vendredi 29 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2101750 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET FIDAL PAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 juillet 2021 et le 1er mars 2023, M. et Mme C B, représentés par le cabinet FIDAL, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens, ainsi qu'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- M. B a perçu, au cours de l'année 2015, le versement de pensions de retraite sous forme de capital, pour un montant total de 411 091 euros, provenant d'un contrat de pension international mis en place par son employeur et dont les fonds, versés au cours de périodes au cours desquelles il travaillait à l'étranger, étaient détenus par une banque située sur l'île de Man ;
- il est en droit de bénéficier du prélèvement libératoire de 7,5 % prévu à l'article 163 bis du code général des impôts dès lors que les conditions prévues par cet article sont remplies ;
- les sommes versées au fonds de retraite durant la phase de constitution de ses droits étaient déductibles de son revenu imposable ;
- les sommes versées par son employeur n'ont pas fait l'objet d'une imposition sur l'île de Man, ouvrant ainsi le droit au bénéfice d'un avantage fiscal pour celui-ci ;
- si les bulletins de salaire produits auprès de l'administration fiscale ne permettent pas de déterminer si les fonds attribués par l'employeur ont fait l'objet d'une imposition, la législation du Nigéria et de la Tunisie prévoit que ces sommes sont déductibles ;
- au regard du statut international de M. B, il convient de retenir la loi fiscale de l'île de Man, qui prévoit que les fonds placés dans ce pays ne font l'objet d'aucune imposition ;
- si le service fait valoir que le contrat relatif au fonds de pension n'a pas été produit, la doctrine fiscale exige seulement la production de tout document permettant d'attester du caractère déductible des cotisations concernées, ainsi que le précisent les paragraphes n° 70 et 90 de l'instruction BOI RSA-PENS 30-10-20.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 janvier 2022 et le 23 mars 2023, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Neumaier,
- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique,
- et les observations de Me Saunier, représentant M. et Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, anciennement employé par la société Schlumberger International, a été bénéficiaire en 2015 du versement en capital d'une somme de 411 091 euros en vertu d'un contrat de pension de retraite mis en place par son ancien employeur. Ces montants ont été soumis, sur option expresse de M. et Mme B, au prélèvement libératoire de l'impôt sur le revenu au taux de 7,5 % prévu au II de l'article 163 bis du code général des impôts. Suite à un contrôle sur pièces, le service a remis en cause le bénéfice de ces dispositions et a assujetti M. et Mme B à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2015. Par un courrier du 12 juin 2019, les observations présentées par M. et Mme B le 29 janvier 2019 ont été rejetées. Les impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 30 septembre 2019 pour un montant total de 173 250 euros. Par un courrier du 4 mai 2021, le service a partiellement admis la réclamation formée par M. et Mme B le 6 novembre 2020, et prononcé un dégrèvement à concurrence des sommes de 25 178 euros en droits et 4 935 euros en pénalités. M. et Mme B demandent au tribunal que soit prononcée la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
2. Aux termes de l'article 79 du code général des impôts : " Les traitements, indemnités, émoluments, salaires, pensions et rentes viagères concourent à la formation du revenu global servant de base à l'impôt sur le revenu. / Il en est de même des prestations de retraite servies sous forme de capital ". Aux termes de l'article 158 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " () 5. a. Les revenus provenant de traitements publics et privés, indemnités, émoluments, salaires et pensions ainsi que de rentes viagères autres que celles mentionnées au 6 sont déterminés conformément aux dispositions des articles 79 à 90 (). b quinquies. Sous réserve de l'application du 6° bis de l'article 120, le a est applicable aux prestations de retraite versées sous forme de capital (). Le bénéficiaire peut toutefois demander le bénéfice des dispositions du II de l'article 163 bis () ". Aux termes de l'article 163 bis du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " II. - Les prestations de retraite versées sous forme de capital imposables conformément au b quinquies du 5 de l'article 158 peuvent, sur demande expresse et irrévocable du bénéficiaire, être soumises à un prélèvement au taux de 7,5 % qui libère les revenus auxquels il s'applique de l'impôt sur le revenu. Ce prélèvement est assis sur le montant du capital diminué d'un abattement de 10 %. / Ce prélèvement est applicable lorsque le versement n'est pas fractionné et que le bénéficiaire justifie que les cotisations versées durant la phase de constitution des droits, y compris le cas échéant par l'employeur, étaient déductibles de son revenu imposable ou étaient afférentes à un revenu exonéré dans l'Etat auquel était attribué le droit d'imposer celui-ci () ".
3. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu ouvrir aux contribuables personnes physiques titulaires de prestations de retraite versées sous forme de capital qui y trouvent avantage la faculté d'opter, en lieu et place d'une taxation au barème progressif de l'impôt sur le revenu, pour l'application aux sommes en cause d'un prélèvement forfaitaire de 7,5 % libératoire de l'impôt sur le revenu.
4. Pour contester la remise en cause du bénéfice de l'application du prélèvement forfaitaire de 7,5 % libératoire de l'impôt sur le revenu sur le capital retraite qui a été versé en 2015, M. et Mme B soutiennent qu'ils remplissent les conditions posées par l'article 163 bis du code général des impôts. Toutefois, en se contentant de soutenir, sans l'établir, que les revenus de source étrangère perçus par M. B étaient imposables en France et ont fait l'objet d'une exonération, les requérants n'apportent aucune preuve du caractère déductible de leur revenu imposable des versements effectués durant la phase de constitution des droits. S'ils soutiennent par ailleurs que, conformément aux législations nigériane et tunisienne, pays dans lesquels M. B a effectué une partie de sa carrière, le montant des cotisations versées n'étaient pas imposables, ils ne produit aucun document de nature à l'établir, notamment aucun bulletin de salaire, hormis une notice non datée, dont la provenance n'est pas précisée et rédigée en anglais indiquant que constituent des cotisations déductibles les contributions versées par l'employeur à des " fonds sociaux " ou les contributions versées par l'employeur à un fonds de retraite. Par ailleurs, la " notice " relative au contrat de pension de retraite auquel a souscrit M. B produite par les requérants, et également rédigée en anglais, n'apporte pas davantage de précision quant à la déductibilité des fonds versés. A cet égard, l'administration fait valoir que M. B, qui n'a pas produit le contrat lui-même, ne produit aucun élément précis sur les conditions générales et particulières de ce contrat établi entre la société Schlumberger International et lui, et il n'est pas établi qu'il n'aurait pas été en mesure de produire ces éléments. Enfin, si les requérants soutiennent que, dès lors que l'île de Man est un " paradis fiscal ", les sommes versées sur le fonds de retraite n'ont fait l'objet d'aucune imposition, cette allégation ne suffit pas à elle-seule, en tout état de cause, à faire regarder les requérants comme remplissant les conditions posées par l'article 163 bis du code général des impôts. Il suit de là que c'est à bon droit que l'administration a remis en cause le bénéfice de l'application du prélèvement forfaitaire de 7,5 % libératoire de l'impôt sur le revenu sur le capital retraite versé à M. B en 2015.
En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :
5. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration./ Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente () ".
6. La doctrine administrative exprimée au BOI RSA-PENS 30-10-20 ne contient aucune interprétation de la loi fiscale qui serait contraire à ce qui a été dit au point 4, de sorte que les contribuables ne peuvent s'en prévaloir sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. et Mme B tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à leur charge au titre de l'année 2015 doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
8. D'une part, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre par M. et Mme B ne peuvent qu'être rejetées.
9. D'autre part, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par M. et Mme B et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C B et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Crassus, conseillère,
Mme Neumaier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.
La rapporteure,
Signé
L. NEUMAIER
Le président,
Signé
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLON
La greffière,
Signé
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026