vendredi 29 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200208 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 février 2022, Mme C B, majeure protégée, représentée par son fils, M. D B, en vertu d'un jugement d'habilitation familiale générale rendu par le juge des tutelles du tribunal judiciaire de Pau le 10 juin 2021, demande au tribunal de prononcer la réduction des cotisations d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2020.
Elle soutient que :
- elle a perçu, en 2020, des arriérés de pensions de retraite d'un montant de 11 657 euros qui lui étaient dus pour les années 2018 et 2019, ce qui a eu pour conséquence d'augmenter ses cotisations primitives d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2020, de sorte que le montant de son impôt sur le revenu au titre de cette année est disproportionné par rapport à ses revenus mensuels et ses impositions antérieures ; le versement des pensions de retraite des années 2018 et 2019 a été différé en 2020 par la caisse de retraite MH AGIRC ARRCO parce qu'elle ne lui avait pas retourné un certificat de vie ;
- en raison de l'aggravation de sa maladie, elle est placée temporairement en établissement d'hébergement pour personnes âgées et dépendantes et doit faire face à des dépenses élevées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au non-lieu à statuer.
Il soutient, à titre principal, que l'administration fiscale a fait droit à la demande de dégrèvement présentée par la requérante mais que le montant en résultant est nul. Il soutient, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu :
- le jugement du juge des tutelles du tribunal judiciaire de Pau du 10 juin 2021 n°R.G 21/A/00111 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Corthier ;
- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, majeure protégée, placée sous le régime de l'habilitation familiale depuis le 10 juin 2021, est retraitée. Les cotisations primitives d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2020, assises sur les pensions de retraite et les produits des contrats d'assurance vie déclarés, ont été mises en recouvrement le 31 juillet 2021 pour un montant en droit de 5 181 euros. Le 2 décembre 2021, Mme B a demandé, lors de son rendez-vous au centre des finances de Pau, l'imposition, selon le système du quotient prévu à l'article 163-0 A du code général des impôts, des arriérés de pension de 11 657 euros, dus au titre des années 2018 et 2019 mais versés seulement en 2020 par la caisse de retraite MH AGIRC ARRCO. Par décision du 3 décembre 2021, l'administration fiscale l'a informée que le montant de l'impôt sur le revenu après application du système du quotient sur les revenus différés restait identique et que, dès lors, le montant du dégrèvement pouvant être octroyé était de zéro euro. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal de prononcer la réduction des cotisations d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2020.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 163-0 A du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " I. - Lorsqu'au cours d'une année un contribuable a réalisé un revenu qui par sa nature n'est pas susceptible d'être recueilli annuellement et que le montant de ce revenu exceptionnel dépasse la moyenne des revenus nets d'après lesquels ce contribuable a été soumis à l'impôt sur le revenu au titre des trois dernières années, l'intéressé peut demander que l'impôt correspondant soit calculé en ajoutant le quart du revenu exceptionnel net à son revenu net global imposable et en multipliant par quatre la cotisation supplémentaire ainsi obtenue. / Les dispositions prévues au premier alinéa sont également applicables aux primes de départ volontaire ainsi qu'aux sommes reçues par les bailleurs de biens ruraux au titre d'avances sur les fermages pour les baux conclus à l'occasion de l'installation d'un jeune agriculteur bénéficiant de la dotation d'installation aux jeunes agriculteurs ou d'un prêt à moyen terme spécial, et aux primes ou indemnités versées à titre exceptionnel aux salariés lors d'un changement de lieu de travail impliquant un transfert du domicile ou de la résidence, même si leur montant n'excède pas la moyenne des revenus nets imposables des trois dernières années. II. - Lorsqu'au cours d'une année un contribuable a eu, par suite de circonstances indépendantes de sa volonté, la disposition d'un revenu correspondant, par la date normale de son échéance, à une ou plusieurs années antérieures, l'intéressé peut demander que l'impôt correspondant à ce revenu soit calculé en divisant son montant par un coefficient égal au nombre d'années civiles correspondant aux échéances normales de versement augmenté de un, en ajoutant à son revenu net global imposable le quotient ainsi déterminé, puis en multipliant par ce même coefficient la cotisation supplémentaire ainsi obtenue. III. - Les dispositions prévues aux I et II ne s'appliquent qu'aux seuls revenus exceptionnels ou différés imposés d'après le barème progressif prévu à l'article 197. ". Aux termes de l'article 193 du même code : " Sous réserve des dispositions de l'article 196 B, le revenu imposable est pour le calcul de l'impôt sur le revenu, divisé en un certain nombre de parts, fixé conformément à l'article 194, d'après la situation et les charges de famille du contribuable. / Le revenu correspondant à une part entière est taxé par application du tarif prévu à l'article 197. / L'impôt brut est égal au produit de la cotisation ainsi obtenue par le nombre de parts. / L'impôt dû par le contribuable est calculé à partir de l'impôt brut diminué, s'il y a lieu, des réductions d'impôt prévues par les articles 199 quater C à 200, et, le cas échéant, des retenues à la source, prélèvements et crédits d'impôts mentionnés à l'article 117 quater, au I de l'article 125 A, aux articles 182 A, 182 A bis, 182 A ter, 182 B, 199 ter, 199 ter A, 199 quater B, au 4 de l'article 199 sexdecies et aux articles 200 quater à 200 quaterdecies. / Pour l'application du premier alinéa, le revenu imposable ainsi que les différents éléments ayant concouru à sa détermination, sont arrondis à l'euro le plus proche. La fraction d'euro égale à 0,50 est comptée pour 1. ".
3. L'administration fiscale soutient qu'il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de réduction des cotisations primitives d'impôt sur le revenu, présentée par Mme B au titre de l'année 2020, dès lors que le calcul de son impôt sur les revenus déclarés en 2020, selon le système du quotient prévu par l'article 163-0 A du code général des impôts ou selon le barème progressif de droit commun prévu à l'article 193 du même code, aboutit au même montant de cotisations primitives de 5 181 euros. La simulation de calcul de dégrèvement sur le fondement de l'article 163-0 A du même code conclut à un dégrèvement d'un montant de zéro euro. Si l'administration fiscale fait valoir que la demande de dégrèvement présentée le 2 décembre 2021 par la requérante n'a pas été rejetée, contrairement à ce que sa décision du 3 décembre suivant indique, l'examen de cette demande a été effectué avant l'introduction de la requête de sorte que l'administration fiscale doit être regardée comme opposant une fin de non-recevoir des conclusions aux fins de réduction présentées par Mme B. Cependant, Mme B ne présente pas, dans sa requête, sa demande de réduction d'impôt sur le revenu sur le fondement de l'article 163-0 A du même code. Elle soutient que le montant de l'impôt sur le revenu auquel elle a été assujettie au titre de l'année 2020 est disproportionné par rapport à ses revenus mais n'en conteste pas le bien-fondé. Dès lors, elle doit être regardée comme demandant une remise gracieuse partielle des cotisations primitives d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2020. Il y a donc lieu de statuer sur sa demande. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense ne peut qu'être rejetée.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales dans sa version applicable au litige : " L'administration peut accorder sur la demande du contribuable ; 1° Des remises totales ou partielles d'impôts directs régulièrement établis lorsque le contribuable est dans l'impossibilité de payer par suite de gêne ou d'indigence ; () ".
5. Si la décision de l'administration refusant une remise gracieuse sur le fondement de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales peut être déférée au juge administratif par la voie du recours pour excès de pouvoir, cette décision ne peut être annulée que si elle est entachée d'incompétence, d'erreur de droit, d'erreur de fait, d'erreur manifeste d'appréciation ou encore si elle est révélatrice d'un détournement de pouvoir.
6. Lorsqu'elle se prononce sur des demandes de remise gracieuse d'impôt en application du 1° de l'article L. 247 du même livre précité, l'administration n'est tenue de prendre en compte que la situation financière du contribuable.
7. A supposer que la décision du 3 décembre 2021 de l'administration fiscale puisse être regardée comme une décision de rejet d'une demande de remise gracieuse présentée oralement par Mme B lors de son rendez-vous au centre des finances de Pau le 2 décembre 2021, il est constant que Mme B a déclaré avoir perçu des revenus issus de pensions de retraite et de produits des contrats d'assurance-vie d'un montant total de 15 818 euros en 2018, 15 223 euros en 2019 et 45 264 euros en 2020. Le différentiel de revenus d'un montant d'environ 30 000 euros entre les années 2018 et 2019 d'une part et 2020 d'autre part, provient en partie d'arriérés de pensions de retraite au titre des années 2018 et 2019 versés en 2020 à Mme B par la caisse de retraite MH AGIRC ARRCO d'un montant de 11 657 euros, la requérante n'ayant pas transmis de certificat de vie à cette caisse pour les années 2018 et 2019. Cependant, Mme B n'établit pas l'origine des autres revenus perçus en 2020. Si Mme B soutient percevoir des revenus annuels d'un montant de 21 079,80 euros et faire face à des dépenses élevées depuis son placement temporaire en établissement d'hébergement pour personnes âgées et dépendantes, elle n'apporte pas d'élément au tribunal permettant d'apprécier ses charges. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B se trouverait dans l'impossibilité de payer par suite de gêne ou d'indigence. Ainsi, si Mme B entend demander l'annulation pour excès de pouvoir de la décision de l'administration fiscale de ne pas lui accorder une remise gracieuse, il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte tenu du niveau de revenus de la requérante, l'administration fiscale aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en l'assujettissant à des cotisations primitives d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2020 disproportionnées par rapport à ses revenus. En tout état de cause, le moyen selon lequel l'imposition litigieuse constituerait une charge excessive au regard de sa situation personnelle, qui relève de la juridiction gracieuse de l'administration fiscale, est inopérant devant le juge de l'impôt.
8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner sa recevabilité, la requête présentée par Mme B ne peut qu'être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme C B et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Corthier, conseillère,
Mme Crassus, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.
La rapporteure,
Signé
Z. CORTHIER
La présidente,
Signé
M. SELLES
La greffière,
Signé
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026