lundi 18 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2102476 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SIMOES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 septembre 2021 et 13 avril 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Occitania, représentée par Me Simoes, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 6 mars 2021 par laquelle le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques lui a octroyé une aide financière au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation au titre du mois de novembre 2020, en tant qu'il a limité le montant de cette aide à la somme de 10 000 euros ;
2°) d'enjoindre au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques de lui octroyer le montant total de l'aide sollicitée, à hauteur de 130 000 euros ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 30 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de la décision du 6 mars 2021 ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle ne comporte pas la signature de son auteur ;
- elle est entachée d'un vice de forme, dès lors qu'elle ne comporte pas la mention des voies et délais de recours ;
- bien que le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020, dans sa version applicable, ne prévoie la possibilité de déposer qu'une seule demande d'aide par entité juridique, la décision attaquée méconnaît le principe d'égalité ;
* elle exploite 13 établissements et ne dispose que d'un seul numéro SIREN ;
* ces 13 établissements ont fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public ;
* elle aurait obtenu le bénéfice de l'aide sollicitée si chacun de ces établissements était exploité par des entreprises distinctes ;
* le chiffre d'affaires de référence pris en compte par l'administration fiscale ne reflète pas la situation réelle de l'entreprise dès lors que le nombre de boutiques qu'elle exploite a évolué entre 2019 et 2020 ;
- la responsabilité de l'Etat est susceptible d'être engagée du fait de l'illégalité fautive de cette décision ;
- elle est fondée à demander la réparation de ses préjudices à hauteur de 30 000 euros, en raison de l'impossibilité de payer ses loyers, de la nécessité de payer des agios auprès de sa banque, et de la mise en œuvre d'une clause contractuelle résolutoire à son encontre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2022, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions indemnitaires présentées par la SAS Occitania sont irrecevables dès lors qu'elle n'a pas formé de demande préalable auprès de l'administration ;
- les moyens soulevés par la SAS Occitania ne sont pas fondés ;
- l'existence des préjudices invoqués par la société requérante n'est pas établie.
Par ordonnance du 27 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 17 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Neumaier,
- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique,
- et les observations de Me Matarese, substituant Me Simoes, représentant la SAS Occitania.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) Occitania, exerce une activité de commerce de détail d'articles d'horlogerie et de bijouterie en magasins spécialisés, et exploite à ce titre 13 établissements. Elle a sollicité le versement d'aides financières au titre du fonds de solidarité, institué par l'ordonnance du 25 mars 2020 et mis en œuvre par le décret du 30 mars 2020, pour le mois de novembre 2020. Par une décision du 6 mars 2021, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques lui a accordé le bénéfice de l'aide sollicité, à hauteur de 10 000 euros. La SAS Occitania demande au tribunal l'annulation de cette décision et la condamnation de l'Etat au versement de 30 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Indépendamment des actions indemnitaires qui peuvent être engagées contre la personne publique, les recours relatifs au refus d'octroi de l'aide accordée dans le cadre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19, qui relève de la catégorie des subventions, ne peuvent être portés, contrairement à ce que fait valoir en défense le directeur départemental des finances publiques, que devant le juge de l'excès de pouvoir.
3. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ". Aux termes de l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice () ".
4. Il ressort des termes de la décision attaquée, notifiée par l'intermédiaire d'un téléservice, que celle-ci ne mentionne pas les prénom, nom, et qualité de son auteur. Dès lors, la société requérante est fondée à soutenir qu'elle est entachée d'un vice de forme.
5. En second lieu, et comme il vient d'être dit, la décision du 6 mars 2021, ne comporte aucune mention des nom, prénom, et qualité de son auteur. En se bornant à faire valoir que tous les agents des services des directions départementales des finances publiques sont compétents pour rendre des décisions relatives à l'attribution des aides du fonds de solidarité, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques n'établit pas que l'agent ayant pris la décision litigieuse était compétent, en vertu de son grade, de sa fonction ou d'une délégation de signature, à cet effet. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que la décision du 6 mars 2021 a été prise par une autorité incompétente et à demander, pour ce motif, son annulation.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la SAS Occitania est fondée à demander l'annulation de la décision du 6 mars 2021 par laquelle le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques lui a accordé le versement de l'aide financière au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation au titre du mois de novembre 2020, en tant qu'il a limité le montant de cette aide à la somme de 10 000 euros.
Sur les conclusions indemnitaires :
7. Toute illégalité affectant une décision administrative est constitutive d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de la personne publique. Saisi d'une demande indemnitaire, il appartient au juge administratif d'accorder réparation des préjudices de toute nature, directs et certains, qui résultent de l'illégalité fautive entachant la décision. Le caractère direct du lien de causalité entre l'illégalité commise et le préjudice allégué ne peut notamment être retenu dans le cas où la décision administrative est seulement entachée d'une irrégularité formelle ou procédurale et que le juge considère, au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties devant lui, que la décision aurait pu être légalement prise par l'autorité administrative, au vu des éléments dont elle disposait à la date à laquelle la décision est intervenue.
8. Les préjudices allégués ne peuvent être regardés comme la conséquence des seuls vices, tirés de l'incompétence son auteur et du vice de forme, dont la décision du 6 mars 2021 est entachée. Par suite, le lien de causalité entre l'illégalité de la décision du 6 mars 2021 et les préjudices invoqués par la SAS Occitania ne peut être regardé comme établi.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par la SAS Occitania doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. L'exécution du présent jugement implique seulement que l'administration réexamine la demande d'aide exceptionnelle sollicitée par la SAS Occitania au titre du mois de novembre 2020. Il y a lieu d'enjoindre à l'administration d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais de l'instance :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la SAS Occitania d'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du directeur départemental des finances publiques du 6 mars 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques de réexaminer la demande de la SAS Occitania, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à la SAS Occitania une somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Occitania et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 24 août 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Selles, présidente,
Mme Corthier, conseillère,
Mme Neumaier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.
La rapporteure,
Signé
L. NEUMAIER
La présidente,
Signé
M. SELLES La greffière,
Signé
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026