mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200131 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 2 |
| Avocat requérant | SCP THOMAS GACHIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 janvier 2022 et le 2 août 2022, Mme A B, représentée par Me Gachie, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 10 255,81 euros en réparation des préjudices subis du fait de la privation illégale de son permis de conduire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la préfète des Landes lui a fait subir, à tort, l'intégralité du délai de la suspension administrative de son permis de conduire, en dépit d'un jugement de relaxe du 8 juillet 2021 ;
- en conditionnant la restitution de son permis de conduire à des tests médicaux, la préfète des Landes a illégalement prolongé la mesure de suspension, son permis de conduire ne lui ayant été restitué que le 29 novembre 2021 ;
- elle a subi un préjudice moral du fait de cette suspension et de sa durée ;
- elle a subi un préjudice économique du fait de cette suspension, en raison des frais exposés pour la récupération de son permis de conduire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2022, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- aucune faute n'a été commise ;
- les contraintes invoquées par Mme B comme étant à l'origine de son préjudice moral ne trouvent leur origine que dans son propre comportement fautif ;
- les frais liés à la récupération de son permis découlent de la seule application du 1° de l'article R. 221-13 du code de la route.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dumez-Fauchille,
- et les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 24 mars 2021, la préfète des Landes a prononcé à l'encontre de
Mme B une mesure de suspension de permis de conduire pour une période de six mois, à l'issue d'une procédure de contrôle routier réalisé le 19 mars 2021 ayant donné lieu à des poursuites pour des faits de conduite sous l'usage de stupéfiants. Par jugement du 8 juillet 2021, le tribunal judiciaire de Mont-de-Marsan a prononcé la relaxe de Mme B pour les faits de conduite de véhicule sous l'usage de stupéfiants du chef desquels elle était prévenue. Cette dernière demande la condamnation de l'État à lui réparer le préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de la prolongation illégale de la suspension de son permis de conduire.
Sur les conclusions aux fins d'indemnité :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 224-1 du code de la route : " I.- Les officiers et agents de police judiciaire retiennent à titre conservatoire le permis de conduire du conducteur : ()
4° S'il existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner que le conducteur a fait usage de stupéfiants ou lorsqu'il refuse de se soumettre aux épreuves de vérification prévues au même article L. 235-2 ; () ". Aux termes de l'article L. 224-2 du même code : " I.- Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : () 2° Il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2 si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves de vérification prévues au même article L. 235-2 ; () ". Aux termes de l'article L. 224-9 du même code : " () Les mesures administratives prévues aux articles
L. 224-1 à L. 224-3 et L. 224-7 sont considérées comme non avenues en cas d'ordonnance de non-lieu ou de jugement de relaxe ou si la juridiction ne prononce pas effectivement de mesure restrictive du droit de conduire. () ". Aux termes de l'article L. 224-14 du même code : " En cas d'annulation du permis de conduire prononcée en application du présent code ou pour les délits prévus par les articles 221-6-1,222-19-1 et 222-20-1 du code pénal ou en cas de suspension du permis de conduire dont la durée est fixée par décret en Conseil d'Etat, l'intéressé ne peut solliciter un nouveau permis ou la restitution de son permis sans avoir été reconnu apte après un examen ou une analyse médicale, clinique, biologique et psychotechnique effectué à ses frais. ".
3. Une mesure de suspension du permis de conduire décidée par le préfet, sur le fondement de l'article L. 224-2 ou de l'article L. 224-7 du code de la route est illégale, et constitue en conséquence, une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat si elle a été prise alors que les conditions prévues par ces articles n'étaient pas réunies. Il appartient par suite au juge administratif, saisi par le conducteur d'un recours indemnitaire tendant à la réparation du préjudice que lui a causé la décision du préfet, de déterminer si les pièces au vu desquelles ce dernier a pris sa décision étaient de nature à justifier la mesure de suspension. Dans le cas où l'intéressé a été relaxé, non au bénéfice du doute mais au motif qu'il n'a pas commis l'infraction, l'autorité de la chose jugée par la juridiction répressive impose au juge administratif d'en tirer les conséquences quant à l'absence de valeur probante des éléments retenus par le préfet. En dehors de cette hypothèse, la circonstance que la mesure de suspension doive être regardée comme non avenue, par application du deuxième alinéa de l'article L. 224-9, eu égard à la décision rendue par le juge pénal, est par elle-même sans incidence sur la légalité de cette mesure et, par suite, sur l'engagement de la responsabilité de l'Etat. Toutefois, la circonstance que la mesure de suspension en litige doive être regardée comme non avenue implique qu'elle ne peut plus recevoir d'effet et qu'il ne peut plus en être fait mention.
4. Il résulte de l'instruction que, par son jugement du 8 juillet 2021 rappelé au point 1, le tribunal judiciaire de Mont-de-Marsan a prononcé la relaxe de Mme B au motif qu'un doute ressortait du dossier et des débats sur le cadre du contrôle opéré par les gendarmes de la brigade de Roquefort. Si, eu égard au motif de la relaxe ainsi prononcée, la mesure de suspension prononcée par arrêté du 24 mars 2021 n'était donc pas illégale, elle devait être considérée comme non avenue à compter du jugement de relaxe, et, partant, ne pouvait plus produire d'effet à compter de la date de ce jugement. Or, en dépit d'une demande en ce sens formée par le conseil de Mme B le 20 juillet 2021, à laquelle était jointe l'extrait de la minute du jugement du
8 juillet 2021, la préfète des Landes a indiqué par courrier du 30 septembre 2021 que le permis de conduire de Mme B ne serait restitué que sous réserve d'un résultat favorable aux tests psychotechniques, puis d'un avis favorable en commission médicale, et n'a restitué le permis que le 29 novembre 2021. Par suite, la conservation de ce titre par la préfète des Landes à la suite de ce jugement, en dépit d'une demande de sa restitution par son titulaire, est constitutive d'une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne les préjudices :
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, postérieurement au jugement du tribunal judiciaire de Mont-de-Marsan du 8 juillet 2021 rappelé au point 1, la requérante a engagé des frais liés à des honoraires d'examens en laboratoire, pour un montant de 28,89 euros, des honoraires de test auprès du centre national des tests psychotechniques pour un montant de 120 euros, ainsi que des frais de dossier et d'honoraires auprès du médecin agréé pour la visite médicale du permis à hauteur, respectivement, de 39,90 euros et de 50 euros. Si la requérante justifie également du paiement d'un timbre fiscal, celui-ci n'est toutefois exigé, d'après les pièces produites, qu'en cas de perte du permis. Par suite, il sera fait une exacte appréciation du préjudice matériel subi par la requérante en le fixant à la somme de 238,79 euros.
6. En second lieu, si Mme B invoque l'émotion liée à l'illégalité du contrôle routier effectué le 19 mars 2021 et à des accusations qu'elle estime infondées, ainsi que le stress et l'abattement ressentis au cours des quatre premiers mois de suspension de son permis de conduire, un tel préjudice est sans lien avec la faute de l'État, qui porte sur la seule période du
20 juillet 2021 au 29 novembre 2021. Mme B ne peut davantage invoquer le préjudice subi par sa mère du fait d'avoir dû la conduire, ainsi que ses enfants, à divers rendez-vous. Il résulte toutefois de l'instruction que Mme B est mère de deux enfants et exerçait sur la période en cause une activité professionnelle d'infirmière libérale, ce dont il résulte que la crainte qu'elle invoque de ne pouvoir satisfaire à ses obligations professionnelles ni assumer ses charges courantes du fait de sa privation de permis de conduire au cours de la période du
21 juillet 2021 au 29 novembre 2021 doit être regardée comme fondée, de même que les conséquences dommageables sur sa vie privée. En revanche, les conditions d'exercice dégradées de son activité professionnelle ne peuvent être tenues pour établies en l'absence de précision sur ces conditions d'exercice, en particulier sur les déplacements que cet exercice exigeait. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par la requérante en le fixant à la somme de 1 000 euros.
7. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à
Mme B la somme totale de 1 238,79 euros.
Sur les frais liés au litige :
8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.".
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme B la somme de 1 238,79 euros (mille deux cent trente-huit euros et soixante-dix-neuf centimes).
Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la requête de Mme B sont rejetées pour le surplus.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète des Landes.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Genty, première conseillère,
Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure,
V. DUMEZ-FAUCHILLE
Le président,
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026