mercredi 23 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200250 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | CHAMBRE 3 |
| Avocat requérant | SCP TEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 7 février 2022 et le 26 juillet 2024, Mme B E veuve A, M. C A et M. D A, représentés par Me Labrunie, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser, au titre des préjudices qu'ils ont subis du fait du décès de leur époux et père dû aux essais nucléaires effectués en Polynésie française, une somme totale de 304 785 euros en réparation des préjudices d'ordre patrimonial et extra patrimonial, assortie des intérêts au taux légal à compter du 25 octobre 2021, date de leur demande d'indemnisation, et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- en ayant exposé leur époux et père à des rayonnements ionisants dans le cadre des essais nucléaires français sans mesures de protection et de prévention, ce qui a causé sa mort d'un cancer le 22 juillet 2009, l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- la prescription de la créance ne peut leur être opposée dès lors que le point de départ de la prescription quadriennale est l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 3 avril 2018 qui a reconnu le caractère radio induit du cancer qui a entrainé le décès de Yves A, et qu'il a été enjoint à l'État d'indemniser ses préjudices propres interrompant ainsi la prescription ;
- le préjudice subi par Mme A peut être évalué à 149 910 euros au titre du préjudice patrimonial et 70 000 euros au titre du préjudice moral ;
- le préjudice subi par M. C A peut être évalué à 3 640 euros au titre du préjudice patrimonial et 40 000 euros au titre du préjudice moral ;
- le préjudice subi par M. D A peut être évalué à 1 235 euros au titre du préjudice patrimonial et 40 000 euros au titre du préjudice moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la créance est prescrite en application de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968, sans qu'aucune cause interruptive du délai de prescription ne puisse être soulevée ;
- à titre subsidiaire, le lien de causalité entre la pathologie de Yves A, diagnostiquée 34 ans après son séjour en Polynésie française et les essais nucléaires, n'est pas établi ; les sommes réclamées au titre du préjudice d'affection et du préjudice d'accompagnement sont excessives.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics ;
- la loi n° 2010-2 du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Foulon ;
- et les conclusions de Mme Portès, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Yves A a été affecté, en tant qu'appelé du contingent, sur l'atoll de Hao en Polynésie française en qualité de plombier du 23 février 1973 au 16 novembre 1973. Un cancer du cerveau lui a été diagnostiqué en 2007, dont il est décédé le 22 juillet 2009. Par un courrier du 25 février 2011, Mme A, sa veuve, a sollicité auprès du comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN), en qualité d'ayant-droit, l'indemnisation des préjudices subis par son époux résultant de sa maladie sur le fondement de la loi du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires. Par un arrêt n°15BX02835 du 3 avril 2018, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé le jugement du tribunal administratif de Pau du 15 juin 2015 qui avait rejeté la demande de Mme A tendant à la condamnation de l'Etat à l'indemniser en sa qualité d'ayant-droit d'une victime des essais nucléaires français, au motif qu'Yves A bénéficiait d'une présomption de causalité entre l'exposition aux rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français et la survenue de sa maladie, et a enjoint au CIVEN d'adresser une proposition d'indemnisation à Mme A. Pour l'exécution de cette décision, le CIVEN a proposé à cette dernière, pour l'indemnisation des préjudices de son époux résultant de sa pathologie, la somme de 98 324 euros. Par une demande indemnitaire préalable en date du 25 octobre 2021, Mme A, ainsi que ses enfants, C et D A, ont sollicité de l'Etat l'indemnisation des préjudices propres qu'ils estiment avoir subis en conséquence du décès de leur époux et père, qui a été implicitement rejetée par le ministre des armées. Mme A et messieurs C et D A contestent cette décision et sollicitent une somme totale de 304 785 euros en réparation des préjudices d'ordre patrimonial et extrapatrimonial qu'ils ont eux-mêmes subis du fait du décès de leur époux et père, dû aux essais nucléaires effectués en Polynésie française, qu'ils estiment en lien avec une carence fautive de l'Etat.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". Aux termes de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968 : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement / Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance () ". Enfin, selon l'article 3 de la même loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement ".
3. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées de la loi du 31 décembre 1968 que la connaissance par la victime de l'existence d'un dommage ne suffit pas à faire courir le délai de la prescription quadriennale. Le point de départ de cette dernière est la date à laquelle la victime est en mesure de connaître l'origine de ce dommage ou du moins de disposer d'indications suffisantes selon lesquelles ce dommage pourrait être imputable au fait de l'administration.
4. Il résulte de l'instruction que, le 25 février 2011, Mme A a adressé au CIVEN une demande, tendant à ce qu'elle soit indemnisée, en sa qualité d'ayant-droit de son époux décédé, des préjudices subis par ce dernier en raison de son exposition aux rayons ionisants résultant des essais nucléaires français en Polynésie. Dès lors, dès la date de cette demande, Mme A doit être regardée comme ayant eu connaissance d'indications suffisantes selon lesquelles le dommage personnel qu'elle a subi en qualité d'épouse de la victime pouvait être imputable au fait de l'Etat, sans attendre l'issue du contentieux engagé devant les juridictions administratives dans le cadre de l'action fondée sur la loi du 5 janvier 2010. En outre, il n'est pas contesté que les fils de Mme A, majeurs à cette date, disposaient des mêmes indications suffisantes selon lesquelles le dommage qu'ils ont subi à titre personnel en qualité de fils de la victime, pouvait être imputable au fait de l'Etat, dès le 25 février 2011. Ainsi, la réparation des préjudices personnels des ayants droit de Yves A ne pouvait être invoquée que dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis, soit jusqu'au 31 décembre 2015. Or, les requérants ont sollicité l'indemnisation de leurs préjudices personnels résultant du décès de leur époux et père par un courrier du 25 octobre 2021 adressé au ministre des armées et n'ont accompli aucun acte interruptif du délai afférent à la prescription de leur créance. En particulier, ils ne justifient pas avoir formé, en leur nom propre et dans le délai de quatre ans à compter du 1er janvier 2012, une demande d'indemnisation auprès de l'administration ou introduit un recours devant une juridiction en vue de faire condamner l'Etat dans le cadre d'un recours en responsabilité pour faute afin d'obtenir réparation de leurs préjudices personnels. Si les requérants invoquent l'existence du contentieux devant la cour administrative d'appel ayant abouti à la proposition d'indemnisation du CIVEN formulée le 11 juin 2019, ces actions ont trait à un autre contentieux fondé sur un autre fait générateur dans le cadre des dispositions de la loi du 5 janvier 2010, de sorte que de tels recours n'ont pu avoir un effet interruptif sur le délai de prescription quadriennale opposé en défense.
5. Il résulte de ce qui précède que la créance dont se prévalent les requérants était prescrite à la date de leur demande indemnitaire préalable. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens de la requête, les conclusions indemnitaires des requérants doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que les consorts A demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête des consorts A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E veuve A, à M. C A, à M. D A et au ministre des armées et des anciens combattants.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Madelaigue, présidente,
M. Rousseau, premier conseiller,
Mme Foulon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.
La rapporteure,
Céline Foulon
La présidente,
Florence Madelaigue
La greffière,
Adriana Strzalkowska
La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026