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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2103131

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2103131

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2103131
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL LAWREA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 26 novembre 2021 et le 26 septembre 2022, la société anonyme Société de Larraldia, représentée par Me Brettes, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2015 pour un montant total de 69 575 euros en droits et pénalités ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable : alors même que l'administration a rejeté expressément la première réclamation du 4 février 2019, la demande complémentaire du 18 novembre 2019 doit être analysée comme étant une seconde réclamation à laquelle l'administration fiscale n'a pas répondu. Ce second courrier contient les informations le caractérisant de réclamation ;

- le montant de la dépréciation, en retenant la valeur de 2,20 euros le mètre carré des terres jouxtant le château, est correctement calculé dès lors qu'elle compare la vente de terrains similaires moins côtés du fait de leur classement en zone N contrairement aux terrains en litiges classés en zone 2 AU ;

- concernant les terres agricoles, le calcul correspondant au prix de 7 550 euros l'hectare provient de l'évolution des prix moyens des terres et prés dans le département des Pyrénées-Atlantiques entre 2010 et 2012, ce prix est donc représentatif de la valeur des terres agricoles sur Villefranque. En outre, le prix de l'hectare de terre agricole a très peu évolué entre 2014 et 2016 ;

- si la provision comptabilisée en 2015 et 2016 est restée inchangée, c'est en raison de la faible évolution des valeurs des terres ;

- elle peut se prévaloir des prescriptions du bulletin officiel des finances publiques BOI-PAT-ISF-30-50-10 du 29 décembre 2017 sur le fondement implicite de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, ce qui justifie que l'agent immobilier ait eu recours aux statistiques des sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural (SAFER) bien que cette instruction soit applicable aux droits d'enregistrement, elle est transposable aux bénéfices industriels et commerciaux ;

- bien qu'un acte postérieur à la comptabilisation de la provision ne puisse justifier le caractère déductible de la provision, le prix pratiqué en 2019 conforte la valeur vénale qui a été estimée pour déterminer le montant de la provision comptabilisée en 2014 et maintenue en 2015 et 2016.

Par un mémoire en défense, enregistré 7 juin 2022, le directeur de la direction départementale des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête et conclut au rejet de la requête au fond en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Crassus,

- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société anonyme Société de Larraldia est créée depuis le mois de mai 1994, elle est propriétaire de terrains situés sur la commune de Villfranque dont le prix de revient est de 2 277 179 euros. La société a fait l'objet d'un examen de comptabilité au titre du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. A l'issu du contrôle, la proposition de rectification du 26 mars 2018 a rectifié le montant de la provision comptabilisée de 1 528 679 euros au titre de l'exercice 2015 et a corrigé le montant des déficits reportables résultant des conséquences d'une précédente vérification de comptabilité. Ainsi le montant des cotisations supplémentaires en matière d'impôt sur les sociétés rectifiées par l'administration fiscale s'élève à 69 575 euros. Le service vérificateur a maintenu les rectifications le 6 juin 2018 malgré les observations du contribuable. Par un avis du 7 décembre 2018, la commission départementale des impôts a confirmé la position de l'administration fiscale. Une première réclamation préalable en date du 4 février 2019 a fait l'objet d'un rejet le 18 novembre 2019, dont le pli a été retourné à l'administration avec la mention " pli avisé non réclamé ". Par un courrier du 18 novembre 2019, la société a complété sa demande. Il n'y a pas eu de réponse explicite à cette demande par l'administration fiscale. Par la requête enregistrée le 26 novembre 2019, la société demande au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre de 2015 et la correction des déficits.

Sur la charge de la preuve :

2. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : "Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature ()". En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Dès lors, il appartient au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Ainsi dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

3. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice. () ". Il résulte de ces dispositions qu'une entreprise peut valablement porter en provision et déduire des bénéfices imposables d'un exercice le montant de charges qui ne seront supportées qu'ultérieurement par elle, à la condition que ces charges soient nettement précisées quant à leur nature et susceptibles d'être évaluées avec une approximation suffisante, qu'elles apparaissent comme probables eu égard aux circonstances constatées à la date de clôture de l'exercice et qu'elles se rattachent aux opérations de toute nature déjà effectuées à cette date par l'entreprise. En outre, une provision ne peut être constituée en application du 5° du 1 de l'article 39 du même code qu'en vue de faire face à une perte ou à une charge elle-même déductible.

4. Il résulte de l'instruction que la société de Larraldia est propriétaire de terrains, objets de la provision litigieuse dont le prix de revient s'élève à la somme de 2 277 179 euros. Se fondant sur l'évaluation d'un agent immobilier, la société a comptabilisé une provision d'un montant de 1 528 679 euros, correspondant à la dépréciation de ces immeubles. La société soutient que le prix de vente des terrains litigieux, postérieure à la comptabilisation, justifie le montant comptabilisé en provision.

5. Conformément à ce qui a été dit aux points 2 et 3, il appartient à la société de Larraldia de démontrer la réalité du montant de la dépréciation de l'immeuble correspondant à la provision comptabilisée en 2014, maintenue dans ses comptes en 2015 et 2016. Il résulte de l'instruction que la société requérante se borne à justifier le montant de la provision litigieuse sur l'évaluation de l'agent immobilier qu'elle a mandaté, lequel s'est basé sur une fourchette de prix moyen, pourtant sans précision quant à la nature des biens et de leur localisation exacte. Une partie des terrains litigieux de la société est classé en 2 AU et pourra, à moyen ou long terme, être urbanisable, ainsi, leur valeur est supérieure à des terres agricoles. Le tableau fourni par l'agent immobilier permettant de fixer la valeur vénale des terres jouxtant le château à 2,20 euros le mètre carré est donc dépourvu de précision quant au calcul et n'est pas suffisamment établie. De plus, l'acte de vente d'une partie des terres jouxtant le château de Miotz ne vient pas justifier plus efficacement le montant fixé remis en cause, dès lors que ce dernier ne permet pas d'identifier clairement le prix de vente au mètre carré des terres similaires puisque les terres jouxtant ce château étaient uniquement classées en zone N. Dans ces conditions, le rapport de l'agent immobilier n'apporte pas plus d'élément précis quant au calcul du prix à l'hectare des terres agricoles. Enfin, la circonstance que le prix de la vente des terres litigieuses en 2019, cession postérieure à la comptabilisation de la provision, soit inférieur au montant de la valeur vénale estimée n'a aucune incidence sur le montant de la provision comptabilisée cinq années auparavant. Par suite, c'est à juste titre que le service a estimé que la provision litigieuse n'était pas certaine dans son principe et son montant, et ne pouvait nullement être admise en déduction du résultat.

6. A supposer que la société requérante ait entendue se prévaloir des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales et d'une interprétation administrative de la loi fiscale, le bulletin officiel des finances publiques BOI-PAT-ISF-30-50-10 qu'elle cite, ne comporte, s'agissant du recours aux statistiques de la SAFER pour l'évaluation d'une valeur vénale, aucune interprétation différente de la loi fiscale dont il est fait application.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions aux fins de décharge présentées par la société Larraldia doivent être rejetées, ainsi que, consécutivement, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société anonyme Société de Larraldia est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société anonyme Société de Larraldia et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Neumaier, conseillère,

Mme Crassus, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La rapporteure,

Signé

L. CRASSUS La présidente,

Signé

M. SELLES

La greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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