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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200192

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200192

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200192
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantDE TASSIGNY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 février 2022 la commune de Pailhac, représentée par Me Picard, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise au contradictoire de la société Colas portant sur les désordres qu'elle impute à la réalisation par la société Screg Sud-Ouest des travaux de " Création d'une voie nouvelle au lieu-dit l'Agnère ",

2°) de mettre à la charge de la société Colas la somme de 2 000 € en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la société Screg Sud-Ouest a réalisé les travaux du marché intitulé " création d'une voie nouvelle au lieu-dit l'Agnère " commandité par la commune ;

- les travaux ont été réceptionnés le 17 février 2012 et le décompte définitif des travaux a été notifié à la société Screg Sud-Ouest le 22 octobre 2012 ;

- durant l'année 2021, des fissures et des chutes de pierres se sont manifestées dans le mur d'enrochement sur le site ; la commune en a avisé la société Colas et fait constater les désordres par constat d'huissier ;

- le délai imparti pour la garantie décennale des travaux n'est pas encore expiré ;

- la société Colas a absorbé la société Screg Sud-Ouest par fusion entérinée au registre du commerce le 11 janvier 2019 ;

- l'ouvrage réalisé menace potentiellement de s'effondrer, les désordres constatés affectant sa solidité et pouvant le rendre impropre à sa destination ;

- l'expertise est utile, étant susceptible de donner lieu à un contentieux en responsabilité du constructeur, litige de la compétence de la juridiction administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, la société anonyme Colas SA et la société par actions simplifiée, SAS Colas France, représentées par Me Cachelou, concluent

1°) à titre principal à la mise hors de cause de la société Colas SA,

2°) à titre subsidiaire à ce que la société Colas France soit admise en qualité d'intervenante volontaire et au rejet de la requête et

3°) à ce que soit mise à la charge de la commune de Pailhac la somme de 1 500 € en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative,

4°) à titre et, déclare à titre infiniment subsidiaire à ce qu'il soit pris acte qu'elle ne s'oppose pas à l'expertise sollicitée tout en formulant les protestations et réserves d'usage.

Elle soutient que :

- la société Colas France est détentrice des actifs de la société Screg Sud-Ouest ; en conséquence la société Colas Sa doit être mise hors de cause, de sorte que la demande est mal dirigée;

- la mesure sollicitée ne présente aucun caractère utile, dans la mesure ou aucune action en justice dirigée contre Colas France n'a été introduite dans le délai de dix ans à compter de la réception des travaux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil,

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la mise hors de cause de la société Colas SA et l'intervention volontaire de la société Colas France :

1.Les sociétés Colas SA et Colas France font valoir qu'il convient mettre hors de cause la société Colas SA, qui n'est que la société mère de la société Colas France. Il résulte de l'instruction que, si les dommages litigieux sont imputables à la société Screg Sud-Ouest, en activité à la date de réalisation et de réception des travaux, celle-ci a fait l'objet, le 29 mars 2013, d'un apport d'actif portant sur sa branche complète et autonome d'activités de travaux publics et privés et de production de matériaux, au profit de la société Colas Sud-Ouest, laquelle a elle-même fait l'objet, le 3 novembre 2020, d'un apport partiel d'actif portant sur l'intégralité de son patrimoine, au profit de la société Colas Centre Ouest, devenue par changement de dénomination sociale Colas France. Il s'ensuit que la société Colas France est devenue par là même la seule débitrice des créanciers de la société Screg Sud-Ouest, de sorte qu'il y a lieu de mettre hors de cause, sa société mère, la société Colas SA et d'admettre l'intervention volontaire de la société Colas France.

Sur la prescription de l'action en justice sur le fondement de la garantie décennale :

2. Il est constant que les travaux confiés à la société Screg Sud-Ouest par la commune de Pailhac ont été réceptionnés le 17 février 2012. Il s'ensuit que le délai de dix ans courant à compter de cette date n'était pas expiré, à la date d'introduction de la présente requête en référé expertise introduite le 2 février 2022. La société Colas France ne pouvant utilement soutenir que cette requête, dirigée à l'encontre de la société Colas SA n'aurait pas valablement interrompu ce délai.

Sur l'expertise :

3. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ().".Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.

4. La demande d'expertise présentée par la commune de Pailhac, dont l'action sur le fondement de la garantie décennale, ainsi qu'il a été dit au point 2, n'apparait pas prescrite, présente dans ces conditions, un caractère utile et entre, dès lors, dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, en conséquence, de faire droit à la demande d'expertise et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance.

Sur le dépôt d'un pré-rapport :

5. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions des parties tendant à ce que l'expert communique un pré-rapport ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. D'une part, il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'expertise qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Par suite, les conclusions présentées par les parties relatives aux dépens doivent être rejetées.

7. D'autre part, il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions présentées par les parties sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La société Colas SA est mise hors de cause.

Article 2 : Monsieur A B (06.45.79.40.38 - B.expert@proton.me) est désigné comme expert avec pour mission de :

- se rendre sur les lieux : lieudit l'Agnère à Pailhac (65240) après avoir convoqué les parties ;

- se faire communiquer et prendre connaissance de l'ensemble des documents, notamment contractuels, relatifs aux travaux confiés à la société Screg Sud-Ouest ;

- procéder à la constatation de l'état de l'ouvrage public, au relevé détaillé et précis des désordres, indiquer leur date d'apparition et se prononcer sur leur caractère évolutif ;

- déterminer si ces désordres affectent la solidité de l'ouvrage, la sécurité des biens et des personnes et déterminer l'urgence à procéder à des travaux de consolidation ou de sécurisation ; en ce cas, il en avisera la commune sans délai.

- rechercher l'origine et les causes de ces désordres et de fournir toutes indications permettant d'en apprécier l'imputabilité respective, en précisant notamment si ces causes relèvent d'un défaut d'entretien et, dans le cas de causes multiples, d'évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;

- décrire les travaux propres à remédier aux désordres et d'en chiffrer le coût ;

- fournir tous éléments propres à permettre d'apprécier et chiffrer les préjudices de toute nature allégués par la commune de Pailhac et résultant de ces désordres ;

- et plus généralement, de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis par la commune de Pailhac, sachant qu'il pourra prendre l'initiative, avec l'accord des parties, de procéder à une médiation.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif. S'il l'estime utile, il établira un pré-rapport.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expertise se déroulera en présence de la commune de Pailhac et de la société Colas France. L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans les six mois suivant la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le Président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Pailhac, à la société par actions simplifiée SAS Colas France, la société anonyme Colas SA et à Monsieur A B, expert.

Fait à Pau, le 31 janvier 2023.

La présidente du tribunal,

Signé,

V. QUEMENER

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme :

Le greffier,

Signé, M. C00

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