexamen des conditions financières de la délégation de service public au motif que les investissements n'avaient pas été réalisés par la commune et en l'absence de réduction des périodes d'ouverture de la station ou de mesures compensant la situation fortement déficitaire du délégataire. À défaut d'accord amiable, elle a demandé au tribunal de condamner la commune de Laruns à l'indemniser du préjudice subi du fait de la méconnaissance, par la collectivité, de ses obligations contractuelles, et de prononcer la résiliation de la délégation de service public aux torts de la collectivité. En cours d'instance, les parties ont transigé et signé, le 7 mars 2019, un protocole, suivi de la signature d'un avenant de résiliation et de fin de contrat à la délégation du service public des remontées mécaniques et du domaine skiable de la station d'Artouste, daté du 29 mars 2019, et d'un avenant n° 4 à la convention du train touristique d'Artouste, du même jour. Par un jugement du 11 février 2021, le tribunal a donné acte du désistement d'instance de la requérante.

4. Le 19 mai 2021, le maire de Laruns a adressé à la société Altiservice les titres exécutoires n° 585 et n° 586, émis le même jour, pour le remboursement des frais engagés pour la remise en état des installations des remontées mécaniques et liées au train touristique de la station d'Artouste. Par deux requêtes enregistrées le 5 juillet 2021, la société Altiservice doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler les deux titres exécutoires par lesquels la commune de Laruns a respectivement mis à sa charge les sommes de 151 272,75 euros et de 242 439,77 euros ainsi que les avis des sommes à payer valant ampliation de ces titres de recette, reçus le 3 juin 2019, et de prononcer la décharge de l'obligation de payer les sommes correspondantes.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

5. Selon l'article 2044 du code civil, la transaction est un contrat par lequel les parties terminent une contestation née ou préviennent une contestation à naître. En vertu de l'article 2052 de ce code, un tel contrat de transaction a, entre les parties, l'autorité de la chose jugée en dernier ressort et il est exécutoire de plein droit, sans qu'y fassent obstacle notamment les règles de la comptabilité publique. Aux termes de l'article 2048 du même code : " Les transactions se renferment dans leur objet : la renonciation qui y est faite à tous droits, actions et prétentions, ne s'entend que de ce qui est relatif au différend qui y a donné lieu. ". Aux termes de l'article 2049 du même code : " Les transactions ne règlent que les différends qui s'y trouvent compris, soit que les parties aient manifesté leur intention par des expressions spéciales ou générales, soit que l'on reconnaisse cette intention par une suite nécessaire de ce qui est exprimé ".

6. La société Altiservice soutient que le protocole transactionnel signé le 7 mars 2019 fait obstacle, sur le fondement de l'article 2052 du code civil, à l'émission des deux titres exécutoires en litige. Elle souligne qu'aux termes de l'article 3 de l'avenant de résiliation à la délégation de service public d'Artouste, la commune de Laruns a expressément reconnu que l'ensemble des biens utilisés pour l'exploitation de cette délégation de service public lui ont été transférés dans un état normal d'entretien et de fonctionnement, en renonçant à tout recours relatif à ces biens. Elle énonce également qu'aux termes des articles 1er et 2 de l'avenant n° 4 à la convention d'exploitation du train touristique, conclu conformément aux stipulations de l'accord transactionnel, la commune a expressément reconnu qu'Altiservice n'était redevable d'aucune somme au titre de l'exploitation du train touristique d'Artouste, en renonçant à toutes contestations et tous recours relatifs à cette exploitation. En défense, la commune de Laruns fait valoir que la requérante n'a manifestement pas respecté les termes du protocole transactionnel en s'abstenant de remettre, à la date de résiliation de la délégation de service public, les biens et installations liés au train touristique et aux remontées mécaniques dans un état normal d'entretien, ainsi que d'exécuter la convention d'exploitation du train touristique d'Artouste jusqu'à son terme, ce qui est la cause du préjudice important qu'elle a subi.

7. Il résulte de l'instruction que le protocole d'accord transactionnel en cause, signé le 7 mars 2019, a pour objet de mettre fin au différend entre les parties concernant l'exécution de la convention de délégation de service public signée en 2005 et la non-réalisation, par la commune de Laruns, des investissements mis à sa charge au titre de l'article 4 de ladite convention. Les parties se sont engagées, au titre de l'article 2 de ce protocole, à résilier de manière anticipée la convention de délégation de service public à compter du 1er avril 2019, la société Altiservice s'engageant à assurer, jusqu'à la date de la résiliation, l'exploitation du service délégué des remontées mécaniques conformément aux termes de la délégation de service public et dans le strict respect de ses obligations contractuelles. Au titre de l'article 3, elles sont convenues qu'à compter de la date de résiliation de la délégation de service public, la commune de Laruns serait substituée à Altiservice dans l'ensemble des droits et obligations résultant de la convention d'exploitation du train touristique d'Artouste conclue avec la SHEM le 18 janvier 2006, la société Altiservice s'engageant à assurer l'exploitation du train touristique d'Artouste conformément aux termes de la convention d'exploitation jusqu'à la date de substitution. Au titre de l'article 4, il a été également convenu entre les parties que la commune verserait à la requérante la somme de 1 700 000 euros à titre d'indemnité transactionnelle, forfaitaire, globale et définitive, valant solde de tout compte de l'indemnisation des préjudices subis par Altiservice au titre, à la fois, du terme anticipé de la délégation de service public et des manquements commis par la commune, rappelés en préambule du protocole, Altiservice s'engageant en retour à transférer à la commune, à la date de résiliation de la convention, les biens utilisés pour l'exploitation de la délégation de service public d'Artouste et figurant sur une liste annexée au protocole. L'article 5 stipule qu'en outre, sous réserve du respect des engagements réciproques souscrits au titre dudit protocole, les parties renoncent irrévocablement, l'une envers l'autre, à toute instance, action, demande et réclamation au titre de la délégation de service public d'Artouste, à l'exception de celle fondée sur un manquement postérieur à la conclusion du protocole, dans le cadre de l'exécution de la délégation de service public d'Artouste.

S'agissant du titre exécutoire n° 586 contesté par la requête n° 2101747 :

8. Ainsi qu'il a été énoncé précédemment, les parties ont entendu renoncer, selon les stipulations du protocole en cause, à toute action relative à l'exécution de la convention de délégation de service public, à l'exception de celle fondée sur un manquement postérieur à la conclusion du protocole. Dès lors, le protocole en litige fait obstacle à ce que la commune de Laruns se prévale de manquements de la part de la société requérante à ses engagements contractuels consentis au titre de la convention de délégation de service public, à l'exception des manquements commis postérieurement à la signature dudit protocole. Ainsi, l'émission du titre exécutoire en litige ne peut être fondée que sur des manquements postérieurs à la signature du protocole transactionnel.

9. Il résulte de l'instruction, et notamment du courrier adressé à la société Altiservice par le maire de Laruns le 19 mai 2021, accompagnant le titre exécutoire en litige, que la commune a estimé que les biens lui ayant été remis à la date de résiliation de la convention de délégation de service public ne lui permettaient manifestement pas de prendre en charge des activités liées à l'exploitation, dans des conditions normales, des remontées mécaniques et du domaine skiable de la station d'Artouste. Selon les termes de cette lettre, l'ouverture de la saison hivernale 2019/2020 aurait révélé d'importantes carences de la société Altiservice dans les obligations d'entretien, de remise en état et de renouvellement lui incombant en application de cette convention. La commune a considéré que ces carences lui avaient causé un préjudice s'élevant, au 31 août 2020, à un montant total de 242 439,77 euros. Étaient joints au titre en litige un tableau et des justificatifs relatifs à divers travaux de reconstruction d'un local et d'une cabane, de réparation et de remplacement de matériel, de remise en état de machines, ainsi qu'à des fournitures et matériaux.

10. La commune fait valoir, en défense, que la société Altiservice s'était engagée, au titre de l'article 2 du protocole transactionnel, à assurer l'exploitation du service délégué des remontées mécaniques conformément aux termes de la délégation de service public d'Artouste et dans le strict respect de ses obligations contractuelles, lesquelles prévoyaient qu'étaient à la charge du délégataire, aux termes de l'article 19 de la convention de délégation de service public, le nettoyage et l'entretien courant spécifique et réglementaire des locaux, matériels et équipements mis à disposition et réalisés par le délégataire, les réparations courantes des ouvrages, équipements et matériels compris dans le périmètre du contrat, l'entretien des pistes de ski, et, aux termes de l'article 20, les travaux de réparation prescrits à la suite des grandes visites de contrôle des installations et les travaux de renouvellement des équipements de machinerie. L'article 3 du protocole transactionnel stipule en outre que les parties sont convenues que les biens figurant sur l'inventaire contradictoire, établi le 20 mars 2019, seraient remis à la commune dans un état normal d'entretien et de fonctionnement, la commune " confirmant ne soulever aucune contestation sur ce point ".

11. Toutefois, si, pour justifier de l'émission du titre exécutoire en litige, la commune a produit un ensemble de justificatifs se rapportant à des dépenses, notamment de réparation et de remplacement de matériel, qu'elle considère avoir dû exposer pour pallier les carences de la société attributaire de la délégation de service public entre la date de signature du protocole transactionnel et la remise des biens permettant l'exploitation, elle ne produit aucune pièce justifiant que ces dépenses ont été exposées du fait de carences et de manquements postérieurs à la signature du protocole transactionnel. Aucun élément au dossier ne permet d'établir que ces dépenses d'entretien et de réparations courantes se rattachent à la période durant laquelle elles étaient à la charge de la société délégataire et qu'en s'abstenant, entre le 7 et le 31 mars 2019, d'exposer de tels frais, la requérante aurait manqué aux obligations prévues par le protocole transactionnel. En particulier, le courrier que la SHEM a adressé à la commune de Laruns, le 13 mai 2019, faisant état de ce que l'expert missionné pour réaliser une mission de conseil en maintenance du matériel roulant déconseillait la remise en service du parc " sans avoir levé les doutes ou les non conformités sur certains organes de sécurité, issues de la maintenance réalisée précédemment par l'ancien exploitant ", ne se rapporte, en tout état de cause, qu'au matériel roulant dédié à l'exploitation du petit train d'Artouste et ne peut caractériser une carence dans l'entretien des biens servant à l'exploitation de la délégation de service public de la station d'Artouste. Dans ces conditions, dès lors qu'il n'est pas établi que les frais dont la commune de Laruns sollicite le remboursement, par le titre exécutoire n° 586, résultent de manquements aux obligations pesant sur la société délégataire, quand bien même de tels manquements seraient postérieurs à la signature du protocole transactionnel, le moyen tiré de ce que le titre en litige est infondé doit être accueilli.

S'agissant du titre exécutoire n° 585 contesté par la requête n° 2101748 :

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 qu'il ne peut se déduire des stipulations du protocole transactionnel que les parties aient entendu renoncer à toute action relative à l'exécution de la convention d'exploitation touristique et commerciale du petit train d'Artouste. Dès lors, le protocole en litige ne fait pas obstacle à ce que la commune d'Artouste se prévale de prétendus manquements de la part de la société requérante à ses engagements contractuels consentis au titre de la convention d'exploitation touristique et commerciale du petit train d'Artouste, quand bien même ces manquements auraient été commis antérieurement à la signature dudit protocole.

13. Il résulte de l'instruction, et notamment du courrier adressé à la société Altiservice par le maire de Laruns le 19 mai 2021, accompagnant le titre exécutoire en litige, que la commune a estimé que les biens qui lui ont été remis à la date de résiliation de la convention de délégation de service public ne permettaient manifestement pas la prise en charge des activités liées à l'exploitation, dans des conditions normales, du train touristique. Elle indiquait ainsi que l'exploitation du petit train d'Artouste lors de l'été 2019 avait nécessité d'importants investissements de remise en état, en produisant, à l'appui, le courrier de la SHEM précédemment cité. Elle soulignait qu'elle avait dû prendre à sa charge les missions d'expertise et les travaux réparatoires pour remettre à niveau les installations liées au train touristique afin de pallier les manquements manifestes de la société Altiservice à ses obligations contractuelles, notamment prévues par les articles 2 et 8 de la convention d'exploitation conclue le 18 janvier 2006, carences qu'elle estimait être à l'origine d'un préjudice s'élevant, au 31 août 2020, à un montant total de 151 272,75 euros. Étaient joints au titre en litige un tableau et des justificatifs liés à l'organisation de réunions pour remise en service et suivi des travaux sur le train et les rames et sur les boîtes à essieux dangereuses, au remplacement des produits des sacs de secours, au temps de travail des salariés pour le nettoyage et le tri de déchets, et aux heures supplémentaires liées au déraillement du train survenu le 13 juillet 2020.

14. La commune fait valoir, en défense, que la société Altiservice s'était engagée, au titre de l'article 3 du protocole transactionnel, à assurer l'exploitation du train touristique d'Artouste jusqu'au 31 mars 2019, selon les stipulations de la convention d'exploitation conclue avec la SHEM le 18 janvier 2006, laquelle prévoyait qu'étaient notamment à la charge de l'exploitant, aux termes de l'article 2, l'entretien et les réparations sur les équipements, installations et matériels roulants et tous les frais de fonctionnement, et aux termes de l'article 8, les travaux de nettoyage et d'entretien consécutifs à ses activités, les opérations de gros entretien et renouvellement, et les travaux de maintien et de mise en conformité à la réglementation ou la législation.

15. Toutefois, si, pour justifier de l'émission du titre exécutoire en litige, la commune a produit un ensemble de justificatifs se rapportant à des dépenses qu'elle considère avoir dû exposer pour pallier les carences de la société exploitant le train touristique jusqu'au 31 mars 2019, elle ne produit aucune pièce justifiant que ces dépenses ont été exposées du seul fait des carences de cette exploitante. Aucun élément ne permet d'établir que les dépenses dont la liste est jointe au titre exécutoire se rattachent à la période durant laquelle elles étaient à la charge de la société Altiservice. En particulier, le courrier de la SHEM, s'il fait état de non-conformités sur certains organes de sécurité, " issues de la maintenance réalisées précédemment par l'ancien exploitant " ne suffit pas, à lui seul, à établir les carences de cette société, en l'absence de tout rapport de contrôle ou de tout document mentionnant, à tout le moins, le calendrier des " grandes visites " obligatoires. Dans ces conditions, dès lors qu'il n'est pas établi que les frais dont la commune de Laruns sollicite le remboursement, par le titre exécutoire n° 585, résultent de manquements aux obligations pesant sur la requérante en vertu de la convention d'exploitation de cet équipement, le moyen tiré de ce que le titre en litige est infondé doit être accueilli.

16. Il résulte de ce qui précède que les titres exécutoires n° 585 et n° 586, émis le 19 mai 2021, par lesquels la commune de Laruns a respectivement mis à la charge de la société Altiservice les sommes de 151 272,75 euros et de 242 439,77 euros, ainsi que les avis des sommes à payer valant ampliation de ces titres de recette, reçus le 3 juin 2019, doivent être annulés. Par suite, il y a lieu de décharger la société Altiservice de l'obligation de payer les sommes correspondantes.

Sur les frais du litige :

17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Laruns le versement de la somme de 1 500 euros à la société Altiservice en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font en revanche obstacle à ce que soit mis à la charge de la société requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme à la commune de Laruns au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les titres exécutoires n° 585 et n° 586, émis le 19 mai 2021, par lesquels la commune de Laruns a respectivement mis à la charge de la société Altiservice les sommes de 151 272,75 euros et de 242 439,77 euros, ainsi que les avis des sommes à payer valant ampliation de ces titres de recette, reçus le 3 juin 2019, sont annulés.

Article 2 : La société Altiservice est déchargée de l'obligation de payer les sommes de 151 272,75 euros et de 242 439,77 euros mises à sa charge par ces titres exécutoires.

Article 3 : La commune de Laruns versera à la société Altiservice la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Altiservice et à la commune de Laruns.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

A. BENETEAU

La présidente,

Signé

M. SELLES

La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

Nos 2101747,2101748

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