lundi 10 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200420 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 février 2022, la société Etude et intégration électrique électromécanique et hydraulique des procédés appliqués (EIPA) a saisi le tribunal de commerce de Tarbes qui s'est déclaré incompétent et a renvoyé l'affaire devant le tribunal de céans. La requérante, représentée par Me Fellonneau, demande au tribunal :
1°) de condamner la SA Enedis à lui verser la somme de 3 258,02 euros au titre de la surconsommation d'eau et la somme de 5 520 euros, toutes taxes comprises, au titre des travaux réparatoires, réévaluée selon l'indice du coût de la construction à compter du 12 juin 2018 ;
2°) de mettre à la charge de la SA Enedis la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de la société Enedis est engagée du fait des dommages causés aux tiers par les travaux publics ;
- l'entreprise mandatée par elle a commis une erreur lors de son intervention en 2011, pour l'implantation d'un poste électrique en vue de l'installation de panneaux solaires pour la société domiciliée au n° 124 de la rue, et a débuté le terrassement par erreur sur les canalisations situées au n° 126 de la même rue, soit sur la parcelle sur laquelle est située la société EIPA ;
- lors du rebouchage du trou, la société intervenante a abîmé une canalisation qu'elle a réparé avec des gaines propres aux câbles électriques extérieurs, ce qui suffit à établir le lien de causalité entre la défectuosité de la canalisation et l'intervention de l'entreprise mandatée par Enedis ;
- la consommation anormale par la société EIPA, constatée en 2016 provient d'une fuite d'eau qui a été causée par l'intervention de la société Enedis en 2011 ;
- la mauvaise foi de la société sur la prescription quinquennale démontre son caractère fautif.
Par deux courriers datés du 6 juin 2023 et du 18 mars 2024, la société Enedis a été mise en demeure de produire.
Par une ordonnance du 18 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 25 avril 2024.
Les parties ont été informées le 6 mai 2024, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de retenir d'office la responsabilité sans faute pour dommages de travaux publics causés aux tiers par la société Enedis.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Crassus ;
- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. En 2011, la société Enedis a mandaté une entreprise pour implanter un poste de transformation électrique en vue de permettre à la société Sun-Wear de réaliser l'installation de panneaux solaires sur l'immeuble situé au numéro 126 de la rue dans laquelle se situe la société EIPA, à Tarbes. En avril 2016, la société EIPA constate une surconsommation significative d'eau et procède aux travaux de réparation de la fuite. Par courrier du 4 janvier 2017, la société EIPA a demandé à la société Enedis le remboursement de la facture de consommation d'eau, les frais de procès-verbal d'huissier et le remboursement de la facture de réparations de la canalisation. Par un jugement du 29 novembre 2021 le tribunal de commerce de Tarbes s'est déclaré incompétent et a renvoyé le dossier devant le tribunal administratif de Pau. Par la présente, la société EIPA demande la condamnation de la société Enedis au remboursement de la surconsommation d'eau et des travaux réparatoires.
Sur la responsabilité sans faute de la société Enedis :
2. En cas de dommage accidentel causé à des tiers par une opération de travaux publics, la victime peut en demander réparation, même en l'absence de faute, à l'entrepreneur participant à l'exécution des travaux. Celui-ci ne peut alors, pour dégager sa responsabilité, qu'établir que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.
3. La société EIPA soutient que les travaux publics, mandatés par la société Enedis qui ont été réalisés en juillet 2011, sont à l'origine du dégât sur leur canalisation causant une fuite d'eau en 2016. Si le procès-verbal de l'huissier, versé au dossier, constate que les manchons de la canalisation défectueuse sont à l'origine de la fuite, les suppositions que la réparation de cette canalisation aurait été réalisée par l'entreprise intervenante suite à leur erreur de terrassement n'est pas établi. En outre, la présence de gaines située à côté de la canalisation litigieuse, destinées au câblage électrique extérieur, ne suffit pas à lier les désordres à l'intervention de la société mandatée. Enfin, la survenance des désordres plus de quatre années après l'intervention de la société mandatée par la société Enedis ne permet pas d'établir un lien de causalité entre la fuite d'eau et l'erreur de terrassement lors des travaux d'implantation du poste électrique pour la société voisine. Ainsi, la société requérante n'établit pas le lien de causalité entre les désordres qu'elle a subi et la canalisation endommagée. Par suite, la responsabilité sans faute d'Enedis ne peut pas être engagée à raison des dommages accidentels causés à la société EIPA en sa qualité de tiers aux travaux publics qui ont été réalisés en 2011.
Sur la responsabilité pour faute, à raison de l'erreur commise par le sous-traitant d'Enedis :
4. D'une part, dans le domaine des dommages de travaux publics, les fautes commises par des tiers, si elles les exposent à une action en garantie, sont en principe sans influence sur les obligations de la personne responsable à l'égard de la victime ou de ses ayants droits.
5. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux dit au point 3, aucun élément ne permet d'établir que la société Enedis ou son sous-traitant auraient creusé par erreur au numéro 126 au lieu du numéro 124 et ce en dépit du témoignage du représentant de la société Sun Wear, lequel intervient plus de sept ans après l'intervention sur le poste de transformation électrique. Par suite, la responsabilité pour faute de la société Enedis ou de son sous-traitant, qui n'est pas dans la cause, ne peut être engagée.
6. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions indemnitaires présentées par la société EIPA doivent être rejetées.
Sur les frais liés aux dépens :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la société Enedis, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, verse à la société EIPA, la somme qu'elle demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société EIPA est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société étude et intégration électrique électromécanique et hydraulique des procédés appliqués (EIPA) et à la société anonyme Enedis.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Sellès, présidente,
- Mme Corthier, conseillère,
- Mme Crassus, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.
La rapporteure,
L. CRASSUSLa présidente,
M. SELLESLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026