mercredi 29 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2101878 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SARGIACOMO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juillet 2021 et 6 septembre 2023, Mme B A, représentée par Me Sargiacomo, demande, dans le dernier état de ses écritures, au tribunal :
1°) de condamner l'État au paiement de la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice moral né de l'illégalité de la procédure de licenciement engagée à son encontre, outre la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice économique résultant de l'absence de remise d'un certificat de travail et d'une attestation lui permettant de faire valoir ses droits au chômage et enfin, la somme de 2 281,77 euros au titre de salaires auquel elle prétend qu'elle avait droit ;
2°) d'enjoindre au rectorat de lui remettre son certificat de travail et son attestation Pôle emploi, dans le délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 € par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) et de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de licenciement a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que, en méconnaissance des articles 17 et 47 du décret du 17 janvier 1986, elle n'a pas été convoquée à un entretien préalable, par lettre recommandée ou par lettre remise en main propre, et qu'il n'y a pas eu de saisine de la commission consultative paritaire ; elle sollicite la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice résultant de cette illégalité ;
- par ailleurs, l'administration ne lui a remis ni le certificat de travail, prévu à l'article 44- 1 du décret du 17 janvier 1986, ni d'attestation lui permettant de faire valoir ses droits au chômage, ce qui la maintient dans une situation de précarité économique injustifiée ; elle sollicite l'indemnisation de ce préjudice par le versement d'une somme de 5 000 euros ;
- enfin, l'administration n'aurait pas dû arrêter de lui verser son salaire le 13 août 2019 mais seulement à compter du 13 novembre 2019 ; elle a ainsi subi un préjudice qui sera indemnisé par le versement d'une somme totale de 2 281,77 €, dont il conviendra de déduire les cotisations sociales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2023, la rectrice de la région Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance du 7 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 octobre 2023.
Un mémoire présenté par la rectrice de la région Nouvelle-Aquitaine a été enregistré le 2 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 modifié ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Portès,
- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,
- et les observations de Me Sargiacomo, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été recrutée par le directeur académique des services de l'éducation nationale des Pyrénées-Atlantiques en qualité de maître délégué de l'enseignement privé sous contrat d'association, par plusieurs contrats à durée déterminée puis, par un contrat à durée indéterminée, à compter du 1er septembre 2012. Elle a été placée en congé de grave maladie à compter du 14 novembre 2016. Le 21 septembre 2020, elle a été licenciée pour inaptitude définitive à l'exercice de toutes fonctions sans possibilité de reclassement. Par courrier du 9 avril 2021, elle a présenté au rectorat une demande indemnitaire préalable en vue d'être indemnisée du préjudice résultant de l'illégalité fautive de son licenciement ainsi que de salaires au versement desquels elle prétend qu'elle avait droit. Mme A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme totale de 9 281, 77 euros en réparation de l'ensemble de ces préjudices.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne l'irrégulière procédure de licenciement :
2. Aux termes de l'article 17 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'État, applicable à la situation de la requérante : " () 3° A l'issue d'un congé de maladie, de grave maladie ou d'accident du travail et de maladie professionnelle, lorsqu'il a été médicalement constaté par le médecin agréé qu'un agent se trouve, de manière définitive, atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, le licenciement ne peut être prononcé que lorsque le reclassement de l'agent dans un emploi que le code général de la fonction publique autorise à pourvoir par un agent contractuel et dans le respect des dispositions légales régissant le recrutement de ces agents, n'est pas possible. b) Lorsque l'administration envisage de licencier un agent pour inaptitude physique définitive, elle convoque l'intéressé à un entretien préalable selon les modalités définies à l'article 47. A l'issue de la consultation de la commission consultative paritaire prévue à l'article 1er-2, elle lui notifie sa décision par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre signature. () " Aux termes de l'article 47 du même décret : " Le licenciement ne peut intervenir qu'à l'issue d'un entretien préalable. La convocation à l'entretien préalable est effectuée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre signature. Cette lettre indique l'objet de la convocation. L'entretien préalable ne peut avoir lieu moins de cinq jours ouvrables après la présentation de la lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou la remise en main propre de la lettre de convocation. () "
3. Mme A soutient qu'elle n'a pas été convoquée, par l'administration, à un entretien préalable, par lettre recommandée ou par lettre remise en main propre, et qu'il n'y a pas eu de saisine de la commission consultative paritaire avant que son licenciement pour inaptitude soit prononcé, par arrêté du 21 juillet 2020. En l'absence de toute justification, en défense, de cette convocation et de la saisine de la commission consultative paritaire, la requérante est fondée à soutenir que son licenciement a ainsi été prononcé à l'issue d'une procédure irrégulière et qu'elle a été privée des garanties instituées par ces dispositions au profit des agents concernés par une telle mesure. Il en résulte que l'administration a commis une faute lors de son licenciement.
4. Cependant, si l'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'État, elle ne saurait donner lieu à réparation si, dans le cas d'une procédure régulière, la même décision aurait pu légalement être prise.
5. Il résulte de l'instruction que le médecin conseil ayant estimé, le 27 février 2019, que Mme A présentait un état d'invalidité réduisant des 2/3 au moins sa capacité de travail, la caisse primaire d'assurance maladie l'a classée dans la catégorie 2 et lui a attribué la pension d'invalidité correspondante, à compter du 1er mars 2019. Par suite, le directeur académique a saisi le comité médical départemental de l'aptitude de Mme A à exercer ses fonctions d'enseignante. A l'issue de sa séance du 6 novembre 2019, le comité médical départemental a prononcé l'inaptitude définitive de la requérante à l'exercice de toutes fonctions, sans possibilité de reclassement. Mme A a été licenciée, pour le même motif, par arrêté du 21 juillet 2021. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision dans le cas d'une procédure régulière. Par suite, la faute mentionnée au point 3 du présent jugement ne saurait donner lieu à réparation.
6. En l'absence de tout élément de justification en défense, il résulte par ailleurs de l'instruction que la requérante n'a pas été informée, préalablement à l'édiction de l'arrêté du 21 septembre 2020, qu'elle allait être licenciée. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice distinct en condamnant l'État à lui verser une indemnité de 2 000 euros en réparation de celui-ci.
En ce qui concerne l'absence de remise du certificat prévu par le décret du 17 janvier 1986 :
7. Aux termes de l'article 44-1 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'État : " A l'expiration du contrat, l'administration délivre à l'agent un certificat qui contient exclusivement les mentions suivantes : 1° La date de recrutement de l'agent et celle de fin de contrat ; 2° Les fonctions occupées par l'agent, la catégorie hiérarchique dont elles relèvent et la durée pendant laquelle elles ont été effectivement exercées ; 3° Le cas échéant, les périodes de congés non assimilées à des périodes de travail effectif. "
8. Il résulte de l'instruction que Mme A a produit une attestation intitulée " état des services ", établi le 10 mars 2021 par le directeur départemental des services de l'éducation nationale de Dordogne, et visant à détailler l'ensemble de ses services accomplis dans des établissements d'enseignement sous contrat du 1er degré privé. Cependant, il résulte des dispositions précitées de l'article 44-1 du décret du 17 janvier 1986 n° 86-83 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, que le certificat visé par ces dispositions doit également contenir la date de recrutement de l'agent et celle de fin de contrat, les fonctions occupées par l'agent, la catégorie hiérarchique dont ces fonctions relèvent et doit préciser la durée pendant laquelle elles ont été effectivement exercées, et le cas échéant, les périodes de congés non assimilées à des périodes de travail effectif. Ainsi, l'attestation versée à l'instance par la requérante, adressée par son administration, ne contient pas l'ensemble des mentions exigées dans le certificat prévu par les dispositions précitées et ne peut ainsi en tenir lieu, au sens et pour l'application des dispositions de l'article 44-1 du décret du 17 janvier 1986.
9. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration ait délivré à la requérante le certificat mentionné aux dispositions précitées de l'article 44-1 du décret du 17 janvier 1986 et l'administration a ainsi commis une faute lors de son licenciement, dont il est précisé qu'elle a occasionné à la requérante un préjudice lié aux difficultés à faire valoir ses droits à la perception d'allocations de chômage. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en condamnant l'État à verser à Mme A la somme de 1 000 euros en réparation de celui-ci.
En ce qui concerne l'arrêt du versement du demi-traitement :
10. Aux termes de l'article 12 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'État : " L'agent contractuel en activité et comptant au moins trois années de service, atteint d'une affection dûment constatée, le mettant dans l'impossibilité d'exercer son activité, nécessitant un traitement et des soins prolongés et présentant un caractère invalidant et de gravité confirmée bénéficie d'un congé de grave maladie pendant une période maximale de trois ans. Dans cette situation, l'intéressé conserve l'intégralité de son traitement pendant une durée de douze mois. Le traitement est réduit de moitié pendant les vingt-quatre mois suivants. () "
11. Il résulte de l'instruction que Mme A a été placée en congé de grave maladie à compter du 14 novembre 2016. Elle avait ainsi droit, conformément aux dispositions précitées de l'article 12 du décret du 17 janvier 1986, à un plein traitement pendant une durée de douze mois, à savoir jusqu'au 13 novembre 2017, puis à un demi-traitement pendant les vingt-quatre mois suivants, à savoir du 14 novembre 2017 au 13 novembre 2019.
12. La requérante soutient que l'administration a arrêté le versement de ce demi-traitement le 13 août 2019, et produit ses bulletins de salaires en ce sens. Ainsi, faute de tout élément contraire produits par le rectorat, malgré une mesure d'instruction en ce sens en date du 20 octobre 2023, la demande tendant à ce que l'État soit condamné à verser à la requérante la somme de 2 281,77 euros au titre du demi-traitement auquel elle avait droit, jusqu'au 13 novembre 2019, doit être accueillie.
13. Il résulte de tout ce qui précède que l'État doit être condamné à verser à Mme A une somme totale de 5 281,77 euros.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Lorsque le juge administratif statue sur un recours indemnitaire tendant à la réparation d'un préjudice imputable à un comportement fautif d'une personne publique et qu'il constate que ce comportement et ce préjudice perdurent à la date à laquelle il se prononce, il peut, en vertu de ses pouvoirs de pleine juridiction et lorsqu'il est saisi de conclusions en ce sens, enjoindre à la personne publique en cause de mettre fin à ce comportement ou d'en pallier les effets.
15. Il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté, que le comportement fautif de l'État consistant à ne pas avoir délivré à la requérante le certificat mentionné aux dispositions de l'article 44-1 du décret du 17 janvier 1986 n'a pas cessé à la date à laquelle le tribunal se prononce. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Bordeaux, si besoin, de délivrer à Mme A, ce certificat, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais de litige :
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, à verser à Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens
D É C I D E :
Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme A la somme de 5 281,77 ( cinq mille deux cents quatre-vingt-un et soixante-dix-sept) euros.
Article 2 : Il est enjoint à la rectrice de l'académie de Bordeaux de délivrer à Mme A le certificat prévu par les dispositions de l'article 44-1 du décret du 17 janvier 1986 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Mme A une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à sera notifiée à B A et à la rectrice de l'académie de Bordeaux.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Perdu, présidente,
M. Rousseau, premier conseiller,
Mme Portès, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.
La rapporteure,
Signé
E. PORTES
La présidente,
Signé
S. PERDU La greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
N°2101878
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026