jeudi 13 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2101852 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 1 |
| Avocat requérant | SCP BAKER & MCKENZIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 16 juillet 2021 et le 22 novembre 2022, la SAS L'immobilière Groupe Casino, représentée par Me Meier, demande au tribunal :
1°) la décharge de l'intégralité de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères mise à sa charge au titre des années 2019 et 2020, ainsi que la restitution des sommes en cause, en ce qui concerne un immeuble situé sur la commune d'Anglet ;
2°) de mettre à la charge de l'administration fiscale la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le montant de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères prélevée par une collectivité sur l'ensemble des usagers ne peut excéder le coût supporté par cette collectivité pour la fourniture du service public de collecte et de traitement des ordures ménagères et, le cas échéant, des ordures assimilées, à savoir le coût du service diminué des recettes fiscales ;
- la délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères entre en contradiction avec l'article 1520 du code général des impôts et est illégale au titre de l'année 2019 en ce que les recettes de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères dépassent de manière manifeste le coût du service non couvert par les recettes non fiscales ;
- la délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères entre en contradiction avec l'article 1520 du code général des impôts et est illégale au titre de l'année 2020 en ce que les recettes de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères dépassent de manière manifeste le coût du service non couvert par les recettes non fiscales ;
- le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2019 excède de 25,70 % le coût du service afférent à l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères diminué des recettes non fiscales relatives au même service ;
- le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2020 excède de 24,10 % le coût du service afférent à l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères diminué des recettes non fiscales relatives au même service ;
- les délibérations fixant les budgets primitifs au titre des années 2019 et 2020 sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la demande de la collectivité tendant à la condamnation au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doit être rejetée en ce que la collectivité locale pour le compte de laquelle ladite imposition est prélevée ne peut pas revendiquer la qualité de partie dans une instance concernant une imposition liquidée et recouvrée par l'Etat.
Par une intervention volontaire, enregistrée le 18 février 2022, la communauté d'agglomération Pays Basque, représentée par Me Landot, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que les délibérations des années antérieures soient substituées à celles des années pour lesquelles la décharge aurait été prononcée ;
3°) à ce que soit mis à la charge de la société L'immobilière Groupe Casino, la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le financement du service d'élimination des déchets non-ménagers par la taxe d'enlèvement des ordures ménagères est possible lorsqu'une redevance spéciale est mise en place concomitamment ;
- l'interconnexion de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères et la redevance spéciale ne créent pas une rupture d'égalité au détriment des producteurs de déchets non-ménagers ;
- en présence d'une taxe d'enlèvement des ordures ménagères et d'une redevance spéciale, le Conseil d'Etat n'a pas posé comme principe que la part de déchets ménagers serait nécessairement de 80 % et de déchets non-ménagers de 20 % ;
- les excédents concernant la taxe d'enlèvement des ordures ménagères correspondent à 3,84 % au titre de l'année 2019 et à 2,45 % au titre de l'année 2020 ;
- dès lors, il n'existe pas d'excédent manifestement disproportionné de taxe d'enlèvement des ordures ménagères.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le litige porte sur la totalité des sommes mises en recouvrement, soit un montant total de 87 815 euros au titre des années 2019 et 2020 ;
- la présente requête est recevable ;
- au stade de la réclamation préalable, la requérante a soutenu, sans le démontrer, que les recettes issues de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères excédaient manifestement le coût du service de collecte et de traitement des déchets ménagers ;
- il n'existe pas une disproportion marquée entre le produit prévisionnel de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères et le coût estimé du service de collecte des déchets ;
- la délibération n'est pas illégale en ce que le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, tel qu'apprécié à la date du vote, n'est manifestement pas disproportionné ;
- pour apprécier la proportionnalité du taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au regard du coût du service, le montant de la redevance spéciale doit être déduit de ce coût, ce que la requérante n'a pas fait dans son calcul ;
- en retenant la totalité du montant des dépenses réelles de fonctionnement, l'excédent de taxe d'enlèvement des ordures ménagères par rapport au coût du service diminué des recettes non fiscales, après prise en compte de la dotation aux amortissements, est de 3,64 % au titre de l'année 2019 et de 2,21 %, au titre de l'année 2020, ce qui ne caractérise pas une disproportion marquée.
Par ordonnance du 14 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif a désigné Mme A, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) L'immobilière Groupe Casino est propriétaire foncier d'un immeuble situé au 77 avenue de Bayonne à Anglet (64). Au titre de l'année 2019, elle a été assujettie à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, qui a été mise en recouvrement le 31 août 2019 pour un montant de 43 817 euros et de 43 998 euros au titre de l'année 2020, par une mise en recouvrement en date du 31 août 2020, soit un montant total de 87 815 euros. Par une réclamation en date du 8 décembre 2020, la SAS a sollicité le remboursement de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères acquittée au titre de cet établissement à Anglet pour les années 2019 et 2020, ainsi que les frais de gestion de la fiscalité directe locale y afférents. Par un courrier en date du 17 mai 2021, la direction générale des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques a rejeté sa demande. Par la présente requête, la société L'immobilière Groupe Casino demande au tribunal de prononcer la décharge de l'imposition litigieuse au titre des années 2019 et 2020.
Sur l'intervention de la communauté d'agglomération Pays Basque :
2. Est recevable à former une intervention, devant le juge du fond, toute personne qui justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige. Il résulte de la nature et de l'objet du contentieux, que la communauté d'agglomération Pays Basque justifie d'un intérêt de nature à la rendre recevable à intervenir devant le juge de l'impôt compte tenu de la particularité des litiges en matière de taxe d'enlèvement des ordures ménagères. Son intervention doit, dès lors, être admise.
Sur les conclusions à fin de décharge :
3. Aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts, dans sa rédaction issue de l'article 57 de la loi n° 2015-1786 du 29 décembre 2015 de finances rectificative pour 2015 et applicable à compter du 1er janvier 2016 : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal. () ". Aux termes de l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction également issue de la loi du 29 décembre 2015 : " Les communes, les établissements publics de coopération intercommunale et les syndicats mixtes peuvent instituer une redevance spéciale afin de financer la collecte et le traitement des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14. / Ils sont tenus de l'instituer lorsqu'ils n'ont institué ni la redevance prévue à l'article L. 2333-76 du présent code ni la taxe d'enlèvement des ordures ménagères prévue à l'article 1520 du code général des impôts. () Elle est calculée en fonction de l'importance du service rendu, notamment de la quantité des déchets gérés. Elle peut toutefois être fixée de manière forfaitaire pour la gestion de petites quantités de déchets ". Les déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 sont les déchets non ménagers que ces collectivités peuvent, eu égard à leurs caractéristiques et aux quantités produites, collecter et traiter sans sujétions techniques particulières.
4. Il résulte de ces dispositions d'une part que le législateur a entendu autoriser, à compter du 1er janvier 2016, le financement par la taxe d'enlèvement des ordures ménagères du coût de collecte non seulement des déchets ménagers mais également des déchets non ménagers mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, d'autre part que le produit de la redevance spéciale est désormais inclus parmi les recettes non fiscales du service lorsque ladite redevance a été instituée. Il suit de là qu'il appartient au juge de l'impôt, pour apprécier la légalité d'une délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères à compter du 1er janvier 2016, de rechercher si le produit de la taxe, tel qu'estimé à la date de l'adoption de la délibération, n'est pas manifestement disproportionné par rapport au coût de collecte et de traitement des déchets ménagers et non ménagers assimilés, tel qu'il pouvait être estimé à cette même date, non couvert par les recettes non fiscales affectées à ces opérations, incluant le cas échéant le produit de la redevance spéciale.
5. Lors du vote de ses budgets primitifs 2019 et 2020, la communauté d'agglomération Pays Basque a adopté les taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères applicables sur son territoire, à savoir 10,10 %.
6. Pour solliciter la décharge de l'imposition litigieuse et des frais de gestion y afférents, la société requérante soutient, par voie d'exception, que la délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères est illégale en raison d'une disproportion manifeste du taux de la taxe par rapport aux dépenses nécessaires à l'exploitation du service.
7. Pour déterminer le montant de la taxe, il y a lieu de prendre en compte les dépenses réelles de fonctionnement exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers mais aussi les dotations aux amortissements des immobilisations affectées au service.
En ce qui concerne la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2019 :
8. Il résulte de l'instruction et en particulier du budget primitif de l'année 2019, que les recettes attendues de la perception de la taxe étaient de 47 702 751 euros, que les dépenses réelles de fonctionnement du service d'enlèvement et de traitement des déchets et les dotations aux amortissements des immobilisations étaient évaluées à 44 773 645 euros et 3 474 000 euros, les recettes non fiscales à 2 218 720 euros et la redevance spéciale à 1 570 003 euros. Ainsi, le montant des recettes issues de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères excède celui des dépenses non couvertes par les recettes non fiscales et par la redevance spéciale, qui est de 46 028 925 euros, à hauteur de 1 673 826 euros, soit un excédent de 3,51 %.
En ce qui concerne la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2020 :
9. Il résulte de l'instruction et en particulier du budget primitif de l'année 2020, que les recettes attendues de la perception de la taxe étaient de 48 684 930 euros, que les dépenses réelles de fonctionnement du service d'enlèvement et de traitement des déchets et les dotations aux amortissements des immobilisations étaient évaluées à 46 273 386 euros et 3 592 493 euros, les recettes non fiscales à 2 233 530 euros et la redevance spéciale à 1 570 000 euros. Ainsi, le montant des recettes issues de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères excède celui des dépenses non couvertes par les recettes non fiscales et par la redevance spéciale, qui est de 47 632 349 euros, à hauteur de 1 052 581 euros, soit un excédent de 2,11 %.
10. Par suite, il résulte de tout ce qui précède que de tels taux, ainsi que le soutient le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques, ne sont manifestement pas disproportionnés. Il s'ensuit que la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir du caractère manifestement excessif du taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, voté au titre de l'année 2019 et 2020, pour demander la décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de cette même année, à raison de l'immeuble situé au 77 avenue de Bayonne à Anglet (64).
Sur les frais liés au litige :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. () ".
12. L'administration fiscale n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante, les conclusions de la SAS L'immobilière Groupe Casino présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées. En sa qualité d'intervenante, la communauté d'agglomération Pays Basque ne peut être regardée comme partie au litige. Par suite, elle ne peut obtenir qu'une somme soit mise à la charge de la SAS L'immobilière Groupe Casino à lui verser au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention de la communauté d'agglomération Pays Basque est admise.
Article 2 : La requête de la SAS L'immobilière Groupe Casino est rejetée.
Article 3 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération Pays Basque au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS L'immobilière Groupe Casino, au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques et à la communauté d'agglomération Pays Basque.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.
La magistrate désignée,
signé
M. A
La greffière,
signé
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026