jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2102741 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ARCHEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 octobre 2021 et 27 septembre 2022, M. E A, représenté par Me Archen, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Mont-de-Marsan à lui verser une somme de 55 542,67 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'infection nosocomiale contractée au décours de sa prise en charge du 18 février 2013 au sein de cet établissement ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Mont-de-Marsan une somme de 7 436,42 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- il fait l'objet, le 18 février 2013, d'une intervention chirurgicale visant à la mise en place de plaques prothétiques en vue de traiter des hernies inguinales ; les suites de cette opération ont été marquées par la mise en évidence d'un germe à staphylocoque aureus ; malgré une consultation aux services des urgences de Mont-de-Marsan le 2 juin 2013, il n'a jamais été rappelé ; il a subi une intervention visant à l'ablation des prothèses le 24 juin 2014 à la clinique des Landes ; en raison de douleurs persistantes ;
- au vu des conclusions de l'expert, il est fondé à rechercher la responsabilité du centre hospitalier de Mont-de-Marsan en raison de l'infection nosocomiale contractée et du retard de prise en charge de celle-ci ;
- ce retard a été à l'origine d'une perte de chance de voir son état de santé évoluer de manière favorable devant être évaluée à 33 % ;
- ses préjudices patrimoniaux temporaires doivent être indemnisés à hauteur de :
- 106,64 euros au titre de frais divers, comprenant les frais de déplacement qu'il a dû exposer pour se rendre aux opérations d'expertise ;
- 1 111,23 euros au titre des frais d'assistance par tierce-personne temporaire, dont :
- 147,03 euros au titre des frais d'assistance temporaire durant 13 jours, à raison de 30 minutes par jour au tarif de 23 euros de l'heure ;
- 964,20 euros au titre des frais d'assistance temporaire durant 60 jours, à raison de 5 heures par semaine au tarif de 23 euros de l'heure ;
- ses préjudices patrimoniaux permanents doivent être indemnisés à hauteur de :
- 9 881,50 euros au titre de la perte des gains professionnels actuels ;
- 20 000 euros au titre de l'incidence professionnelle, compte tenu de la nécessité d'abandonner la profession de plombier-chauffagiste qu'il exerçait antérieurement ;
- ses préjudices extrapatrimoniaux temporaires doivent être indemnisés à hauteur de :
- 2 543,30 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, dont :
- 116 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire total, à raison de 29 euros par jour durant 4 jours ;
- 725 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel, au taux de 25 %, sur une période de 100 jours ;
- 1 702,30 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel, au taux de 10 %, sur une période de 587 jours ;
- 7 000 euros au titre des souffrances endurées, qui doivent être évaluées à 3 sur une échelle de 7 ;
- 1 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, en raison du port d'un pansement occlusif durant la période de cicatrisation ;
- ses préjudices extrapatrimoniaux permanents doivent être indemnisés à hauteur de :
- 7 900 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, qu'il convient de fixer au taux de 5 % ;
- 1 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent, compte tenu de la voussure de la paroi abdominale ;
- 4 000 euros au titre du préjudice d'agrément, compte tenu des difficultés qu'il éprouve aujourd'hui pour pratiquer le vélo, la pêche et la marche en montagne.
Par deux mémoires en intervention, enregistrés les 15 décembre 2021 et 5 janvier 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Landes demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner le centre hospitalier de Mont-de-Marsan, sur le fondement de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, à lui rembourser une somme de 1 935,01 euros au titre de ses débours, assortie des intérêts au taux légal au jour de sa demande, ainsi qu'à lui verser une somme de 645 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Par deux mémoires, enregistrés les 20 décembre 2021 et 2 mars 2023, la société anonyme Mutex, représentée par Mme F, responsable du service recouvrement, demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Mont-de-Marsan à lui rembourser une somme de 2 388,72 euros au titre de ses débours.
Par trois mémoires en défense, enregistrés les 5 août 2022, 15 février 2023 et 28 mars 2023, le centre hospitalier de Mont-de-Marsan, représenté par Me Lhomy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de rejeter la requête de M. A et les conclusions de la CPAM ;
2°) à titre subsidiaire, de réduire l'indemnité allouée au requérant à de plus justes proportions.
Il fait valoir que :
- l'infection contractée par M. A ne saurait être qualifiée de nosocomiale dès lors qu'elle est la conséquence d'un hématome post-opératoire et est d'origine endogène ;
- aucun retard de prise en charge de l'infection ne saurait lui être reproché, dès lors qu'au 2 juin 2013, date à laquelle M. A a été revu en consultation, il ne présentait aucun signe d'infection ; si M. A n'a pas été recontacté par le service, il n'a pris lui-même aucune initiative aux fins d'obtenir un nouveau rendez-vous ; il a fait le choix d'une autre filière de soins et n'a été réopéré que le 24 juin 2014, ce qui ne saurait être imputable au centre hospitalier ;
- à titre subsidiaire, les prétentions indemnitaires du requérant doivent être ramenées à de plus justes proportions ;
- il y a lieu de faire application d'un taux de perte de chance de 33 % ;
- en l'absence de justification, par Mme D, d'une délégation du directeur, et de la production d'une attestation d'imputabilité, la CPAM des Landes doit être déboutée de ses demandes.
Par ordonnance du 30 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mai 2023.
Un mémoire, présenté pour la SA Mutex, a été enregistré le 25 septembre 2023.
Un mémoire, présenté pour la CPAM des Landes, a été enregistré le 25 septembre 2023.
Vu :
- l'ordonnance de la présidente du tribunal taxant et liquidant les frais d'expertise à la somme de 1 760,70 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Neumaier,
- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique,
- et les observations de Me Winter, substituant Me Lhomy, représentant le centre hospitalier de Mont-de-Marsan.
Considérant ce qui suit :
1. M. E A a subi le 18 février 2013 une intervention en vue de la cure chirurgicale de hernies inguinales bilatérales avec pose de prothèses au sein du centre hospitalier de Mont-de-Marsan. Un prélèvement bactériologique effectué le 25 février suivant a mis en évidence la présence de nombreuses colonies de staphylocoques dorés méti-S, et un traitement antibiotique a été prescrit à l'intéressé. M. A a été reçu en consultation au centre hospitalier de Mont-de-Marsan le 3 avril 2013, où aucun signe de surinfection locale n'a été détecté malgré la persistance de douleurs. L'aggravation de ses douleurs a conduit M. A à se présenter au service des urgences de l'établissement le 2 juin suivant. Il a été autorisé à regagner son domicile le jour même. Le 24 juin 2014, M. A a été opéré à la clinique des Landes en vue du retrait des prothèses et du drainage de la région inguinale. Les prélèvements bactériologiques réalisés au cours de cette intervention ont révélé l'existence de colonies de staphylocoques méti-S, et un traitement antibiotique a été prescrit à l'intéressé. Un diagnostic de récidive herniaire a été posé par un praticien de la clinique des Landes le 16 décembre 2015.
2. Par une ordonnance n° 2000746 du 18 novembre 2020, le juge des référés de ce tribunal a désigné le docteur B en qualité d'expert, lequel a remis son rapport le 30 juin 2021. Le silence gardé par le centre hospitalier de Mont-de-Marsan sur la demande indemnitaire préalable formée par M. A le 27 juillet 2021 a fait naître une décision implicite de rejet. Par sa requête, M. A demande au tribunal la condamnation de cet établissement à lui verser la somme globale de 55 542,67 euros en réparation de ses préjudices.
Sur la responsabilité du centre hospitalier :
3. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère / II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ".
En ce qui concerne l'infection nosocomiale :
4. Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial, au sens des dispositions précitées du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
5. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que postérieurement à l'intervention chirurgicale réalisée le 18 février 2013 au centre hospitalier de Mont-de-Marsan, M. A a présenté des douleurs inguinales importantes ayant conduit à la réalisation, le 25 février suivant, d'un prélèvement bactériologique ayant objectivé la présence de nombreuses colonies de staphylocoques dorés méti-S. Une antibiothérapie a été mise en place à compter du 27 février 2013. A cet égard, l'expert note que si l'évolution de l'infection dont a été victime M. A a été favorable dans un premier temps, des douleurs ont persisté avec induration cicatricielle. Aucun signe de surinfection locale n'a été relevé lors d'une consultation au centre hospitalier de Mont-de-Marsan le 3 avril suivant. En raison de l'aggravation de ses douleurs, M. A a été admis aux urgences de l'établissement le 2 juin 2013, et a été autorisé à regagner son domicile le jour même. M. A a été adressé par son médecin traitant en consultation auprès d'un chirurgien exerçant au sein de la clinique des Landes, qui, le 24 juin 2014, a procédé à l'ablation de la prothèse chirurgicale mise en place le 18 février 2013. Un examen bactériologique de cette prothèse, réalisé lors de cette intervention, a mis en évidence la présence de colonies de staphylocoques dorés méti-S.
6. Il résulte des termes de ce même rapport que l'infection dont a été victime M. A trouve son origine dans une contamination du site opératoire par un germe endogène, dont la prolifération a été favorisée par la rupture de la barrière cutanée lors de l'incision, ainsi que la constitution d'un hématome sous-cutané post-opératoire, que l'expert qualifie de " milieu de culture idéal pour une surinfection locale ". L'existence d'une infection présente ou en incubation lors de la prise en charge chirurgicale de M. A au centre hospitalier de Mont-de-Marsan le 18 février 2013 n'est pas établie dès lors qu'aucun prélèvement n'a alors été réalisé. Par ailleurs, les circonstances tirées de ce que l'infection ait été d'origine endogène et de révélation secondaire à l'occasion de l'évacuation d'un hématome post-opératoire ne permettent pas de caractériser une cause étrangère. Dans ces conditions, et compte tenu notamment de ce que le délai d'apparition des premiers signes de l'infection dont a été victime M. A est inférieur à trente jours suivant la réalisation de l'opération chirurgicale du 18 février 2013, celle-ci doit être regardée comme constituant une infection nosocomiale.
En ce qui concerne le retard de prise en charge des conséquences de l'infection nosocomiale :
7. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise susmentionné que M. A s'est présenté le 2 juin 2013 aux urgences du centre hospitalier de Mont-de-Marsan en raison de douleurs inguinales importantes, où il a été constaté la présence d'un œdème local avec induration de la cicatrice. L'expert relève que, compte tenu des antécédents d'infection du site opératoire à Staphylococcus aureus métis-S dont avait fait l'objet M. A sur cette cicatrice trois mois plus tôt, il convenait de vérifier l'absence de résurgence de l'infection. Or, s'il a été indiqué au patient qu'il serait orienté dès le lendemain vers le service de chirurgie, celui-ci n'a jamais été recontacté par le centre hospitalier. Dès lors, en n'accomplissant pas les diligences nécessaires, le centre hospitalier de Mont-de-Marsan a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
Sur l'imputabilité :
8. Dans le cas où une infection nosocomiale est à l'origine de conséquences dommageables mais où une faute commise ultérieurement a fait perdre à la victime une chance de se soustraire à ses conséquences, le dommage corporel constaté demeure tout entier en lien direct avec l'infection nosocomiale initiale. Par suite, cette infection ouvre droit à réparation, l'indemnité due à ce titre étant seulement réduite du montant de celle mise, le cas échéant, à la charge du responsable de la perte de chance, égale à une fraction du dommage corporel correspondant à l'ampleur de la chance perdue.
9. Il résulte de l'instruction que si le centre hospitalier de Mont-de-Marsan n'avait pas commis de faute dans la prise en charge de l'infection nosocomiale contractée par M. A dans les suites de son intervention chirurgicale du 18 février 2013, ce dernier aurait alors eu une chance sur trois d'échapper aux conséquences de cette infection. Or, la faute commise par l'établissement lui a fait perdre toute chance d'échapper aux conséquences de cette infection, de sorte que le préjudice devant être réparé est constitué par l'entier dommage en résultant.
Sur la réparation des préjudices de M. A :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des frais divers :
10. M. A sollicite l'indemnisation des frais de déplacement qu'il a exposés en vue de se rendre aux opérations d'expertise. Il produit au soutien de sa demande un itinéraire extrait du site internet " Mappy ", lequel peut être raisonnablement utilisé pour apprécier les frais d'essence et de péage, et dont le montant n'est au demeurant pas contesté en défense. Il y dès lors a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Mont-de-Marsan la somme de 106,64 euros en réparation de ce préjudice au titre des frais divers.
S'agissant de la perte de gains professionnels :
11. Il résulte de l'instruction que M. A a exploité, entre avril 2009 et juin 2013, une entreprise de plomberie, sanitaire et chauffage. En raison de l'opération chirurgicale dont il a fait l'objet, il a été placé en arrêt de travail entre les 17 février et 21 avril 2013, période au titre de laquelle il a perçu des indemnités journalières pour un montant de 2 388,72 euros. S'il fait valoir que, postérieurement au 21 avril 2013, la persistance des douleurs liées à l'infection dont il a été victime l'a empêché de reprendre son activité professionnelle, il résulte toutefois des termes du rapport d'expertise qu'il avait repris le travail à compter de cette date. En outre, et alors qu'il exerçait une activité indépendante susceptible de générer des variations dans ses revenus, M. A ne peut être regardé, par la seule production d'avis d'imposition faisait état de bénéfices industriels et commerciaux d'un montant de 7 990 et 2 262 euros au titre des années 2011 et 2012 et d'un déficit de 6 000 euros au titre de l'année 2013, comme établissant une perte de revenus au titre de cette dernière année, dès lors notamment que son entreprise ayant été radiée du registre du commerce et des sociétés en juin 2013, les résultats obtenus ne concernent qu'un exercice restreint. Il suit de là que ce poste de préjudice doit être écarté.
S'agissant de l'incidence professionnelle :
12. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que l'état de santé de M. A ne lui permet pas de reprendre l'activité de plombier-chauffagiste qu'il exerçait auparavant à titre individuel dès lors que son état de santé s'oppose à l'exercice d'un emploi imposant des efforts physiques significatifs depuis le retrait des prothèses. Toutefois, l'expert relève qu'aucune circonstance ne s'oppose à ce que M. A bénéficie d'une nouvelle intervention chirurgicale, laquelle lui permettrait de reprendre son activité antérieure. Or, il résulte de l'instruction que le requérant refuse de subir une nouvelle intervention, malgré l'absence de toute contrindication. Dans ces conditions, l'incidence professionnelle invoquée par M. A, qui ne résulte que de son choix de renoncer à une nouvelle opération, ne saurait être regardée comme étant en lien direct et certain avec l'infection nosocomiale contractée dans les suites de sa prise en charge du 18 février 2023.
S'agissant de l'assistance par tierce-personne :
13. D'une part, lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer, augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
14. D'autre part, en vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes d'un dommage dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire de l'indemnisation allouée à la victime d'un dommage corporel au titre des frais d'assistance par une tierce personne le montant des prestations dont elle bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. Il en est ainsi alors même que les dispositions en vigueur n'ouvrent pas à l'organisme qui sert ces prestations un recours subrogatoire contre l'auteur du dommage. La déduction n'a toutefois pas lieu d'être lorsqu'une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement au bénéficiaire s'il revient à meilleure fortune.
15. Aux termes d'une attestation rédigée par l'épouse du requérant, cette dernière lui a apporté une aide pour l'habillage, le déshabillage et la toilette durant les quinze jours ayant suivi l'opération initiale de cure de la hernie inguinale bilatérale dont M. A a fait l'objet le 18 février 2013, à hauteur de trente minutes par jour, ainsi qu'entre les 20 février et 21 avril 2013 pour l'ensemble des tâches ménagères, à hauteur de cinq heures par semaine. Ce seul élément ne suffit toutefois pas à établir que ce préjudice résulterait de manière directe et certaine de l'infection nosocomiale contractée par le requérant, et non de l'intervention chirurgicale initiale dont il a fait l'objet. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à demander la réparation de ce préjudice.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
16. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise susmentionné, que M. A a subi, en lien direct avec l'infection nosocomiale contractée au sein du centre hospitalier de Mont-de-Marsan, un déficit fonctionnel temporaire total sur la période du 24 au 27 juin 2013, (soit durant 4 jours), un déficit fonctionnel temporaire partiel de 25 % du 21 février au 26 avril 2013 et du 3 juin au 30 juillet 2013 (soit durant 61 jours) et enfin, un déficit fonctionnel temporaire partiel de 10 % du 3 avril au 2 juin 2013, du 1er août 2013 au 23 juin 2014, et du 28 juin 2014 au 12 janvier 2015 (soit durant un an, six mois et 7 jours). Il sera fait une juste appréciation du préjudice ayant résulté pour lui de son déficit fonctionnel temporaire durant ces périodes en l'évaluant, sur la base de 400 euros par mois à taux plein, à la somme de 1 150 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Mont-de-Marsan.
S'agissant des souffrances endurées :
17. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que les souffrances endurées par M. A avant la consolidation de son état de santé doivent être fixées à 3 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 3 500 euros, qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Mont-de-Marsan.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire :
18. Il résulte des termes du rapport d'expertise que M. A a présenté une apparence physique altérée en raison du port d'un pansement occlusif dans la région de l'aine. Il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire subi par M. A en l'évaluant à la somme de 300 euros.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
19. Aux termes de son rapport, l'expert a considéré que le déficit fonctionnel permanent dont M. A restera atteint doit être fixé à 5 %. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant, compte tenu de l'âge de la victime à la date de consolidation de son état de santé, à la somme de 5 500 euros, qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Mont-de-Marsan.
S'agissant du préjudice esthétique permanent :
20. Il résulte de l'instruction que M. A présente une voussure de la paroi abdominale en position debout, et que l'expert a évalué son préjudice esthétique permanent à 1 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 850 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément :
21. Si l'expert précise que M. A est aujourd'hui limité dans la pratique du vélo, de la pêche et de la marche en montagne, celui-ci se borne à relater les dires du requérant, qui ne justifie pas de la réalité des activités sportives ou de loisirs pratiquées avant son infection nosocomiale. Par suite, M. A n'est pas fondé à demander la réparation de ce préjudice.
22. Il résulte de tout ce qui précède que M. A doit être indemnisé des préjudices subis à hauteur de 11 406,64 euros.
Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie des Landes :
En ce qui concerne les débours :
23. Les caisses de sécurité sociale, qui exercent leurs droits propres en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, sont admises à poursuivre le remboursement de l'ensemble des prestations versées à la victime d'un accident résultant d'un acte médical, dans la limite des sommes allouées à ce patient en réparation de la perte de chance d'éviter un préjudice corporel, la part d'indemnité à caractère personnel étant exclue du recours.
24. A l'appui de sa demande de remboursement, la caisse primaire d'assurance-maladie des Landes produit le décompte de ses débours définitifs, arrêté au 21 décembre 2021, par laquelle elle a estimé à 1 807,48 euros les frais futurs qu'elle sera amenée à verser dans les années à venir. Toutefois, d'une part, ces débours, non détaillés, ne sont pas suffisamment étayés, en l'absence, notamment, d'une attestation d'imputabilité. D'autre part, et dès lors que M. A refuse d'être réopéré, le caractère certain de ces futurs débours ne saurait être regardé comme établi.
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
25. Le présent jugement rejetant les conclusions indemnitaires de la caisse primaire d'assurance maladie des Landes, celle-ci n'est pas fondée à demander que lui soit allouée une somme au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Sur le recours subrogatoire de la SA Mutex :
26. Aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur ".
27. Il résulte de ces dispositions que le versement par l'assureur de l'indemnité à laquelle il est tenu en vertu du contrat d'assurance le liant à son assuré le subroge, dès cet instant et à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de son assuré contre le tiers responsable du dommage. Il appartient au juge, qui n'est pas tenu par l'évaluation à laquelle l'assureur a procédé pour indemniser la victime, d'évaluer lui-même les préjudices.
28. La SA Mutex justifie avoir versé à M. A une somme totale de 2 388,72 euros, correspondant aux indemnités journalières versées à son assuré entre les 18 février et 21 avril 2013. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que ce préjudice résulterait de manière directe et certaine de l'infection nosocomiale contractée par le requérant, et non de l'intervention chirurgicale initiale dont il a fait l'objet. Il suit de là les conclusions de la SA Mutex doivent être rejetées.
Sur les dépens :
29. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".
30. En application de ces dispositions, il y a lieu de mettre à la charge définitive du centre hospitalier de Mont-de-Marsan les frais et honoraires de l'expertise confiée au docteur G B, expert, taxés et liquidés à la somme de 1 760,70 euros toutes taxes comprises par une ordonnance de la présidente du tribunal du 16 juillet 2021.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
31. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
32. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Mont-de-Marsan une somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Mont-de-Marsan est condamné à verser à M. A une somme globale de 11 406,64 euros (onze-mille quatre-cent six euros et soixante-quatre centimes), en réparation des dommages liés à l'infection nosocomiale subie par ce dernier suite à sa prise en charge du 18 février 2013.
Article 2 : Les frais et honoraires d'expertise, taxés et liquidés à hauteur de 1 760,70 euros (mille sept cent soixante euros et soixante-dix centimes) toutes taxes comprises sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Mont-de-Marsan.
Article 3 : Le centre hospitalier de Mont-de-Marsan versera à M. A la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, au centre hospitalier de Mont-de-Marsan, à la caisse primaire d'assurance maladie des Landes, à la mutuelle Prévifrance et à la société anonyme Mutex.
Copie en sera adressée au docteur G B, expert.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Corthier, conseillère,
Mme Neumaier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.
La rapporteure,
Signé : L. NEUMAIER La présidente,
Signé : M. SELLES La greffière,
Signé : M. C
La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026