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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2101954

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2101954

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2101954
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 1
Avocat requérantSCP BAKER & MCKENZIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 28 juillet 2021 et 22 novembre 2022, la SAS L'immobilière Groupe Casino, représentée par Me Meier, demande au tribunal :

1°) la décharge de l'intégralité de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères mise à sa charge au titre des années 2019 et 2020, ainsi que la restitution des sommes en cause, concernant son immeuble situé à Laloubère ;

2°) de mettre à la charge de l'administration fiscale la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le montant de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères prélevée par une collectivité sur l'ensemble des usagers ne peut excéder le coût supporté par cette collectivité pour la fourniture du service public de collecte et de traitement des ordures ménagères et, le cas échéant, des ordures assimilées, à savoir le coût du service diminué des recettes fiscales ;

- la délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères entre en contradiction avec l'article 1520 du code général des impôts et est illégale au titre de l'année 2019 en ce que les recettes de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères dépassent de manière manifeste le coût du service non couvert par les recettes non fiscales ;

- la délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères entre en contradiction avec l'article 1520 du code général des impôts et est illégale au titre de l'année 2020 en ce que les recettes de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères dépassent de manière manifeste le coût du service non couvert par les recettes non fiscales ;

- le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2019 excède de 26 % le coût du service afférent à l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères diminué des recettes non fiscales relatives au même service ;

- le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2020 excède de 29 % le coût du service afférent à l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères diminué des recettes non fiscales relatives au même service ;

- les délibérations fixant les budgets primitifs au titre des années 2019 et 2020 sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la demande de la collectivité tendant à la condamnation au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doit être rejetée en ce que la collectivité locale pour le compte de laquelle ladite imposition est prélevée ne peut pas revendiquer la qualité de partie dans une instance concernant une imposition liquidée et recouvrée par l'Etat.

Par un mémoire en défense, un mémoire complémentaire et un mémoire en réplique, enregistrés les 3 et 5 janvier 2022 et 6 janvier 2023, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le litige porte sur la totalité des sommes mises en recouvrement, soit un montant total de 44 474 euros au titre des années 2019 et 2020 ;

- la présente requête est recevable ;

- au stade de la réclamation préalable, la requérante a soutenu, sans le démontrer, que les recettes issues de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères excédaient manifestement le coût du service de collecte et de traitement des déchets ménagers ;

- il n'existe pas une disproportion marquée entre le produit prévisionnel de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères et le coût estimé du service de collecte des déchets ;

- la délibération n'est pas illégale en ce que le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, tel qu'apprécié à la date du vote, n'est manifestement pas disproportionné ;

- pour apprécier la proportionnalité du taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au regard du coût du service, le montant de la redevance spéciale doit être déduit de ce coût, ce que la requérante n'a pas fait dans son calcul ;

- la requérante, qui acquitte la taxe d'enlèvement des ordures ménagères incitative, n'est pas assujettie à la redevance spéciale ;

- en ce qui concerne le secteur Nord 2A où se trouve la commune de Laloubère et où un taux de 8,49 % a été voté pour l'année 2019 et 8,12 % pour l'année 2020, en retenant la totalité du montant des dépenses réelles de fonctionnement, l'excédent de taxe d'enlèvement des ordures ménagères par rapport au coût du service diminué des recettes non fiscales, après prise en compte de la dotation aux amortissements, est de - 0,45 % au titre de l'année 2019 et de 0,11 % au titre de l'année 2020, ce qui ne caractérise pas une disproportion marquée.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 24 janvier 2022, la communauté d'agglomération Tarbes Lourdes Pyrénées, représentée par son président, conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la taxe d'enlèvement des ordures ménagères a été instaurée sur 21 communes en 2017 avec prise d'effet au 1er janvier 2019 ;

- la requérante n'a pas demandé d'exonération de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères alors qu'elle pouvait lui être appliquée depuis 2013 et en vertu des dispositions des articles 1520 et suivants du code général des impôts.

Par ordonnance du 14 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné Mme A, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) L'immobilière Groupe Casino est propriétaire foncier d'un immeuble situé au lieu-dit l'aéroport à Laloubère (65). Au titre de l'année 2019, elle a été assujettie à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, qui a été mise en recouvrement le 31 août 2019 pour un montant de 23 077 euros et de 21 397 euros au titre de l'année 2020, par une mise en recouvrement en date du 31 août 2020, soit un montant total de 44 474 euros. Par une réclamation en date du 8 décembre 2020, la SAS a sollicité le remboursement de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères acquittée au titre de cet établissement à Laloubère pour les années 2019 et 2020, ainsi que les frais de gestion de la fiscalité directe locale y afférents. Par un courrier en date du 28 mai 2021, la direction générale des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques a rejeté sa demande. Par la présente requête, la société L'immobilière Groupe Casino demande au tribunal de prononcer la décharge de l'imposition litigieuse au titre des années 2019 et 2020.

Sur l'intervention de la communauté d'agglomération Tarbes Lourdes Pyrénées :

2. Est recevable à former une intervention, devant le juge du fond, toute personne qui justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige. Il résulte de la nature et de l'objet du contentieux, que la communauté d'agglomération Tarbes Lourdes Pyrénées justifie d'un intérêt de nature à la rendre recevable à intervenir devant le juge de l'impôt compte tenu de la particularité des litiges en matière de taxe d'enlèvement des ordures ménagères. Son intervention doit, dès lors, être admise.

Sur les conclusions à fin de décharge :

3. Aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts, dans sa rédaction issue de l'article 57 de la loi n° 2015-1786 du 29 décembre 2015 de finances rectificative pour 2015 et applicable à compter du 1er janvier 2016 : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal. () ". Aux termes de l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction également issue de la loi du 29 décembre 2015 : " Les communes, les établissements publics de coopération intercommunale et les syndicats mixtes peuvent instituer une redevance spéciale afin de financer la collecte et le traitement des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14. / Ils sont tenus de l'instituer lorsqu'ils n'ont institué ni la redevance prévue à l'article L. 2333-76 du présent code ni la taxe d'enlèvement des ordures ménagères prévue à l'article 1520 du code général des impôts. () Elle est calculée en fonction de l'importance du service rendu, notamment de la quantité des déchets gérés. Elle peut toutefois être fixée de manière forfaitaire pour la gestion de petites quantités de déchets ". Les déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 sont les déchets non ménagers que ces collectivités peuvent, eu égard à leurs caractéristiques et aux quantités produites, collecter et traiter sans sujétions techniques particulières.

4. Il résulte de ces dispositions d'une part que le législateur a entendu autoriser, à compter du 1er janvier 2016, le financement par la taxe d'enlèvement des ordures ménagères du coût de collecte non seulement des déchets ménagers mais également des déchets non ménagers mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, d'autre part que le produit de la redevance spéciale est désormais inclus parmi les recettes non fiscales du service lorsque ladite redevance a été instituée. Il suit de là qu'il appartient au juge de l'impôt, pour apprécier la légalité d'une délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères à compter du 1er janvier 2016, de rechercher si le produit de la taxe, tel qu'estimé à la date de l'adoption de la délibération, n'est pas manifestement disproportionné par rapport au coût de collecte et de traitement des déchets ménagers et non ménagers assimilés, tel qu'il pouvait être estimé à cette même date, non couvert par les recettes non fiscales affectées à ces opérations, incluant le cas échéant le produit de la redevance spéciale.

5. Par une délibération du 31 janvier 2017, la communauté d'agglomération Tarbes Lourdes Pyrénées a adhéré, pour l'ensemble de son territoire, au SYMAT pour la compétence " élimination des déchets ménagers et assimilés " et a instauré une taxe d'enlèvement des ordures ménagères incitative, telle que prévue par les dispositions de l'article 1522 bis du code général des impôts, en 2017 sur 21 communes comprises dans le territoire de la nouvelle communauté d'agglomération Tarbes Lourdes Pyrénées, dont la commune de Laloubère qui se situe dans le secteur Nord 2 A. Lors du vote de ses budgets primitifs 2019 et 2020, la communauté d'agglomération a adopté les taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères applicables sur le secteur mentionné à hauteur de 8,49 % pour l'année 2019 et de 8,12 % pour l'année 2020.

6. Pour solliciter la décharge de l'imposition litigieuse et des frais de gestion y afférents, la société requérante soutient, par voie d'exception, que la délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères est illégale en raison d'une disproportion manifeste du taux de la taxe par rapport aux dépenses nécessaires à l'exploitation du service.

7. Pour déterminer le montant de la taxe, il y a lieu de prendre en compte les dépenses réelles de fonctionnement exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers mais aussi les dotations aux amortissements des immobilisations affectées au service.

En ce qui concerne la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2019 :

8. Il résulte de l'instruction, en particulier du budget primitif de l'année 2019, en ce qui concerne le secteur Nord 2 A où se trouve la commune de Laloubère, que les recettes attendues de la perception de la taxe étaient de 4 905 352 euros, que les dépenses réelles de fonctionnement du service d'enlèvement et de traitement des déchets étaient de 6 373 259 euros y compris les dotations aux amortissements des immobilisations évaluées à 504 475 euros et les recettes non fiscales à 1 445 631 euros. Ainsi, le montant des dépenses prévisionnelles non couvertes par des recettes n'ayant pas le caractère fiscal s'élève à 4 927 628 euros alors que le produit attendu de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères s'établit à la somme, moindre, de 4 905 352 euros. Par conséquent, le produit de cette taxe n'excède pas le montant des charges qu'elle a pour objet de couvrir. Par suite, le moyen soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de la délibération de la communauté d'agglomération ayant institué le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2019 doit être écarté.

En ce qui concerne la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2020 :

9. Il résulte de l'instruction et en particulier du budget primitif de l'année 2020, en ce qui concerne le secteur Nord 2 A où se trouve la commune de Laloubère, que les recettes attendues de la perception de la taxe étaient de 4 905 352 euros, que les dépenses réelles de fonctionnement du service d'enlèvement et de traitement des déchets étaient de 6 623 625 euros, les dotations aux amortissements des immobilisations étaient évaluées à 506 715 euros et les recettes non fiscales à 1 445 631 euros. Ainsi, le montant des dépenses prévisionnelles non couvertes par des recettes n'ayant pas le caractère fiscal s'élève à 4 900 111 euros alors que le produit attendu de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères s'établit à la somme de 4 905 352 euros. Par conséquent, le produit de cette taxe excède le montant des charges qu'elle a pour objet de couvrir de 0,11 %. Par suite, le moyen soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de la délibération de la communauté d'agglomération ayant institué le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2020 doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que de tels taux, ainsi que le soutient le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques, ne sont manifestement pas disproportionnés. Il s'ensuit que la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir du caractère manifestement excessif du taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, voté au titre de l'année 2019 et de l'année 2020, pour demander la décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de ces mêmes années, à raison de l'immeuble situé à Laloubère.

Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. () ".

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la direction départementale des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la SAS L'immobilière Groupe Casino au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En sa qualité d'intervenante, la communauté d'agglomération Tarbes Lourdes Pyrénées ne peut être regardée comme partie au litige. Par suite, elle ne peut obtenir qu'une somme soit mise à la charge de la SAS L'immobilière Groupe Casino à lui verser au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS L'immobilière Groupe Casino est rejetée.

Article 2 : Les conclusions à fin de condamnation de la SAS L'immobilière Groupe Casino présentées par la communauté d'agglomération Tarbes Lourdes Pyrénées sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS L'immobilière Groupe Casino, au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques et à la communauté d'agglomération Tarbes Lourdes Pyrénées.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

La magistrate désignée,

signé

M. A

La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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