lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200452 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | CABINET FIDAL DAX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 2 mars et 19 décembre 2022 et le 11 juillet 2023, la société par actions simplifiée Dax Auto, représentée par Me Saint-Arroman, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge du rappel de taxe sur la valeur ajoutée auquel elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015, ainsi que les pénalités correspondantes, d'un montant de 146 315 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration fiscale applique une double taxation au titre de la taxe sur la valeur ajoutée sur les achats reportables en 2015 car, afin de calculer la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge due au titre de l'exercice clos en 2015, l'administration fiscale aurait dû tenir compte du montant de 487 479 euros d'achats reportables issus de l'exercice 2014 ; elle joint tous les justificatifs concernant l'exercice clos en 2014 permettant de calculer le montant des achats reportables sur l'exercice clos en 2015 ;
- l'administration fiscale refusant de tenir compte dans ses écritures en défense du montant des achats reportables car elle n'a pas accès à sa comptabilité s'agissant de l'exercice non vérifié allant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2014, elle produit l'attestation de son commissaire aux comptes faisant état d'un montant des achats reportables de 487 479 euros au 1er janvier 2015 ; l'administration fiscale rejette ce document sans justifier du caractère non-probant d'une attestation rédigée par un commissaire aux comptes impartial, intègre et indépendant en application du code de déontologie des commissaires aux comptes.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 12 août 2022 et 6 juin 2023, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Corthier, rapporteure ;
- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée Dax Auto, dont le siège social était situé alors à Saint-Paul-Lès-Dax dans le département des Landes, exerce une activité de commerce de véhicules légers, notamment de négoce en véhicules d'occasion. En 2018, elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité concernant l'ensemble de ses déclarations fiscales et opérations et portant sur la période allant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, à l'issue de laquelle, le service vérificateur a, par une proposition de rectification du 22 mars 2018, procédé à un rappel de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015. Les observations présentées par la contribuable le 23 mai 2018 ont été rejetées par une réponse du 20 juin 2018. Le rappel de taxe sur la valeur ajoutée a été mis en recouvrement le 15 mai 2019 pour un montant en droits de 132 772 euros et en intérêts de retard de 13 543 euros soit un total de 146 315 euros. La réclamation contentieuse, présentée par la société Dax Auto le 22 novembre 2021, a été rejetée par décision du 29 décembre 2021. La société Dax Auto doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la décharge du rappel de taxe sur la valeur ajoutée auquel elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015, ainsi que les pénalités correspondantes, d'un montant de 146 315 euros.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
2. D'une part, aux termes de l'article 297 A du code général des impôts : " I. - 1° La base d'imposition des livraisons par un assujetti revendeur de biens d'occasion, d'œuvres d'art, d'objets de collection ou d'antiquité qui lui ont été livrés par un non redevable de la taxe sur la valeur ajoutée ou par une personne qui n'est pas autorisée à facturer la taxe sur la valeur ajoutée au titre de cette livraison est constituée de la différence entre le prix de vente et le prix d'achat. / La définition des biens d'occasion, des œuvres d'art, des objets de collection et d'antiquité est fixée par décret ; (). II. - La base d'imposition définie au I peut être déterminée globalement, pour chacune des périodes couvertes par les déclarations mentionnées à l'article 287, par la différence entre le montant total des livraisons et le montant total des achats de biens d'occasion, d'œuvres d'art, d'objets de collection ou d'antiquité effectués au cours de chacune des périodes considérées. / Si au cours d'une période le montant des achats excède celui des livraisons, l'excédent est ajouté aux achats de la période suivante. / Les assujettis revendeurs qui se placent sous ce régime procèdent à une régularisation annuelle en ajoutant la différence entre le stock au 31 décembre et le stock au 1er janvier de la même année aux achats de la première période suivante, telle que définie au deuxième alinéa, si cette différence est négative, ou en la retranchant si elle est positive. / Cette modalité de calcul de la base d'imposition ne fait naître, au profit des assujettis revendeurs, aucun droit à restitution de la taxe sur la valeur ajoutée au titre de ces opérations. () ".
3. Il résulte des dispositions précitées du II de l'article 297 A du code général des impôts que la variation des stocks, entre le 31 décembre et le 1er janvier d'une même année, donne lieu à un report sur les achats de la période suivante pour la détermination de la marge globale réalisée au titre de cette même période.
4. En outre, la créance de taxe sur la valeur ajoutée née, dans le système de la marge globale prévu au II de l'article 297 A du code général des impôts précité, de l'excédent des achats de biens d'occasion sur les ventes, peut être reportée à la période d'imposition suivante et, en cas de nouvel excédent, de période en période sans limitation de durée.
5. D'autre part, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.
6. En l'espèce, si la société requérante entend se prévaloir du bénéfice du report de l'excédent de taxe sur la valeur ajoutée prévu par le deuxième alinéa du II de l'article 297 A du code général des impôts en soutenant que le rappel de taxe sur la valeur ajoutée en litige entraîne une double imposition de ses marges de taxe sur la valeur ajoutée des périodes 2014 et 2015 à défaut de déduction, par l'administration fiscale, de l'excédent d'achats de véhicules d'occasion sur les ventes pendant la période 2014, il lui appartient d'apporter la preuve de la différence positive de stocks entre le 31 décembre 2014 et le 1er janvier de l'année 2014 dès lors que cette période ne rentre pas dans le champ de la période vérifiée par le service vérificateur. Or, il résulte de l'instruction que pour justifier de cette créance de taxe sur la valeur ajoutée qui serait née de l'excédent des achats de biens d'occasion sur les ventes pendant la période 2014, la société Dax Auto se borne à produire, dans le cadre de la présente instance, d'une part, un tableau récapitulant le montant de ses ventes mensuelles toutes taxes comprises de véhicules d'occasion, les achats mensuels toutes taxes comprises, les achats mensuels pour calcul de la taxe sur la valeur ajoutée sur marge de l'article 297 A du code général des impôts, la marge mensuelle toutes taxes comprises, la base hors taxe, la taxe sur la valeur ajoutée, ainsi que les excédents d'achats reportables sur le formulaire CA3 du mois suivant, d'autre part, des documents mensuels " 930 A " reprenant ces données et détaillant le contrôle et les mouvements du compte 445840 " taxe sur la valeur ajoutée récupérée d'avance " et enfin, un document de la société Acom audit Sud du 11 décembre 2022 intitulé " rapport du commissaire aux comptes relatifs à l'exactitude du montant des achats reportables " et certifiant que le montant des achats reportables sur l'exercice 2015 s'élève à 487 479 euros. Cependant, aucun de ces documents ne détaille, ni ne justifie le mode de calcul du montant de 487 479 euros invoqué par la société requérante résultant de la différence entre les achats et les livraisons de véhicules d'occasion entre le 31 décembre 2014 et le 1er janvier 2014. Les tableaux produits par la société requérante ne distinguent pas les chiffres portant uniquement sur les véhicules d'occasion, alors qu'il n'est pas contesté que la société exerce également une activité de négoce de véhicules neufs assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée ordinaire. La société requérante ne fournit aucun document comptable de suivi des stocks de véhicules d'occasion de l'année 2014 alors que, sans remettre en cause la déontologie d'un commissaire aux comptes, l'attestation d'un commissaire aux comptes non appuyée de pièces comptables ne peut se voir reconnaître une valeur probante à elle seule. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas bénéficier d'achats reportables sur la période 2015. Au demeurant, si le montant de 487 479 euros d'achats reportables issu de la période 2014 allégué par la société requérante était établi, il n'entrainerait pas la décharge totale du rappel de taxe sur la valeur ajoutée en litige dès lors qu'ainsi que le fait valoir l'administration fiscale en défense, sans être contredite, la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge pour la période 2015 serait de 51 525 euros et le rappel de taxe sur la valeur ajoutée pour cette période serait ainsi d'un montant de 89 534 euros en droits et en pénalités. Par suite, la société Dax Auto n'est pas fondée à se prévaloir pour la période 2015 du bénéfice du report de l'excédent de taxe sur la valeur ajoutée prévu par le deuxième alinéa du II de l'article 297 A du code général des impôts.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins de décharge ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Dax Auto demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société Dax Auto est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société par actions simplifiée Dax Auto et à la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Corthier, conseillère,
Mme Neumaier, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
La rapporteure,
Z. CORTHIER La présidente,
M. SELLES
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026