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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2102978

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2102978

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2102978
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSARROUILHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I.- Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 novembre 2021 et le 14 juin 2023, la société à responsabilité limitée Société française immobilière (SOFIM), représentée par Me Sarrouilhe, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 août 2021 par laquelle le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest a rejeté sa demande préalable ;

2°) de prononcer la décharge intégrale des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2015 à hauteur de 156 040 euros, en droits et en pénalités ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure est entachée d'irrégularité dès lors que la proposition de rectification litigieuse s'appuie sur des éléments obtenus lors de la vérification de comptabilité précédente ainsi que des éléments obtenus lors de la vérification de comptabilité qui s'est déroulée du 6 septembre 2016 au 29 novembre 2018 ;

- les avis d'absence de rectification antérieurs de l'administration fiscale constituent une prise de position formelle au regard du 1° de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales ainsi la proposition de rectification du 17 août 2018 est en contradiction de ces positions ;

- le constat de titres de participation, de placements financiers et de produits financiers ne suffit pas pour mettre fin à l'option d'imposition au régime des particuliers de la société. En outre, la participation de la société SOFIM dans la société des huiles Benoît n'a pas généré de dividendes par suite ;

- l'activité de location de locaux nus ne peut être qualifiée d'accessoire et la détention de valeurs mobilières de placements est sans rapport avec l'activité commerciale, de sorte que la société relève de l'article 155 du code général des impôts et peut être soumise à ce titre au régime d'imposition des particuliers ;

- la société se prévaut de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales en invoquant que la proposition de rectification va à l'encontre de la documentation administrative BOI-SJ-RES-10-20-10.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 mars 2022 et le 10 juillet 2023, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête de la société SOFIM ne sont pas fondés.

II- Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 novembre 2021 et le 14 juin 2023, la société à responsabilité limitée Société française immobilière (SOFIM), représentée par Me Sarrouilhe, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 août 2021 par laquelle le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest a rejeté sa demande préalable ;

2°) de prononcer la décharge intégrale des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2016 à hauteur de 57 788 euros, en droits et pénalités ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soulève les mêmes moyens que ceux présentés dans la requête n° 2102978.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 mars 2022 et le 10 juillet 2023, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête de la société SOFIM ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Crassus,

- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée Société française immobilière (SOFIM), dont le siège social est situé à Morlaàs, a pour objet social l'activité de lotisseur, de marchand de biens et de loueur de locaux nus ou meublés avec ou sans prestations para-hôtelières. Dès sa création, elle a opté pour l'imposition au régime des particuliers. Au titre de l'année 2015, la société a fait l'objet d'un contrôle sur pièces. Par une proposition de rectification du 17 août 2018, la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest a remis en cause l'imposition des particuliers applicable à la société et a assujettie le bénéfice fiscal déclaré de la société, au titre de l'année 2015, à l'impôt sur les sociétés. La SOFIM a également fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les périodes du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017. L'administration fiscale a tiré les mêmes conclusions et a assujettie le bénéfice de la société à l'impôt sur les sociétés au titre des années vérifiées. Par les deux requêtes introduites le même jour, la SOFIM demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2015 correspondant à 156 040 euros et de l'année 2016 correspondant à la somme de 57 788 euros, en droits et pénalités.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les n° 2102978 et n° 2102979, présentées par la SARL SOFIM présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une même décision.

Sur la régularité de la procédure :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 51 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque la vérification de comptabilité ou de l'examen de comptabilité, pour une période déterminée, au regard d'un impôt ou d'une taxe ou d'un groupe d'impôts ou de taxes, est achevée, l'administration ne peut procéder à une vérification de comptabilité ou un examen de comptabilité de ces écritures au regard des mêmes impôts ou taxes et pour la même période. () " Pour l'application de ces dispositions, une vérification de comptabilité doit être regardée comme achevée à la date à laquelle l'administration fiscale indique au contribuable avoir terminé les opérations de contrôle et, au plus tard, à la date à laquelle celle-ci lui adresse, selon le cas, un avis d'absence de rectification ou une notification de redressement, pour les impositions et la période auxquelles ce document se rapporte, sauf si la notification mentionne, lorsqu'elle a un but uniquement conservatoire, que la vérification se poursuit. Par ailleurs, si les dispositions de l'article L. 51 du livre des procédures fiscales interdisent à l'administration, dans les limites qu'elles précisent, de procéder à une nouvelle vérification des écritures comptables d'un contribuable, elles n'ont ni pour objet ni pour effet de priver le service chargé de l'assiette de l'impôt du droit de réparer à tout moment, dans le délai de répétition défini par le code général des impôts, les insuffisances, omissions ou erreurs dont la découverte résulte de la vérification elle-même, des rapports établis à la suite de celle-ci ou de renseignements provenant de toute autre source.

4. La société SOFIM soutient que le service s'est fondé sur des éléments recueillis lors de la vérification de comptabilité portant sur les années 2013 à 2015, qui s'est soldée par une clôture sans rectification. D'une part, aucune mention n'est faîte de ce contrôle dans la proposition de rectifications du 17 août 2018, d'autre part, les redressements n'étaient pas consécutifs à une nouvelle vérification sur place de comptabilité de la société mais issus d'un contrôle sur pièces suite aux examens de situations fiscales personnelles des associés de la SOFIM qui ont révélé une erreur quant au régime d'imposition fiscal de celle-ci. Comme il a été dit au point 3, rien n'empêche l'administration fiscale de notifier à l'intéressée une proposition de rectifications portant sur son régime d'imposition, avant le délai d'expiration du délai de prescription, lorsque ces rectifications procèdent notamment de recoupement d'éléments obtenus auprès de tiers. Si la vérification de comptabilité au titre des années 2013 à 2015 s'est clôturée sans rectifications en application de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales, les impositions en litiges ne résultent pas de cette vérification de comptabilité.

5. En second lieu, si la société requérante soutient que l'administration fiscale a utilisé des éléments obtenus lors de la vérification de comptabilité portant sur les exercices clos en 2016 et 2017, il résulte de l'instruction que le contrôle a débuté le 6 septembre 2018 soit postérieurement à l'envoi de la proposition de rectification rectifiant l'année 2015 datée du 17 août 2018. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure d'imposition au regard des dispositions de l'article L. 51 du livre des procédures fiscales doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 [ou le comité prévu à l'article L. 64] est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. Elle incombe également au contribuable à défaut de comptabilité ou de pièces en tenant lieu, comme en cas de taxation d'office à l'issue d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle en application des dispositions des articles L. 16 et L. 69 ". Il résulte de ces dispositions que l'administration supporte la charge de la preuve des rectifications envisagées dès lors que la société requérante conteste les impositions supplémentaires.

En ce qui concerne le régime d'imposition :

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 239 bis AA du code général des impôts : " Les sociétés à responsabilité limitée exerçant une activité industrielle, commerciale, artisanale ou agricole, et formées uniquement entre personnes parentes en ligne directe ou entre frères et sœurs, ainsi que les conjoints et les partenaires liés par un pacte civil de solidarité défini à l'article 515-1 du code civil, peuvent opter pour le régime fiscal des sociétés de personnes mentionné à l'article 8. ".

8. La SARL SOFIM a pour activité, ainsi qu'il a été dit, de lotisseur, de marchand de biens et de loueur de locaux nus ou meublés avec ou sans prestations para hôtelières. Pourtant, il résulte de l'instruction que la société détient 1 250 000 euros de participation soit la totalité du capital de la société anonyme Les huiles Benoît et la totalité du capital de la SARL Foncière la Colombe ainsi qu'un large portefeuille de valeurs mobilières de placement d'un montant supérieur à 6 millions d'euros au 31 décembre 2015. La circonstance que la détention de parts dans la société Les huiles Benoît n'ait pas généré de dividende, ne suffit pas à considérer que l'activité de placements ne revêt pas un caractère financier alors même que la société SOFIM ne réalise aucune immixtion dans l'activité de ladite société. Ainsi une telle activité constitue une activité de nature civile. Si elle a par ailleurs développé une activité de location commerciale, une telle circonstance ne permet pas, alors même que cette activité lui aurait procuré l'intégralité de ses recettes, de regarder la SARL SOFIM comme une société dont l'activité principale serait de nature commerciale et dont l'activité civile de gestion de participation ne serait que l'accessoire indissociable de son activité principale. La société requérante ne remplissait donc pas les conditions pour exercer l'option prévue par l'article 239 bis AA du code général des impôts et le bénéfice imposable relève bien du régime d'imposition sur les sociétés.

En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. Il en est de même lorsque, dans le cadre d'un examen ou d'une vérification de comptabilité ou d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle, et dès lors qu'elle a pu se prononcer en toute connaissance de cause, l'administration a pris position sur les points du contrôle, y compris tacitement par une absence de rectification ". Le 1° de l'article L. 80 B du même livre étend la garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A au cas où " l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ". Il résulte de ces dispositions que les contribuables ne sont en droit d'invoquer les interprétations ou appréciations de l'administration sur le fondement du premier alinéa de l'article L. 80 A et sur celui de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales, que lorsque l'administration procède à un rehaussement d'impositions antérieures.

10. Contrairement à ce que soutient la société SOFIM, la circonstance qu'au cours d'une autre vérification de comptabilité portant, d'ailleurs, sur d'autres années d'imposition, la société SOFIM n'ait fait l'objet d'aucun redressement, ne saurait être regardée comme constituant une prise de position formelle de l'administration sur la situation de fait de l'entreprise au regard d'un texte fiscal et que la société requérante pourrait le lui opposer sur le fondement de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales.

11. En quatrième lieu, si la société requérante soulève un moyen tiré de l'interprétation administrative de la loi fiscale, l'instruction BOI-SJ-RES-10-20-10 ne comporte aucune interprétation différente de la loi fiscale dont il est fait application et se borne à commenter l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales.

12. En outre, la société requérante ne saurait se prévaloir d'une position formelle de l'administration au sens de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales qui doit résulter d'une réponse écrite signée par un fonctionnaire qualifié pour engager l'administration fiscale et ne peut découler d'une absence de rectification lors d'un précédent contrôle fiscal.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2015 et 2016, présentées par la société SOFIM, doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société SOFIM, partie perdante, présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes enregistrées sous le n° 2102978 et le n° 2102979 de la Société française immobilière sont rejetées.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société à responsabilité limitée Société française immobilière et au directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Corthier, conseillère,

Mme Crassus, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La rapporteure,

Signé

L. CRASSUS

La présidente,

Signé

M. SELLES

La greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

Nos 2102978,2102979

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