jeudi 3 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2101879 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BOURIAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 juillet 2021, Mme C A, représentée en dernier lieu par Me Bonnet, demande au tribunal :
1°) de condamner le département des Pyrénées-Atlantiques à lui verser la somme de 154 450 euros, assortie des intérêts et de leur capitalisation, en réparation des préjudices subis en raison de l'illégalité fautive entachant les décisions du 25 janvier 2019 et du 14 février 2019 portant retrait de son agrément d'assistante familiale et prononçant son licenciement ;
2°) et de mettre à la charge du département des Pyrénées-Atlantiques la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité du département des Pyrénées-Atlantiques doit être engagée en raison de l'illégalité des décisions du 25 janvier 2019 et du 14 février 2019 par lesquelles il a retiré son agrément d'assistante familiale puis prononcé son licenciement ;
- l'illégalité de ces décisions, d'ailleurs annulées par un jugement du 24 février 2021 du présent tribunal lui a causé un préjudice direct et certain ;
- elle est fondée à demander réparation de la perte de revenus subie, par le versement d'une somme de 9 480 euros correspondant à l'indemnité d'accueil permanent continu pour un enfant qu'elle aurait dû percevoir à compter du retrait de l'enfant qui lui était confié, le 17 juin 2018, jusqu'à son licenciement ; sa perte de revenus à compter du licenciement sera indemnisée à hauteur de 6 820 euros et enfin, sa perte de revenus à compter de sa mise à la retraite sera indemnisée à hauteur de 17 484 euros ;
- en outre, sa carrière sera reconstituée afin de revaloriser ses droits à pension de retraite acquis depuis la perte de son salaire de base ; à titre subsidiaire, la perte ainsi subie sur le montant de sa pension de retraite sera indemnisée par le versement de la somme de 90 666 euros ;
- enfin, les fausses allégations portées à son encontre lui ont causé un préjudice moral qui sera indemnisé par une somme de 30 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, le département des Pyrénées-Atlantiques conclut à ce que la condamnation prononcée à son encontre soit ramenée à de plus juste proportions, en l'espèce à 4 114,46 euros.
Il fait valoir que
- Mme A n'a jamais contesté qu'aucun enfant ne lui a été confié de juin 2018 à février 2019 de sorte que la perte de revenus correspondant à cette période dont elle demande réparation, doit être rejetée ; en tout état de cause, les sommes perçues au cours de cette période, pour un montant de 8 637,90 euros, seraient à déduire du montant éventuellement alloué à ce titre ;
- en outre, il lui a déjà été versé des indemnités de licenciement, lesquelles seront donc à déduire de l'indemnisation éventuellement accordée ;
- enfin, le préjudice allégué portant sur ses droits à pension de retraite n'est pas certain, dès lors qu'il n'est pas établi que des enfants lui auraient été confiés pendant la période alléguée ;
- les autres griefs soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par un courrier du 24 mai 2023, le tribunal a invité, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, Mme A à produire des pièces en vue de compléter l'instruction.
Les pièces produites en réponse à cette demande ont été enregistrées le 24 mai 2023 et communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Duchesne,
- et les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, née en 1958, était employée par le département des Pyrénées-Atlantiques, depuis 2015, en qualité d'assistante familiale. Par une décision du 25 janvier 2019, le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques lui a retiré son agrément, avant de la licencier par une décision du 14 février 2019. Ces deux décisions ont été annulées par un jugement du tribunal administratif de Pau n° 1901273 du 24 février 2021, devenu définitif, qui a, par ailleurs, rejeté les conclusions indemnitaires présentées dans la requête pour défaut de liaison du contentieux indemnitaire. Par la présente instance, Mme A, qui a adressé une demande préalable datée du 29 mars 2021, reçue le 7 avril suivant, demande au tribunal de condamner le département des Pyrénées-Atlantiques à lui verser une indemnité totale de 154 450 euros, destinée à réparer les préjudices financier et moral subis en raison de l'illégalité de ces décisions.
Sur la responsabilité pour faute du département des Pyrénées-Atlantiques, à raison de l'illégalité des décisions de retrait d'agrément et de licenciement :
2. Toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.
3. Mme A demande à être indemnisée des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de l'illégalité des décisions de retrait d'agrément et de licenciement prononcée à son encontre par le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques, annulées par le jugement mentionné au point 1, du présent tribunal pour un motif d'erreur d'appréciation, les griefs vagues et non circonstanciés retenus à son encontre n'étant pas de nature à compromettre les conditions d'accueil garantissant la sécurité, la santé et l'épanouissement d'un enfant. Mme A est ainsi en droit d'obtenir réparation des préjudices suffisamment directs et certains qui ont pu en résulter pour elle.
En ce qui concerne le préjudice financier :
Sur la période antérieure aux décisions illégales :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 423-30 du code de l'action sociale et des familles, en vigueur lors de la période litigieuse : " Sans préjudice des indemnités et fournitures qui leur sont remises pour l'entretien des enfants, les assistants familiaux relevant de la présente sous-section bénéficient d'une rémunération garantie correspondant à la durée mentionnée dans le contrat d'accueil. Les éléments de cette rémunération et son montant minimal sont déterminés par décret en référence au salaire minimum de croissance. / Ce montant varie selon que l'accueil est continu ou intermittent au sens de l'article L. 421-16 et en fonction du nombre d'enfants accueillis. / La rémunération cesse d'être versée lorsque l'enfant accueilli quitte définitivement le domicile de l'assistant familial. ", d'autre part aux termes de l'article L. 423-31 du même code alors en vigueur : " Lorsque l'employeur n'a plus d'enfant à confier à un assistant familial ayant accueilli des mineurs, celui-ci a droit à une indemnité dont le montant minimal est déterminé par décret en référence au salaire minimum de croissance, sous réserve de l'engagement d'accueillir dans les meilleurs délais les mineurs préalablement présentés par l'employeur, dans la limite d'un nombre maximal convenu avec lui et conformément à son agrément. / Cette disposition n'est applicable qu'aux personnes qui justifient d'une ancienneté de trois mois au moins au service de l'employeur. " Ces dispositions ont été rendues applicables aux assistants familiaux employés par des personnes morales de droit public par l'article L. 422-1 de ce code.
5. Mme A fait valoir qu'à compter du 17 juin 2018, date à laquelle s'est achevé son congé maladie à la suite d'un accident de service, l'enfant qui lui était confié lui a été retiré sans motif et que plus aucun enfant ne lui a été confié, jusqu'au retrait illégal de son agrément suivi de son licenciement jugé également illégal. Ce préjudice ne saurait cependant être la conséquence directe de ces mesures de retrait d'agrément et de licenciement intervenues postérieurement, en janvier et février 2019.
Sur le préjudice financier subi pendant la période indemnisée par Pôle emploi :
6. Mme A demande également la réparation du préjudice résultant de la perte de revenus subie au cours de la période durant laquelle, illégalement licenciée par le département, elle a été indemnisée par Pôle emploi. A supposer qu'elle ait eu une chance sérieuse de se voir confier la garde d'un enfant pendant toute la durée de cette période, le préjudice financier subi par Mme A doit être réparé à hauteur du seul montant mensuel qu'elle aurait perçu dans cette hypothèse, dont il résulte de l'instruction qu'il s'élève à 1 500 euros net, duquel doivent être déduites les sommes perçues sur la même période par l'intéressée au titre des allocations de chômage, sans qu'il y ait lieu, contrairement à ce que soutient le département des Pyrénées-Atlantiques, de retrancher de cette somme le montant de l'indemnité de licenciement qui ne constitue pas un élément de rémunération. Il résulte de l'instruction que le montant de l'indemnité versée par Pôle emploi s'est élevé durant cette période à une somme mensuelle d'environ 880 euros. Dans ces conditions, Mme A est fondée à demander réparation de ce préjudice à hauteur de la somme de 6 820 euros qu'elle réclame.
Sur le préjudice financier du 1er janvier 2021, date de sa mise à la retraite, au 3 juin 2023, date à laquelle aurait pris fin son agrément :
7. En ce qui concerne le préjudice financier subi entre le 1er janvier 2021, date à laquelle elle n'a plus bénéficié d'indemnisation de la part de Pôle emploi et le 3 juin 2023, date du terme prévu de l'agrément qui lui avait été délivré, il résulte de l'instruction que l'agrément dont bénéficiait Mme A avait été renouvelé pour une durée de 5 ans prenant effet au 4 juin 2018, de sorte que son retrait lui a fait perdre une chance d'accueillir des enfants et de retirer la rémunération résultant de cette activité jusqu'au 3 juin 2023. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par Mme A en condamnant le département des Pyrénées-Atlantiques à lui verser la somme de 5 000 euros
En ce qui concerne le préjudice financier résultant spécifiquement de la liquidation anticipée de sa pension de retraite :
8. Lorsqu'un agent public irrégulièrement évincé a été admis à la retraite, l'obligation de reconstitution juridique de sa carrière qui découle de l'annulation par le juge administratif de la décision de licenciement prend nécessairement fin à compter de la date de son départ en retraite. De même, l'admission à la retraite, quelles que soient les circonstances dans lesquelles elle est intervenue, fait obstacle à ce que l'exécution de la décision juridictionnelle implique la réintégration effective de l'intéressé dans son emploi ou dans un emploi équivalent. Il appartient seulement à l'agent irrégulièrement évincé de demander, le cas échéant, la réparation du préjudice qu'ont pu entrainer sa mise à la retraite et à la liquidation anticipée de sa pension, lorsque celle-ci est la conséquence du licenciement illégal.
9. Il résulte de ce qui précède que Mme A ayant été admise à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er janvier 2021, sa demande tendant à ce que sa carrière soit reconstituée afin de faire réévaluer ses droits à la retraite ne peut qu'être rejetée. A titre subsidiaire, si Mme A fait valoir qu'elle aurait perçu une pension de retraite à taux plein s'élevant à environ 1 100 euros, elle ne produit aucun élément à l'appui de sa demande permettant de déterminer le montant de la retraite mensuelle nette qu'elle aurait perçu si elle avait poursuivi son activité. Dès lors, Mme A n'établit pas qu'elle ait perdu une chance sérieuse que sa retraite de base soit supérieure à celle qu'elle perçoit.
10. Enfin, compte tenu des faits qui semblent lui être reprochés, le retrait de l'agrément d'assistante familiale de Mme A a nécessairement contribué à altérer sa réputation professionnelle et personnelle. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par Mme A à ce titre en condamnant le département des Pyrénées-Atlantiques à lui verser une indemnité de 3 000 euros.
11. Il résulte de tout ce qui précède que le département des Pyrénées-Atlantiques doit être condamné à verser à Mme A une indemnité totale de 14 820 euros.
Sur les intérêts :
12. La somme de 14 820 euros susvisée portera intérêts au taux légal à compter du 7 avril 2021, date de réception par le département des Pyrénées-Atlantiques de la réclamation préalable adressée par Mme A. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 20 juillet 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 20 juillet 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département des Pyrénées-Atlantiques, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le versement à Mme A de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Le département des Pyrénées-Atlantiques est condamné à verser à Mme A une indemnité de 14 820 euros (quatorze mille huit cent vingt euros) assortie des intérêts à taux légal à compter du 7 avril 2021. Les intérêts échus à la date du 20 juillet 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Le département des Pyrénées-Atlantiques versera à Mme A une somme de mille cinq cents euros (1 500 euros) en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au département des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Quéméner, président,
Mme Duchesne, conseillère
M. Diard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2023.
La rapporteure,
Signé : M. DUCHESNE
La présidente,
Signé : V. QUEMENERLa greffière,
Signé : M. B
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026