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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2102013

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2102013

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2102013
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL ETESSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 3 août 2021, le 15 novembre 2021, le 11 août 2022 et le 4 octobre 2022, la société anonyme SNCF Voyageurs, représentée par Me Etesse, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 14 juin 2021 par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté sa demande d'indemnisation de 4 406,17 euros en réparation du préjudice que lui ont causé les perturbations de la circulation ferroviaire à la suite d'une manifestation du 21 janvier 2020 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 4 406,17 euros assortie des intérêts au taux légal à compter de la demande préalable d'indemnisation soit le 21 mai 2021 en réparation du préjudice subi par elle suite à l'entrave de la circulation ferroviaire en gare de Bayonne le 21 janvier 2020 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la circulation ferroviaire et notamment du TGV Inoui n° 8544 à destination de la gare Montparnasse à Paris, a été perturbée suite à une manifestation du 21 janvier 2020 qui a eu pour conséquence le blocage des voies et que la responsabilité sans faute de l'Etat peut être engagée à ce titre dès lors que les quatre conditions sont réunies : à savoir l'existence d'un attroupement, la commission d'un crime ou délit au sens pénal, l'usage de la force ouverte ou violence et un préjudice direct et certain ;

- elle a droit ainsi à être indemnisée sur le fondement des dispositions de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, et elle évalue le préjudice à 4 406,17 euros ;

- contrairement à ce que fait valoir le préfet, il y avait une manifestation sur la voie publique à Bayonne et pas seulement en gare de Bayonne, la matérialité de l'attroupement est donc établie ;

- malgré l'intervention des forces de l'ordre, des répercussions se sont fait ressentir notamment sur le trafic ferroviaire et donc sur l'indemnisation des voyageurs ;

- l'envahissement des voies a bien un caractère spontané contrairement à ce que soutient le préfet.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 septembre 2021 et le 11 août 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête à titre principal et à titre subsidiaire à limiter la condamnation de l'Etat à la somme de 409,30 euros correspondants aux frais de constats d'huissier et frais de main d'œuvre.

Il soutient que les conditions d'engagement de la responsabilité de l'Etat sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure ne sont pas réunies en l'absence de force ouverte ou de violence de l'attroupement, de dommages résultants de crimes ou délits, de dommages résultant dudit attroupement et de l'absence de l'établissement d'un préjudice direct et certain.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code des transports ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Crassus,

- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 21 janvier 2020, environ vingt personnes se sont regroupées dans la gare puis sur les voies, devant un train à grande vitesse en provenance d'Hendaye. Celui-ci devait partir initialement à 16h11 à destination de la gare Montparnasse. A la suite de l'intervention des forces de l'ordre à 17 heures, les personnes se sont dispersées, les personnes sont ainsi restées mobilisées environ 35 minutes sur la voie. La société SNCF Voyageurs a sollicité une indemnité en réparation des préjudices occasionnés par le retard du trafic ferroviaire par lettre en date du 21 mai 2021 auprès du préfet des Pyrénées-Atlantiques. Par courrier du 14 juin 2021, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté la demande. Par la présente requête, la société SNCF Voyageurs demande l'annulation de la décision rejetant sa demande ainsi que la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure et de l'indemniser à hauteur des préjudices subis.

Sur la responsabilité de l'Etat :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens ". Il résulte de cet article que l'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés commis par des rassemblements ou des attroupements précisément identifiés.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 2242-4 du code des transports : " Est puni de six mois d'emprisonnement et de 3 750 € d'amende le fait pour toute personne : () 2° De jeter ou déposer un matériau ou un objet quelconque sur les lignes de transport ou de distribution d'énergie ou dans les parties de la voie ferrée ou de ses dépendances qui ne sont pas affectées à la circulation publique ; () 5° De pénétrer, circuler ou stationner sans autorisation régulière dans les parties de la voie ferrée ou de ses dépendances qui ne sont pas affectées à la circulation publique, d'y introduire des animaux ou d'y laisser introduire ceux dont elle est responsable, d'y faire circuler ou stationner un véhicule étranger au service, d'y jeter ou déposer un matériau ou un objet quelconque, d'entrer dans l'enceinte du chemin de fer ou d'en sortir par d'autres issues que celles affectées à cet usage ; 6° De laisser stationner sur les parties d'une voie publique suivie ou traversée à niveau par une voie ferrée des voitures ou des animaux, d'y jeter ou déposer un matériau ou un objet quelconque, de faire suivre les rails de la voie ferrée par des véhicules étrangers au service () ".

4. Il résulte de l'instruction et notamment des procès-verbaux d'audition par la police judiciaire, que le 21 janvier 2020, environ vingt personnes se sont mobilisées sur les voies ferrées de la gare de Bayonne empêchant le train de partir, dont le départ était initialement prévu à 16 heures et onze minutes. A l'arrivée des forces de l'ordre à 17 heures, les personnes ont dégagé la voie et le train a quitté la gare avec 35 minutes de retard. Dans ces conditions, le rapport de force constitué par ces agissements constitue un délit d'entrave commis à force ouverte.

5. Si la condition tenant à la constitution d'un délit d'entrave commis à force ouverte par ce groupe de personnes bloquant les voies est remplie, la responsabilité de l'Etat sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure ne peut être engagée, qu'à condition que le délit commis l'ait été en marge d'une manifestation ou d'un rassemblement, et que, la commission du délit n'ait pas été préméditée. Or contrairement à ce que soutient la société requérante, il ne résulte pas de l'instruction que le lien entre la manifestation spontanée située devant le centre municipal de réunions de Bayonne et le blocage des voies soit établi.

6. Dans ces conditions, l'interruption de la circulation ferroviaire sur une voie de la gare de Bayonne le 21 janvier 2020, ayant conduit aux dommages dont la société SNCF Voyageurs demande réparation à l'Etat, doit être regardée, comme procédant à une action préméditée, organisée par un groupe de personnes à seule fin de commettre un délit et non d'une action non préméditée issue du démembrement d'un attroupement ou d'un rassemblement au sens de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.

7. Par suite et dans ces conditions, ces agissements ne sont pas de nature à engager la responsabilité de l'Etat sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'indemnisation de la société SNCF Voyageurs doivent être rejetées, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société SNCF Voyageurs est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société anonyme SNCF Voyageurs et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Neumaier, conseillère,

Mme Crassus, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La rapporteure,

Signé

L. CRASSUS La présidente,

Signé

M. SELLES

La greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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