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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200443

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200443

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200443
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantPAULIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mars 2022, M. D A, représenté par Me Lipsos-Lafaurie, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative une expertise médicale portant sur les conditions de sa prise en charge par le centre hospitalier de Bigorre et le centre hospitalier de Lourdes le 29 septembre 2020 ;

2°) de dire que l'expert désigné devra déposer un pré-rapport.

Il soutient que :

- le 29 septembre 2020, il a brutalement ressenti une altération de sa vision de l'œil droit ;

- il a été reçu aux urgences de l'hôpital de Lourdes le même jour ;

- le service des urgences de cet établissement ne disposant pas d'ophtalmologue disponible, il était orienté vers le centre hospitalier de Tarbes ;

- sa prise en charge à Tarbes ayant été trop tardive, il a subi une perte définitive de sa vision de l'œil droit ;

- l'expertise est utile pour déterminer les causes exactes de ses préjudices, leur ampleur, leur consolidation et savoir si des erreurs médicales ont été commises par les deux centres hospitaliers qui l'ont pris en charge dans le traitement de sa pathologie ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2022, le centre hospitalier de Lourdes, représenté par Me Rodrigues, déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée tout en formulant les protestations et réserves d'usage, demande que la mission de l'expert soit fixée selon ses écritures, demande que l'expert rédige un pré-rapport, que la caisse primaire assurance maladie (CPAM) de Tarbes fixe l'état de ses débours avant toute réunion d'expertise et que les dépens soient laissés à la charge du requérant.

Par deux mémoires, enregistrés au greffe les 16 mars et 12 avril 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn représentant la caisse d'assurance maladie des Hautes-Pyrénées déclare, dans le dernier état de ses écritures, ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée tout en formulant les protestations et réserves d'usage, demande au juge des référés rejeter les conclusions du Centre hospitalier de Lourdes relatives à ses débours et que les dépens soient laissés à la charge du requérant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2022, le centre hospitalier de Bigorre, représenté par Me Paulian, déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée tout en formulant les protestations et réserves d'usage, demande que l'expertise soit confiée à un collège de médecins spécialisés en médecine d'urgence et en ophtalmologie et demande que la mission des experts soit fixée selon ses écritures,

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative

La procédure a régulièrement été communiquée aux parties mises en cause.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () " .

2. La mesure d'expertise sollicitée, qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative, présente un caractère utile dans la perspective d'un recours de plein contentieux ultérieur et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, de désigner un expert et de fixer sa mission comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance

Sur les frais d'expertise et les dépens :

3 Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires (). Aux termes des dispositions de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

4. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au seul président de la juridiction de désigner la ou les parties qui assumeront la charge des frais et honoraires d'expertise, après l'accomplissement de celle-ci. Il suit de là que les demandes des parties tendant à ce que les dépens soient réservés, sont sans objet et doivent être rejetées.

Sur le dépôt d'un pré-rapport :

5. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions des parties tendant à ce que l'expert communique un pré-rapport aux parties ne peuvent qu'être rejetées

O R D O N N E :

Article 1er : Il sera procédé à une expertise contradictoire entre M. D A, le centre hospitalier de Lourdes, le centre hospitalier de Bigorre et la caisse primaire d'assurances maladie du Tarn représentant la CPAM des Hautes-Pyrénées.

Article 2 : Monsieur E C est désigné comme expert avec pour chefs de mission :

- d'examiner M. D A et de prendre connaissance de son entier dossier médical ;

- décrire l'état de santé de M. A antérieurement à sa prise en charge le 29 septembre 2020 dans les services du centre hospitalier de Lourdes puis du centre hospitalier de Bigorre ;

- de décrire les conditions de sa prise en charge en indiquant si les actes médicaux et de soins administrés au patient étaient appropriés à son état et ont été exécutés conformément aux règles de l'art et aux données de la science à l'époque où ils ont été réalisés et s'il a reçu toute l'information nécessaire pour recueillir son consentement éclairé ;

- de réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales et de soins ont été commises lors du diagnostic et du traitement des lésions de M. A ou lors d'éventuelles interventions postérieures ;

- d'en préciser, le cas échéant, la nature et le degré de gravité et de dire si, à son avis, et dans quelle mesure, ces fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives sont à l'origine des préjudices allégués par le requérant ;

- d'évaluer, s'il y a lieu, la perte de chance pour M. A d'éviter une aggravation de son état de santé ou d'obtenir une amélioration de ce dernier résultant d'un éventuel manquement aux règles de l'art ou d'un éventuel aléa thérapeutique ;

- de dire, en cas de retard de diagnostic, si ce dernier était difficile à établir ;

- déterminer si l'aggravation de la pathologie de M. A pourrait résulter d'une autre cause et dans quelles proportions ;

- de retracer l'évolution de l'état de santé de M. A et, notamment, de fixer, le cas échéant, la date de consolidation ;

- d'indiquer, dans l'hypothèse où son état ne serait pas consolidé, s'il est susceptible d'évoluer en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

- d'indiquer, en tous ses éléments, la nature et l'étendue du préjudice corporel subi par M. A en distinguant la part imputable aux lésions initiales, de celle imputable aux éventuelles fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives ;

- déterminer la durée et le degré du déficit fonctionnel temporaire DFT (soit la durée de l'incapacité temporaire totale ITT, et celle pendant laquelle sa capacité à mener une activité professionnelle a été réduite ainsi que la proportion dans laquelle elle a été réduite ITP) ;

- décrire les souffrances physiques, psychiques ou morales endurées du fait des blessures subies, dans la mesure où elles n'entrainent pas de déficit fonctionnel proprement dit, les évaluer selon l'échelle habituelle de sept degrés ;

- décrire l'aptitude à la réalisation des actes quotidiens et essentiels de la vie, notamment une activité professionnelle ;

- de se prononcer, le cas échéant, sur la nécessité d'avoir recours à une tierce personne, de fixer les modalités, la qualification et la durée de cette intervention ;

- de donner tous les éléments utiles d'appréciation sur la nature et l'étendue des préjudices subis par M. A, en distinguant la part imputable à son état de santé antérieur de celle imputable aux éventuelles fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives : durée et taux du déficit fonctionnel temporaire, taux du déficit fonctionnel permanent, souffrances physiques, troubles psychologiques, préjudice esthétique, et tous autres préjudices ;

- de dire si des frais de santé sont restés à la charge du requérant ;

- de fournir, plus généralement, tous éléments susceptibles de permettre d'éclairer le juge du fond éventuellement saisi du litige.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif. S'il l'estime utile, il établira un pré-rapport.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans les six mois suivant la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le Président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A, au centre hospitalier de Lourdes, au centre hospitalier de Bigorre, à la caisse primaire d'assurances maladie du Tarn et à celle des Hautes-Pyrénées et à Monsieur E C, expert.

Fait à Pau, le 8 novembre 202Le juge des référés,

Signé,

V. QUEMENER

La République mande et ordonne au ministre chargé de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition,

Le greffier,

Signé, M. BN° 2002616004

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