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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200288

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200288

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200288
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE 3
Avocat requérantSCP CAMILLE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 février 2022 et 19 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Gasquet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation de la taxe d'aménagement et de la redevance d'archéologie préventive auxquelles il a été assujetti, pour des montants respectifs de 11 322 euros et 549 euros ;

2°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les propositions de rectification des 11 juin et 1er juillet 2020 sont insuffisamment motivées ;

- son projet n'a pas été accompagné de la démolition totale de l'immeuble existant mais seulement partielle, de sorte qu'il ne s'agit ni d'une construction, ni d'une reconstruction et que la taxe d'aménagement ne peut être assise sur la totalité de la surface de la construction nouvelle ;

- la taxe d'aménagement dont il est redevable ne peut être calculée sur la totalité de la surface de sa maison rénovée mais uniquement sur la surface totale, déduction faite de la surface existante avant travaux, donc sur la surface nouvellement créée ; en l'espèce, cette surface est de 32,50 m2 ; s'agissant du garage, aucune surface n'a été nouvellement créée ; la hauteur sous plafond de la cave étant inférieure à 1,80 m, sa surface ne pouvait être incluse dans les bases imposables ; enfin, aucun texte ne prévoit la prise en compte de l'épaisseur des murs ;

- c'est à tort que l'administration l'a assujetti au paiement d'une redevance d'archéologie préventive dès lors que les travaux n'ont pas affecté le sous-sol.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2022, le préfet du Gers (direction départementale des territoires du Gers) conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code du patrimoine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Portès,

- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gasquet représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 15 septembre 2018, le maire de la commune de Pujaudran a accordé à M. A un permis de construire en vue de la réhabilitation d'une maison, située 723 avenue Victor Capoul, à Pujadran (32600). Au titre de ce permis de construire, M. A a été assujetti à la taxe d'aménagement et à la redevance d'archéologie préventive par deux titres de perception du 12 novembre 2020, pour des montants respectifs de 11 322 euros et de 549 euros. M. A a présenté une réclamation préalable auprès du directeur départemental des territoires du Gers qui a rejeté sa demande par une décision du 15 décembre 2021. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de prononcer la décharge de la cotisation de taxe d'aménagement et de la redevance d'archéologie préventive auxquelles il a été assujetti.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la motivation des propositions de rectification :

2. Aux termes de l'article L. 331-22 du code de l'urbanisme, alors en vigueur : " Lorsqu'une demande d'autorisation de construire a été déposée, la procédure de rectification contradictoire prévue par l'article L. 55 du livre des procédures fiscales peut être mise en œuvre. ()". Aux termes de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 56, lorsque l'administration des impôts constate une insuffisance, une inexactitude, une omission ou une dissimulation dans les éléments servant de base au calcul des impôts () les rectifications correspondantes sont effectuées suivant la procédure de rectification contradictoire définie aux articles L. 57 à L. 61 A. ". Enfin, aux termes de l'article L. 57 du même livre : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ".

3. Conformément aux dispositions de l'article L. 331-22 du code de l'urbanisme, lorsque l'administration met en œuvre le droit de reprise énoncé à l'article L. 331-21 du même code, elle utilise la procédure de rectification contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales dès lors qu'une demande d'autorisation de construire a été déposée.

4. Les propositions de rectification des 11 juin 2020 et 1er juillet 2020 adressées à M. A mentionnent les bases forfaitaires des impositions, à savoir la taxe d'aménagement et la redevance d'archéologie préventive afférentes à l'opération de construction d'une maison d'habitation avec piscine visée en référence, pour laquelle le requérant était titulaire d'un permis de construire. Elles indiquent la surface taxable calculée compte tenu du permis initial accordé et des deux permis de construire modificatifs accordés les 20 septembre 2019 et 30 janvier 2020 ainsi que des photos issues d'une enquête de terrain, faisant apparaître que le projet est une démolition totale de la maison remplacée par une construction neuve et non identique et qu'ainsi, le projet est taxable dans sa totalité. L'assiette de la taxe et les conséquences financières des rectifications opérées est précisée. Ces informations suffisaient à permettre au requérant, qui a répondu aux différentes propositions de rectification qui lui ont été adressées le 26 novembre 2018, le 3 janvier 2019, le 11 juin et 1er juillet 2020, de contester utilement de l'ensemble des éléments nécessaires au calcul de la taxe. Le moyen tiré du défaut de motivation des propositions de rectification adressées en 2020 doit, par conséquent, être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 331-1 du code de l'urbanisme, alors en vigueur : " En vue de financer les actions et opérations contribuant à la réalisation des objectifs définis à l'article L. 121-1, les communes ou établissements publics de coopération intercommunale () perçoivent une taxe d'aménagement ". Aux termes de l'article L. 331-6 du même code, alors en vigueur : " Les opérations d'aménagement et les opérations de construction, de reconstruction et d'agrandissement des bâtiments, installations ou aménagements de toute nature soumises à un régime d'autorisation en vertu du présent code donnent lieu au paiement d'une taxe d'aménagement (). / Les redevables de la taxe sont les personnes bénéficiaires des autorisations mentionnées au premier alinéa du présent article (). / Le fait générateur de la taxe est, selon les cas, la date de délivrance de l'autorisation de construire () ". Aux termes de l'article L. 331-10 du même code, alors en vigueur : " L'assiette de la taxe d'aménagement est constituée par : / 1° La valeur, déterminée forfaitairement par mètre carré, de la surface de la construction ; / 2° La valeur des aménagements et installations, déterminée forfaitairement dans les conditions prévues à l'article L. 331-13. / La surface de la construction mentionnée au 1° s'entend de la somme des surfaces de plancher closes et couvertes, sous une hauteur de plafond supérieure à 1,80 mètre, calculée à partir du nu intérieur des façades du bâtiment, déduction faite des vides et des trémies. ".

6. Il résulte de ces dispositions que la taxe d'aménagement est assise sur la surface, telle que définie au dernier alinéa de l'article L. 331-10 précité, créée à l'occasion de toute opération d'aménagement, de construction, de reconstruction ou d'agrandissement de bâtiments. Doit être regardée comme une reconstruction, une opération comportant la construction de nouveaux bâtiments à la suite de la démolition totale des bâtiments existants. Dans ce cas, la taxe d'aménagement est assise sur la totalité de la surface de la construction nouvelle, sans qu'il y ait lieu d'en déduire la surface supprimée. Il en va de même lorsque l'opération consiste en la reconstruction après destruction totale d'une partie divisible de bâtiments existants. Doit être regardée comme un agrandissement, une opération ayant pour conséquence une augmentation nette de la surface d'un bâtiment préexistant. Dans ce cas, la taxe d'aménagement est assise sur la surface créée, déduction faite, le cas échéant, de la surface supprimée.

7. Il résulte de l'instruction, notamment des photographies issues de l'enquête de terrain réalisée par l'administration, qui montrent un chantier dans lequel ne restent que deux façades, que les travaux effectués par le requérant ont été précédés de la démolition totale du bâtiment existant. Au demeurant, la notice du permis de construire initial indique que l'objet du permis de construire est la création d'une maison individuelle principale dans l'emprise de la maison existante. En outre, il résulte de l'instruction, notamment des plans joints aux demandes de permis que les dimensions et l'aspect extérieur de la construction autorisée diffèrent de l'habitation démolie, qu'un plancher est créé sur le garage d'une surface de 31 m², ainsi qu'un sanitaire de 4,05 m², et qu'une piscine est également créée. Enfin, dès lors que la demande de permis modificatif n°3 a fait l'objet d'un refus, le requérant n'apporte aucun élément permettant de justifier qu'en raison d'une hauteur sous plafond de 1,75 m, une partie du sous-sol qui n'apparaît dans aucun des trois dossiers précédents de demande de permis de construire, ne pouvait être incluse dans les bases imposables. Par suite, l'opération réalisée doit être regardée comme une reconstruction et l'assiette de la taxe d'aménagement devait être calculée sur la base de la surface totale des constructions nouvellement créées. Dans ces conditions, c'est à bon droit que M. A a été assujetti à la taxe d'aménagement prévue à l'article L. 331-6 du code de l'urbanisme.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 524-2 du code du patrimoine, alors en vigueur : " Il est institué une redevance d'archéologie préventive due par les personnes, y compris membres d'une indivision, projetant d'exécuter des travaux affectant le sous-sol et qui : a) Sont soumis à une autorisation ou à une déclaration préalable en application du code de l'urbanisme ; () ". Le I de l'article L. 524-7 du code du patrimoine, alors en vigueur, dispose : " Lorsqu'elle est perçue sur les travaux mentionnés au a de l'article L. 524-2, l'assiette de la redevance est constituée par la valeur de l'ensemble immobilier déterminée dans les conditions prévues aux articles L. 331-10 à L. 331-13 du code de l'urbanisme. / Le taux de la redevance est de 0,40 % de la valeur de l'ensemble immobilier ". Il résulte de ces dispositions que la redevance d'archéologie préventive prévue au a) de l'article L. 524-2 du code de l'urbanisme est assise sur la surface, telle que définie au dernier alinéa de l'article L. 331-10 du code de l'urbanisme, créée en conséquence de la réalisation de travaux affectant le sous-sol et soumis à une autorisation ou à une déclaration préalable en application du même code.

10. Ainsi qu'il a été dit, les travaux réalisés dans le cadre du permis délivré le 15 septembre 2018 portaient sur une démolition totale du bâtiment existant. Il résulte des plans de masse de la demande de permis de construire qu'elle comprend également un sous-sol qui prévoit un garage pour deux véhicules. Pour cela, les fondations de la nouvelle maison ont été modifiées, tel que cela ressort des photos produites en défense, de sortent qu'elles affectent le sous-sol. Ces travaux devaient en conséquence être assujettis à la redevance d'archéologie préventive, calculée sur la base de la nouvelle surface créée, sans déduction des surfaces détruites. Dans ces conditions, c'est à bon droit que M. A a été assujetti à la redevance d'archéologie préventive.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Gers (direction départementale des territoires du Gers).

Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Madelaigue, présidente,

M. Rousseau, premier conseiller,

Mme Portès, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

La rapporteure,

signé

E. PORTES

La présidente,

signé

F. MADELAIGUE La greffière,

signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

signé

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