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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2103018

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2103018

mercredi 13 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2103018
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE 3
Avocat requérantSCPA MENDIBOURE-CAZALET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 12 novembre 2021, 22 décembre 2021 et 30 novembre 2023, M. D, représenté par Me Mendiboure, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme totale de 90 000 euros en réparation de l'ensemble des préjudices financier et moral qu'il subit en raison du harcèlement moral dont il s'estime victime depuis l'arrêt n° 15BX02175 du 9 mai 2017 de la cour administrative d'appel de Bordeaux ;

2°) et de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a été, depuis l'arrêt n° 15BX02175 du 9 mai 2017 de la cour administrative d'appel de Bordeaux, victime de la persistance d'un harcèlement moral de la part de son administration ;

- cette situation de harcèlement moral a eu des conséquences sur son salaire car il a été placé en congé de maladie, et le préjudice financier qui en découle sera réparé par le versement d'une somme de 46 287, 95 euros ;

- ce placement en arrêt maladie a également eu pour conséquence de l'empêcher d'accéder au grade supérieur, entraînant un préjudice financier distinct qui sera réparé par le versement d'une somme de 5 678, 35 euros ;

- en outre, certains frais de procédure engagés en raison du conflit l'opposant à son ancien supérieur hiérarchique n'ont pas été remboursés par l'administration ; les frais restant à sa charge s'élèvent à 7 109 euros ;

- enfin, le préjudice moral qu'il a subi devra être réparé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond.

Il fait valoir que :

- à titre principal, les conclusions de M. D tendant à ce que l'État soit condamné à lui verser une somme en réparation du préjudice subi du fait de la persistance de la situation de harcèlement moral dont il estime avoir été victime depuis 2017 présentent une identité d'objet, de partie et de cause avec celles déjà présentées dans le cadre des arrêts n° 20BX00805, 20BX00888 et 20BX00902 du 13 décembre 2022 de la cour administrative d'appel de Bordeaux ; l'autorité de la chose jugée de ces trois arrêts fait donc obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de M. D dans la présente requête ;

- la requête présente, en outre, un caractère abusif ;

- à titre subsidiaire, les éléments invoqués par M. D ne permettent pas de faire présumer la persistance d'un harcèlement moral et ainsi, sa demande d'indemnité est dépourvue de fondement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Portès,

- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,

- les observations de Me Mendiboure, représentant M. D, et celles de Mme C, représentant la DDFIP et le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, né en 1954, qui a été admis à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité au 1er avril 2019, était contrôleur de l'administration fiscale depuis 1973, puis a été titularisé dans le grade d'inspecteur des impôts à compter du 1er septembre 1981. Il a été affecté en dernier lieu, à compter de 2006, au sein de la brigade de contrôle et de recherches de Bayonne en qualité d'enquêteur. Par une première requête n° 1301395, il a demandé la condamnation de l'État à lui verser une indemnité de 100 000 euros en réparation des préjudices subis en raison d'agissements constitutifs de harcèlement moral de la part de son supérieur hiérarchique direct et, par un jugement du 21 avril 2015, le tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande. Toutefois, par un arrêt n° 15BX02175 du 9 mai 2017, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé ce jugement et a condamné l'État à verser à M. D la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice subi en raison des faits de harcèlement moral dont il a été reconnu victime.

2. M. D a en outre sollicité à plusieurs reprises, entre le 23 août 2017 et le 19 janvier 2018, le bénéfice de la protection fonctionnelle auprès de son employeur, en raison de faits de harcèlement moral dont il s'estimait victime. L'administration a gardé le silence sur ces demandes. Par un courrier du 25 juillet 2018, l'intéressé a demandé au directeur départemental des finances publiques (DDFIP) des Pyrénées-Atlantiques la réparation de la faute commise par l'administration consistant à lui avoir refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle sollicitée en vain et l'administration n'a pas répondu à ce courrier. Par des requêtes distinctes, nos 1801747 et 1901406, M. D a demandé au présent tribunal la condamnation de l'État à lui verser la somme de 77 526,36 euros en réparation du préjudice lié à des pertes de rémunération, la somme de 30 000 euros en réparation du préjudice résultant des conditions d'accès et de l'incomplétude de son dossier administratif et enfin, la somme de 30 000 euros en réparation du préjudice moral qu'il estime avoir subi du fait des refus implicites opposés à ses demandes de protection fonctionnelle. Par un jugement nos 1801747 - 1901406 du 19 janvier 2019, le présent tribunal, après avoir considéré que l'État avait commis une faute en refusant de lui accorder la protection fonctionnelle, a condamné ce dernier à prendre à sa charge la somme de 7 571 euros au titre des frais de procédure contentieuse, tant dans son volet administratif que dans son volet pénal. La cour administrative d'appel de Bordeaux, dans un arrêt n° 20BX00888 du 13 décembre 2022, a porté cette somme à 9 231 euros et a condamné l'État à verser à M. D une somme de 3 000 euros en réparation du préjudice subi en raison de la situation persistante de harcèlement moral à son égard. M. D a adressé à l'administration, le 1er mars 2021, une nouvelle demande de protection fonctionnelle en raison des faits de harcèlement moral et des dénonciations mensongères dont il a été victime en 2010 et 2011, a rappelé l'ensemble des recours et décisions juridictionnelles rendues, et a fait état de nouveaux frais supplémentaires intervenus " après le recours formé " devant le présent tribunal, à savoir des procédures pénales engagées notamment en 2019 (plainte déposée pour dénonciation mensongère devant le juge d'instruction puis les frais engagés devant la cour d'appel judiciaire). Cette nouvelle demande est également restée sans réponse et M. D a demandé au présent tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 7 452 euros en réparation du préjudice financier qu'il a subi en raison des frais d'avocat engagés dans le cadre de la procédure pénale déposée à l'encontre de son ancien supérieur hiérarchique pour dénoncer des faits de harcèlement moral, et la somme de 6 348, 32 euros en réparation du préjudice résultant des frais engagés pour la plainte déposée en 2019. Par jugement n° 2101692 du 8 novembre 2023, le présent tribunal, après avoir considéré que l'État avait commis une faute en refusant de lui accorder la protection fonctionnelle, a condamné l'État à prendre à sa charge la somme de 13 440,32 euros au titre des frais de procédure contentieuse.

3. M. D a adressé à l'administration, le 12 juillet 2021, une nouvelle demande préalable en raison des faits de harcèlement moral dont il estime être victime depuis 2017. Par la présente requête, M. D demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner l'État à lui verser la somme totale de 90 000 euros en réparation du préjudice moral et financier né des nouvelles pratiques de harcèlement moral exercées à son encontre depuis 2017.

4. L'autorité de la chose jugée attachée au jugement rendu sur une demande indemnitaire porte sur l'ensemble des chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime, causés par le même fait générateur et dont elle supporte la charge financière, à l'exception de ceux qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, se sont aggravés ou ne se sont révélés dans toute leur ampleur que postérieurement à la première réclamation préalable de la victime ou de ceux qui ont été expressément réservés dans sa demande.

5. Il résulte de l'instruction que par un arrêt n° 20BX00888 du 13 décembre 2022, après avoir statué sur les préjudices financier et moral résultant " de la persistance d'une situation de harcèlement moral " de M. D et jugé qu'" en persistant à lui refuser le bénéfice de la protection fonctionnelle pour les faits de harcèlement moral subis malgré six demandes réitérées (), l'administration a fait preuve à l'encontre de l'intéressé d'une mauvaise volonté persistante en gardant le silence sur celles-ci ", la cour administrative d'appel de Bordeaux a condamné l'État à verser à M. D une somme de 3 000 euros en réparation de son préjudice moral et des troubles subis dans ses conditions d'existence.

6. L'intéressé a, par une réclamation du 12 juillet 2021, saisi l'administration d'une demande préalable tendant, de nouveau, à l'indemnisation de préjudices qu'il estime continus et liés à une situation persistante de harcèlement moral dont il estime avoir été victime, depuis l'arrêt n° 15BX02175 de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 9 mai 2017. Toutefois, les présentes conclusions à fin d'indemnisation visent, tout comme dans l'instance n° 20BX00888, à indemniser les préjudices financier et moral de M. D nés du même fait générateur que celui invoqué dans l'instance précitée, à savoir le comportement persistant de l'administration à son égard à la suite de la reconnaissance, par l'arrêt n° 15BX02175 de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 9 mai 2017, de la situation de harcèlement moral qu'il a subi. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que le préjudice dont M. D, admis à la retraite le 1er avril 2019, recherche l'indemnisation s'est aggravé depuis l'arrêt n° 20BX00888 de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 13 décembre 2022 alors que l'ensemble des faits générateurs auxquels se rapporte le requérant, à savoir notamment le refus de l'administration de lui attribuer le bénéfice de la protection fonctionnelle, le silence gardé sur ses demandes de consultation de son dossier administratif, et les lenteurs de l'administration dans la gestion de sa situation administrative, sont des faits antérieurs à cet arrêt.

7. Dans ces conditions, la présente demande présente une identité d'objet, de cause et de parties avec celle de l'instance 20BX00888. Par suite, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique est fondé à opposer l'autorité de la chose jugée de l'arrêt n° 20BX00888 du 13 décembre 2022 de la cour administrative d'appel de Bordeaux aux nouvelles conclusions de M. D.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris dans ses conclusions fondées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur l'amende pour recours abusif :

9. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ".

10. La faculté prévue par ces dispositions constituant un pouvoir propre du juge, les conclusions de l'État tendant à ce que le requérant soit condamné à une telle amende ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée à la direction départementale des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.

Délibéré après l'audience du 21 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

M. Rousseau, premier conseiller,

Mme Portès, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

E. PORTES

La présidente,

Signé

S. PERDU La greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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