lundi 18 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2102491 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SIMOES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 septembre 2021 et 13 avril 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Occitania, représentée par Me Simoes, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 avril 2021 par laquelle le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques lui a refusé l'octroi, au titre du mois de février 2021, d'une aide financière du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation ;
2°) d'enjoindre au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques de lui octroyer l'aide sollicitée, à hauteur de 6 910 euros ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 8 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de la décision du 15 juillet 2021 ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle ne comporte pas la mention des voies et délais de recours ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- bien que le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020, dans sa version applicable, ne prévoie la possibilité de déposer qu'une seule demande d'aide par entité juridique, la décision attaquée méconnaît le principe d'égalité ;
* elle exploite 13 établissements et ne dispose que d'un numéro SIREN ;
* l'établissement de Bouliac, au titre duquel la demande d'aide a été formulée, a fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public ;
* elle aurait obtenu le bénéfice de l'aide sollicitée si chacun de ces établissements était exploité par des entreprises distinctes ;
* le chiffre d'affaires de référence pris en compte par l'administration fiscale ne reflète pas la situation réelle de l'entreprise dès lors que le nombre de boutiques qu'elle exploite a évolué entre 2019 et 2020 et que seule une partie d'entre elles a été fermée au mois de février 2021 ;
* elle aurait dû bénéficier, s'agissant de l'établissement qu'elle exploite à Bouliac, d'une aide d'un montant de 6 910 euros ;
- la responsabilité de l'Etat est susceptible d'être engagée du fait de l'illégalité fautive de cette décision ;
- elle est fondée à demander la réparation de ses préjudices à hauteur de 8 000 euros, en raison de l'impossibilité de payer ses loyers, de la nécessité de payer des agios auprès de sa banque, et de la mise en œuvre d'une clause contractuelle résolutoire à son encontre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2022, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions indemnitaires présentées par la SAS Occitania sont irrecevables dès lors qu'elle n'a pas formé de demande préalable auprès de l'administration ;
- les moyens soulevés par la SAS Occitania ne sont pas fondés ;
- à titre subsidiaire, la décision est également fondée sur le motif tiré de ce que la condition tenant à l'existence d'une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % n'est pas remplie en l'espèce ;
- l'existence des préjudices invoquées par la société requérante n'est pas établie.
Par ordonnance du 27 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 17 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Neumaier,
- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique,
- et les observations de Me Matarese, substituant Me Simoes, représentant la SAS Occitania.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) Occitania, exerce une activité de commerce de détail d'articles d'horlogerie et de bijouterie en magasins spécialisés, et exploite à ce titre 13 établissements, dont 4, situés à Pau, Ibos, Marsac sur L'Isle, et Bouliac, ont fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public au cours du mois de février 2021. Le 2 avril 2021, elle a sollicité le versement d'aides financières du fonds de solidarité institué par l'ordonnance du 25 mars 2020 et mis en œuvre par le décret du 30 mars 2020, au titre du mois de février 2021 et pour l'établissement qu'elle exploite à Bouliac. Par une décision du 15 avril 2021, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques a refusé de lui accorder le bénéfice de l'aide sollicitée. La SAS Occitania demande au tribunal l'annulation de cette décision et la condamnation de l'Etat au versement d'une somme de 8 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de celle-ci.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Indépendamment des actions indemnitaires qui peuvent être engagées contre la personne publique, les recours relatifs au refus d'octroi de l'aide accordée dans le cadre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19, qui relève de la catégorie des subventions, ne peuvent être portés, contrairement à ce que fait valoir en défense le directeur départemental des finances publiques, que devant le juge de l'excès de pouvoir.
3. Aux termes de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " Il est institué, jusqu'au 16 février 2021, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation. / Sa durée d'intervention peut être prolongée par décret pour une durée d'au plus six mois. " Aux termes de l'article 3 de la même ordonnance : " Un décret fixe le champ d'application du dispositif, les conditions d'éligibilité et d'attribution des aides, leur montant ainsi que les conditions de fonctionnement et de gestion du fonds. / () ". Aux termes de l'article 5 du décret du 30 mars 2020 : " Le directeur général des finances publiques est chargé de la gestion du fonds. Il est chargé de l'ordonnancement des aides financières prévues par le présent décret () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 16 juin 2009 relatif aux services déconcentrés de la direction générale des finances publiques : " les directions départementales des finances publiques assurent la mise en œuvre, dans le ressort territorial du département, sans préjudice des compétence dévolues à d'autres services déconcentrés et services à compétence nationale de la direction générale des finances publiques, des missions dévolues à cette direction générale en ce qui concerne notamment : / () / L'action économique et financière en direction des agents économiques. / () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 15 avril 2021, portant sur le mois de février 2021 et notifiée par l'intermédiaire d'un téléservice, n'est pas signée mais indique qu'elle a été prise par Mme C B, inspecteur divisionnaire des finances publiques. En se bornant à faire valoir que tous les agents des services des directions départementales des finances publiques sont compétents pour rendre des décisions relatives à l'attribution des aides du fonds de solidarité, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques n'établit pas que Mme B était compétente, en vertu de son grade, de son échelon ou d'une délégation de signature pour prendre la décision attaquée. Par suite, la SAS Occitania est fondée à soutenir que la décision du 15 avril 2021 ayant rejeté sa demande d'aide a été prise par une autorité incompétente et à obtenir pour ce motif, son annulation.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la SAS Occitania est fondée à demander l'annulation de la décision du 15 avril 2021 par laquelle le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques lui a refusé l'octroi de l'aide financière au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation au titre du mois de février 2021, concernant l'établissement qu'elle exploite à Bouliac.
Sur les conclusions indemnitaires :
6. Toute illégalité affectant une décision administrative est constitutive d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de la personne publique. Saisi d'une demande indemnitaire, il appartient au juge administratif d'accorder réparation des préjudices de toute nature, directs et certains, qui résultent de l'illégalité fautive entachant la décision. Le caractère direct du lien de causalité entre l'illégalité commise et le préjudice allégué ne peut notamment être retenu dans le cas où la décision administrative est seulement entachée d'une irrégularité formelle ou procédurale et que le juge considère, au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties devant lui, que la décision aurait pu être légalement prise par l'autorité administrative, au vu des éléments dont elle disposait à la date à laquelle la décision est intervenue.
7. Les préjudices allégués ne peuvent être regardés comme la conséquence du seul vice, tiré de l'incompétence de son auteur, dont la décision du 15 avril 2021 est entachée. Par suite, le lien de causalité entre l'illégalité de cette décision et les préjudices dont se prévaut la SAS Occitania ne peut être regardé comme établi.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par la SAS Occitania doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. L'exécution du présent jugement implique seulement que l'administration réexamine la demande d'aide exceptionnelle sollicitée par la SAS Occitania au titre du mois de février 2021. Il y a lieu d'enjoindre à l'administration d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais de l'instance :
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la SAS Occitania présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du directeur départemental des finances publiques du 15 avril 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques de réexaminer la demande de la SAS Occitania, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Occitania et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 24 août 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Selles, présidente,
Mme Corthier, conseillère,
Mme Neumaier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.
La rapporteure,
Signé
L. NEUMAIER
La présidente,
Signé
M. SELLES La greffière,
Signé
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026