jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2102086 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET FIDAL BAYONNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 août 2021, la société à responsabilité limitée Argitxe, représentée par Me Guillot de Suduiraut, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge partielle des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2014 et 2015, ainsi que des pénalités et majorations correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la dette à l'égard de la société Aialde n'est pas prescrite dès lors que la prescription a été interrompue du fait de sa reconnaissance de sa qualité de débitrice envers cette dernière ;
- la comptabilisation régulière des intérêts dus constitue une reconnaissance de la dette en principal ;
- la comptabilisation au débit du compte de passif de la société Aialde diminue le montant et doit s'analyser comme des paiements partiels de la dette à l'égard de la société Aialde ;
- les paiements effectués d'un ou de plusieurs acomptes ou des intérêts de la créance constitue une reconnaissance tacite des droits du créancier, interruptive de prescription ;
- la déduction des intérêts à compter du mois de juillet 2007 est justifiée et l'intérêt est légal ou du moins conventionnel ;
- la charge de la preuve incombe à l'administration pour justifier que la prescription n'a pas été interrompue.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête de la société Argitxe ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°2008-561 du 17 juin 2008 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code civil
- le code de commerce ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Crassus,
- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée Argitxe, dont l'activité consiste à louer des biens meublés professionnels, acquérir, détenir, gérer et administrer tous droits et biens immobiliers meublés ou non, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, à l'issue de laquelle l'administration lui a notifié des rectifications en matière d'impôts sur les sociétés, assorties des pénalités résultant notamment de la réintégration à son bénéfice imposable des exercices clos en 2014 et 2015 d'une dette éteinte, assortie d'intérêts au taux de 2 %, que l'administration a considéré comme un passif injustifié. La société Argitxe demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur l'étendue du litige :
2. La présente requête conteste seulement la rectification notifiée par l'administration concernant le passif injustifié relatif à l'extinction de la dette commerciale d'un montant de 540 910 euros au titre de l'exercice 2014, ainsi que la remise en cause de la déductibilité des intérêts relatifs, à la dette à compter du 1er juillet 2007, rectifiés au titre de 2014 et 2015.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
3. En application des dispositions de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales, il appartient à la société Argitxe de démontrer le caractère exagéré des rectifications dès lors qu'elle n'a pas présenté d'observations dans le délai prévu par l'article 57 du livre des procédures fiscales suivant la réception de la proposition de rectification concernant les rectifications au titre de l'exercice 2014 d'une part, et d'autre part, dès lors que les bases d'impositions ont été établies d'office au titre de l'année 2015.
En ce qui concerne l'interruption de la prescription de la dette inscrite au passif de la société Argitxe :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. / () 4 bis. Pour l'application des dispositions du 2, pour le calcul de la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de l'exercice, l'actif net d'ouverture du premier exercice non prescrit déterminé, sauf dispositions particulières, conformément aux premier et deuxième alinéas de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales ne peut être corrigé des omissions ou erreurs entraînant une sous-estimation ou surestimation de celui-ci. () Les dispositions du présent alinéa ne s'appliquent pas lorsque l'entreprise apporte la preuve que ces omissions ou erreurs sont intervenues plus de sept ans avant l'ouverture du premier exercice non prescrit. (). ". Il appartient au contribuable, pour l'application de ces dispositions, de justifier, par la production de tous éléments suffisamment précis, du principe et du montant d'une dette inscrite au passif du bilan de son entreprise. Il résulte de ces dispositions qu'un engagement éventuel, qui ne constitue pas une dette certaine dans son principe, ne peut être inscrit au passif du bilan pour l'établissement de l'impôt sur les sociétés.
5. L'administration est ainsi en droit de réparer dans le bilan de clôture du premier exercice non prescrit une sous-estimation de l'actif net résultant d'une dette injustifiée comptabilisée à tort au cours d'un exercice prescrit, antérieur de moins de sept ans à la date d'ouverture du bilan du premier exercice non prescrit, et d'établir sur cette base un supplément d'imposition au titre de cet exercice.
6. Il résulte de l'instruction qu'à l'issue du contrôle rappelé au point 1, le service vérificateur a notamment procédé, par proposition de rectification, à la réintégration dans le bénéfice imposable de l'exercice 2014 d'une dette considérée prescrite comptabilisée au passif de l'entreprise envers la société Aialade.
7. Aux termes de l'article L. 110-4 du code de commerce dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Les obligations nées à l'occasion de leur commerce entre commerçants ou entre commerçants et non-commerçants se prescrivent par cinq ans si elles ne sont pas soumises à des prescriptions spéciales plus courtes. () ". La réforme du régime de la prescription issue de cette loi a eu pour effet de réduire à cinq ans le délai de prescription de droit commun en matière commerciale qui était antérieurement de dix ans. L'article 26 de cette loi précise : " () II. - Les dispositions de la présente loi qui réduisent la durée de la prescription s'appliquent aux prescriptions à compter du jour de l'entrée en vigueur de la présente loi, sans que la durée totale puisse excéder la durée prévue par la loi antérieure. (). " En vertu de l'article 2251 du code civil : " La renonciation à la prescription est expresse ou tacite. / La renonciation tacite résulte de circonstances établissant sans équivoque la volonté de ne pas se prévaloir de la prescription ".
8. Il résulte de l'instruction que l'acte d'acquisition d'un bien par la société Argitxe en 2005, qui se présentait sous la forme d'une convention, prévoyait l'obligation pour cette dernière de s'acquitter de la totalité du prix au plus tard le 1er juillet 2007, cette dette étant productive d'intérêts à 2 % par an payables par annuités. En application des dispositions précitées au point 7, notamment de l'article 26 de la loi du 17 juin 2008, les créances nées antérieurement à la date de son entrée en vigueur, fixée au 19 juin 2008, sont prescrites cinq années suivant l'entrée en vigueur de la loi, soit le 18 juin 2013. En outre, la société requérante n'établit pas utilement que la dette a donné lieu à un remboursement au moins partiel, ni qu'elle ait été relancée par la société Aialde. En l'absence d'acte interruptif de prescription et en se bornant à comptabiliser la dette et les intérêts au passif, la société Argitxe a comptabilisé une dette en passif injustifié, au sens du 2 de l'article 38 du code général des impôts. Par suite, l'administration a réintégré à bon droit le passif injustifié relatif à la comptabilisation de la créance envers la société Aialde et les intérêts correspondants au résultat fiscal au titre des années rectifiées.
En ce qui concerne la réintégration des intérêts comptabilisés au passif :
9. Il résulte de l'instruction que l'administration a également réintégré au résultat fiscal les intérêts comptabilisés par la requérante à compter du 1er juillet 2007. Toutefois la convention signée entre la société requérante et la société Aialde rappelée au point 8 avait pour date d'expiration le 30 juin 2007. Si le document prévoit l'application d'un taux d'intérêt de 2 % applicable annuellement sur le montant du prix d'acquisition non réglé, la société requérante n'établit pas utilement que les parties à la convention en avaient prorogé l'exécution. Par conséquent, le service vérificateur était en droit de réintégrer les intérêts comptabilisés et déduits depuis le 1er juillet 2007, correspondant à la somme de 70 318 euros au titre de l'année 2014 ainsi que les intérêts rehaussés au titre de 2015, correspondants à la somme de 10 818 euros.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la requête de la société Argitxe doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société Argitxe, partie perdante, présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Argitxe est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Argitxe et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
- Mme Neumaier, conseillère,
- Mme Crassus, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
La rapporteure,
Signé
L. CRASSUS
Le président,
Signé
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLON
La greffière,
Signé
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026