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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200074

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200074

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200074
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantSELARL CABINET MATTEI - AVOCATS A LA COUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 janvier 2022, la société civile immobilière Monviel représentée par Me Mattei, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de prononcer la décharge en droits et en pénalités des rappels de taxe sur les véhicules de sociétés d'un montant de 1 132 euros auxquels elle a été assujettie au titre de la période allant du 1er octobre 2015 au 31 décembre 2017 ;

2°) de prononcer la décharge en droits et en pénalités des rappels de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 1 018 euros auxquels elle a été assujettie au titre de la période allant du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2017 ;

3°) à titre subsidiaire, de prononcer la décharge des pénalités correspondantes à ces rappels ;

4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- un contrôle sur place sui generis, alors qu'elle faisait l'objet d'une vérification de comptabilité, a été irrégulièrement mis en œuvre sur le fondement de l'article 172 bis du code général des impôts et des articles 46 B à 46 D de l'annexe III du même code en ne respectant pas les différentes garanties des droits de la défense qui s'y attachent à défaut d'envoi d'un avis de vérification spécifique et distinct de l'avis de vérification de comptabilité ;

- les différentes garanties des droits de la défense n'ont pas été respectées en raison du défaut d'information et de l'impossibilité de se faire représenter et assister par le conseil de son choix lors des différents contrôles externes dont elle a fait l'objet ; concernant la vérification de comptabilité, les reproches de l'administration relatifs à l'absence du gérant lors des opérations de contrôle, aux difficultés à obtenir des réponses et à la contrainte de doubler chaque intervention ne sont pas fondés en faits ; concernant le contrôle sur place sui generis, l'absence d'envoi d'un avis de vérification spécifique l'a privée de la possibilité de prendre un conseil différent de celui désigné au titre de la vérification de comptabilité, constituant une méconnaissance manifeste des garanties des droits de la défense ;

- la direction départementale des finances publiques des Landes était territorialement incompétente à effectuer les constatations faites de manière irrégulière le 7 août 2018 sur le bien immobilier situé dans le département du Lot-et-Garonne sur le fondement des articles L. 13 du livre des procédures fiscales, de l'article 376 de l'annexe II du code général des impôts et des articles 2 et 3 du décret n°2009-707 du 16 juin 2009 ; le moyen tiré de l'incompétence territoriale ou matérielle de l'administration fiscale étant un moyen d'ordre public, la charge de la preuve ne pèse pas sur le contribuable ;

- l'avis de recouvrement n°190205219 du 28 février 2019 est irrégulier dès lors qu'il comprend plusieurs irrégularités substantielles ; la réponse aux observations du contribuable du 27 novembre 2018, à laquelle il est fait référence, ne concerne pas la taxe sur la valeur ajoutée, ni l'intérêt de retard appliqué à cette taxe ; la réponse aux observations du contribuable du 30 novembre 2018 n'est pas visée ; cet avis vise une période débutant en octobre 2015 au titre de la taxe sur les véhicules de société alors que dans sa réponse aux observations du contribuable du 27 novembre 2018 l'administration fiscale a admis que le rappel au titre de la période allant du 1er octobre 2015 au 31 décembre 2015 était abandonné ; concernant les majorations à la taxe sur les véhicules de sociétés, cet avis vise une lettre de motivation du 12 octobre 2018 dont elle n'a jamais été destinataire ; si ces irrégularités étaient considérées comme non substantielles, la décharge des pénalités est fondée à titre subsidiaire sur le fondement de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales ;

- dès lors que la charge de la preuve du caractère non probant de sa comptabilité pèse sur l'administration fiscale, que le contribuable peut justifier de ses recettes et charges par toutes pièces utiles et que des vices entachant les pièces justificatives de charges ne sont pas de nature à priver la comptabilité dans son ensemble de toute valeur probante, le grief de l'administration fiscale tenant à un enregistrement globalisé dans un compte 460 " débiteur-créditeur divers " est inopérant car les fichiers des écritures comptables contenant notamment le compte 512 Banque et l'ensemble de ses relevés bancaires qu'elle a communiqués constituent des éléments et documents retraçant précisément et chronologiquement, les libellés des opérations, les modalités de paiement, la date et les montants des sommes figurant au crédit et au débit de ce compte bancaire ; le grief relatif au défaut d'enregistrement d'apports en numéraire ou en nature est inopérant dès lors que constituant une société civile immobilière non assujettie à l'impôt sur les sociétés, l'absence d'inscription comptable d'apports en nature ou numéraire n'a pas de conséquence sur la détermination du bénéfice fiscal imposable à l'impôt sur le revenu ; le grief relatif à l'absence d'actif comptabilisé est inopérant car l'absence d'amortissement comptable d'un immeuble ou d'actif comptabilisé n'a aucune conséquence sur la détermination du bénéfice fiscal imposable à l'impôt sur le revenu ; le grief relatif aux dates de validation des exercices est également inopérant car elle a déposé dans les délais l'ensemble de ses déclarations fiscales, tant au regard de la taxe sur la valeur ajoutée que de l'impôt sur le revenu des années 2015, 2016 et 2017 ;

- les documents et pièces qu'elle a présentés concernant ses recettes et ses charges justifiant de l'exactitude des renseignements portés sur les déclarations au titre des années 2015, 2016 et 2017 ont un caractère probant ;

- ayant une activité civile et non commerciale, elle n'est pas astreinte à la tenue d'une véritable comptabilité commerciale ;

- concernant le bien-fondé des rappels de taxe sur les véhicules de sociétés, l'administration fiscale ne justifie pas son assujettissement à cette taxe pour la période allant du 1er octobre 2015 au 31 décembre 2017, ni même les caractéristiques particulières, l'usage et par suite, le caractère taxable des véhicules, servant de base imposable à cette taxe ; alors qu'elle a pris en location un véhicule à compter du 18 décembre 2015 et que la taxe sur les véhicules de sociétés n'est pas due au titre du trimestre ainsi entamé, mais seulement à partir du 1er jour du trimestre suivant, l'administration l'a assujettie à cette taxe pour la période allant du 1er octobre 2015 au 31 décembre 2017 ;

- concernant l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée de la supposée recette de 5 000 euros hors taxe, la charge de la preuve incombe à l'administration fiscale sur le fondement de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales dès lors que dans le cadre de la procédure de rectification contradictoire, elle n'a pas accepté dans les délais impartis les rectifications envisagées ;

- la somme litigieuse de 6 000 euros étant taxée par l'administration fiscale à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus fonciers, pour un montant de 5 000 euros et à la taxe sur la valeur ajoutée, pour un montant de 1 000 euros, la requérante est fondée à pouvoir invoquer les principes relatifs à la " théorie de la source " selon lesquels des versements et sommes ne sont pas imposables à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus fonciers, ni à la taxe sur la valeur ajoutée dès lors, qu'il ne s'agit pas des revenus tirés de la propriété d'un immeuble ;

- le caractère non-taxable de la somme de 6 000 euros résulte des propres écrits de l'administration fiscale qui dans son mémoire en défense du 30 novembre 2021, produit dans l'instance n° 2101335 relative aux impositions supplémentaires d'impôt sur le revenu de M. et Mme A, a prononcé le dégrèvement total des rectifications correspondant à cette somme en reconnaissance que cette somme, n'ayant fait que transiter dans les comptes de la société Monviel et n'étant pas en lien avec son activité de location, ne constituait pas un revenu foncier ;

- la décharge des pénalités est fondée compte tenu des irrégularités de l'avis de recouvrement à titre principal et en application de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales, à titre subsidiaire, à défaut d'erreurs substantielles, à l'exception des seuls intérêts de retard visés à l'article 1727 du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2022, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au non-lieu à statuer à concurrence du dégrèvement accordé et pour le surplus, au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Corthier ;

- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière Monviel, située à Josse dans le département des Landes, a pour objet la location de terrains et d'autres biens immobiliers à usage d'habitation et a opté pour son assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée. En 2018, la société Monviel a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 10 avril 2015, date de sa création, jusqu'au 31 décembre 2017, à l'issue de laquelle le service vérificateur a, par une proposition de rectification du 3 octobre 2018, imposé à la taxe sur la valeur ajoutée une somme de 6 000 euros qui lui a été versée en 2017 par la société AB 40 Concept UK Limited et a rappelé la taxe sur les véhicules de sociétés non déclarée au titre de la période allant du 1er octobre 2015 au 31 décembre 2017, assortie d'une majoration de 10 % pour absence de dépôt de la déclaration. En réponse aux observations présentées par le contribuable, l'administration fiscale a maintenu partiellement ses rectifications le 27 novembre 2018. La société Monviel a présenté de nouvelles observations par courrier du 20 novembre 2018, lesquelles ont été rejetées le 30 novembre 2018. Le rappel de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 1 018 euros en droits et en pénalités au titre de la période de 2017 et les rappels de taxe sur les véhicules de sociétés d'un montant de 1 032 euros au titre de la période allant du 1er octobre 2015 au 31 décembre 2017 ont été mis en recouvrement le 28 février 2019. La société Monviel a présenté trois réclamations contentieuses par courrier du 13 avril 2019, du 12 décembre 2019 et du 5 août 2021, lesquelles ont été rejetées respectivement par décisions du 10 octobre 2019, du 9 juillet 2020 et du 2 novembre 2021. La société Monviel demande au tribunal la décharge de ces rappels de taxe sur la valeur ajoutée et de taxe sur les véhicules de sociétés auxquels elle a été assujettie.

Sur l'étendue du litige :

2. Par décision du 18 février 2022, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur départemental des finances publiques du département des Pyrénées-Atlantiques a prononcé le dégrèvement, en droits et pénalités, à concurrence d'une somme de 1 018 euros, du rappel de taxe sur la valeur ajoutée à laquelle la société Monviel avait été assujettie au titre de la période 2017. Les conclusions de la requête de la société Monviel relatives à cette taxe ainsi qu'aux pénalités correspondantes sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 1010 du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " I.-Les sociétés sont soumises à une taxe annuelle à raison des véhicules de tourisme qu'elles utilisent en France, quel que soit l'Etat dans lequel ils sont immatriculés, ou qu'elles possèdent et qui sont immatriculés en France. () / Lorsqu'elle s'applique à ces véhicules pris en location ou mis à disposition, la taxe est uniquement à la charge de la société locataire ou de la société bénéficiant de la mise à disposition. () III. - La taxe annuelle est déclarée et liquidée selon les modalités suivantes : 1° Pour les redevables de la taxe sur la valeur ajoutée soumis au régime réel normal d'imposition prévu au 2 de l'article 287, sur l'annexe à la déclaration mentionnée au 1 du même article 287 déposée au titre du mois de décembre ou du quatrième trimestre civil de la période au titre de laquelle la taxe est due ; () 3° Pour les redevables de la taxe sur la valeur ajoutée soumis au régime simplifié d'imposition prévu à l'article 302 septies A ou au régime simplifié prévu à l'article 298 bis, sur un imprimé conforme au modèle établi par l'administration déposé au plus tard le 15 janvier qui suit l'expiration de la période au titre de laquelle la taxe est due. () ". Aux termes de l'article 1010 B du même code dans sa version applicable au litige : " Le recouvrement et le contrôle de la taxe prévue à l'article 1010 sont assurés selon les procédures, sûretés, garanties et sanctions applicables en matière de taxes sur le chiffre d'affaires. / Les réclamations sont instruites et jugées comme en matière de taxes sur le chiffre d'affaires. " Aux termes de l'article 286 du même code dans sa version applicable au litige : " I.-Toute personne assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée doit : () 3° Si elle ne tient pas habituellement une comptabilité permettant de déterminer son chiffre d'affaires tel qu'il est défini par le présent chapitre, avoir un livre aux pages numérotées sur lequel elle inscrit, jour par jour, sans blanc ni rature, le montant de chacune de ses opérations, en distinguant, au besoin, ses opérations taxables et celles qui ne le sont pas. () 4° Fournir aux agents des impôts, ainsi qu'à ceux des autres services financiers désignés par décrets, pour chaque catégorie d'assujettis, tant au principal établissement que dans les succursales ou agences, toutes justifications nécessaires à la fixation des opérations imposables, sans préjudice des dispositions de l'article L. 85 du livre des procédures fiscales. () ". Aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables. () ". Aux termes de l'article R. 13-1 du même livre : " Les vérifications de comptabilité mentionnées à l'article L. 13 comportent notamment : a) La comparaison des déclarations souscrites par les contribuables avec les écritures comptables et avec les registres et documents de toute nature, notamment ceux dont la tenue est prévue par le code général des impôts et par le code de commerce ; b) L'examen de la régularité, de la sincérité et du caractère probant de la comptabilité à l'aide particulièrement des renseignements recueillis à l'occasion de l'exercice du droit de communication, et de contrôles matériels. ". Aux termes de l'article L. 47 du même livre : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu, une vérification de comptabilité ou un examen de comptabilité ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification ou par l'envoi d'un avis d'examen de comptabilité. / Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix. () ".

4. Il est constant que la société Monviel a opté pour son assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée. Conformément aux dispositions précitées de l'article 286 du code général des impôts et de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales, l'administration fiscale était donc fondée à diligenter une vérification de comptabilité à son encontre. Il est également constant que la société Monviel a été destinataire d'un avis de vérification de comptabilité qui lui a été adressé le 1er juin 2018 par l'administration fiscale, l'informant de la faculté de se faire assister par un conseil au cours du contrôle et qu'en conséquence, la société Monviel a donné mandat à la Selarl Cabinet Mattei de la représenter. Il n'est pas contesté non plus que toutes les interventions sur place du service vérificateur ont été menées en présence du conseil de la société Monviel. La circonstance que le service vérificateur ait noté à plusieurs reprises l'absence du gérant aux différentes interventions est sans incidence sur la régularité de la procédure car il n'est ni établi, ni même allégué, que ce constat aurait eu une quelconque influence sur les rappels de taxe sur les véhicules de sociétés décidés par l'administration fiscale. Lors de cette vérification de comptabilité, le service vérificateur a constaté que la société Monviel louait un véhicule de tourisme sans avoir procédé à la déclaration de la taxe sur les véhicules de sociétés prévue par l'article 1010 du code général des impôts précité, et a procédé au rappel de cette taxe en appliquant la procédure de la taxation d'office. Cependant, ce constat ne peut être regardé comme constituant un contrôle sur place sui generis irrégulier qui aurait nécessité l'envoi d'un avis de vérification spécifique préalable, ni comme l'ayant privé de son droit de se faire assister par un autre conseil pour les vérifications relatives à cette taxe. Au demeurant, le contrôle de la taxe sur les véhicules de sociétés peut faire l'objet d'une vérification de comptabilité sur le fondement de l'article 1010 B du code général des impôts précité. Dans ces conditions, la société Monviel n'est pas fondée à soutenir que la procédure de taxation serait entachée d'irrégularité sur ces motifs.

5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 350 terdecies de l'annexe III du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " I. - Sous réserve des dispositions des articles 409 et 410 de l'annexe II au code général des impôts, seuls les fonctionnaires de la direction générale des finances publiques appartenant à des corps des catégories A et B peuvent fixer les bases d'imposition et liquider les impôts, taxes et redevances ainsi que proposer les rectifications. / Les fonctionnaires mentionnés au premier alinéa peuvent se faire assister pour les opérations de contrôle par des fonctionnaires stagiaires et par tout autre fonctionnaire de la direction générale des finances publiques affecté ou non dans le même service déconcentré ou service à compétence nationale. II. - Les fonctionnaires mentionnés au premier alinéa du I peuvent exercer les attributions que ces dispositions leur confèrent à l'égard des personnes physiques ou morales ou groupements de personne de droit ou de fait qui ont déposé ou auraient dû déposer dans le ressort territorial du service déconcentré ou du service à compétence nationale dans lequel ils sont affectés une déclaration, un acte ou tout autre document ainsi qu'à l'égard des personnes ou groupements qui, en l'absence d'obligation déclarative, y ont été ou auraient dû y être imposés ou qui y ont leur résidence principale, leur siège ou leur principal établissement. III. - Les fonctionnaires mentionnés au premier alinéa du I et compétents territorialement pour procéder aux contrôles visés à l'article L. 47 du livre des procédures fiscales d'une personne physique ou morale ou d'un groupement peuvent exercer les attributions définies à cet alinéa pour l'ensemble des impositions, taxes et redevances, dues par ce contribuable, quel que soit le lieu d'imposition ou de dépôt des déclarations ou actes relatifs à ces impositions, taxes et redevances. () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 46 B de l'annexe III du code général des impôts : " I. Les sociétés immobilières visées à l'article 172 bis du code général des impôts sont tenues de remettre au service des impôts du lieu de leur principal établissement, dans les trois mois de leur constitution, une déclaration () ". Aux termes de l'article 46 C de l'annexe III du même code : " I. - Indépendamment des renseignements dont la production est déjà prévue par le code général des impôts, les sociétés visées à l'article 46 B sont tenues de remettre au service des impôts du lieu de leur principal établissement, au plus tard le deuxième jour ouvré suivant le premier mai de chaque année, une déclaration (). II. - La déclaration est établie en double exemplaire sur une formule délivrée par l'administration. La procédure de vérification de cette déclaration est suivie directement entre le service des impôts et la société () ". Aux termes de l'article 406 bis de l'annexe III du même code : " I. - La déclaration prévue à l'article 1010 du code général des impôts, souscrite sur des imprimés fournis par l'administration, est déposée, dans les deux premiers mois de chaque période d'imposition au service des impôts du lieu où doit être établie la déclaration de résultats de l'entreprise. () ".

7. Il est constant que la vérification de comptabilité dont la société Monviel a fait l'objet a été réalisée par un vérificateur de la deuxième brigade départementale de vérification de Dax, rattaché à la direction départementale des finances publiques des Landes. Le siège de la société Monviel étant situé au domicile de M. B A, son gérant, dans le département des Landes, il lui appartenait, en application des dispositions combinées de l'article 46 C de l'annexe III et de l'article 406 bis de l'annexe III du code général des impôts précitées de déposer sa déclaration de taxe sur les véhicules de sociétés auprès du service des impôts des entreprises de Dax, dans le département des Landes. Dans ces conditions, la vérification de comptabilité a été réalisée par un agent territorialement compétent. En tout état de cause, ainsi qu'il a été dit au point 4, cette vérification de comptabilité n'a pas été menée initialement au titre de cette taxe. La circonstance qu'en réponse à la demande du vérificateur de visiter l'immeuble appartenant à la société Monviel situé au lieu-dit Lescurade à Monviel, dans le département du Lot-et-Garonne, une visite des lieux ait été organisée le 7 août 2018, en présence du conseil de la société et du fils de M. A, sans qu'aucun document comptable ne soit, au demeurant, examiné par le vérificateur, est sans incidence sur la compétence territoriale de la deuxième brigade départementale de vérification de Dax dès lors qu'à défaut du respect de l'obligation déclarative au titre de la taxe sur les véhicules de sociétés, le vérificateur demeurait, néanmoins, territorialement compétent pour effectuer la vérification de comptabilité de la société en application du II de l'article 350 terdecies du code général des impôts précité.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 256-6 du livre des procédures fiscales : " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L. 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis. () / Lorsque l'avis de mise en recouvrement est consécutif à une procédure de rectification, il fait référence à la proposition prévue à l'article L. 57 ou à la notification prévue à l'article L. 76 et, le cas échéant, au document adressé au contribuable l'informant d'une modification des droits, taxes et pénalités résultant des rectifications. () ".

9. Si l'avis de recouvrement du 28 février 2019 adressé à la société requérante mentionne d'une part, une lettre de motivation du 12 octobre 2018 alors que les rappels de la taxe sur les véhicules en litige lui ont été notifiés par une proposition de rectification du 3 octobre 2018 et que sa réclamation contentieuse a été partiellement admise concernant cette taxe par une réponse aux observations du contribuable du 27 novembre 2018, et d'autre part, une période d'imposition du 1er octobre 2015 au 31 décembre 2017 alors que par la réponse aux observations du contribuable du 27 novembre 2018, l'administration fiscale a consenti à demander le rappel de cette taxe qu'à compter du 1er janvier 2016, ces erreurs matérielles sont sans incidence sur le bien-fondé de l'imposition en litige dès lors qu'elles n'ont pu induire en erreur la société requérante sur le montant ou l'origine des droits, pénalités et intérêts de retard mis en recouvrement. Dans ces conditions, dès lors que cet avis comportait le montant des droits, intérêts de retard et pénalités mis en recouvrement et qu'il faisait expressément référence à la proposition de rectification du 3 octobre 2018 portant la mention exacte de la période d'imposition concernée, ces erreurs matérielles n'ont pas entraîné de méconnaissance des garanties du contribuable. Par suite, la société n'est pas fondée à soutenir que ces erreurs constitueraient des erreurs substantielles devant conduire à la décharge des droits en litige.

En ce qui concerne le bien-fondé du rappel de taxe sur les véhicules de sociétés :

10. L'article 1010 du code général des impôts soumet les sociétés à une taxe annuelle à raison des véhicules de tourisme qu'elles utilisent en France, quel que soit l'Etat dans lequel ils sont immatriculés, ou qu'elles possèdent et qui sont immatriculés en France. Le législateur a ainsi fixé un critère alternatif d'assujettissement à la taxe sur les véhicules des sociétés.

11. Il résulte des dispositions de cet article que, sauf pour ce qui concerne la taxe exigible en raison de véhicules pris en location qui n'est due que par la seule société locataire en vertu du dernier alinéa du même article, l'administration est tenue d'assujettir tous les redevables qui remplissent l'un des critères alternatifs ainsi définis.

12. En premier lieu, si la société Monviel soutient que l'administration fiscale ne justifie pas son assujettissement à la taxe sur les véhicules de sociétés pour la période allant du 1er octobre 2015 au 31 décembre 2017, il n'est pas contesté que cette société a pris en location avec option d'achat auprès de la société Credipar deux véhicules de la gamme DS5 de la marque Citroën immatriculés dans la catégorie véhicule particulier, pour la période allant respectivement du 18 décembre 2015 au 19 décembre 2016 puis du 17 décembre 2016 au 31 décembre 2017. Dès lors que la location de ces véhicules par la requérante suffit à entraîner son assujettissement à la taxe sur les véhicules de sociétés, le service vérificateur était fondé à rappeler la taxe sur les véhicules particuliers correspondantes à ces locations sur le fondement de l'article 1010 du code général des impôts précité.

13. En second lieu, si la société Monviel soutient que l'administration l'aurait, à tort, assujettie à la taxe sur les véhicules de sociétés pour la période allant du 1er octobre 2015 au 31 décembre 2015 alors qu'elle n'a pris en location un véhicule qu'à compter du 18 décembre 2015 et que la taxe sur les véhicules de sociétés n'est pas due au titre du trimestre ainsi entamé, il résulte de l'instruction que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le bien-fondé de l'assujettissement dans les circonstances de l'espèce de la société à cette taxe pour cette période, le vérificateur a abandonné, dans sa réponse aux observations du contribuable du 27 novembre 2018, la rectification portant sur la période allant du 1er octobre 2015 au 31 décembre 2015 et a porté les rappels de la taxe sur les véhicules de sociétés pour la période allant du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017 de la somme de 1 116 euros à celle de 992 euros en droits, de la somme de 51 euros à celle de 41 euros en intérêts de retard et de la somme de 112 euros à celle de 99 euros en majoration, minorant les rappels en litige à la somme totale de 1 132 euros. Par suite, la société Monviel ne peut utilement se prévaloir de l'absence de bien-fondé de son assujettissement à la taxe sur les véhicules de sociétés pour la période du 1er octobre 2015 au 31 décembre 2015.

En ce qui concerne les pénalités :

14. En premier lieu, il résulte du point 9 que la société Monviel n'est pas fondée à demander la décharge des pénalités associées aux rappels de la taxe sur les véhicules de sociétés auxquels elle a été assujettie à défaut d'erreurs substantielles entachant l'avis de recouvrement.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales : " La juridiction saisie peut, lorsqu'une erreur non substantielle a été commise dans la procédure d'imposition, prononcer, sur ce seul motif, la décharge des majorations et amendes, à l'exclusion des droits dus en principal et des intérêts de retard. / Elle prononce la décharge de l'ensemble lorsque l'erreur a eu pour effet de porter atteinte aux droits de la défense ou lorsqu'elle est de celles pour lesquelles la nullité est expressément prévue par la loi ou par les engagements internationaux conclus par la France. ".

16. Il résulte du point 9 que si deux erreurs non substantielles au sens des dispositions de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales précitées entachent l'avis de recouvrement des rappels de taxe sur les véhicules de sociétés du 28 février 2019, ces erreurs matérielles n'ont pas eu pour effet de porter atteinte aux droits de la défense de la société Monviel, ni ne peuvent être regardées comme des erreurs entrainant en application de la loi fiscale la décharge des majorations infligées à la société requérante en accompagnement des rappels en litige. Par suite, la société Monviel n'est pas fondée à solliciter sur le fondement de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales la décharge des majorations fiscales appliquées.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins de décharge des rappels de taxe sur les véhicules de sociétés, ainsi que les pénalités correspondantes, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Monviel demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société Monviel est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société civile immobilière Monviel et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Corthier, conseillère,

Mme Crassus, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

Z. CORTHIER

La présidente,

Signé

M. SELLES

La greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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