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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2101817

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2101817

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2101817
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 1
Avocat requérantSCP BAKER & MCKENZIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2021, la SAS Ceetrus France (anciennement dénommée Immochan France), représentée par Me Meier, demande au tribunal :

1°) la décharge de l'intégralité de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères mise à sa charge au titre des années 2017 et 2018, ainsi que la restitution des sommes en cause ;

2°) de mettre à la charge de l'administration fiscale la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le montant de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères prélevée par une collectivité sur l'ensemble des usagers ne peut excéder le coût supporté par cette collectivité pour la fourniture du service public de collecte et de traitement des ordures ménagères et, le cas échéant, des ordures assimilées, à savoir le coût du service diminué des recettes fiscales ;

- les délibérations fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères entre en contradiction avec l'article 1520 du code général des impôts et est illégale au titre des années 2017 et 2018 en ce que les recettes de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères dépassent de manière manifeste le coût du service non couvert par les recettes non fiscales ;

- le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2017 excède de 33,82 % le coût du service afférent à l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères diminué des recettes non fiscales relatives au même service ;

- le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2018 excède de 37,37 % le coût du service afférent à l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères diminué des recettes non fiscales relatives au même service ;

- la délibération fixant le budget primitif au titre de l'année 2017 et celle fixant le budget primitif au titre de l'année 2018 sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés les 14 décembre 2021 et 5 janvier 2022, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le litige porte sur la totalité des sommes mises en recouvrement, soit un montant total de 35 030 euros au titre des années 2017 et 2018 ;

- la présente requête est recevable ;

- au stade de la réclamation préalable, la requérante a soutenu, sans le démontrer, que les recettes issues de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères excédaient manifestement le coût du service de collecte et de traitement des déchets ménagers ;

- depuis le 1er janvier 2016, la taxe d'enlèvement des ordures ménagères peut couvrir le coût de la collecte des déchets ménagers et non ménagers, dès lors, pour comparer le produit de ladite taxe, et par conséquent son taux, au montant des dépenses non couvertes par des recettes non fiscales, il n'y a pas lieu d'exclure du montant de ces dépenses celles afférentes aux déchets non ménagers ;

- il n'existe pas une disproportion marquée entre le produit prévisionnel de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères et le coût estimé du service de collecte des déchets ;

- la délibération n'est pas illégale en ce que le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, tel qu'apprécié à la date du vote, n'est manifestement pas disproportionné ;

- pour apprécier la proportionnalité du taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au regard du coût du service, le montant de la redevance spéciale doit être déduit de ce coût, ce que la requérante n'a pas fait dans son calcul ;

- en retenant la totalité du montant des dépenses réelles de fonctionnement, l'excédent de taxe d'enlèvement des ordures ménagères par rapport au coût du service diminué des recettes non fiscales est de 9 %, au titre de l'année 2017 et de 1 %, au titre de l'année 2018, ce qui ne caractérise pas une disproportion marquée.

Par ordonnance du 7 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné Mme B, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de M. A, rapporteur-public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Ceetrus France est propriétaire d'un immeuble situé au 9 avenue du Général Leclerc à Pau (64). Au titre de l'année 2017, elle a été assujettie à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, qui a été mise en recouvrement le 31 août 2017 pour un montant de 14 345 euros et de 20 685 euros, au titre de l'année 2018, par une mise en recouvrement du 31 août 2018. Par une réclamation en date du 19 décembre 2018, la requérante a sollicité le remboursement de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères acquittée au titre de cet établissement à Pau pour les années 2017 et 2018, ainsi que les frais de gestion de la fiscalité directe locale y afférents. Par un courrier du 2 juin 2021, la direction générale des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques a rejeté cette réclamation. Par la présente requête, la société Ceetrus France demande au tribunal de prononcer la décharge de l'imposition litigieuse au titre des années 2017 et 2018.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts, dans sa rédaction issue de l'article 57 de la loi n° 2015-1786 du 29 décembre 2015 de finances rectificative pour 2015 et applicable à compter du 1er janvier 2016 : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal. () ". Aux termes de l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction également issue de la loi du 29 décembre 2015 : " Les communes, les établissements publics de coopération intercommunale et les syndicats mixtes peuvent instituer une redevance spéciale afin de financer la collecte et le traitement des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14. / Ils sont tenus de l'instituer lorsqu'ils n'ont institué ni la redevance prévue à l'article L. 2333-76 du présent code ni la taxe d'enlèvement des ordures ménagères prévue à l'article 1520 du code général des impôts. () Elle est calculée en fonction de l'importance du service rendu, notamment de la quantité des déchets gérés. Elle peut toutefois être fixée de manière forfaitaire pour la gestion de petites quantités de déchets ". Les déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 sont les déchets non ménagers que ces collectivités peuvent, eu égard à leurs caractéristiques et aux quantités produites, collecter et traiter sans sujétions techniques particulières.

3. Il résulte de ces dispositions d'une part que le législateur a entendu autoriser, à compter du 1er janvier 2016, le financement par la taxe d'enlèvement des ordures ménagères du coût de collecte non seulement des déchets ménagers mais également des déchets non ménagers mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, d'autre part que le produit de la redevance spéciale est désormais inclus parmi les recettes non fiscales du service lorsque ladite redevance a été instituée. Il suit de là qu'il appartient au juge de l'impôt, pour apprécier la légalité d'une délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères à compter du 1er janvier 2016, de rechercher si le produit de la taxe, tel qu'estimé à la date de l'adoption de la délibération, n'est pas manifestement disproportionné par rapport au coût de collecte et de traitement des déchets ménagers et non ménagers assimilés, tel qu'il pouvait être estimé à cette même date, non couvert par les recettes non fiscales affectées à ces opérations, incluant le cas échéant le produit de la redevance spéciale.

4. Par deux délibérations du 30 mars 2017 et du 23 mars 2018, la communauté d'agglomération Pau Béarn Pyrénées a adopté les taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères applicables sur son territoire au titre des années 2017 et 2018 et a fixé deux taux qui s'élèvent à 9,03 %, pour le centre-ville de Pau et 8,40 %, pour le reste du territoire communautaire.

5. Pour solliciter la décharge de l'imposition litigieuse et des frais de gestion y afférents, la société requérante soutient, par voie d'exception, que la délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères est illégale en raison d'une disproportion manifeste du taux de la taxe par rapport aux dépenses nécessaires à l'exploitation du service.

6. Au titre de l'année 2017, il résulte de l'instruction et en particulier du budget primitif de l'année 2017, que les recettes attendues de la perception de la taxe étaient de 20 005 400 euros, que les dépenses réelles de fonctionnement du service d'enlèvement et de traitement des déchets étaient évaluées à 21 053 400 euros, les recettes non fiscales à 2 588 000 euros et la redevance spéciale à 1 000 000 euros. Ainsi, le montant des recettes issues de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères excède celui des dépenses non couvertes par les recettes non fiscales et par la redevance spéciale, qui est de 17 465 400 euros, à hauteur de 2 540 000 euros.

7. Au titre de l'année 2018, il résulte de l'instruction et en particulier du budget primitif de l'année 2018, que les recettes attendues de la perception de la taxe étaient de 20 135 000 euros, que les dépenses réelles de fonctionnement du service d'enlèvement et de traitement des déchets étaient évaluées à 20 625 200 euros, les recettes non fiscales à 2 588 000 euros et la redevance spéciale à 1 000 000 euros. Ainsi, le montant des recettes issues de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères excède celui des dépenses non couvertes par les recettes non fiscales et par la redevance spéciale, qui est de 17 037 200 euros, à hauteur de 3 097 800 euros.

8. Pour déterminer le montant de la taxe, il y a lieu de prendre en compte les dépenses réelles de fonctionnement exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers mais aussi les dotations aux amortissements des immobilisations affectées au service.

9. Au titre de l'année 2017, il résulte des pièces du dossier qu'après prise en compte de la dotation aux amortissements de 920 433 euros dans le coût global de collecte et de traitement des déchets ménagers, l'excédent de recettes sur les dépenses affectées à cette activité est de 1 619 567 euros, soit 8.10%

10. Au titre de l'année 2018, il résulte des pièces du dossier qu'après prise en compte de la dotation aux amortissements de 987 175 euros et des frais d'administration générale de 1 825 054 euros dans le coût global de collecte et de traitement des déchets ménagers, l'excédent de recettes sur les dépenses affectées à cette activité est de 285 571 euros, soit 1.42 %.

11. Par suite, il résulte de tout ce qui précède que de tels taux, ainsi que le soutient le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques, ne sont manifestement pas disproportionnés. Il s'ensuit que la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir du caractère manifestement excessif du taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, voté au titre de l'année 2017 et au titre de l'année 2018, pour demander la décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de ces mêmes années à raison de l'immeuble situé au 9 avenue du Général Leclerc à Pau (64).

Sur les frais liés au litige :

12. L'administration fiscale n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante, les conclusions de la SAS Ceetrus France présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Ceetrus France est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Ceetrus France et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.

Copie en sera adressée à la communauté d'agglomération Pau Béarn Pyrénées.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

La magistrate désignée,

signé

M. B

La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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