jeudi 30 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2103299 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
| Avocat requérant | HERRMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 juillet 2017, Mme B A a demandé au tribunal administratif de Pau d'annuler les décisions des 22 février et 27 juin 2017 par lesquelles le centre hospitalier de Bigorre a rejeté sa demande d'allocation de retour à l'emploi.
Par un jugement n° 1701460 du 28 juin 2019, le tribunal administratif a annulé ces décisions et enjoint au centre hospitalier de Bigorre de réexaminer la demande d'allocation d'aide au retour à l'emploi de Mme A pour la période du 28 mai au 18 novembre 2016, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Par une ordonnance n° 19BX03481 du 17 décembre 2019, enregistrée le 19 décembre 2019 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, la présidente de la cour administrative d'appel de Bordeaux a transmis au Conseil d'Etat, en application de l'article R. 351-2 du code de justice administrative, le pourvoi du centre hospitalier de Bigorre, enregistré le 1er septembre 2019 au greffe de cette cour.
Par une décision n° 436874 du 14 décembre 2021, le Conseil d'Etat a annulé le jugement et renvoyé l'affaire au tribunal administratif de Pau.
L'instance se poursuit sous le n°2103299.
Mme A soutient que le rejet de sa demande d'allocation d'aide au retour à l'emploi est entaché d'erreur de droit au regard de la circulaire DGEFP/DGAFP/DGCUDGOS/direction du budget n° 2012-0, du 3 janvier 2012, relative à l'indemnisation du chômage des agents du secteur public et du e) de l'article 4 du règlement général, dès lors qu'entre le 28 mai et le 18 novembre 2016, date du décès de son dernier employeur privé, elle justifie d'un temps suffisant d'affiliation pour bénéficier de la neutralisation de sa démission et du droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) de 468 heures et 30 minutes, soit plus de 455 heures.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 mai 2019, le centre hospitalier de Bigorre, représenté par Me Herrmann, conclut au rejet de la requête et demande en outre à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A, au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les conclusions de la requête tendant à réexaminer la demande d'ARE de Mme A, en tant qu'elles ont pour objet d'adresser une injonction à l'administration sans aucune conclusion d'excès de pouvoir ou indemnitaire sont irrecevables ;
- la décision du 27 juin 2017 est confirmative de celle du 22 février 2017 ; les conclusions de la requête dirigées contre cette décision sont donc irrecevables ;
- les conclusions de la requête dirigées contre la décision du 27 juin 2017 sont tardives dès lors qu'elles ont excédé un délai raisonnable d'une année ;
- les conclusions de la requête dirigées contre la décision du 22 février 2017 sont tardives dès lors que la requérante en a eu connaissance le 22 mars 2017 ; en sa qualité d'agent public, elle disposait d'un délai de recours contentieux de deux mois à compter du 22 mars 2017 ;
- Mme A ne saurait revendiquer le paiement d'une allocation de retour à l'emploi, dès lors qu'elle a volontairement démissionné, puis a refusé un emploi proposé par le centre hospitalier et a ainsi été volontairement privée d'emploi ;
- Mme A a refusé l'offre réitérée de recrutement du centre hospitalier constituant une offre raisonnable d'emploi à l'égard d'une personne a priori immédiatement disponible pour occuper un emploi, au sens de l'article L 5411-6-2 du code du travail ;
- elle ne justifie pas remplir les critères et exigences permettant de bénéficier d'une allocation de retour à l'emploi, tels que prévus notamment par le code du travail, en particulier elle ne justifie pas la recherche effective et permanente d'un emploi.
Vu les autres pièces du dossier
Vu :
- le code du travail ;
- la convention du 14 mai 2014 relative à l'indemnisation du chômage ;
- le règlement général annexé à la convention du 14 mai 2014 relative à l'indemnisation du chômage ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif a désigné Mme Madelaigue vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 16 novembre 2023 :
- le rapport de Mme Madelaigue,
- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique.
Aucune des parties n'était présente ou représentée. La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, aide-soignante en service au centre hospitalier de Bagnères de Bigorre, a démissionné de ce poste par courrier du 18 avril 2016 complété le 17 mai 2016 pour travailler auprès d'un employeur privé. Sa démission a été acceptée le 17 mai 2016 à compter du 28 mai 2016. Son employeur étant décédé le 18 novembre 2016, elle a demandé au centre hospitalier de lui verser l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Par deux décisions des 22 février et 27 juin 2017, le centre hospitalier a rejeté sa demande.
2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur les droits au revenu de remplacement des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer. Il en va notamment ainsi en ce qui concerne les agents publics privés d'emploi.
Sur les droits de Mme A au versement de l'aide au retour à l'emploi :
3. Aux termes de l'article L. 5422-1 du code du travail : " Ont droit à l'allocation d'assurance les travailleurs involontairement privés d'emploi ou dont le contrat de travail a été rompu conventionnellement selon les modalités prévues aux articles L. 1237-11 et suivants du présent code ou à l'article L. 421-12-2 du code de la construction et de l'habitation, aptes au travail et recherchant un emploi qui satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure. ". Aux termes de l'article L. 5424-1 du même code : " Ont droit à une allocation d'assurance dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : () 2° Les agents non titulaires des collectivités territoriales et les agents non statutaires des établissements publics administratifs autres que ceux de l'Etat () ; ". Aux termes de l'article L.5424-2 du même code : " Les employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1 assurent la charge et la gestion de l'allocation d'assurance. Ceux-ci peuvent, par convention conclue avec l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1, pour le compte de l'organisme mentionné à l'article L. 5427-1, lui confier cette gestion. ". Aux termes de l'article L. 5422-20 du même code : " Les mesures d'application des dispositions du présent chapitre font l'objet d'accords conclus entre les organisations représentatives d'employeurs et de salariés. / Ces accords sont agréés dans les conditions définies par la présente section. / En l'absence d'accord ou d'agrément de celui-ci, les mesures d'application sont déterminées par décret en Conseil d'Etat ".
4. L'article 1er du Règlement général annexé à ladite convention du 14 mai 2014 dispose notamment que : " Le régime d'assurance chômage assure un revenu de remplacement dénommé allocation d'aide au retour à l'emploi, pendant une durée déterminée, aux salariés involontairement privés d'emploi qui remplissent des conditions d'activité désignées période d'affiliation, ainsi que des conditions d'âge, d'aptitude physique, de chômage, d'inscription comme demandeur d'emploi, de recherche d'emploi. ". Aux termes de l'article 4 du règlement général annexé à la convention du 14 mai 2014 relative à l'indemnisation du chômage, alors applicable : " Les salariés privés d'emploi justifiant d'une durée d'affiliation telle que définie aux articles 3 et 28 doivent : " () e) n'avoir pas quitté volontairement, sauf cas prévus par un accord d'application, leur dernière activité professionnelle salariée, ou une activité professionnelle salariée autre que la dernière dès lors que, depuis le départ volontaire, il ne peut être justifié d'une durée d'affiliation d'au moins 65 jours travaillés ou 455 heures travaillées ".
5. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un agent a, après avoir quitté volontairement un emploi, retrouvé un autre emploi dont il a été involontairement privé, il a droit à une indemnisation au titre de l'assurance chômage dès lors qu'il a travaillé au moins quatre-vingt-onze jours ou quatre cent cinquante-cinq heures dans ce dernier emploi.
6. Il est constant que Mme A a démissionné de ses fonctions au centre hospitalier de Bagnères de Bigorre, pour un motif non légitime. Toutefois, il résulte de l'instruction et n'est pas contesté qu'après sa démission, Mme A a été employée pendant 468 heures et 30 minutes entre le 28 mai 2016, date de son départ volontaire du centre hospitalier, et le 18 novembre 2016, date du décès de son employeur, personne privée, la privant involontairement d'emploi. Il n'est pas contesté que cette période d'emploi constitue une période d'affiliation au sens du règlement général annexé à la convention du 14 mai 2014. Il s'ensuit que Mme A satisfaisait bien à la condition posée au e) de l'article 4 du règlement général et qu'en conséquence, la prise en compte de son dernier emploi conduit à considérer qu'elle a été involontairement privée d'emploi. C'est donc à tort que le directeur du centre hospitalier, qui ne conteste pas être le débiteur de l'assurance chômage, a rejeté sa demande tendant au versement de l'allocation de revenu de remplacement au motif qu'elle ne remplissait pas cette condition.
Sur la substitution de motif demandée par le centre hospitalier :
7. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge du plein contentieux que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
8. En l'espèce, pour établir que la décision attaquée était légale, le centre hospitalier fait valoir, dans son mémoire en défense communiqué à Mme A qui n'y a pas répondu, un autre motif tiré de ce qu'elle a le statut d'employeur public en auto-assurance et de ce que la requérante ne justifie pas avoir accompli des actes positifs et répétés de recherche d'emploi pendant la période de chômage.
9. Aux termes de l'article L. 5421-3 du code du travail : " La condition de recherche d'emploi requise pour bénéficier d'un revenu de remplacement est satisfaite dès lors que les intéressés sont inscrits comme demandeurs d'emploi et accomplissent, à leur initiative ou sur proposition de l'un des organismes mentionnés à l'article L. 5311-2, des actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi, de créer, reprendre ou développer une entreprise () ".
10. Alors que le centre hospitalier de Bagnères de Bigorre fait valoir en défense que la requérante ne justifie pas avoir accompli des actes positifs et répétés pour rechercher un emploi pendant la période de chômage, la requérante n'y a pas répondu en l'état de l'instruction à la date à laquelle elle a été close. Il s'ensuit que ce motif doit être retenu.
11. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 4 du règlement général annexé à la convention du 4 mai 2014 doit être accueilli. Toutefois, il résulte de l'instruction que centre hospitalier de Bagnères de Bigorre aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 5421-3 du code du travail. Par ailleurs, cette substitution de motifs ne prive pas la requérante d'une garantie procédurale liée aux motifs substitués.
12. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions par lesquelles le centre hospitalier de Bagnères de Bigorre a refusé de lui accorder le bénéfice de l'aide au retour à l'emploi.
Sur les frais liés au litige :
13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A, la somme demandée par le centre hospitalier de Bagnères de Bigorre au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Bagnères de Bigorre sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de Bagnères de Bigorre.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 30 novembre 2023.
La magistrate désignée,
Signé
F. MADELAIGUE
La greffière,
Signé
S. YNIESTA
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026