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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200248

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200248

lundi 18 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200248
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantSESTACQ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 février 2022 et 14 août 2023, M. et Mme C B, représentés par Me Sestacq, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de l'imposition supplémentaire d'impôt sur le revenu et de la cotisation supplémentaire de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2009 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à leur verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable dès lors que la mise en demeure du 28 août 2018 constitue un évènement rouvrant le délai de réclamation ;

- la procédure de vérification de comptabilité de la société PLR est entachée d'irrégularité dès lors que sa demande de saisine de l'interlocuteur départemental sur le fondement de la charte du contribuable vérifié est restée sans réponse ;

- les sommes inscrites en 2009 pour un montant total de 158 391 euros au crédit du compte courant d'associé ouvert au nom de M. B dans la comptabilité de la société PLR correspondent à des règlements de fournisseurs effectués au moyen de la carte bancaire de la société et non à des distributions de bénéfices.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 6 mai 2022 et 12 septembre 2023, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

A titre principal, il oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la réclamation contentieuse du 26 octobre 2018 sur le fondement des articles R. 196-1 et R. 196-3 du livre des procédures fiscales.

A titre subsidiaire, il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Corthier ;

- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, domicilié dans le département des Landes, était associé de la société à responsabilité limitée PLR ayant pour activité l'installation de laveries, pressing, dépannage, maintenance, bureau d'études et tous travaux en bâtiment et climatisation, avant son placement en liquidation judiciaire par jugement du 2 novembre 2011. En 2011, cette société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos en 2008, 2009 et 2010, à l'issue de laquelle l'administration fiscale a, par une proposition de rectification du 30 novembre 2011 adressé au liquidateur judiciaire de la société, notamment, réintégré au résultat fiscal de l'exercice clos le 30 septembre 2009 les sommes non justifiées pour un montant total de 190 273 euros inscrites au crédit du compte courant d'associé ouvert au nom de M. B. M. et Mme B ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces, à l'issue duquel par une proposition de rectification du 30 novembre 2011, l'administration fiscale a considéré que les sommes non justifiées d'un montant total de 190 273 euros constituaient des revenus distribués à M. B et les ont soumises à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux au titre de l'année 2009 pour un montant de 237 841 euros, après application du coefficient multiplicateur de 1,25 prévu par l'article 158.7.2° du code général des impôts. Les observations formulées par les contribuables par courrier du 8 février 2012 ont été rejetées par l'administration fiscale par courrier du 21 février 2012. Les impositions supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2009 ont été mises en recouvrement le 30 avril 2012 pour un montant en droits de 76 641 euros, en intérêts de retard de 5 162 euros et en majoration de 7 664 euros. Les cotisations supplémentaires de prélèvements sociaux au titre de l'année 2009 ont été mises en recouvrement le 15 juillet 2012 pour un montant en droits de 28 780 euros et en intérêts de retard de 1 957 euros. Par réclamation du 20 mai 2012, M. et Mme B ont contesté ces suppléments d'imposition. Leur réclamation a été rejetée par décision du 16 septembre 2014. Le conciliateur fiscal départemental a ramené, par courrier du 23 août 2018, le montant des revenus distribués au titre de l'année 2009 à la somme de 158 391 euros. Les dégrèvements correspondants ont été prononcés le 23 août 2018. Par courrier du 26 octobre 2018, M. et Mme B ont présenté une réclamation contentieuse, laquelle a été rejetée par décision de l'administration fiscale du 2 décembre 2021. M. et Mme B doivent être regardés comme demandant au tribunal de prononcer la décharge de l'imposition supplémentaire d'impôt sur le revenu et de la cotisation supplémentaire de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2009 ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " () Les dispositions contenues dans la charte des droits et obligations du contribuable vérifié mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 47 sont opposables à l'administration. ".

3. La possibilité pour le contribuable de s'adresser, dans les conditions précisées par la charte des droits et obligations du contribuable vérifié, au supérieur hiérarchique du vérificateur puis, le cas échéant, à l'interlocuteur départemental ou régional constitue une garantie substantielle ouverte à l'intéressé à deux moments distincts de la procédure de rectification, en premier lieu, au cours de la vérification et avant l'envoi de la proposition de rectification ou la notification des bases d'imposition d'office pour ce qui a trait aux difficultés affectant le déroulement des opérations de contrôle et, en second lieu, pour les contribuables faisant l'objet d'une procédure de rectification contradictoire, après la réponse faite par l'administration fiscale à leurs observations (ROC) sur la proposition de rectification en cas de persistance d'un désaccord sur le bien-fondé des rectifications envisagées.

4. En l'espèce, le moyen contestant la régularité de la procédure d'imposition suivie à l'encontre de la société PLR est inopérant au regard des impositions personnelles mises à la charge d'un de ses associés dès lors qu'il n'est pas contesté que la société était soumise, au titre de l'année 2009, au régime d'imposition des sociétés de capitaux. En tout état de cause, si les requérants se prévalent de ce qu'une demande de saisine de l'interlocuteur régional formulée par une lettre de la société PLR du 10 mars 2012 serait restée sans réponse du service, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment pas de la seule production, par les requérants, d'une copie de la lettre du 20 mars 2012 non signée qu'ils auraient adressée au service par courrier simple et que le ministre conteste avoir reçue, que cette demande ait effectivement été formulée. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que la société vérifiée a été privée de la garantie constituée par la saisine de l'interlocuteur départemental.

5. En second lieu, aux termes de l'article 12 du code général des impôts : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année. ". Aux termes de l'article 109 du même code : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. / Les sommes imposables sont déterminées pour chaque période retenue pour l'établissement de l'impôt sur les sociétés par la comparaison des bilans de clôture de ladite période et de la période précédente selon des modalités fixées par décret en conseil d'Etat. (). ".

6. Les sommes inscrites au crédit du compte courant d'un associé ont, sauf preuve contraire apportée par l'associé titulaire du compte, le caractère de revenus imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

7. Pour que l'associé échappe à cette imposition, il lui incombe de démontrer, le cas échéant, que l'inscription de ces sommes au crédit du compte courant ont pour seul objet de constater l'existence d'une dette de la société à son égard et ne traduit donc l'existence d'aucun revenu.

8. Lorsque l'administration entend imposer comme revenus distribués sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts une somme inscrite sur le compte courant d'un associé dans les écritures d'une société, elle est en droit de se fonder sur les écritures de la société, alors même que celles-ci seraient erronées.

9. En l'espèce, les requérants soutiennent que les sommes en litige sont justifiées dès lors qu'elles correspondent au règlement des factures de fournisseurs par la société mais que pour des raisons d'individualisation du paiement afin d'assurer sa traçabilité, en comptabilité, la somme était inscrite en débit du compte de charge et en crédit du compte fournisseur de la société à la réception de la facture du fournisseur puis en débit du compte courant d'associé de M. B et en crédit du compte banque de la société PLR lors du règlement du fournisseur par la carte bancaire de la société. Afin que le compte fournisseur ne reste pas créditeur alors que la somme facturée était réglée mais aussi de régulariser la situation du compte courant d'associé, la somme était par la suite inscrite au débit de ce compte et au crédit du compte courant d'associé de M. B, de sorte que ces apports, qualifiés par l'administration de revenus distribués, ne constituent qu'une erreur de comptabilisation. Cependant, il résulte de ces explications que les factures des fournisseurs étaient bien réglées par la carte bancaire de la société. Les requérants n'établissent pas que M. B aurait lui-même réglé des factures pour le compte de la société, ni ne justifient que les sommes inscrites à tort au compte courant d'associé de M. B pour le règlement de fournisseurs auraient été régularisées, alors que, comme ils le reconnaissent eux-mêmes, la société aurait dû utiliser un compte d'attente. La circonstance que les inscriptions litigieuses procéderaient d'erreurs comptables est sans incidence sur le bien-fondé de l'imposition contestée sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Dans ces conditions, cette mise à disposition de fonds crédités sur le compte courant de M. B, d'un montant de 158 391 euros en 2009, doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme constituant des revenus distribués sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts dès lors qu'il n'est pas établi que la société était fondée à constater une dette à l'égard de M. B en inscrivant ces règlements des fournisseurs au crédit du compte courant d'associé ouvert au nom de M. B.

10. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions de la requête aux fins de décharge ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. et Mme B demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. et Mme C B et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Corthier, conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 18 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

Z. CORTHIER

La présidente,

Signé

M. SELLES

La greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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