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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200282

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200282

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200282
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantNASSIET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 février et 8 juillet 2022, M. et Mme D et B E, représentés par Me Nassiet, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 400 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les sommes réintégrées à leur revenu imposable de 2016 ne sauraient être réputées distribuées en l'absence de procès-verbal de l'associé unique de la SELARL Docteur F E décidant de ces distributions ;

- la société avait une dette importante à l'égard de M. D E, qui a assumé, au début de l'existence de celle-ci, toutes les charges afférentes aux salariés ;

- le service ne saurait leur opposer la règle de l'intangibilité du bilan d'ouverture du premier exercice non prescrit, puisque la dette de la SELARL continue d'exister au 1er janvier 2016 ;

- le boni de liquidation n'était imposable qu'à compter de la date de clôture de liquidation de la société ; or, la SELARL Docteur F E a continué de réaliser des opérations après sa mise en liquidation le 31 décembre 2017 ; il ne saurait dès lors être imposé au titre de l'année 2017 ;

- compte tenu de l'absence de fondement des rectifications apportées à leurs déclarations, ils ne sauraient se voir infliger une pénalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2022, la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Pyrénées, représentée par son directeur, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme E ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 18 juillet 2022.

Un mémoire, présenté par la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Pyrénées, a été enregistré le 18 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les conclusions de M. Clen, rapporteur public ;

- et les observations de Me Nassiet, représentant M. et Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. La SELARL Docteur F E, exploitée par M. D E dans le cadre d'une activité de médecin-urologue, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017. Par une proposition de rectification du 12 juillet 2019, l'administration fiscale a assujetti M. et Mme E à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2016 et 2017, assorties d'intérêt de retard et de la majoration pour manquement délibéré. Ces impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 28 avril 2021 pour un montant total de 120 687 euros. La réclamation introduite le 25 juin 2021 par M. et Mme E a été rejetée par l'administration fiscale le 7 décembre 2021. Par leur requête, M. et Mme E demandent au tribunal d'être déchargé des suppléments d'impôt sur le revenu auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 111 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () / c. Les rémunérations et avantages occultes / () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration est réputée apporter la preuve que des distributions occultes ont été appréhendées par la personne qui est, dans la société dont des revenus ont été regardés comme distribués, le maître de l'affaire.

3. En l'espèce, il n'est pas contesté que M. E était le gérant et associé unique de la SELARL Docteur F E. Il est dès lors réputé avoir appréhendé les distributions occultes en litige. En se bornant à soutenir qu'aucun procès-verbal émanant de M. E n'ait décidé de ces distributions, les requérants n'apportent aucun élément de nature à établir que M. E n'aurait pas eu la disposition de ces sommes. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les requérants font valoir que c'est à tort que l'administration a imposé, comme des distributions occultes, le prélèvement d'un montant de 67 996,66 euros figurant au compte " Autres réserves " dès lors que la SELARL Docteur F E avait une dette vis-à-vis de M. E qui a réglé, au début de l'existence de cette société, toutes les charges relatives aux salariés qui travaillaient pour elle. Il résulte toutefois de l'instruction, et il n'est pas contesté, d'une part, que ces charges assumées par M. E avaient déjà été comptabilisées dès lors qu'elles avaient engendré un bénéfice commercial au titre de l'année 2014, et ont conduit à la diminution du revenu imposable des époux E au titre de cette même année. D'autre part, si les époux E produisent des bulletins de salaire d'employées de la SELARL Docteur F E, ces seuls éléments ne sauraient suffire à démontrer la réalité du paiement de la dette par cette société à l'égard de M. E. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de l'inopposabilité de la règle d'intangibilité du bilan d'ouverture du premier exercice non prescrit doit être écarté.

6. En quatrième lieu, d'une part, aux termes du 1 de l'article 109 du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus distribués : () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes. () ; / c. Les rémunérations et avantages occultes ; / () ". Aux termes de l'article 111 bis de ce code : " Lorsqu'une personne morale soumise à l'impôt sur les sociétés cesse d'y être assujettie, ses bénéfices et réserves, capitalisés ou non, sont réputés distribués aux associés en proportion de leurs droits ". Et aux termes de l'article 112 du même code : " Ne sont pas considérés comme revenus distribués : () 1° Les répartitions présentant pour les associés ou actionnaires le caractère de remboursements d'apports ou de primes d'émission. Toutefois, une répartition n'est réputée présenter ce caractère que si tous les bénéfices et les réserves autres que la réserve légale ont été auparavant répartis () ". Les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés sont, sauf preuve contraire, à la disposition de cet associé, alors même que l'inscription résulterait d'une erreur comptable involontaire, et ont donc, même dans une telle hypothèse, le caractère de revenus distribués, imposables entre les mains de cet associé dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en vertu du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.

7. D'autre part, aux termes de l'article 12 du code général des impôts : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année. ". Aux termes du 3° de l'article 158 du même code : " 1° Les revenus de capitaux mobiliers comprennent tous les revenus visés au VII de la 1ère sous-section de la présente section, à l'exception des revenus expressément affranchis de l'impôt en vertu de l'article 157 et des revenus ayant supporté les prélèvements visés au II de l'article 125-0 A et aux I bis, II, III, second alinéa du 4° et deuxième alinéa du 9° du III bis de l'article 125 A. / Lorsqu'ils sont payables en espèces les revenus visés au premier alinéa sont soumis à l'impôt sur le revenu au titre de l'année soit de leur paiement en espèces ou par chèques, soit de leur inscription au crédit d'un compte. ". Enfin, aux termes de l'article 161 de ce code : " Le boni attribué lors de la liquidation d'une société aux titulaires de droits sociaux en sus de leur apport n'est compris, le cas échéant, dans les bases de l'impôt sur le revenu que jusqu'à concurrence de l'excédent du remboursement des droits sociaux annulés sur le prix d'acquisition de ces droits dans le cas où ce dernier est supérieur au montant de l'apport () ". Il résulte de ces dispositions que lors de la dissolution d'une société, les apports réels ou assimilés que les associés ont fait à la société ne sont pas imposables. Ainsi, le boni de liquidation imposable s'obtient par la différence entre le montant de l'actif net et le montant des apports réels ou assimilés lorsque le prix d'acquisition des droits sociaux est supérieur à celui des apports initiaux.

8. Il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté par les requérants que l'analyse de la déclaration de résultat souscrite au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2017, porte le montant total susceptible d'être reversé à l'associé unique à la somme de 303 060 euros. Le service a fixé le montant du boni de liquidation reversé à M. E à la somme de 128 260 euros, en considérant que le capital social représentatif de la valeur d'acquisition des parts sociales pour une somme de 174 800 euros constituait un remboursement d'apport non imposable. Si M. et Mme E soutiennent qu'ils n'ont pas pu appréhender le boni de liquidation présenté par la société Docteur F E à la date de clôture de l'exercice 2017 dès lors que la clôture de liquidation n'était pas intervenue à cette date, il ne résulte pas de l'instruction qu'un transfert de fonds ait eu lieu postérieurement au 31 décembre 2017 ou que ce boni de liquidation ne correspondrait pas à la situation de la société à la date de sa liquidation, alors qu'au demeurant, le service fait valoir en défense qu'une écriture d'un montant de 53 620,38 euros a été enregistrée le 31 décembre 2017 au débit du compte " 45700000 - ASSOCIES DIVIDENCES A PAYER " et qu'une somme identique a été portée au crédit du compte " 45500000 / C-C MR E " ayant pour libellé " solde du compte courant ", qu'à l'issue de ces opérations, le compte présentait un solde nul, et qu'il a constaté l'extinction d'une créance à hauteur de 95 756,63 euros qui n'a été possible que par appréhension du boni de liquidation. Dès lors, le boni de liquidation mentionné d'un montant de 128 260 euros doit être regardé comme ayant été appréhendé en totalité à la date de l'exercice de clôture de l'exercice 2017. C'est donc à bon droit que l'administration a taxé la somme en litige au titre de l'année 2017.

Sur les pénalités :

En ce qui concerne la majoration pour manquement délibéré :

9. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

10. Il résulte de ces dispositions que la majoration pour manquement délibéré a pour objet de sanctionner la méconnaissance délibérée par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir de tels manquements, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations, et, d'autre part, de l'intention du contribuable d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.

11. D'une part, M. et Mme E se sont abstenus de déclarer les sommes de 67 996 euros versées sur leur compte bancaire et dont il résulte de l'instruction qu'elles constituent des revenus distribués. En mettant en évidence ces montants non déclarés, l'administration a apporté la preuve du caractère incomplet des déclarations de M. et Mme E dans des proportions importantes au point de minorer le montant de leur impôt sur le revenu et qui est à l'origine d'impositions supplémentaires pour un montant total en droits de 44 692 euros. D'autre part, M. E, en sa qualité de gérant et associé unique de la SELARL Docteur F E, ne pouvait ignorer ces distributions qui représentent 21 % des revenus bruts initialement déclarés. En se prévalant de ces éléments, l'administration apporte la preuve du caractère intentionnel d'éluder l'impôt. Par suite, M. et Mme E ne sont pas fondés à solliciter la décharge de la majoration pour manquement délibéré dont ont été assorties les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017.

En ce qui concerne les intérêts de retard :

12. Aux termes de l'article 1727 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard. A cet intérêt s'ajoutent, le cas échéant, les sanctions prévues au présent code. / () / III. - Le taux de l'intérêt de retard est de 0,40 % par mois. Il s'applique sur le montant des créances de nature fiscale mises à la charge du contribuable ou dont le versement a été différé. () / IV. - 1. L'intérêt de retard est calculé à compter du premier jour du mois suivant celui au cours duquel l'impôt devait être acquitté jusqu'au dernier jour du mois du paiement. () / 4. Lorsqu'il est fait application de l'article 1729, le décompte de l'intérêt de retard est arrêté au dernier jour du mois de la proposition de rectification ou, en cas d'échelonnement des impositions supplémentaires, du mois au cours duquel le rôle doit être mis en recouvrement. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 1758 A du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " I. Le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits supplémentaires ou de la créance indue. / () ".

13. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le boni de liquidation appréhendé par les époux E au cours de l'année 2017 n'a pas fait l'objet d'une déclaration de la SELARL Docteur F E lors de la liquidation amiable, ni du versement du prélèvement forfaitaire non libératoire de 21 % au titre de cette même année, ni d'une déclaration de M. et Mme E au titre des revenus mobiliers. Dès lors, les requérants ne sont fondés à solliciter la décharge, ni des intérêts de retard, prévus à l'article 1727 du code général des impôts, ni de la majoration de 10 % prévue à l'article 1758 A du même code, dont ont été assorties les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2017.

14. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. et Mme E doit être rejetée.

Sur les frais de l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante en la présente instance, verse aux époux E la somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D et B E et au directeur chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

L. CLa présidente,

Signé

M. ALa greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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